1974-Pouvoir absolu

” J’ai toujours pensé Le Parrain comme l’histoire d’un roi et de ses trois fils. Le plus âgé a reçu la passion et l’agressivité, le deuxième, sa douceur et ses gestes enfantins et le troisième, sa ruse et son calme. C’était dans mon intention de faire un film authentique sur des gangsters italiens, sur comment ils vivaient, comment ils se comportaient, la façon dont ils traitaient leurs familles, célébraient leurs rituels.”  Francis Ford Coppola

 

 

 

” Soit proche de tes amis, et encore plus proche de tes ennemis.”

 

The Godfather II –  1974 – Suite du film Le Parrain sorti deux ans avant, précédant Le Parrain III en 1990. Michael Corleone succède à son père Vito à la tête de la famille, dirige les affaires des Corleone d’une main implacable, en éliminant ses ennemis. Veut ressembler à son père, fait preuve d’une autorité dévastatrice qui l’éloigne de tous ses proches. La deuxième partie du Parrain présente deux récits parallèles. L’un implique le chef de la mafia en 1958 et 1959 après les événements du premier film, l’autre relate le parcours de son père de sa jeunesse en Sicile à la création de la famille Corleone à New York.


47e cérémonie des Oscars…

Meilleur film – Première suite jamais produite à avoir remporté l’Oscar du Meilleur film.

Meilleur Réalisateur Francis Ford Coppola – Scénario adapté – Second rôle Robert De Niro –  Musique – Direction artistique

 

 

Francis Ford Coppola désirait que Marlon Brando, vieilli pour le premier film, soit rajeuni pour jouer, en toute logique, le rôle de Vito Corleone jeune. Le réalisateur après une longue recherche fait passer une audition à Robert de Niro vu dans Mean Streets et séduit par sa performance. De Niro déjà auditionné pour un rôle dans Le premier Parrain, à étudier le style de jeu de Brando et capable de recréer les gestes, la voix et l’attitude de l’acteur lorsqu’il était Vito. Né en Sicile et immigré aux Etats-Unis, Vito Corleone  doit parler en italien pour que Le Parrain II soit crédible. De Niro a des origines italiennes, mais doit l’apprendre et s’installe durant trois mois en Sicile ! Récompensé de l’Oscar du meilleur second rôle, malgré sa prestation en italien, seuls Sophia Loren, Roberto Benigni et Benicio Del Toro ont reçu également un oscar alors que leurs rôles n’étaient pas en anglais.

 

 

 

Al Pacino et John Cazale…Amis ils se sont donnés la réplique à trois reprises. Frères dans les deux premiers volets du Parrain, ils ont ensuite braqué une banque dans Un après-midi de chien en 1975 et 3 ans plus tard dans Voyage au bout de l’enfer dernier rôle de John Cazale avant sa mort. Carrière fulgurante dans 5 films tous récompensés aux Oscars ou bien à Cannes.

 

 

 

 

 

Mario Puzo Auteur du livre au centre

 

Mario Puzo ne désirait pas que Fredo meure à la fin du film mais devant l’insistance de Coppola, il a accepté cette direction à la seule condition que le meurtre de Fredo ordonné par Michael n’ait lieu qu’après la mort de leur mère. L’auteur estimait que si Michael commanditait le meurtre de son frère avant, le public ne pourrait jamais lui pardonner. Combien de morts dans la trilogie du Parrain ? Le bodycount du premier opus s’élève à 21 morts, exactement le même nombre de morts que dans le second opus. Quant au troisième film, il a presque doublé en termes de violence puisqu’on y comptabilise 40 morts.

 

 

 

 

Robert De Niro interprète Al Capone dans Les Incorruptibles, poursuit son chemin au cœur du syndicat du crime incarne l’apprenti mafieux “Johnny Boy” dans Mean streets (1973) il est Vito Corleone jeune dans Le Parrain II (1974) gangster juif “Noodles” dans Il était une fois en Amerique (1984), l’inoubliable Jimmy Conway des Affranchis (1990), sans oublier le mafieux-rigolo et déprimé Paul Vitti, dans Mafia blues (1999) et Mafia blues 2 – la rechute (2002).

 

 

 

Talia Shire…Sœur de Francis Ford Coppola. Tante de Nicolas Cage et Sofia Coppola. Sa carrière se fixe définitivement sur deux rôles mythiques repris plusieurs fois. Le temps qui espace ses rendez vous transforme physiquement Connie Corleone, sœur du Parrain Michael Corleone en terrible veuve noire dans la trilogie Le Parrain en 1972, 1974 et 1990. Pour Rocky (5 films entre 1976 et 1990) elle est Adrian Pennino la femme de Rocky Balboa, prénom hurlé à l’infini dans la scène finale du premier très beau Rocky…Au contraire du Parrain les suivants ne serons jamais à la hauteur voir pire…



 

Marlon Brando devait apparaître comme James Caan/Sonny dans la toute dernière scène du film lorsqu’en flashback, toute la famille est réunie pour son anniversaire et l’attend. Marlon Brando toujours fâché avec la Paramount ne viens pas sur le tournage le jour J. Coppola doit réécrire la scène en laissant Vito hors-champ et se dit satisfait de cette absence qui accentue le côté fantasmagorique autour de la figure de Vito, qui hante tout le film jusqu’à la dernière minute…

 

 

 

…La dernière image du film, où l’on voit Michael assis sur sa chaise, seul face à ses démons, est un parallèle avec le tout premier flashback du film lorsque le jeune Vito Corleone, tout juste débarqué à Ellis Island, se retrouve dans une chambre d’hôpital, assis sur une chaise beaucoup trop grande, seul face à son destin…

 

 

 

 

 

 

 

GRANDEUR ET DÉCADENCE DE L’EMPIRE SICILIEN
par Ophélie Wiel


Le Parrain II a failli ne jamais exister. Affirmation d’autant plus surprenante que la trilogie de Coppola est souvent perçue comme le modèle du genre, qu’elle a d’ailleurs initié. Lorsqu’il commente son film, Coppola s’attarde ainsi longuement sur le fait que l’histoire des Corleone s’achevait pour lui avec le premier opus et l’ascension de Michael au « titre » suprême. C’est la Paramount qui impose au cinéaste de lui donner une suite. La principale difficulté rencontrée par Coppola est alors de trouver un moyen de conserver la tonalité de l’univers du Parrain sans raconter la même histoire, dix ans après. Inutile de dire que ce pari est une réussite et que le deuxième mouvement de son concerto est un ultime chef d’œuvre. Quand Le Parrain s’achève, Michael Corleone est au faîte de sa gloire. Mais le cheminement tortueux qu’il a suivi, vite traduit en passage du Bien au Mal, n’augure rien de bon pour l’avenir. Le Parrain II va donc suivre la lente descente aux enfers d’un homme profondément seul et s’enfermant lui-même dans sa solitude. Au bout du tunnel, il y a le précipice. Michael Corleone, corrompu par son pouvoir immense, va tout perdre…Sa position sociale, mise en danger par des enquêtes parlementaires, ses «~amis~», mis à l’écart ou assassinés les uns après les autres, et surtout sa famille…Sa femme Kay qui l’abandonne, sa mère qui décède, et son frère Fredo qu’il fait abattre.

 

Cette déliquescence du cocon familial est à l’œuvre dès la scène d’ouverture, sorte de remake tragique du mariage de l’opus 1 (nous y reviendrons plus loin). Installée à l’Ouest et devenue membre de la haute bourgeoisie américaine, la famille Corleone n’a plus grand-chose de sicilien. Les enfants Corleone sont (mal) mariés à des Américains de souche, et, s’ils tentent encore de s’attacher à leurs traditions, c’est plus par habitude ou opportunisme que par foi véritable. Seul l’argent donne du sens à la solidarité familiale, et Michael constate très vite que l’unité des Corleone ne repose plus que sur son pouvoir. Autre fait notable du Parrain II, en s’enrichissant, les Corleone se mêlent à d’autres affaires et milieux. La guerre des clans siciliens n’est plus que lointain souvenir. Michael fraye avec des sénateurs ou de riches industriels juifs. La cruauté n’est plus physique (les meurtres sont moins nombreux et moins violents), mais morale et insidieuse. Les règles du jeu se compliquent. La position de Michael est d’autant plus fragilisée qu’il lui faut connaître un milieu auquel il n’appartient pas et dans lequel, chose nouvelle pour lui, on le méprise profondément. Abattu par les coups du sort, ébranlé, Michael réagit en devenant un véritable monstre. La composition d’Al Pacino est à cet égard de bout en bout hallucinante. Bien qu’il n’ait que deux ans de plus que dans Le Parrain, l’acteur semble vieilli prématurément. Le contraste entre l’air hiératique et imperturbable qu’il adopte en tant que «Parrain» et ses brusques accès de colère (voir pour cela la transformation ahurissante de son visage lorsque Kay lui apprend qu’elle a avorté) fait de Michael un personnage incontrôlable. Arrivé au sommet, Michael n’a plus personne sur qui s’appuyer, plus aucune morale pour le retenir.

 

 

Coppola se délecte du statisme de son comédien, de son pas lent et funèbre, de ses mots hachés et servis au compte-goutte. Al Pacino/Michael marche vers la mort. Étonnant personnage, qui, voulant à tout prix conserver le «collectif» qui fonde son existence finit par s’enfermer progressivement dans sa carapace d’individu. Au bout du compte, il ne lui reste plus qu’à contempler les événements de loin et à se promener dans des lieux vides de vie, inexorablement seul. La scène de fin, flash-back sur l’apogée de la famille Corleone du vivant de Sonny, Fredo et Vito fonctionne ainsi en mouvement circulaire…Dix ans auparavant, Michael, engagé dans la seconde guerre mondiale contre l’avis de sa famille, est déjà isolé. L’unique chose qui lui reste ” sa conscience “, va l’abandonner petit à petit. L’étude psychologique d’un individu aux prises avec son milieu définissait déjà la première partie du Parrain. C’est principalement dans cet aspect que Le Parrain II agit comme une suite, de même que dans la mise en scène très “Opéra” qui lui correspond. De l’aveu de Coppola, de nombreuses scènes font écho à la première partie (la fête d’ouverture, déjà citée, la tentative d’assassinat contre le Parrain, la superposition des meurtres). Michael est lui-même une copie presque caricaturale de son père. Il en adopte la posture, les manières, le mystère, et presque la voix. Mais Michael n’est pas Vito. Il ne sait pas réellement où il va. N’ayant pas choisi sa voie, il doute constamment, s’interroge, et fait alors les erreurs que Vito n’aurait jamais commises.

 

 

La principale innovation de mise en scène du Parrain II réside dans sa construction. L’ombre de Vito est tellement omniprésente dans la destinée de Michael que Coppola a choisi de mettre en parallèle leurs deux vies, à trente ans d’écart, en intercalant l’une dans l’autre. L’objectif avoué du cinéaste étant de ne pas «répéter» son premier opus. On a pourtant le sentiment que Le Parrain II n’est pas un film différent, mais un approfondissement, menant inexorablement à un aboutissement (Le Parrain III, lui aussi non désiré par Coppola). Comme si la trilogie du Parrain avait une vie propre, contre la volonté même de son metteur en scène.

 

 

Dans la première partie, on voit la lente déchéance de Vito et l’ascension de son fils. Dans la deuxième partie, c’est l’exact contraire, et le parallèle est confondant de fluidité et de simplicité. Si l’histoire reste celle de Michael, on retrouve le statut quasi religieux de Vito, petit immigré orphelin qui est à l’origine de tout. Coppola appuie le contraste entre la vie presque héroïque de Vito avec les couleurs éclatantes de la Sicile et des grandes scènes baroques, et celle, monstrueuse et glauque, de son fils aux lumières sombres, et l’atmosphère feutrée et malsaine. Et si, au fond, le flash-back sur la prodigieuse réussite de Vito Corleone n’était pas lui aussi une plongée dans l’inconscient de Michael ? Au terme de sa gloire, Michael revoit à la fois ce qu’il aurait dû être…Un père accompli, un homme respecté et craint et ce qu’il n’a jamais voulu être…Un assassin sans conscience. Pris dans l’étau de cet héritage paternel, Michael ne parvient pas encore à s’en détacher. Et lorsqu’il reviendra sur ses actes passés, il sera déjà trop tard. Mais du moins aura-t-il retrouvé sa conscience perdue.