A/ Né(e) quelque part…

 

Avec beaucoup de pudeur, de sensibilité et de justesse, mais également avec une fermeté vantant les mérites du système autant qu’il en critique les défauts, Pupille est un uppercut qui frappe en plein cœur. La réalisatrice Jeanne Herry approche son sujet avec un style évoluant proche de la fiction documentaire sans trop s’enfermer ni dans les codes de l’un ni dans les codes de l’autre, de sorte à pouvoir avancer avec grâce, émotion et intelligence, racontant un parcours du combattant qui a ses mérites et ses travers, mais où tout le monde se dévoue corps et âme à une mission de sauvetage de ces enfants mal embarqués dans la vie. C’est également parce que Jeanne Herry trouve l’équilibre parfait pour illustrer son propos, utilisant autant les contours du cinéma d’auteur que ceux d’un cinéma plus populairement accessible, de sorte à conjuguer profondeur du détail et émotion universelle autour d’une belle odyssée intimiste. L’assemblage fait ensuite le reste, un sujet captivant abordé via une narration à la « choralité » habile, une mise en scène précise au regard toujours juste, une émotion présente mais jamais forcée, un bon dosage entre tristesse, colère, tendresse et joie, et un vaste collectif de comédiens et comédiennes formidables. Tour à tour drôle ou touchant, Gilles Lellouche impressionne dans l’un de ses meilleurs rôles à ce jour, face à d’excellentes Sandrine Kiberlain, Elodie Bouchez ou Olivia Côte. Magnifique de bout en bout, Pupille est un film à la fois ludique et instructif, traversé par une humanité frissonnante. De prime abord, on pourrait craindre un film parlant d’adoption et de services sociaux mais la caméra de Jeanne Herry explore avec simplicité et délicatesse la complexité du circuit administratif de l’adoption, non pas pour nous plonger dans cette noirceur sociale qu’affectionne tant le cinéma français, mais plutôt pour nous emmener vers la lumière de ce qui pourrait presque être un feel good movie planqué derrière un drame. Mais ce serait trop le réduire et Pupille n’a pas besoin de cela, juste d’être annoncé comme l’un des beaux coups de cœur ciné à venir en décembre, pour clôturer ce qui aura été une belle année pour le cinéma français.

 

Synopsis…Théo est remis à l’adoption par sa mère biologique le jour de sa naissance. C’est un accouchement sous X. La mère à deux mois pour revenir sur sa décision…ou pas. Les services de l’aide sociale à l’enfance et le service adoption se mettent en mouvement. Les uns doivent s’occuper du bébé, le porter dans ce temps suspendu, cette phase d’incertitude. Les autres doivent trouver celle qui deviendra sa mère adoptante. Elle s’appelle Alice et cela fait dix ans qu’elle se bat pour avoir un enfant. Pupille est l’histoire de la rencontre entre Alice, 41 ans, et Théo, trois mois. Le film retrace le parcours d’un bébé, de l’accouchement sous X d’une jeune mère ne souhaitant pas le garder jusqu’à son adoption par une femme monoparentale. Sur son chemin, des infirmières, des assistantes sociales, des conseillers à l’adoption, une famille d’accueil provisoire et quelqu’un qui rêve de lui donner tout son amour.

 

 

 

ENTRETIEN AVEC LA RELISATRICE JEANNE HERRY

 

Quel est le point de départ du film ?

C’est l’appel d’une de mes proches, qui m’a annoncé un jour qu’elle venait d’obtenir un agrément pour adopter un enfant. Je sentais dans ce message une telle euphorie en elle mais en même temps une telle inquiétude de savoir notamment d’où venait le bébé, s’il allait l’accepter en tant que mère, que j ‘avais un peu de mal à en comprendre tous les enjeux qui en résultaient. Et pour essayer de les comprendre, je me suis dit qu’il serait intéressant de montrer dans un film ce cheminement assez particulier qu’on avait peu traité au cinéma, en tout cas pas sous l’angle sous lequel j’avais envie de le traiter. J’ai demandé à cette personne l’autorisation de fouiller le sujet, de rencontrer les intervenants sociaux, étant entendu qu’il n’était pas question que je raconte sa propre histoire. Je suis partie dans le Finistère où j’avais récupéré un ou deux contacts et j’y suis allé plusieurs fois pour avoir une base de départ pour écrire la première version du scénario.

 

Des rencontres avec l’ASE de Bretagne, qu’en avez vous retenu de fondamental pour la mise en place de votre intrigue ?

J’ai assez vite compris que la tâche de ces travailleurs sociaux était de trouver des parents pour un bébé, pas de trouver un enfant pour des parents en manque et ce fut une véritable révélation. J’ai trouvé des dispositifs de fiction intéressants dans la matière documentaire. Tous ces protocoles autour de l’adoption, je les ai trouvés fantastiques, avec un degré de civilisation et de pensée assez formidable.

 

Ce qui marque les esprits avant tout dans Pupille, c’est avant tout la célébration du collectif.

Oui, tout à fait, je l’ai voulu avant tout construire une œuvre chorale qui parle de la beauté et la puissance du travail collectif. Au départ du film, et de toute demande d’adoption, il y a une équation qui est, mine de rien, d’une simplicité évidente, on a au bout d’une chaîne une femme qui ne veut pas de son enfant, et à l’autre bout, une autre femme qui veut un enfant. L’important à mes yeux était de montrer et raconter comment tout un collectif se mobilise et se met en branle pour rendre possible cette équation. Les endroits où les gens pensent et font confiance au collectif me rassurent, et je trouve qu’il n’ y en a plus tant que cela dans notre société actuelle, donc oui, un des objectifs assumés de “Pupille” était bien de mettre ce collectif à l’honneur.

 

Vous mettez en avant le fait de “parler vrai “au bébé. C’était un des messages que vous vouliez faire passer ?

Oui, par la force des choses, j’ai beaucoup aimé aussi, lors des multiples observations que j’ai pu faire pour préparer le film, toutes les séquences de face-à-face, ce fait de parler sans arrêt au bébé. Évidemment, Françoise Dolto est passée par là, et tout ce que je découvrais à ce sujet représentait déjà dans mon imaginaire de potentielles séquences de film à mettre en scène.

 

 

 

Question très pragmatique, ce sont de vrais bébés qui jouent dans le film ?

La plupart du temps oui, ce sont de vrais bébés, disons qu’il a juste fallu pallier les interdictions légales françaises de filmer des bébés de moins de trois mois, donc on est allés tourner en Belgique, où les normes sont moins contraignantes. Après, comme c’est, comme je viens de le dire, un film qui met en scène la réceptivité des bébés au langage verbal, il n’était donc pas question de prendre le moindre risque, de les traumatiser avec des scènes où ils auraient entendu…Ta mère n’a pas voulu de toi…Donc, sur ces séquences potentiellement fortes, les acteurs parlaient tous avec des poupons en plastique…Pour la petite anecdote, dans la scène de la fin, quand Élodie Bouchez rencontre le bébé et se fissure en lui expliquant combien elle est chavirée de rencontrer son fils, elle le dit à un poupon en plastique…C’est d’ailleurs amusant, car en revoyant cette scène à la première projection publique, Élodie avait complètement oublié qu’elle avait tourné avec un ” faux” bébé.

 

En parlant d’Élodie Bouchez, on peut dire que c’est une des vraies révélations de votre formidable casting, cela fait longtemps qu’on ne l’avait pas vu dans un tel rôle, quasiment depuis “la vie révée des anges”.

Ah je ne dirais pas exactement cela, elle a fait quand même quelques beaux rôles ces dernières années, même si c’est vrai qu’on ne la voit pas assez sur grand écran. En tout cas, pour ma part, j’ai choisi Élodie car je trouvait qu’elle était l’actrice idéale pour incarner cette femme très solaire, éclatante, discret petit soldat, forte sans être pour autant une caricature de bulldozer.

 

C’était important pour vous de masculiniser un peu les aidants familiaux avec le personnage de Jean, joué par Gilles Lelouche ?

Oui, c’était essentiel à mes yeux de mettre des touches de “testostérone” dans cet univers effectivement très féminin. C’est pour cela que j’ai choisi un bébé garçon, et également un assistant familial homme. J’avais rencontré un homme au cours de mes recherches en Bretagne, car le métier commence à se masculiniser, et je me suis dit que faire revisiter les gestes du soin apporté à un bébé en les faisant jouer par un homme ’était quelque chose de stimulant et de différent à filmer. Un homme, et si possible un homme un peu viril, qui a incarné une masculinité sans ambiguïté au cinéma. Avec Gilles c’était avant tout l’assurance d’un certain étonnement et également, pour moi et pour le spectateur d’une image d’une force manifeste.

 

Pourquoi avoir finalement pour ce titre “Pupille”, qui me semble plus pertinent, ne serait-ce que par son double sens évident.

Pendant près de deux ans je me suis pourtant solidement accrochée à un autre titre, c’était celui qui était toute la durée du tournage…Pourtant, “les champs de fleurs”, cela fait référence à un dialogue du film, et je l’aime vraiment bien; mais bon, j’avais un peu peur aussi que comme je l’ai connu pour “elle l’adore”, les gens se trompent et disent régulièrement un autre titre. Au moins “Pupille”, il n’y a pas de risques de se tromper et je vous l’accorde, le double sens de ce titre est intéressant. Je portais beaucoup d’attention, lors du tournage, à la place de mon regard et d’ailleurs, je me suis demandé tout au long de la réalisation quel était mon point de vue sur chaque séquence, et d’où regarder chaque situation et chaque personnage. “Pupille” est un film sur la nécessité du langage, comme vous l’avez fait justement remarquer, mais aussi sur l’importance du regard, et j’espère que les spectateurs y seront sensibles.

 

Le parcours propose deux originalités, la femme adoptante, est célibataire et la “nounou” qui s’occupe du nourrisson pendant le temps de transition est un homme, pourquoi ces choix ?

Une femme célibataire parce que je trouvais l’équation, du point de vue de la fiction, plus pure quelque part. C’est une femme seule qui remet son enfant et une femme seule qui va le récupérer, il y avait quelque chose d’assez pur là-dedans qu’il m’intéressait d’explorer même si ce n’est pas le cas le plus probable dans la vie puisque les familles monoparentales ont encore beaucoup de mal à adopter, j’ai voulu explorer l’impossible. Et le film aurait été pour moi incomplet sans aucune masculinité dans le parcours décrit. Il est vrai que dans la vie, c’est un parcours souvent très féminin mais il y a des hommes aussi.

 

Et puis il y avait ce fameux Jean qui existe !

Oui, un homme que j’ai rencontré et qui est vraiment assistant familial. C’est vrai que je savais que ce serait un film avec beaucoup d’actrices, beaucoup de féminité diverse et je voulais m’amuser à écrire ce personnage d’homme, une sorte d’idéal masculin, et Gilles s’est imposé rapidement avec son corps, sa solidité et sa sensualité. Pour moi le personnage tient plus de mon père, de moi et de mon amoureux, c’est un mélange. Mais le fait d’avoir rencontré un homme assistant familial m’a confortée dans l’idée que c’était possible et que c’était très intéressant.

 

On imagine qu’il y a eu un grand travail de documentation…

Énorme ! Des rencontres pendant plusieurs mois pour essayer de comprendre exactement la fonction, la mission, les outils de travail de chacun au sein de ce collectif qui prend en charge Théo, le bébé et va trouver la mère adoptive, Alice. J’ai beaucoup ingéré, puis digéré, pour tout bien comprendre et pouvoir après partir sur de la fiction pur jus. En exposant un cadre pas pour l’exposer mais pour y insérer une partition romanesque pour les acteurs.

 

 

On se rend compte que, chacun ayant sa mission, son rôle, il y a de nombreuses frictions pendant tout ce parcours…

Lorsque des êtres humains travaillent ensemble, qui sont fatigués, qui vivent des choses, et qui ont leurs vies, cela communique beaucoup. Tout passe par la parole. La parole est une action pour les travailleurs sociaux. Comme dans la vie selon moi. C’est leur outil de travail pour accompagner, pour convaincre, pour dire oui ou non. Ils sont missionnés, c’est le terme, mais on a rendu ce mot un peu vide de sens alors qu’une mission, c’est fort, le mot contient l’aventure et la difficulté, ce que j’ai rencontré sur le terrain. Et j’ai voulu raconter des services où les gens s’entendent bien, qui ne sont pas trop minés et où les choses fonctionnent bien. Je voulais un service fluide et doux et un autre où on sent que ça bastonne un petit peu. C’était pour les caractériser un peu et puis c’est amusant d’écrire des scènes de conflit.

 

Et à jouer c’est extraordinaire !

Elle a tellement été bonne ! C’était long cette séquence de choix des dossiers et c’était une des scènes climax qui, si elle était ratée, donnait un film boiteux. La partition d’Olivia était assez exigeante et la scène longue à tourner parce qu’il y avait beaucoup de protagonistes. Elle a tenu la baraque pendant plus de 4h !

 

Olivia est mère de 4 enfants et notamment quand elle refuse une adoption à un couple qu’elle n’estime pas prêt…

Elle a quatre enfants ! Mais oui, je redoutais beaucoup cette scène, j’avais peur que mon empathie naturelle et sur-développée prenne le pas et colore cette scène. Jeanne a été super avec moi car elle me connaît bien et elle me recentrait sur la mission…“Tu sais que tu as raison, que ton personnage est juste donc il faut que tu sois ferme !“. Pas une dureté mais une distance et pas d’imperméabilité, mais refuser d’être atteinte par les larmes. Les choses sont bien faites, elle n’a pas un pouvoir particulier par rapport à ces gens, son rôle c’est de donner un avis. Ils peuvent redemander une évaluation derrière. C’est le collectif qui est le garde-fou de tout le monde. Toutes les observations croisées font que les protections existent.

 

Comment avez-vous mis cela en place et notamment dans le choix des comédiennes et comédiens ?

Dès le départ l’objectif était de faire un film sur le triomphe du collectif. C’est un écho à ce que j’ai ressenti sur mon premier long métrage avec un collectif bouleversant, que j’ai aimé très fort, qui m’a portée, soutenue. Je me suis gorgée de cela avant de me lancer dans l’écriture et le sujet, l’adoption, permettait vraiment de raconter ça de façon encore plus vaste. Il faut avoir des acteurs qui acceptent ce jeu-là, celui du collectif, ce qui a été le cas de tout le monde, se mettre au service de l’histoire comme leurs personnages se mettent au service de Théo et de l’État. Il faut composer comme avec des couleurs, on voit ce qui va ensemble, ce qui fait ressortir l’autre couleur. Et monter, c’est couper, sinon le film ferait 2h30, il faut garder un équilibre et travailler sur ce qu’on veut rendre saillant. Tout est affaire d’équilibre.

 

Vous faites le constat d’une sorte de malentendu sociétal sur l’adoption. Comment ont réagi les services concernés à la vision du film ?

L’idée c’est de trouver des parents à des enfants, et, dans les faits ils se retrouvent à accompagner des gens qui estiment que leur boulot est de leur trouver un enfant, il y a un malentendu profond à ce sujet. Quand j’ai compris ça, j’ai eu l’impression de mettre une lampe torche sur un trou noir. La vérité profonde, c’est qu’une adoption c’est la rencontre de deux histoires et toutes les histoires d’enfants ne “matchent” pas avec les histoires de grands, il faut pouvoir accrocher les deux histoires. Les personnes du milieu de l’adoption commencent à s’emparer du film et m’en parlent comme d’un très bon outil pour eux et il n’y a rien qui puisse me faire plus plaisir ! Le mot outil est pour moi hyper noble, fort et utile. Que des professionnels de l’adoption me disent à moi qu’il faut que toutes les personnes du secteur voient le film, c’est drôle et c’est comme un relai. Je me suis intéressée à eux avec beaucoup de sincérité et d’attention, ceux que j’ai rencontrés se sont racontés avec énormément de précision et de générosité et là, c’est comme si je leur rendais quelque chose. C’est un échange et c’est chouette !

 

 

 

UN AUTRE AVIS…Il y a quatre ans, Jeanne Herry signait Elle l’adore un audacieux premier film entre la comédie et le thriller, dans lequel Sandrine Kiberlain incarnait une fan hystérique d’un chanteur, campé par Laurent Lafitte, prête à tout pour être auprès de lui…Jusqu’à couvrir la mort accidentelle de sa compagne. Alors qu’elle s’attaquera bientôt au remake de l’excellente série comique Fleabag avec Camille Cottin à sa tête, la jeune réalisatrice fait son retour cette année dans un registre en apparence beaucoup moins léger. Avec Pupille, Jeanne Herry nous dévoile le parcours tumultueux d’un bébé né sous X. De la non-reconnaissance de sa mère à son placement en famille d’accueil, jusqu’à son adoption en bonne et due forme, ce film frôle parfois même le documentaire. Ce qui n’empêche pas pour autant l’émotion, l’humour et l’espoir de jaillir malgré la froideur administrative apparente. À première vue, le film a de quoi décontenancer, là où certains films occulteraient une bonne partie des procédures administratives entourant l’abandon d’un enfant, Jeanne Herry nous la fait vivre étape par étape. Le tout en filmant ses personnages au plus près, à l’affût de leur moindre réaction, ou émotion. Cette jeune mère dépassée par ce qui lui arrive, décidée à ne pas garder son fils…La première grande réussite du film, c’est par la longueur de ces scènes, fortement dialoguées, presque artificiellement puisqu’il s’agit de respecter une procédure pré-établie, est toutefois nécessaire. Parce qu’il nous faut comprendre ce geste et ces conséquences autant pour la mère que le spectateur. Le tout est de trouver cet équilibre entre l’administratif et l’humain. Et ça, Jeanne Herry le trouve avec merveille. À partir de cet abandon s’enclenche toute une machinerie, mais aussi la collision inespérée entre diverses personnes, dont l’objectif premier sera de “trouver les meilleurs parents possible” à ce nouveau né…

 

 

 

…La caméra de Jeanne Herry gravite donc autour de ce petit Théo, mais aussi de tous ces autres personnages qui ont à cœur de lui offrir la meilleure vie possible. Parce qu’on ne change pas une équipe qui gagne, la réalisatrice retrouve notamment Sandrine Kiberlain, dans le rôle d’une assistante sociale des plus attachantes et ce malgré son addiction aux bonbons ! Après l’aspect un peu frappadingue de son personnage dans Elle l’adore, l’actrice a cette fois ce tic : mâchouiller constamment quelque chose, jusqu’à en agacer certains. C’est pourtant le genre de petit détail qui rend son personnage encore plus vraisemblable, et qui permet aussi à l’humour de Jeanne Herry de se faire une petite place malgré la gravité de la situation. Comme Olivia Côte, autre comédienne favorite de la réalisatrice, qui se charge de mener à bien la demande d’adoption portée par Alice Langlois, mère célibataire campée avec brio par Elodie Bouchez. Entre ces personnages gravite aussi celui de Gilles Lellouche qui s’illustre dans un registre plus dramatique qu’à l’accoutumée. Sa vie, c’est héberger des enfants en difficulté, faire famille d’accueil. Les jeunes enfants ou les adolescents, il connaît et il n’en peut plus. Les bébés, beaucoup moins ! Si l’histoire du petit Théo est une rencontre entre une mère en devenir et son futur fils, elle permet aussi à chacun de ces personnages d’en apprendre plus sur soi. Les flash-backs expliquant la situation d’Alice alourdissent quelque peu la durée du film mais ils témoignent encore de la dureté de la procédure lorsqu’un adulte souhaite à tout prix devenir un parent. Il apparaît toujours chez Jeanne Herry ce même désir d’être dans l’humain, au plus proche de ses personnages, et de tous leur apporter une lueur d’espoir suite à cette rencontre. Ce sans jugement aucun envers la mère qui fait le choix d’abandonner son enfant. Pupille reste dans la neutralité la plus totale, mais parvient pourtant à créer une émotion des plus pures. Une finesse qui resplendit autant dans l’écriture que dans l’interprétation.