1986-Passion Africa !

Parfois on aime un film sans trop savoir pourquoi…Out of Africa est de ceux là. Karen Christence Dinesen (Meryl Streep) est une jeune aristocrate danoise qui rejoint le Kenya à l’époque coloniale britannique pour épouser le frère de l’amant qui n’a pas voulu d’elle. Par son mariage, elle devient la baronne Karen Blixen. Elle en vient vite à éprouver un amour profond pour l’Afrique, alors que l’Europe entre dans la Première Guerre mondiale. Elle fait pousser des caféiers dans sa ferme à l’initiative de son époux, le projet initial étant une laiterie, dans l’espoir de protéger la tribu africaine qui y vit. Délaissée par son mari volage, Karen s’éprend d’un chasseur farouche, épris d’aventures, Denys Finch Hatton (Robert Redford).

 

En adaptant le récit autobiographique de Karen Blixen, une jeune Danoise expatriée en Afrique, Sydney Pollack touche au sublime par sa peinture du pays et la beauté du récit font de Out of Africa une fresque romanesque intemporelle. Pollack a tourné un « classique », au sens où l’entendait la littérature française du XVIIe siècle. Au plus fort du désir qui la porte vers Robert Redford, Meryl Streep murmure une phrase presque racinienne «Si, dans ce moment, vous me disiez quelque chose, je le croirais.» Et, sur la musique romantique de John Barry, on soupçonne Pollack de n’avoir tourné ce film que pour la seconde où Redford, après un danger encouru, essuie la goutte de sang qui a perlé sur les lèvres de Meryl Streep. Beau et troublant.

 

 

C’est un formidable portait de femme volontaire, intrépide mais aussi sensible et amoureuse que nous offre Sydney Pollack. Il nous raconte à travers une épopée invraisemblable le destin d’une aristocrate danoise que rien ne préparait à un tel destin. Elle prend fait et cause pour les tribus afin qu’elles conservent leurs terres, malgré l’hostilité de certains coloniaux. Elle qui ne peut avoir d’enfant s’attache à la santé et à l’éducation de ceux de son village. Elle se donne entièrement à la vie des autres, elle qui n’attend plus rien de son époux. Et puis un autre homme apparaît, aventurier, fataliste, croquant la vie au jour le jour et vivant avec la nature. Lui ne peut être que sincère car il ne calcule pas. C’est alors une passion que va vivre Karen, sa vie de femme prend enfin son envol. Cette passion nous entraîne dans un final poignant et symbolique.

 

 

C’est vrai, le film décrit cette société dominante de l’époque coloniale avec ses privilèges, son insouciance, parfois son dédain mais aussi ses craintes et ses conflits internes notamment à propos de la guerre avec l’Allemagne.Toutefois le réalisateur a le ton juste et évite les clichés parfois faciles sur ces événements pour centrer l’intrigue sur la double passion de Karen pour l’Afrique et Denys. Une phrase merveilleuse de Karen résume cette passion pour l’homme qui enfin la respecte et se montre sincère envers elle ” Si dans ce moment, vous me disiez quelque chose, je le croirais “. A l’image de cette réplique, le scénario de ce film est brillant et émouvant. 

 

 

 

La voix cassée et las de la vie de Karen, au soir de son existence, ponctuant les principaux “épisodes” de son histoire tourmentée, est bouleversante. Bouleversantes aussi ces formidables musiques de John Barry et W.A.Mozart, tantôt majestueuses comme les grands espaces prodigieusement bien filmés tantôt intimistes comme les moments de présence de Denys auprès de Karen. Le fondu de ces deux styles de musique issue d’époques différentes est remarquable. Et puis, que dire de l’interprétation de Meryl Streep et de Robert Redford si ce n’est qu’elles sont prodigieuses comme celle des autres acteurs, entre autre Klaus Maria Brandauer, Michael Kitchen qui sont au diapason.

 

 

 

Certains diront que cette œuvre n’est qu’une jolie romance dans un contexte historique passant au second plan. Peu importe, le film nous fait vibrer, les textes sont parfois shakespeariens, la mise en scène et les prises de vue fabuleuses, la musique et l’interprétation transcendantes. Ce cocktail nous fournit un chef-d’œuvre.

 

OSCARS…Meilleur film / Réalisateur / Scénario adapté / Photographie
Direction artistique / Musique / Son

 

 

 

 

Sydney Pollack…Réalisateur & Acteur et producteur américain. 40 ans de carrière hollywoodienne, réalise 21 films, le premier à 30 ans en 1965 , la période que je retiens est de 16 ans avec ses 7 films majeurs (subjectif) dont 5 en 6 ans, sa période la plus créatrice, et folle…Rythme normal c’est un film tous les 3 ans…Dernier film 2005.  Il meurt à L.A sa ville le 26 Mai 2008.

 

1969 : On achève bien les chevaux

1972 : Jeremiah Johnson

1973 : Nos plus belles années

1975 : Yakuza

1975 : Les Trois Jours du condor

1982 : Tootsie

1985 : Out of Africa

 

Régulièrement on le découvre comme acteur, deux films à retenir, 1992 dans Maris et Femmes de Woody Allen et dans 1999 Eyes Wide Shut le dernier film de Stanley Kubrick.

 

 

 

ROBERT REDFORD. De 30 à 50 ans 8 films majeurs et 1972-1976 avec 4 films majeurs dont 3 avec Sidney Pollack, au total 7 avec lui.

1966 : La Poursuite impitoyable d’Arthur Penn
1969 : Butch Cassidy et le Kid de George Roy Hill
1972 : Jeremiah Johnson de Sydney Pollack
1973 : Nos plus belles années de Sydney Pollack
1975 : Les Trois Jours du Condor de Sydney Pollack
1976 : Les Hommes du président d’Alan J. Pakula
1980 : Brubaker de Stuart Rosenberg
1985 : Out of Africa de Sydney Pollack
 

A 44 ans il réalise son premier film en 1980 et gagne l’Oscar du Meilleur Réalisateur en 1981 pour Des gens comme les autres. A noter dans ses 9 réalisations l’énorme succès mondial de 1998 avec L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux a 62 ans. 

 

 

MERYL STREEP…FILMOGRAPHIE TRÈS SÉLECTIVE…Période faste entre 1978 et 85, elle a 30 ans et sur ces 7 années elle joue dans 4 films importants et remporte l’oscar de Meilleure Actrice avec Le Choix de Sophie. Elle en obtiendra un deuxième en 2011.

 

1978 : Voyage au bout de l’enfer de Michael Cimino // 1979 : Kramer contre Kramer de Robert Benton


1982 : Le Choix de Sophie d’Alan J. Pakula / Oscar.


1985 : Out of Africa de Sydney Pollack // 1995 : Sur la route de Madison de Clint Eastwood

 

2006 : Le Diable s’habille en Prada de David Frankel // 2011 : La Dame de fer de Phyllida Lloyd / Oscar.