1969-Western Révolutionnaire

Le western c’était à la télé et en noir et blanc avec des bons Cow-boys blancs, des méchants indiens,  symbolisés par John Wayne. Alors lorsque sort “Il était une fois dans l’Ouest”…

 

 

Sergio Leone…Né le 3 janvier 1929 à Rome où il est mort le 30 avril 1989, est un réalisateur et scénariste italien. Figure majeure du western “spaghetti” il réalise une trilogie des westerns considérés comme des classiques du cinéma, révélateur de Clint Eastwood et du compositeur Ennio Morricone. Il est également célèbre pour sa trilogie ” Il était une fois…” Plusieurs réalisateurs importants reconnaissent l’influence qu’il a eue sur leur travail ou l’admiration qu’ils lui portent, au premier rang desquels Quentin Tarantino. Après la trilogie des westerns (un par an, ils sortirons en France après l’immense succès de son 4ème western, 5ème film) Leone veut adapter The Hoods de Harry Grey qui deviendra “Il était une fois en Amérique”…Mais les producteurs veulent tous que Leone fasse un western. En 1968, il tourne “Il était une fois dans l’Ouest”…La fin d’une grande époque de la conquête de l’Ouest. Le train arrive au bout de l’Ouest, amène la civilisation et le modernisme avec lui et met fin à la conquête. Le film annonce, comme chez Peckinpah, que l’Ouest est mort. Le film est tourné en 14 semaines en Italie, en Espagne et à Monument Valley, aux États-Unis. Le film devait être lié à la trilogie précédente par la première scène. Les trois cow-boys qui accueillent Charles Bronson à sa sortie du train devaient être Clint Eastwood, Lee Van Cleef et Eli Wallach, héros du film “Le Bon, la Brute et le Truand”...Mais Eastwood, ne souhaitait pas mourir dès la première scène du film. Le film entame une nouvelle trilogie, celle des Il était une fois…Distribution XXL avec Claudia Cardinale, Charles Bronson, Henry Fonda, Jason Robards et Gabriele Ferzetti. Le scénario est signé par Leone, Sergio Donati et deux futurs grands, Dario Argento et Bernardo Bertolucci. 

 

Ce film, le premier volet de la trilogie Il était une fois…, permet à Leone de revisiter le mythe de l’Ouest américain et, au nom d’un plus grand souci de réalisme, de lui rendre une vérité altérée par les conventions du cinéma américain. Leone s’est toujours étonné, entre autres reproches qu’il adressait aux westerns classiques, qu’on ne montre pas, par exemple, la réalité de l’impact d’une balle qui faisait un trou énorme dans le corps de la victime. Ou encore qu’on atténue la violence extrême de cette époque qui voyait pourtant un tueur exhiber les oreilles coupées de ses ennemis pour imposer le respect. C’est cependant dans un cercle final, l’arène de la vie, que Leone réunit et enferme ses personnages essentiels et exprime le moment de vérité du film qui se conclut, de façon la plus classique, par le duel inhérent à tout western. 

 

 

 

Chez Sergio Leone sont par ailleurs magnifiés par une mise en scène savante et toujours spectaculaire illustrée d’un accompagnement musical ou sonore expressif. On peut notamment évoquer le début du film, devenu mythique, avec les trois tueurs qui attendent le train et ses gros plans sur des regards, les craquements de doigts, la mouche, les gouttes d’eau tombant sur le chapeau, la roue grinçante de l’éolienne. Si l’on excepte les quelques mots prononcés par le chef de gare dans la première minute du film (mais qui n’obtiennent pas de réponse), les premières paroles ne sont échangées que onze minutes après le début du film, ce qui en fait une des plus longues scènes de silence du cinéma. Cette séquence constitue aussi le plus long générique de l’histoire du cinéma.

 

 

Le film multiplie les savants cadrages et installe dans l’espace les personnages d’une façon souvent saisissante, fréquentes plongées ou contre-plongées, caméra placée sous un angle insolite allongeant, par exemple, les silhouettes ou remplissant l’écran d’yeux présentés en très gros plans. Les combats sont filmés en deux temps comme autant de ballets avec une lente montée de l’attente qui accroît la tension avant que l’exaspération des nerfs n’explose dans les coups de feu.

 

Les scènes d’intérieur sont filmées à Rome à Cinecittà mais aussi plus surprenant la scène de la pendaison du frère aîné de l’homme à l’harmonica…L’arche a été reconstruite, des toiles peintes ont servi de fond au studio et la terre rouge ocre, achetée aux indiens Navajos et importée en Italie, a été répandue sur le sol, apportant ainsi la touche finale de réalisme recherchée pour cette scène capitale. Dans ce film, Claudia Cardinale et Paolo Stoppa font la plus « longue » randonnée de buggy de l’histoire du cinéma. Elle commence, en effet, en Espagne, passe par Monument Valley dans l’Utah et se termine à la ferme des Mac Bain en Espagne.

 

 

 

La musique du film a été composée et dirigée par Ennio Morricone, complice de toujours. Il lui aurait fait refaire le travail vingt fois avant de se déclarer satisfait. La musique était jouée sur le plateau durant le tournage afin de mieux imprégner les acteurs. La bande originale resta très longtemps en tête des hit-parades. Chacun des quatre thèmes principaux est joué à l’apparition d’un personnage du film. L’harmonica désaccordé pour Charles Bronson, une séquence grinçante à base de cordes puis s’étendant à tout un orchestre pour Frank, une phrase très séquencée pour Cheyenne. Pour Jill, une séquence de ragtime, ou une mélodie romantique, avec des voix angéliques. L’accompagnement musical, lui aussi très célèbre de Morricone, accentue les effets, de sorte que la théâtralisation de l’image et la musique très expressive font penser à un grand opéra baroque. La musique et l’image procèdent en effet l’une de l’autre, se nourrissent l’une de l’autre. Il suffit d’évoquer la terrible séquence des deux frères, l’aîné juché sur les épaules de son cadet jouant de l’harmonica, dont toute la force provient précisément de cette alliance intime entre ce qui est montré au travers d’une image te et ce qui est entendu dans une partition musicale allant crescendo. 

 

 

 

Anachronisme…A la préparation du mariage, la fille de McBain chante quelques lignes de Danny Boy, dont les paroles ne datent que de 1910. Le conducteur qui emmène Claudia Cardinale à la ferme cite Charles E. Stenton, La Fayette nous voilà (1917).

 

À l’arrivée de Jill, le cadran de l’horloge de la gare est montré à deux reprises, dans un plan il est neuf, dans un autre il est abîmé. Toujours dans la même scène, Jill, accompagnée de deux porteurs de bagages noirs, passe devant le bâtiment de la gare, et ces deux derniers s’installent avec les bagages sur un banc le long du mur. Après un gros plan sur le visage de Jill, on retrouve les porteurs accroupis sur le bord du quai et non pas assis sur le banc. Avec Jill ils refont le même chemin jusqu’au bâtiment de la gare dans lequel elle entre pour parler au chef de gare et son adjoint.

 

Harmonica rencontre Jill dans le ranch McBain, il a une estafilade à la pommette gauche. Le lendemain lorsqu’il va à la rencontre de Franck, sa pommette est intacte. Dans la scène de la pendaison, Franck met un harmonica écrasé sur la tranche dans la bouche d’Harmonica. Dans les plans suivants le même harmonica est intact, pour apparaître de nouveau écrasé (par les dents qui le serrent) au moment où Harmonica tombe à terre. Sur la scène d’ouverture, Harmonica abat les trois hommes de Franck au début du film, il est fraîchement rasé. Dans la même journée, quand il rencontre Cheyenne seulement quelques heures plus tard, il porte une moustache de plusieurs jours.

 

 

 

1964Pour une poignée de dollars…Un remake d’un film japonais d’Akira Kurosawa “Le Garde du corps”. L’histoire, presque point par point, est transposée du Japon féodal dans un univers western.

 

 

1965 – Et pour quelques dollars de plus…Lee Van Cleef obtient le rôle et rejoins Clint Eastwood et Gian Maria Volonté. Le trio est complété par Klaus Kinski. Leone se documente énormément en consultant des livres sur l’Ouest américain et la Guerre de Sécession empruntés à la Bibliothèque du Congrès de Washington.

 

 

1966 – Le Bon, la Brute et le TruandClint Eastwood est toujours présent Le «bon»…Lee Van Cleef La « brute »…Eli Wallach Le « truand »… A partir partir de ce film Clint Eastwood devient une star aux États-Unis

 

 

1971 – Il était une fois la révolutionMexique 1913. Un pilleur de diligences, Juan Miranda (Rod Steiger) et un Irlandais, membre de l’IRA en fuite, spécialiste en explosifs, John Mallory (James Coburn) complice idéal pour braquer la banque de Mesa Verde qui se révélera plus riche en prisonniers politiques qu’en lingots d’or. Juan et John plongés au cœur de la révolution mexicaine. La scène où la famille de Juan se fait fusiller dans la grotte de San Isidro est une référence au massacre des Fosses ardéatines, où les troupes d’occupation allemandes massacrèrent 335 personnes le 24 mars 1944 en représailles d’une attaque perpétrée la veille dans le centre ville de Rome par des partisans.

 

Dernier western de Sergio Leone…

 

1984 – Once Upon a Time in America… Dernier film, il lui reste 5 ans à vivre…Avec Robert De Niro, James Woods et Treat Williams. Film de gangsters, du temps de la prohibition et l’avènement du gangstérisme. Là encore, c’est aussi la fin d’une époque, Une durée de 251 minutes (version 21 juin 2015). Tournage à New York, Montréal, Paris, Venise, Côme et dans les studios de Cinecittà pendant 30 semaines. 

 

 

 

Sergio Leone meurt soudainement le 30 avril 1989 d’une crise cardiaque à l’âge de 60 ans. Il a réalisé 7 films en 20 ans, révolutionné le western, mis en valeur la musique de film, mélangé un travail artistique sans oublier de plaire au plus grand nombre mais jamais récompensé à la hauteur de que sont ses films.

 

Le cinéma de Leone est facilement identifiable par sa musique, par le format de pellicule utilisé, le techniscope, la grande profondeur de champ par des focales courtes, les travellings arrière d’un détail au plan d’ensemble, les gros plans extrêmes dans les scènes finales des duels, souvent sur les seuls yeux d’un personnage, en alternance avec de grandes vues d’ensemble. La dilatation du temps par la durée du récit supérieure à celle de l’histoire est un trait marquant du style moderne de Leone…De nombreuses scènes d’observation longues, tendues et sans dialogue entre duellistes, une violence hyperbolique des effets dramatiques, l’amplification des détails réalistes et la raréfaction des éléments de l’espace et des individus autour du personnage central. On peut souligner le souci donné aux détails par la minutie du costume, expressionnisme des gestes d’ailleurs raréfiés autour d’affrontement très brutaux dans des espaces désertiques.

 

Parmi les influences que l’on accorde à Leone, John Ford est l’évidence de par le genre western dont ils furent les maîtres ” je suis un pessimiste. Les personnages de Ford, quand ils ouvrent une fenêtre, scrutent toujours à la fin cet horizon plein d’espérance…Les miens au contraire, quand ils ouvrent la fenêtre, ont toujours peur de recevoir une balle entre les deux yeux.”

 

 

 

 

1961 : Le Colosse de Rhodes 

1964 : Pour une poignée de dollars

1965 : Et pour quelques dollars de plus

1966 : Le Bon, la Brute et le Truand

1968 : Il était une fois dans l’Ouest

1971 : Il était une fois la révolution

1984 : Il était une fois en Amérique

 

 

 

 

 

 

 

Pourquoi 50 ans après sa sortie

“Il était une fois dans l’Ouest”

est un chef d’œuvre intact

ANALYSE par Léo Moser – les Inrockuptibles
Premier film de la trilogie des “Il était une fois…” et chef d’œuvre intemporel de Sergio Leone, “Il était une fois dans l’Ouest” n’a pas toujours joui d’une telle réputation. Retour sur l’itinéraire de l’œuvre maîtresse du western-spaghetti. Une gare de fortune au milieu du désert. Sous un soleil de plomb, trois hommes vêtus de cache-poussières attendent patiemment l’arrivée d’un train. Avant que celui-ci n’entre en gare, la caméra s’attarde longuement sur leurs gueules patibulaires, les regards torves qu’ils s’adressent d’un air entendu, et l’expression insondable que dissimulent leurs traits impavides. Cette interminable attente, Sergio Leone en saisit toute la dramaturgie figée, et transforme une longue stase mutique, la séquence excède les dix minutes en un ballet formel et sonore hypnotique. Du vrombissement d’une mouche piégée dans le canon d’un colt, aux gouttes d’eau perlant sur la calotte d’un chapeau, chaque détail infime prend une dimension opératique, le tout rythmé par le sifflement lancinant d’une éolienne grinçante. Et lorsqu’au gré d’une contre-plongée virtuose, le train finit par arriver en gare, c’est d’abord l’air plaintif d’un harmonica qui annonce l’entrée en scène d’un quatrième personnage, tout de blanc vêtu, venu en découdre avec les trois autres. S’ensuivent un échange lapidaire, un face-à-face au zénith, et la mise à feu des charges patiemment disposées dans une fusillade éclair. La poudre a parlé, les trois hommes sont tués, le quatrième blessé. La caméra s’attarde alors, dans un léger travelling arrière, sur l’éolienne et son grincement métronomique, seul son rompant un silence de mort.

 

 

Western spaghetti…Si une séquence devait contenir à elle-seule tout le cinéma de Sergio Leone, ce serait certainement la longue ouverture, devenue mythique, d’Il était une fois dans l’Ouest, chef d’œuvre holistique du cinéma leonien, et point culminant du western-spaghetti. Pourtant, cette appellation culinaire d’un genre cinématographique qu’il a, sinon créé, du moins porté à son pinacle, Sergio Leone la rejeta farouchement. “Ce terme de ‘western-spaghetti’ est l’un des trucs les plus cons que j’ai jamais entendus de ma vie”. Si l’on peut comprendre sa défiance face à cette désignation bouffonne, qui doit son origine à un sarcasme du cinéma américain dissimulant péniblement sa pointe de jalousie, elle a depuis été entérinée, et reste instinctivement associée au cinéma de Leone. Le western méditerranéen, qui connaît un âge d’or flamboyant en Italie entre 1964 et 1973, avec pas moins de 400 westerns réalisés, n’est au final rien d’autre que la réappropriation par des cinéastes européens d’un genre mythique du cinéma américain, alors en perte de vitesse dans ses terres natales. Mais les codes, la grammaire et les intentions du western-spaghetti seront le fait de Leone, chef d’orchestre génial d’un genre qui aura dynamité le cinéma classique hollywoodien et redistribué les cartes.

 

Au début des années 1960, le western connaît un déclin progressif aux Etats-Unis, où il était jusqu’alors un genre roi, et devient, en dépit de quelques derniers succès comme Les Sept Mercenaires, le symbole passéiste d’une Amérique en transformation, qui délaisse les salles de cinéma avec la démocratisation de la télévision, et rêve de changements sociaux. C’est paradoxalement en Europe, et particulièrement dans les studios romains de Cinecittà, et dans les terres asséchées de la Sierra Nevada espagnole, que le genre connaît un second souffle. Après un premier péplum “Le Colosse de Rhodes” 1961 – le jeune Sergio Leone, fils d’un père cinéaste et d’une mère actrice, signe entre 1964 et 1966 la trilogie du dollar (Pour une poignée de dollars, Pour quelques dollars de plus, Le Bon, la Brute et le Truand) qui deviendra la pierre angulaire du western à l’italienne. C’est dépouillé de son manichéisme proverbial, et de sa parabole hagiographique, que renaît le western chez nos voisins transalpins. Il n’est plus question de glorifier les valeurs fondatrices de la nation américaine, largement mythifiées par les cinéastes hollywoodiens classiques, mais de rendre compte de l’âpreté d’une période charnière de l’histoire des Etats-Unis. Les vilains sont encore plus vilains, et les bons plus vraiment bons. Un monde où règnent l’individualisme et l’anomie, où l’ordre est réglé par la poudre, et où la loi en vigueur est celle du plus fort.

 


A l’italienne…Cette réactualisation des fondements du western va de pair avec une réactualisation de sa grammaire visuelle, dont Sergio Leone sera le grand instigateur. Tous les codes narratifs, dramaturgiques et stylistiques du western classique sont accentués jusqu’à les porter à l’incandescence. Le motif du duel, la figure de l’homme mystérieux qui arrive en ville, les cadrages exagérés, la dilatation du temps poussé à son point de rupture deviennent les notions fondatrices du langage cinématographique leonien. Un surlignage formel et une mise en scène baroque qui vaudront aux films de Leone d’être taxés de parodies ingrates et accusés de surplomber avec ironie le western classique en en exacerbant ou détournant les codes, mais dont le vocabulaire virtuose finira par infuser en profondeur le cinéma américain, notamment avec l’émergence du Nouvel Hollywood et sa vague de westerns dits “crépusculaires”.

 

Sa trilogie du dollar connaît un grand succès populaire, notamment en Europe et particulièrement en France, où chaque film dépasse les 4 millions d’entrées, Le Bon, la Brute et le Truand allant jusqu’à cumuler 6,3 millions de tickets écoulés à sa sortie française, hissant Clint Eastwood au rang de star mondial. Si bien que lorsque Leone, après avoir conclu sa trilogie, veut adapter le roman The Hoods de Harry Grey (qui deviendrait plus tard Il était une fois en Amérique), ses producteurs l’incitent à réaliser un autre western. C’est ainsi que naît “Il était une fois dans l’Ouest”, œuvre maîtresse du western selon Leone, et film-somme condensant toutes ses obsessions.

 


Une odeur de poudre…Il y a fort à parier que le public, qui a réservé un accueil tonitruant au film à sa sortie en 1969 (il cumula plus de 14 millions d’entrées en France), ait lui-même participé à l’image de parodiste qui a longtemps collé à Leone, prenant son plaisir dans une sorte de second degré, de vision ironique du western. Pourtant, cinquante ans plus tard, et le temps faisant son effet, “Il était une fois dans l’Ouest” fait moins figure d’objet parodique que de grand film classique, le plus imposant et personnel de son auteur avec Il était une fois en Amérique. Passée l’ouverture magistrale citée en introduction, le film s’empoussière dans une fable noire et corrosive sur un Ouest américain à la croisée des époques, où l’industrialisation galopante des territoires sauvages charrie son lot d’intérêts brumeux et de règlements de comptes sanglants. Leone fait de la lutte d’intérêts pour l’appropriation des terres que traverse la construction du chemin de fer, une odyssée baroque et poisseuse sur la folie des hommes, leur moralité chancelante l’avidité mortifère qui guide leurs actes. La conquête de l’Ouest comme le sanctuaire inviolable des valeurs fondatrices de l’Amérique en prend pour son grade, et Leone oppose à la sauvegarde d’un mythe entretenu par plus d’un demi-siècle de cinéma américain, son goût pour le sacrilège.

 

Le cinéaste substitue au traditionnel “cow-boyscout” initié par John Wayne, la figure du vieux roublard mystérieux, légende poussiéreuse d’un mythe contrefait. Toute la galerie de personnages du film répond à des archétypes identifiés du genre, que Leone détourne en laborantin fou, les disséquant pour mieux les déconstruire. Outre Charles Bronson dans le rôle de l’homme à l’harmonica, vagabond taiseux en quête d’une vengeance dont on découvrira tardivement le motif, Claudia Cardinale, comme toujours fabuleuse, hérite du rôle d’une ancienne prostituée, récente veuve qui découvre la rugosité du Far West, seule personnage féminin et lumineux au sein d’un monde d’hommes (souvent épouvantables), où l’ombre règne sans partage. Henry Fonda, jusqu’alors cantonné aux rôles de héros valeureux, se voit confier la partition à contre-emploi d’un tueur impavide et glaçant, embauché par le patron du chemin de fer pour éliminer tous les obstacles susceptibles d’en enrayer la construction.

 

Co-écrit par Sergio Leone, Sergio Donati, mais aussi Dario Argento et Bernardo Bertolucci (alors à l’aube de leurs carrières de cinéastes), Il était une fois dans l’Ouest mêle à son naturalisme cru (la reconstitution fidèle de l’Ouest américain et la restitution sans fard de sa violence) un symbolisme jamais balourd, qui confère au film une dimension furieusement opératique. La formidable partition d’Ennio Morricone, qui restera longtemps en tête des hit-parades, surligne autant qu’elle motive les envolées formalistes de Leone, chaque thème accompagnant un personnage différent, leur multiple variation épousant leurs états d’âme successifs. D’Ennio Morricone, ancien camarade de classe du cinéaste, presque aussi (si ce n’est plus) célèbre que lui, Sergio Leone disait qu’il n’était pas son musicien, mais son scénariste. L’accompagnement musical, dont les thèmes étaient joués sur le plateau pour mieux imprégner les acteurs, participe à la théâtralisation du film qui l’apparente parfois à un grand opéra baroque.

 

Épilogue…Quand on l’interrogea sur la réappropriation par un Italien du mythe, par essence américain, du western, Sergio Leone, qui avait fait ses armes sur des péplums, déclara…“Agamemnon, Ajax ou Hector sont les archétypes des cow-boys d’hier, égocentriques, indépendants, héroïques, fripouilles, et tout ça en grand, à des dimensions mythiques”. Cette dimension mythique que revêt la conquête de l’Ouest dans les films de Ford ou de Hawks n’a en rien déserté le western-spaghetti selon Leone, mais a vu sa mythologie se déplacer à la faveur d’une relecture assombrie, plus aiguisée et résolument baroque de l’histoire américaine. Et si “Il était une fois dans l’Ouest” a connu un triomphe en Europe, il en va autrement aux Etats-Unis, où il reçut un accueil mitigé. La faute en partie, dit-on, au refus du public américain de voir Henry Fonda dans un rôle de tueur d’enfant. Mais ce rejet doit certainement aussi tenir au dépouillement symbolique par un cinéaste étranger d’un genre historiquement réservé au cinéma américain.

 

Depuis maintenant plusieurs décennies, Sergio Leone est largement reconsidéré par la critique et les cinéastes, qui l’ont finalement adoubé comme l’un des cinéastes les plus importants de son temps, et le réalisateur de chefs d’œuvre intemporels, dont le dernier, Il était une fois en Amérique (qui clôture la trilogie des Il était une fois) est souvent considéré comme l’un des plus grands films de l’histoire du cinéma. En témoigne la sortie ce mercredi d’Il était une fois… à Hollywood de Quentin Tarantino, cinéaste acclamé et adorateur revendiqué de Sergio Leone, qui n’a eu de cesse de rendre hommage à son cinéma, jusqu’à titrer son dernier film en référence à ses films. La boucle est bouclée ?