John Wayne & John Ford

A Deux c’est Mieux ! L’histoire du cinéma est riche de collaborations intenses et fructueuses entre un réalisateur et un acteur, le premier projetant sur le second tous ses désirs, toutes ses envies, le modelant à sa guise dans un travail de grande confiance. Retrouvez douze différentes, mythiques et passionnantes collaborations jusqu’à la fusion des idées et de leurs expression.            

 

 

 

Josef Von Sternberg & Marlene Dietrich. 7 Films…

 

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Ce que l’on remarque avant tout, c’est à quel point Josef Von Sternberg et Marlene Dietrich ont vite tourné ensemble pour sortir finalement usés de cette relation. En l’espace de cinq ans, entre 1930 et 1935, le duo tourna sept films ! C’est une des plus intenses collaborations de l’histoire du cinéma, une flamme qui brilla vivement. Dès qu’ils se sont trouvés, ils se sont tout donné et en peu de temps, ils ont sorti tout ce qu’ils pouvaient sortir de leur travail ensemble de la façon la plus étonnante possible.

 

Quand Sternberg rencontre Dietrich durant la préparation de L’Ange Bleu, Marlene est encore une inconnue. Elle a tourné mais seulement en Allemagne et dans des rôles secondaires. En l’espace d’un film et d’une scène…Marlene Dietrich, haut-de-forme sur la tête, jambes apparentes, chanter Je suis faite pour l’amour de la tête aux pieds pour succomber à son charme, le mythe est créé. Le succès du film est immense et fait de Dietrich une star. Mais si Sternberg a toujours clamé que c’était lui qui a créé de toutes pièces le mythe de Marlene Dietrich, il va sans dire que la réalité est plus compliquée que ça. Sternberg n’a finalement fait que projeter une image de son désir sur Marlene mais n’a jamais profondément changé la nature de l’actrice. S’il a été attiré par elle, c’est bien pour ce qu’elle dégage à l’écran, cette assurance, ce calme sensuel, cette ambiguïté sexuelle permanente, cette capacité à souffler le chaud et le froid en l’espace d’un battement de cil. Dans La Femme et le Pantin, la première apparition de Marlene se fait en plein carnaval, elle se tient devant des ballons qui se font malicieusement éclater par un de ses prétendants. Sur le tournage, c’est Sternberg en personne qui tire sur les ballons derrière Marlene. Malgré tout, Marlene ne cille pas. Et réclamera même de refaire la prise plusieurs fois, pour être sûre de ne laisser rien paraître, pas même un frémissement de la lèvre…Il va donc sans dire que si Marlene Dietrich ne serait rien sans Josef Von Sternberg, l’inverse est réciproque et les deux ont créé leur mythe ensemble, chacun servant l’autre suivant ses désirs.

 

 

 

 

Suite au succès de L’Ange Bleu, ils enchaînent aussitôt avec Cœurs Brûlés en 1930, Agent X27 et Shanghaï Express en 1931, Vénus Blonde en 1932, L’Impératrice Rouge en 1934 et La Femme et le Pantin en 1935. Chaque fois le film est différent mais il est le même. Marlene est toujours le cœur du film, la cible du désir de tous les hommes. Sternberg façonne son mythe de femme fatale, inaccessible, inatteignable, sans cesse changeante. Au fil des films, elle apparaît sous tous les costumes possibles et imaginables…Chanteuse de cabaret bien sûr, prostituée, espionne, impératrice, androgyne, masquée et même dissimulée derrière un costume de gorille dans un numéro musical de Vénus Blonde. A chaque film, les costumes et les coiffures sont de plus en plus audacieux, les plans sont de plus en plus iconiques…Marlene se regardant dans le sabre d’un soldat avant d’être fusillée dans Agent X27, Marlene priant dans Shanghaï Express. De fait, le style de Sternberg est immédiatement reconnaissable et le cinéaste n’a de cesse de composer d’incroyables plans, jouant avec la lumière et ses décors. On reconnaît ainsi la patte Sternberg au gigantisme de ses décors…Ceux de L’Impératrice Rouge sont particulièrement fascinants et à la composition de son cadre, toujours surchargé en objets, en personnages, en bouts de décors. La nature a horreur du vide, Sternberg aussi et c’est ainsi que l’œil de son spectateur ne sait plus où donner de la tête dès que surgit une nouvelle séquence. Derrière cette débauche formelle se cache cependant une véritable émotion. On a trop souvent retenu Sternberg comme un maniériste un peu froid, un cinéaste aimant à dépouiller ses acteurs de leurs mauvaises habitudes mais l’iconographie incessante qu’il fait de Marlene Dietrich ne se fait pas simplement pour le pur plaisir formel. Car ses films sont toujours axés sur le désir et l’amour et dégagent donc une véritable émotion, émaillée par de véritables enjeux. Fasciné par l’exotisme de l’Orient qu’il considère avec un regard beaucoup moins bêtement caricaturé que certains de ses collègues de l’époque, en témoigne la façon dont les personnages asiatiques sont finement écrits dans Shanghaï Express, Sternberg aime à emmener son spectateur dans un ailleurs, un monde auquel il n’a jamais été confronté. C’est cette invitation, doublée au caractère insaisissable des personnages composés par Marlene Dietrich qui font de ses films une véritable réussite, un réceptacle du désir, racontant finalement toujours la même histoire, celle d’un homme aimant une femme qui l’aime en retour mais qui est néanmoins incapable de rester en place.

 

 

 

 

Tous ces éléments et toute la relation unissant Sternberg à Dietrich trouvent leur paroxysme dans La Femme et le Pantin, leur dernière collaboration. A ce stade de leurs carrières respectives, Sternberg et Dietrich ont dit tout ce qu’ils avaient à dire ensemble. Ils savent que c’est la dernière fois qu’ils tournent ensemble et que leur relation exclusive au point tel que le mari de Dietrich était jaloux de Sternberg a atteint ses limites. Sternberg met alors tout ce qu’il a à dire dans La Femme et le Pantin, s’amusant à revisiter des séquences déjà présentes dans d’autres films. Cette dernière collaboration, adaptée d’un roman de Pierre Louÿs, beaucoup la jugent très personnelle car le personnage principal du film, fou de désir pour le personnage de Marlene, la pourchassant sans cesse, ressemble physiquement à Sternberg. Le cinéaste avoue-t-il son désir jamais assouvi pour son actrice ? En tout cas c’est le film où Marlene apparaît la plus changeante. A chacune de ses apparitions, elle donne l’impression de jouer un personnage différent, s’amusant avec son image, tantôt mutine, tantôt naïve, tantôt impitoyable, tantôt émue, tantôt glaciale. Cette dernière collaboration marquera évidemment un tournant dans la carrière des deux complices. Sternberg ne retrouva plus jamais la grâce de ses films avec Marlene. Elle, de son côté, s’aventura chez d’autres grands cinéastes comme Ernst Lubitsch, Billy Wilder, Alfred Hitchcock, Fritz Lang, Orson Welles mais ne se réinventa jamais comme elle l’était chez Sternberg. Sa fille Maria Riva le dit elle-même, elle ne recréa plus son image, elle ne fit que la perpétuer. Une perpétuation néanmoins pleine de grâce et d’élégance. De fait, aucune actrice n’est jamais arrivée à la cheville de Marlene Dietrich. Les studios comme les cinéphiles ont eu beau chercher une nouvelle actrice capable d’être la nouvelle Marlene, ça s’est vite avéré impossible. A l’heure où la plupart des acteurs et actrices sont interchangeables, Marlene Dietrich a créé un rayonnement unique sur l’histoire du cinéma, imposant son regard, sa voix, ses manières et son corps. Rarement actrice aura été entourée d’une telle aura, d’un tel mythe. Il faut dire qu’elle a trouvé en Josef Von Sternberg le pygmalion idéal, un homme intransigeant mais passionnant qui fit de son désir pour elle le désir de tous les spectateurs de ses films. La relation les unissant, fusionnelle et intense, l’une des plus intéressantes de l’histoire du cinéma et à ce titre, il est intéressant de regarder les films qu’ils ont tourné dans l’ordre chronologique pour se rendre compte de leur évolution ensemble et de comprendre à quel point Sternberg et Dietrich avaient déjà tout dit sur le désir.

 

 

 

 

 

 

 

John Ford & John Wayne. 18 Films – 8 Westerns…

 

John Wayne, sous la direction de John Ford qui l’a imposé comme la figure iconique du cow-boy Hollywoodien. Ensemble, ils ont tourné…La chevauchée fantastique, Le massacre de Fort Apache, La charge Héroïque, Rio Grande, Le fils du désert, L’homme qui tua Liberty Valance, La prisonnière du désert et La conquête de l’ouest. Acteur de série B abonné aux rôles médiocres, John Wayne a été littéralement sauvé par John Ford qui l’a imposé en 1938 dans La chevauchée Fantastique. Pendant le tournage, le réalisateur tyrannise son acteur pour corriger sa façon de jouer, de parler et même de marcher…Je l’aurais tué, il me mettait en rage, mais Ford savait ce qu’il faisait. Il savait que j’avais honte d’être un cow-boy de westerns de séries B et de me retrouver là, en compagnie de ces grandes vedettes. Le film est un énorme succès et est sept fois nommé aux Oscars.

 

Dix ans plus tard, John Ford réalise une trilogie consacrée à la cavalerie américaine, Le massacre de Fort Apache avec Henry Fonda et John Wayne en officier pacifiste et humaniste. Il enchaine  avec Le fils du désert, qui met en scène trois desperados et…un couffin. La trilogie de la cavalerie se poursuit avec La charge héroïque en 1949 et Rio Grande en 1950 qui marque la rencontre de John Wayne Maureen O’Hara, sa partenaire fétiche. En 1956, La prisonnière du désert, aujourd’hui considéré comme l’un des plus grand western de tous les temps, offre à l’acteur un personnage sombre et violent, engagé dans une quête obsessionnelle pour retrouver sa nièce enlevée par les Comanches. John Wayne a été tellement marqué par le film qu’il appelé l’un de ses fils Ethan, en souvenir de son rôle. Le dernier western tourné par les deux John en 1962 est aussi l’un des plus célèbres. Dans L’homme qui tua Liberty Valance, où il représente la force du colt, face James Stewart, qui croit au pouvoir de la loi, ce dernier lance cette réplique entrée dans la légende du 7ème Art…

 

Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende !

 

 

 

 

 

 

 

Federico Fellini & Marcello Mastroianni. 6 Films…

 

 

 

Federico,

 

C’est ça, le cinéma ! Un cinéaste qui prend tout au sérieux me semble un peu ridicule. Fellini, quand il tourne, s’excite, s’amuse comme un « vitelloni ». Il fait des choses extraordinaires mais ne prend jamais l’attitude du Poète. Au cinéma, c’est très facile d’emmerder le monde avec sérieux. Il faut vivre, il faut rire ! Fellini. Jamais il ne me demande de réfléchir sur un personnage, ce qui serait me prendre pour un imbécile. Je le vois, on se parle, je le fréquente et l’observe, alors, qu’est-ce que je dois étudier ? Il me connaît, il sait que je suis très disponible et qu’il peut me demander ce qu’il veut. Il sait que je ne considère pas mon métier comme un sacerdoce. Ce qu’il me demande, c’est d’être là, présent. Le jour où il m’a proposé de jouer dans La Dolce Vita, il m’a dit…J’ai fait appel à vous parce que j’ai besoin d’un visage quelconque. Le producteur insiste pour que je prenne Paul Newman, mais, malgré toute l’admiration que je lui porte, il ne fait pas du tout mon affaire. Moi, j’ai pris cela comme un compliment car ceux qui ont « une gueule » sont comparables à des animaux de cirque, ils sont choisis pour leur pittoresque extérieur.

 

 

Fellini, est extraordinaire ! Un chef d’orchestre de génie obtient toujours le maximum de son premier violon. J’ajoute qu’avec lui je prends le maximum de plaisir à travailler, parce que je m’amuse. Il dit de ses films ce que disait Tchekhov de ses pièces « Ce sont des comédies. » Je lui apporte seulement la connaissance que j’ai de lui. En Italie, les metteurs en scène se fatiguent à tout vous expliquer. Inutilement. On fait du cinéma, pas du théâtre. Au cinéma, le scénario, la psychologie, comptent moins que l’ensemble des formes et des mouvements qui composent le récit. Donc, il faut se laisser aller, ignorer ou oublier les sentiments profonds qu’on est censé exprimer, arriver sur le plateau de tournage en toute innocence. C’est un point de vue que l’on trouvera peut-être superficiel, mais tous les comédiens que je connais le partagent…Gassman, Tognazzi Est-ce le fait de l’approximation à l’italienne ? En tout cas, c’est quelquefois grâce à cette attitude de disponibilité que l’on trouve spontanément des accents de vérité. J’adore le cinéma italien et j’ai toujours admiré la comédie à l’italienne, qui ne date pas d’aujourd’hui. Rappelez-vous des vieux films de Blasetti, ou Dimanche d’août de Luciano Emmer. Je soutiens que dans ce pays, l’unique forme d’art ou d’expression qui a eu quelque efficacité dans la dénonciation, qui a su châtier les mœurs en riant comme Pulcinella, c’est le cinéma. Les écrivains n’ont pas aussi bien réussi à le faire. Il ne faut donc mettre dans la formule « comédie à l’italienne » aucune nuance de dérision ou de mépris. C’est une des rares choses un peu sérieuses qu’ait produites l’Italie depuis longtemps…

Marcello Mastroianni

 

 

 

 

 

 

Marcello,

 

Il est plus qu’un acteur, il est mon ami, une sorte d’excroissance de mon bras qui s’allonge, devient visage humain et s’inscrit dans le cadre de l’écran. Il m’est difficile de parler de Marcello en termes professionnels et non sentimentaux. C’est toujours l’image du copain, de la camaraderie “viteIlonienne” qui recouvre les autres. Cela dit, j’aimerais quand même lui rendre justice en tant qu’acteur. Il est d’une subtilité remarquable, même ses limites, il les transforme en qualités. Son caractère mouvant, moelleux, fluide, malléable, incertain, lui confère l’aisance indispensable pour se glisser dans les personnages. Jamais rigide, ni crispé, à peine individualisé.

 

 

 

Marcello est un ambassadeur, un trait d’union, un ami du spectateur. C’est l’Italien sympathique sur qui on projette ce qu’il y a de meilleur en nous mais aussi à qui l’on pardonne les défauts parce qu’ils sont les nôtres. Il possède une plasticité, une tolérance admirables, il donne toujours l’impression de pouvoir s’améliorer, de pouvoir rompre avec de vilaines habitudes. Cela nous fait plaisir parce que, nous aussi, nous cherchons à changer, à liquider les restes de notre adolescence. Par sa présence sur l’écran, Marcello nous comprend et nous absout. Il crée un lien de complicité profonde. De plus, il fait preuve d’une résistance étonnante aux modes et au temps…Il a traversé le néoréalisme, le post-réalisme, la comédie à l’italienne, les films engagés, l’incommunicabilité, l’autobiographie de Fellini, La Dolce Vita…Aucune de ces épreuves ne l’a entamé, appauvri ou dégradé. Marcello est différent des Tognazzi, Manfredi, Sordi. Ceux-ci donnent l’impression de n’avoir jamais ouvert un livre. Alors que Marcello, lui, serait capable, avant de s’endormir, de prendre un bouquin, qu’il tiendra peut-être à l’envers mais qui lui conférera quelque chose de touchant, une sorte de mélancolie intellectuelle…Je crois qu’il est l’acteur le plus intelligent que j’aie connu. Il possède la véritable intelligence, qui n’est pas culture de l’intellect mais tolérance et compréhension de la créature humaine, de soi-même, des autres. C’est pour cette raison qu’on ne lui demande si souvent rien d’autre que sa disponibilité, sa délicatesse, sa complicité. Tout le reste n’est qu’anecdote. On le dit paresseux, on prétend qu’il ne lit jamais les scénarios de mes films. D’abord, ces scénarios n’existent pas toujours et il est tout à fait capable d’apprendre “au rasoir” trois pages dactylographiées qu’on lui donne à la dernière minute. On lui reproche aussi, quand il travaille avec moi, de rester en dehors de l’aventure du film, mais c’est pour sauvegarder une attitude de curiosité et d’amusement. Il veut être surpris en même temps que le personnage. C’est le chef-d’œuvre de la ruse.

Federico Fellini

 

 

 

 

 

 

 

John Cassavetes & Gena Rowlands. 7 Films…

l’homme qui comprenait les femmes

 

 

Muse indéfectible de son mari, pour qui elle a notamment tourne les chefs-d’œuvre, Gena Rowlands était pourtant maintenue dans le secret et Cassavetes ne lui parlait jamais des rôles qu’il écrivait pour elle. L’actrice qui fut durant 25 ans l’épouse et la muse de John Cassavetes, évoque dans un entretien la figure “unique” du cinéaste, l’immense liberté qu’il offrait à ses acteurs, sa surprenante compréhension des femmes…et la seule fois qu’elle lui a dit non. Elle assure ne jamais revoir les films de son ancien mari…Je ne les regarde pas, c’est trop émouvant, mais je pourrais vous les raconter plan par plan, car je m’en souviens parfaitement. John Cassavetes, était un artiste unique. Il aimait tellement les acteurs…Il nous donnait une liberté énorme. Le cinéaste donnait aux acteurs l’entière responsabilité de leur rôle. Quand un acteur venait le voir avec une question, il disait…J’ai écrit le scénario, je te l’ai donné, tu l’as accepté, maintenant tu es la personne la mieux placée au monde pour savoir qui est ce personnage. C’était très excitant parce que toute la responsabilité du rôle reposait sur vos épaules. Son travail avec les comédiens était aussi marqué par des phases d’improvisation surtout dans Shadows, car tous les films qui suivirent étaient scrupuleusement scénarisés et par une absence de répétitions, pour encourager la “fraîcheur” du jeu…On ne répétait pas mais on faisait une lecture du scénario avant le tournage, John n’aimait pas non plus que les acteurs se parlent de leurs personnages. Dans la vraie vie, vous ne savez pas ce que les gens vont dire. Votre personnage non plus.

 

 

 

 

Elle n’est autre qu’une “étoile nue, comme Jean Seberg. Devenue le porte-étendard d’une certaine vision du 7e art défendue par son mari un cinéma libertaire et affranchi de toutes les contraintes d’Hollywood, Gena Rowlands a eu mille vies, à l’écran comme à la ville. Passée des productions ultra calibrées des studios aux tournages à l’arrachée de son mari, de la tête d’affiche de pièces de Broadway à l’éducation seule à la maison de ses trois enfants, la prostituée de Faces (1968) incarne, pour sa biographe, une Lauren Bacall tombée dans le monde ordinaire, usée d’avoir tant servi. Le couple formé par Gena Rowlands et John Cassavetes, jusqu’à la mort de ce dernier en 1989, à l’âge de 59 ans, fut l’un des plus féconds de l’histoire du cinéma. Leurs trois enfants, Nick, Alexandra et Zoe, ont d’ailleurs repris le flambeau et sont tous acteurs et réalisateurs. Muse indéfectible de son mari, pour qui elle a notamment tourné les chefs-d’œuvre. La surprise était totale…Elle assure n’avoir jamais dit non à un rôle écrit par Cassavetes, à une exception près: celui de Mabel dans Une femme sous influence, d’abord écrit pour le théâtre et qu’elle incarnera finalement pour le grand écran…Je voyais bien en le lisant que ce serait trop difficile à faire sur scène tous les soirs. C’était un rôle très physique, j’ai dit à John…Tu sais, je vais mourir d’épuisement. Il m’a dit qu’il allait arranger ça. Il est revenu trois semaines plus tard avec une nouvelle version pour le cinéma où il avait gardé le personnage mais changé l’action, pour que l’intensité émotionnelle soit plus répartie. Dans ce film comme dans tant d’autres de sa filmographie, Cassavetes mettait à nu la sensibilité féminine comme peu de cinéastes y parviendront…J’ai toujours été surprise de la connaissance qu’avait John des sentiments féminins, de sa profonde tendresse pour les personnages de femmes, il touchait à des choses auxquelles les femmes pensent, mais qu’on n’attend pas d’un homme.

 

Elle et son mari ont hypothéqué plusieurs fois leur maison pour que ce dernier puisse faire des films, il semblerait que dans le couple Cassavetes/Rowlands, la frontière entre vie professionnelle et vie privée n’existe pas.

 

 

 

 

Sergio Leone & Clint Eastwood. 3 Films…

 

 

 

 

Son film Il était une fois dans l’Ouest aurait pu marquer leur retrouvailles. À l’inverse, le film a éloigné le réalisateur et le comédien…Après la trilogie du dollar, Sergio Leone en entame une deuxième en 1968 avec Il était une fois dans l’Ouest qui sera suivi par Il était une fois la révolution et Il était une fois en Amérique. Trois films pour évoquer l’évolution sanglante des États-Unis et du Mexique. En Europe, c’est un immense succès, exploité pendant de nombreuses années, le long-métrage totalise 15 millions d’entrées en France. Sans le refus de Clint Eastwood, et celui de James Coburn, la carrière de Charles Bronson aurait probablement été bien différente. N’ayant pas encore acquis la notoriété qu’on lui connaît outre-Atlantique, le futur interprète de L’Inspecteur Harry aurait refusé d’incarner Harmonica pour se faire une place à Hollywood. Il entame à l’époque une collaboration avec Don Siegel sur Un shérif à New York, et tourne dans le western Pendez-les haut et court ainsi que dans le film de guerre Quand les aigles attaquent.

 

 

 

 

 

Durant la préparation de son film Il était une fois dans l’Ouest Sergio Leone se serait rendu aux États-Unis pour présenter le projet à Clint Eastwood. Mais la rencontre ne se passe pas du tout comme il l’espèrait…Leone adorait avec raison la séquence d’ouverture du film, où trois as de la gâchette attendaient l’arrivée d’Harmonica dans une gare et se lançaient dans une mémorable et subtilement satirique affaire de western. Devant un Clint qui commençait à s’impatienter, il se concentra sur une mouche capturée dans le canon du pistolet du personnage qui serait joué par l’iconique Jack Elam…Il lui a fallu un quart d’heure pour décrire ce passage…Attends une minute, où est-ce que ça nous mène, tout ça ? Mais Leone n’aimait pas qu’on le bouscule…Une autre version moins documentée, prétend que Sergio Leone aurait voulu confier les rôles des trois hommes qui attendent Harmonica à la gare à Clint Eastwood, Lee Van Cleef et Eli Wallach, le trio de Le Bon, la brute et le truand. Mais le premier aurait refusé, n’acceptant pas de mourir dès les premières minutes du long-métrage.

 

 

 

 

Le réalisateur et la star d’Impitoyable ne se parlent plus pendant de longues années après ça. Le premier finit même par critiquer le manque d’expressivité du second. Jusqu’à un ultime rendez-vous en 1988, quelques mois avant le décès de Sergio Leone. Interrogé en 2009 pour la sortie de Gran Torino, Clint Eastwood se remémore leurs retrouvailles et leur réconciliation tardive…A l’époque, j’étais venu en Europe pour défendre mon film sur Charlie Parker, Bird. J’étais à Rome quand il m’a appelé à mon hôtel. Nous sommes allés déjeuner au restaurant. Je parlais un meilleur italien. Et lui un meilleur anglais. Nous avons beaucoup discuté. Notamment de réalisation. Nous nous sommes payé du bon temps. En fait, cette dernière rencontre fut une sorte d’adieu, puisqu’il est mort deux mois après. Ce que je ne comprends toujours pas aujourd’hui, c’est que j’ai réalisé cinq fois plus de films que lui. Je ne sais pas pourquoi il retenait la bride des chevaux de son imagination. C’était assez extravagant. Il passait son temps à évoquer le tournage des 900 jours de Leningrad, son dernier projet. Je n’ai jamais su pourquoi il a fait aussi peu de films.

 

 

 

 

 

 

 

Martin Scorsese & Robert De Niro. 9 Films…

 

 

 

 

 

 

 

1973…Première rencontre…Martin Scorsese Cherchait des acteurs d’origine italienne pour son film, il envoie le scénario à Al Pacino, sans succès. Il contacte De Niro, que Brian de Palma lui a présenté. L’alchimie prend aussitôt. Le film mêle mafia et violence, éléments clés de l’univers Scorsese… Je l’ai vu sur le tournage, quand il a insisté pour improviser une scène entre lui et Harvey Keitel, que nous avons tournée le dernier jour. Il se lance dans une improvisation pour expliquer pourquoi il ne pouvait pas rendre à Michael l’argent qu’il lui devait. La façon dont il se comportait, et comment il plaçait toutes ces références sorties de nulle part, basées sur pas mal de gens qu’on connaissait tous les deux. Ce qui nous connectait au départ, c’est qu’on se connaissait quand on avait 16 ans, puis on s’est perdus de vue. En 1970, on se rencontre à nouveau. Je prévoyais de faire Mean Streets, et il collait parfaitement au ton, au parfum du film. Il savait comment se tenir, quel chapeau porter. Il savait tout, en quelque sorte, et il faisait ça avec une totale confiance.

 

 

1977…Trois ans plus tard, Scorsese retrouve son acteur fétiche. Le scénariste Paul Schrader, après avoir écrit le scénario en cinq jours, insiste pour que les deux compères le rejoignent pour la réalisation. De Niro s’entraîne à conduire un taxi afin de se préparer pour son rôle et sur le plateau n’hésite pas à improviser, sur les conseils de Scorsese. La phrase « You talkin’ to me » de son personnage punk, Travis, devient l’une des plus mythiques du cinéma. Le film explose à l’international et rafle la Palme d’Or au Festival de Cannes. Les deux premières minutes sont à faire voir dans toutes les écoles de cinéma.

 

 

 

1977…La relation De Niro-Scorsese n’est pas marquée que par des grands succès cinématographiques. En 1977, l’acteur italien rejoint le réalisateur dans son film musical. Il y forme avec Liza Minelli un duo de musiciens qui tombent amoureux. Le film échoue au box-office et la réception critique est loin des attentes de Scorsese. Le réalisateur tombe alors dans la dépression et la drogue. Mais il en faudra plus pour séparer le cinéaste de son acteur fétiche.

 

 

 

1981…Scorsese sort d’une hospitalisation causée par son addiction à la cocaïne. Il est désorienté dans sa vie personnelle. De Niro vient alors lui présenter un projet qui, selon le réalisateur, lui aura certainement sauvé la vie. Sur la suggestion de l’acteur italien, il s’intéresse à Jake LaMotta, célèbre boxeur américain. Il en fait alors un biopic magistral, élu meilleur film de la décennie par les critiques américains. De Niro, qui campe le personnage du boxeur, remporte l’Oscar du meilleur acteur.

 

 

 

1983…Deux ans plus tard, le duo réalise son premier drame teinté de comédie qui raconte l’histoire de Rupert Pupkin, qui désire devenir un grand comique. Bien reçu par la critique, le film ne réalise pas de bons scores aux États-Unis.

 

 

 

 

1990…Deux ans après La Dernière Tentation du Christ, dont le rôle de Jésus avait été proposé à De Niro qui avait finalement décliné l’offre, Scorsese décide de se replonger dans l’univers de la mafia. Il réalise ce film basé sur le livre Wiseguy de Nicholas Pileggi. Dans cette grande fresque mafieuse, De Niro interprète le gangster Jimmy Conway. En grand perfectionniste, il se renseigne sur le criminel irlando-américain James Burke, qui a inspiré son personnage. Scorsese étudie les rapports complexes d’amitié, d’amour et de rivalité. Il fait preuve d’une grande maîtrise aussi bien dans l’écriture que dans la mise en scène. Le film rencontre un grand succès et est nommé six fois aux Oscars.

 

 

 

 

 

1991…Scorsese songe tout de suite à Robert De Niro pour le rôle de Max Cady, l’histoire d’un ancien prisonnier, condamné pour viol, qui retrouve sa liberté et souhaite se venger de son avocat. Le film est un remake de celui de Jack Lee Thompson, sorti en 1962. Robert Mitchum y interprétait Max Cady. De Niro s’en inspire pour son rôle. Il travaille aussi sa musculature, transforme sa dentition et se tatoue avec des teintures végétales. Le film est un nouveau succès pour le duo De Niro-Scorsese, dix-huit ans après leur rencontre.

 

 

 

 

1995…Il marque la huitième et dernière collaboration en date entre Scorsese et De Niro. Le réalisateur s’inspire de son film Les Affranchis pour réaliser Casino, considéré comme une suite par certains et une simple copie pour d’autres. De Niro excelle en Sam Rothstein, dirigeant de casino. Les ingrédients scorsésiens sont à nouveau présents avec la mafia et la violence. Mais ils passent au second plan alors que Scorsese s’intéresse à une nouvelle tragique histoire d’amour et la relation tumultueuse entre Sam Rothstein et Ginger McKenna, virtuose de l’arnaque interprétée par Sharon Stone.

 

 

 

 

2019…Un plan sous-marin nous montre une arme couler au fond du fleuve, pour venir s’entasser sur des centaines d’autres revolvers rouillés, jetés par des centaines d’autres gangsters, après des centaines d’autres assassinats. Ce plan est peut-être celui qui synthétise le mieux The Irishman une revisite crépusculaire de la filmographie de Scorsese, par Scorsese lui-même. Et si tous ces revolvers rouillés, dormant dans le lit enténébré d’une rivière, étaient ceux utilisés par tous les gangsters ayant peuplé les films de Scorsese, et ce plan emblématique, le cimetière symbolique de son cinéma ? Dans une autre scène, ce sont des taxis qui sont immergés dans la même rivière. Un autre symbole ? The Irishman s’envisage comme un condensé du cinéma de Scorsese, avec son casting plus scorsesien tu meurs. La voix off du héros, qui se remémore sa vie d’affranchi, nous narre le récit, parsemé des jalons habituels…Découverte d’un milieu interlope, meurtre originel, montée et grade, grandeur, décadence, et constat terminal d’une vie ratée. C’est son film le plus crépusculaire, hanté par la peur de la mort et de l’avilissement que le cinéaste conjure en filmant, dans le dernier tiers, les corps vieillis, usés et fatigués de ses personnages, comme s’il se filmait lui-même. Le film s’ouvre sur un plan-séquence dans une maison de retraite, jusqu’à déboucher sur De Niro affalé dans un fauteuil roulant, le visage marqué. Sa voix rocailleuse bégaye, puis finit par dérouler le récit, nous faisant remonter le temps. Une profonde mélancolie irrigue tout le film, en faisant, malgré ses défauts, l’un des plus émouvants de la filmographie de Scorsese.

 

 

 

 

 

 

 

 

Werner Herzog & Klaus Kinski. 6 Films…

 

 

La plus sauvage des aventures de Werner Herzog reste sa rencontre avec Klaus Kinski, acteur démoniaque qu’il a dirigé dans cinq de ses films, et autour duquel il a construit un documentaire fascinant…Ennemis intimes en1999. Il nous en avait parlé peu après sa projection cannoise, fumant des Marlboro à la chaîne. L’excitation brûlait chacune de ses phrases. Sa respiration était malaisée, oppressante, angoissante, comme si la violence de Kinski, mort huit ans plus tôt d’une crise cardiaque, l’asphyxiait encore, comme s’il sentait se réveiller en lui la démence dont l’acteur s’est fait l’écho. Il trouva en Klaus Kinski l’acteur bestial qui convenait à sa démesure…98 % de ce que vous avez en face de vous est le produit d’une féroce discipline. Le contrôle a toujours été un problème, dans ma vie. Comme Kinski, j’étais incapable de contenir ma rage, mais j’ai vite été confronté à la catastrophe. A 15-16 ans, j’ai attaqué mon frère avec un couteau. Depuis ce jour, je vis dans l’effort, je me soumets à une discipline rigoureuse pour maîtriser mes émotions.

 

 

 

Klaus Kinski est un partenaire idéal, un homme sans attaches qui rôdait la nuit, « comme une panthère », fréquentait les hôpitaux psychiatriques, déclamait les textes de François Villon, se laissait dévorer par d’inépuisables pulsions sexuelles et se battait avec les chiens-loups, dont il recherchait la compagnie. Kinski a tourné dans une multitude de films, dans les années 60, Le Docteur Jivago, des westerns spaghettis et une flopée de séries B. Werner Herzog n’a que lui en tête quand il se décide à lancer sa première expédition amazonienne pour Aguirre, la colère de Dieu, qui met en scène un conquistador illuminé du XVIe siècle…L’Urubamba est devenue la rivière du destin pour Kinski et moi-même. Je lui ai envoyé le script et, en réponse, j’ai reçu un appel téléphonique délirant avec près d’une heure de cris inarticulés au terme desquels j’ai compris que le projet lui plaisait. Kinski écrivait, lui, dans son autobiographie, Crever pour vivre, que le réalisateur s’était mis à parler sans fin. Les deux hommes se rejoignent dans l’exaltation d’une confrontation avec la nature sauvage où ils dorment à la belle étoile…Impossible de décrire la jungle amazonienne, on ne peut pas décrire Dieu. Pendant deux mois, je reste éveillé. Sur notre radeau retenu par des lianes, j’épie les bruits de la nature. Ici, Dieu s’adresse à moi.

 

 

 

 

A des altitudes qui flirtent avec les 4 000 mètres, en compagnie de centaines de figurants indiens, dans les paysages de jungle et de montagnes enserrées par les nuages, Herzog trouve ce qu’il cherche, « le drame, la passion, le pathétique de l’être humain » auxquels Kinski offre son visage et ses nerfs. Rendus à la peur et au tumulte, ils s’entendent sans communier…Nous étions en désaccord total sur la nature, Elle ne lui servait que de moyen stylistique pour se mettre en scène. Il disait trouver la forêt vierge érotique mais ne s’en est jamais approché, sauf pour se faire photographier en train de copuler avec un arbre. C’est la nature elle-même que nous défions, elle nous rend coup pour coup. Elle était grandiose, et il faut accepter qu’elle est plus forte que nous.

 

 

 

 

Après Aguirre, présenté à Cannes en 1973 et nommé pour le césar du meilleur film étranger, Herzog et Kinski tournent quatre films ensemble, notamment Nosferatu 1979, par lequel le cinéaste règle ses comptes avec l’héritage du cinéma allemand, et Fitzcarraldo, l’aventure ultime. Le cinéaste a convié le documentariste Les Blank pour témoigner d’un tournage qu’il craint de voir s’achever dans le drame et la démence. Klaus Kinski interprète un amateur d’art lyrique qui remonte l’Amazone avec le rêve de faire construire un Opéra au milieu de la jungle. Le tournage est un immense défi aux lois de la nature. Le cinéaste mise tout sur ce film, et Klaus Kinski pique de si violentes colères que des figurants indiens se proposent de l’éliminer. Le cinéaste les inquiète, lui aussi…A la suite d’une interminable bagarre, ils se sont mis à murmurer entre eux, puis leur chef est venu me déclarer que mon silence leur faisait peur. Ils sentaient un plus grand danger en moi qu’en Kinski.



 

Poussée à ce degré d’intensité, de profondeur et de danger, cette relation me semble une grande métaphore du rapport entre un acteur et un réalisateur. J’ai toujours été en quête de la vérité extatique que l’on peut trouver dans la création cinématographique. Il cherchait le même degré d’intensité dans son travail. On peut difficilement aller plus loin. Le cinéaste raconte qu’il a projeté d’assassiner son comédien « à l’aide de huit balles » pendant le tournage de Fitzcarraldo…Le crime aurait été parfait, nous racontait-il. Je remercie Dieu à genoux de l’avoir rendu impossible. Kinski lui a avoué avoir nourri le même projet. La folie les rendait inséparables…

 

Si tu meurs dans les rapides, je veux périr à tes côtés. Kinski

 

Notre confrontation atteignait des degrés insoutenables, mais elle était productive à l’écran.

J’aurais, moi aussi, pu mourir pour lui. Herzog

 

 

 

 

 

 

 

 

Woody Allen & Diane Keaton. 7 Films…

 

 

 

Woody Allen et Diane Keaton sont sortis ensemble pendant trois ans, mais ils ont déclaré avoir eu une relation amoureuse pendant environ cinq ans et leur amitié et relation de travail des décennies. Diane est apparue dans huit des films d’Allen, et elle est restée l’une de ses confidentes de confiance à ce jour. Allen s’est réjoui de l’impact de Keaton sur le travail de sa vie.

 

Quand j’ai commencé à écrire professionnellement, je ne pourrais jamais, jamais écrire du point de vue de la femme. C’est quand j’ai rencontré Keaton que j’ai commencé. Elle a une personnalité si forte et tellement de convictions originales, Il n’y a pas d’humain qui me fasse rire comme Keaton. Je la consulte encore parfois sur le casting ou sur tout problème créatif avec lequel je pourrais être aux prises. Woody Allen

 

Les exigences de la boulimie ont surpassé la puissance de mon désir pour Woody, mais elles l’ont faitNous partagions un amour de torturer les uns les autres avec nos échecs. Il pouvait lancer les insultes, et moi aussi. Nous avons prospéré en se rabaissant mutuellement. Ses idées sur mon personnage étaient mortelles et hilarantes…Ce lien reste au cœur de notre amitié et de notre amour. Diane Keaton

 

 

 

 

Vous accordez une grande place à Woody Allen. Comment l’avez-vous rencontré ? C’était en 1968 au théâtre Broadhurst à New York. Je débarquais de ma Californie natale et une audition pour la pièce “Play It Again, Sam”, mise en scène par un ami de mon professeur d’art dramatique. Je me suis ainsi retrouvée sur scène à lire un texte avec Woody. Il était très réservé, timide et gentil avec moi. J’ai obtenu le rôle. J’étais amoureuse déjà avant de le rencontrer, car il était célèbre pour ses sketchs au “Johnny Carson”, qui était l’émission culte de fin de soirée des années 60 aux Etats-Unis. Toute ma famille était fan. On adorait ses blagues et ses grandes lunettes à monture épaisse qui lui donnaient un chic fou. Ce qui m’a plu chez lui, c’est sa façon de bouger, de baisser les yeux, son corps très gracieux et bien proportionné. Il s’est intéressé à moi parce que j’étais collée à lui en permanence ! Je suis convaincue que, sans cette pièce, je n’aurais jamais eu la chance de croiser Woody, encore moins d’entrer dans son intimité. Il a du mal à se lier d’amitié. S’il peut vous éviter, il le fera. Pour retenir son attention, il faut être là, devant lui, tout le temps. On a joué pendant six mois ensemble et il ne pouvait faire autrement que de me voir, me parler, m’écouter tous les jours…Avec Tony Roberts, l’acteur principal de la pièce, on formait un trio d’enfer. Certains jours, nous enchaînions deux représentations entre lesquelles il n’avait d’autre choix que de nous emmener au bar d’à côté pour tuer le temps. Notre relation était amicale au début, puis elle a évolué. Woody n’aime que les névrosées et, à ce compte-là, j’étais ce qu’il lui fallait. La plupart de nos conversations étaient déroutantes. Elles tournaient autour de ma personne. Parler de moi était ce que je faisais de mieux. Le soir où Woody m’a emmenée dîner, j’ai passé mon temps à faire crisser le ­couteau sur l’assiette, ça l’a rendu dingue, je ne savais plus quoi faire. Mais on a fini par sortir ensemble. Peut-être parce que je riais à toutes ses blagues. Ça a beaucoup compté. Woody est un acteur qui ne se prend pas au sérieux. Un jour, il m’a raconté qu’un soir de réveillon aucune fille n’avait accepté de sortir avec lui. Alors, pour se venger, il avait fourré…une dinde.

 

 

 

 

 

 

Akira Kurosawa & Toshiro Mifume. 16 Films…

 

Mifune a une sorte de talent que je n’avais jamais rencontré auparavant dans le Cinéma japonais. C’était, par-dessus tout, la vitesse avec laquelle il s’exprimait qui était stupéfiante. L’acteur japonais commun avait besoin de temps pour donner sa pleine mesure, Mifune impressionnait immédiatement. La vitesse de ses mouvements était telle qu’il disait en une seule action ce qui en prenait trois à un acteur ordinaire. Il exprimait tout directement et puissamment et son sens du timing était le meilleur que j’ai jamais vu chez un acteur japonais. Et malgré toute sa rapidité, il avait aussi une surprenante sensibilité. Akira Kurosawa

 

Le caractère entier et violent du jeune acteur a séduit Kurosawa qui lui a proposé dès l’année suivante un des principaux protagonistes de L’Ange ivre en 1948. Ce film sera le début d’une collaboration entre les deux hommes qui a marqué l’histoire du cinéma. Kurosawa Akira a dirigé Mifune Toshirô dans 16 films dans des œuvres aux retentissement international comme Rashômon et Les Sept samouraïs. Les cinéphiles du monde entier sont devenus des fans de ces deux fleurons du cinéma japonais. Mais ce partenariat était très éprouvant pour Mifune Toshirô en raison du caractère hautement perfectionniste de Kurosawa Akira. Pour la scène finale dans Le Château de l’araignée Kurosawa avait décidé que les archers qui attaquent le héros, devaient tirer avec de vraies flèches, pour plus de réalisme. Ce jour-là, Mifune Toshirô a vraiment craint pour sa vie…Après les journées de tournage particulièrement ardues, l’acteur avait coutume de boire et de se répandre en imprécations contre Kurosawa Akira. Mais il a continué à se plier aux exigences constantes du réalisateur. Il excellait tellement dans les arts martiaux que les maîtres d’armes chargés d’orchestrer les combats étaient époustouflés par son maintien et sa dextérité. Dans une scène où il devait pourfendre une bande d’adversaires avec son sabre, le mouvement de son arme a été jugé trop rapide pour une pellicule de format 35 millimètres.

 

 

 

 

Avec Barberousse Kurosawa ne réalisa pas le film parfait dont il rêvait, contrarié par son partenaire de longue date, Toshiro Mifune 16ème film en commun, un record ! Alors que le réalisateur souhaitait privilégier une figure de sage, attentif aux autres, Mifune développa d’autres aspects du personnage, le rendant plus volontaire, plus prompt à l’action voir la séquence où il brise les os du service d’ordre de la maison de passe. Moins disponible à l’écoute…

 

C’est dans cette direction que j’aurais voulu pousser le personnage. Malheureusement, Mifune n’a rien voulu entendre. Il a voulu jouer le personnage qu’il avait en tête, une sorte de héros sublime sans peur et sans reproche, et donc fatalement aussi sans humanité. Son interprétation héroïque, granitique, austère a faussé le personnage. Être un homme, cela signifie avoir tout expérimenté de la vie, victoires et défaites, dit un proverbe japonais. Barberousse, à mon avis, devait être le portrait de cet homme intégral, un mélange d’ombre et de lumière, pour être crédible, Barberousse devait avoir des défauts. Mifune n’a pas voulu m’écouter. Alors j’ai décidé de ne plus travailler avec lui. Quand un acteur commence à jouer son propre personnage, c’est fini…

 

La collaboration entre Kurosawa Akira et Mifune Toshirô a duré plus de 15 ans et elle correspond à l’âge d’or du cinéma japonais. Ce partenariat prolifique a pourtant pris fin en 1965 avec Barberousse.

 

 

 

Pedro Almodovar & Penélope Cruz.  7 Films…

 

 

 

Plus que des complices professionnels, Pénélope et moi sommes devenus très proches dans la vie. Ça a tout de suite été le coup de foudre ! A l’instant où j’ai posé les yeux sur elle, je me suis dit que c’était le type d’actrice avec lequel j’aimais bien travailler, ça tombait bien Pénélope était obsédée par le fait de tourner avec moi ! C’est une actrice viscérale, qui réagit en plateau de façon quasi organique. Elle me fait une confiance aveugle en tant que metteur en scène, ce qui me met la pression car j’ai parfois l’impression qu’elle a une meilleure vision des choses que moi ! Elle pose beaucoup de questions pour préparer son personnage très en amont du tournage, alors, quand elle arrive, elle sait déjà ce que je veux et comment y parvenir. Il y a une véritable alchimie entre nous. C’est un luxe formidable pour un metteur en scène ! Plus que des complices professionnels, Pénélope et moi sommes devenus très proches dans la vie…

 

 

 

 

…Depuis qu’elle a ses deux enfants, elle a changé de rythme et mène davantage une vie de famille. Ça fait cinq ou six ans qu’elle s’est installée à Madrid et on se voit souvent pour déjeuner ou pour dîner. J’aime passer du temps chez elle. Pénélope Cruz est un peu comme une sœur qui prend soin de son vieux frère. On est comme une famille, sauf que nous, on s’est choisis. Je sais que Pénélope sera toujours là pour moi, comme je serai toujours là pour elle. Je la comprends, elle me comprend, c’est très important pour moi, cela explique sans doute que notre collaboration a donné de si bons résultats à l’écran.  Pedro Almodóvar

 

 

 

 

 

 

Joel Coen & Frances McDormand.  9 Films…

 

 

 

Le plus souvent, les romances hollywoodiennes ont une courte date d’expiration. Ce n’est pas le cas de Frances McDormand et Joel Coen, cependant, car les superstars du showbiz se développent depuis près de quatre décennies. Tout au long de leur relation, les Fargo l’acteur et le producteur de films nous ont rappelé que le véritable amour peut exister dans l’industrie du divertissement. McDormand et Coen ont été deux buts depuis leur première rencontre en 1983 quand elle a auditionné pour Sang simple, qui était le tout premier film que Coen ait écrit avec son frère Ethan.  McDormand a révélé qu’elle avait reçu un rappel pour un rôle dans le film, mais elle a en fait refusé parce qu’elle…Avait promis de regarder son petit ami d’alors faire ses débuts sur deux lignes dans un feuilleton télévisé ». Cependant, Coen n’était pas disposé à accepter non pour une réponse et McDormand a finalement été jeté comme Abby. Alors qu’ils tournaient le thriller de 1984, une romance entre McDormand et Coen se réchauffait hors écran, et cette même année, le duo hollywoodien s’est marié. Lorsqu’il s’agit de gérer un lien fort avec votre partenaire, Frances McDormand et Joel Coen savent ce qu’il faut pour rester au top de votre mariage. Au fil des années de leur romance, le Trois panneaux d’affichage à l’extérieur d’Ebbing, Missouri acteur et le Big Lebowski directeur ont pris note de ce qui fonctionne et ne fonctionne pas dans leur relation. Grâce à cela, McDormand et Coen ont trouvé le secret de leur histoire d’amour de plusieurs décennies…Pas de pression, chérie a plaisanté McDormand avec son mari, tandis que Coen a sonné de façon hilarante, notant que c’est pour « plaider le 5ème amendement ». McDormand a déclaré que le couple s’entendait si bien parce qu’ils avaient...des histoires différentes à se raconter, bien que nous ayons souvent collaboré sur des films, nous avons tous les deux eu des carrières vraiment autonomes et nous avons donc toujours eu de nouvelles choses à nous dire. Quant à savoir s’ils sont jaloux ou non de la renommée de l’autre, McDormand a noté…Les gens qui ne sont pas dans l’industrie cinématographique pensent toujours que ce serait un problème mais cela ne les a jamais dérangés. Quand vous travaillez dans l’industrie, vous savez comment ces scènes sont construites. C’est de l’imaginaire et c’est votre travail de le rendre crédible. Pas étonnant que leur relation soit incassable !

 

 

 

 

 

Tim Burton & Johnny Depp.  6 Films…

 

 

 

 

Ils ont tourné 8 films ensemble, sur trois décennies. Johnny Depp et Tim Burton, c’était presque devenu une marque à part entière. Une collaboration qui s’est arrêtée en 2012 avec le flop Dark Shadows. Mais le cinéaste garde une affection toute particulière pour l’acteur qu’il a fait tourner dès son plus jeune âge dans Edward aux mains d’argent en 1990. Tim Burton parle de sa connexion particulière avec Johnny Depp...Je l’ai rencontré pour la première fois sur ce films et je dois dire qu’on était semblable tous les deux. On se ressemblait déjà, un petit côté banlieusard, plouc white trash ou quelque chose comme ça. Nous nous sommes connectés à un certain niveau…Ce n’était même pas une compréhension verbale. J’ai juste vu en lui quelqu’un qui aimait faire des personnages, qui était profondément intéressé par l’idée de jouer, par l’art et pas tellement par le business. Johnny était quelqu’un qui jouait vraiment aux mains d’argent, il jouait à Edward. C’est toujours réjouissant de voir quelqu’un jouer des choses différentes plutôt que de refaire la même chose d’un film à l’autre. C’est sa capacité de transformation, dans différents films, qui m’a toujours excité chez lui.