Naruhito, l’empereur actuel du Japon. Né le 23 février 1960 à Tokyo. Il est le fils aîné de l’empereur Akihito et de l’impératrice Michiko. Il devient le 126ᵉ empereur du Japon selon la tradition impériale japonaise, en montant sur le trône le 1er mai 2019, après l’abdication exceptionnelle de son père Akihito. La cérémonie d’intronisation a eu lieu le 22 octobre 2019. Il est marié depuis 1993 à l’impératrice Masako, ancienne diplomate, et ils ont une fille, la princesse Aiko.
La tradition impériale japonaise fait remonter la lignée à Jimmu, premier empereur légendaire, traditionnellement situé en 660 av. J.-C. Cette ancienneté est cependant en partie légendaire et les historiens ne disposent pas de preuves permettant de considérer cette chronologie comme historique. Ce qui est certain, c’est que la famille impériale constitue l’une des plus anciennes institutions monarchiques héréditaires encore existantes. Pendant une grande partie de l’histoire japonaise, cependant, l’empereur n’exerçait pas directement le pouvoir politique. Le pouvoir réel a successivement été exercé par différentes familles aristocratiques puis par les shoguns. C’est un point essentiel pour comprendre Tokyo. Pendant plus de 250 ans, Edo, l’actuelle Tokyo, était la capitale politique des shoguns Tokugawa, tandis que l’empereur résidait à Kyoto.
En 1868, la restauration de Meiji bouleverse complètement le Japon.L’empereur Meiji quitte Kyoto et s’installe à Tokyo, qui devient le nouveau centre politique du pays. Le palais impérial est alors installé sur le site de l’ancien château d’Edo, le gigantesque château des shoguns Tokugawa. La Seconde Guerre mondiale constitue une rupture majeure. Avant 1945, l’empereur était considéré dans la constitution impériale comme le souverain de l’État et son statut était associé à une dimension sacrée. Après la défaite du Japon, la nouvelle Constitution, entrée en vigueur en 1947, transforme complètement son rôle. L’article 1 dit que…« L’Empereur est le symbole de l’État et de l’unité du peuple. » Et surtout, l’article 4 précise qu’il ne possède aucun pouvoir politique. Ses actes officiels nécessitent l’avis et l’approbation du gouvernement. Aujourd’hui l’empereur ne gouverne pas le Japon. Il ne dirige ni le gouvernement, ni l’armée, ni la politique étrangère. Le pouvoir politique appartient au Premier ministre et au Parlement, dans le cadre de la Constitution. L’empereur remplit essentiellement des fonctions…Constitutionnelles et protocolaires, diplomatiques, cérémonielles, culturelles et représentatives liées à certaines traditions impériales. Il reçoit notamment les ambassadeurs, accomplit des cérémonies d’État, accueille des dirigeants étrangers et effectue des visites dans les différentes régions du Japon. Les activités officielles de Naruhito montrent encore aujourd’hui cette fonction de représentation nationale.







L’empereur Naruhito et l’impératrice Masako résident au Palais impérial de Tokyo Kōkyo (皇居). Le palais se trouve en plein centre de Tokyo, dans le quartier de Chiyoda, à quelques centaines de mètres de Tokyo Station. Le site est immense : douves, murailles de pierre, jardins et bâtiments impériaux occupent une vaste enclave au cœur de la mégapole. Ce que vous voyez depuis Nijūbashi ou les jardins extérieurs n’est pas réellement la résidence privée de l’empereur. Une grande partie de l’espace intérieur est protégée et inaccessible au public. Le palais actuel est construit sur l’ancien site du château d’Edo. Une partie des bâtiments impériaux a été détruite pendant la guerre puis reconstruite.
L’empereur japonais est aujourd’hui une présence plus qu’un pouvoir. Il incarne une continuité historique extraordinaire…Japon impérial → shoguns → restauration de Meiji → militarisme → défaite de 1945 → démocratie contemporaine. Et pourtant, la même institution impériale demeure. Naruhito représente donc une forme de continuité dans un pays qui, lui, s’est transformé à une vitesse vertigineuse. Au milieu de l’une des métropoles les plus modernes du monde subsiste l’institution qui symbolise la mémoire et la continuité du Japon par le Palais impérial et son occupant.
Le Japon n’a pas effacé son passé…Il a construit Tokyo autour de lui.
Pour 2026, 2 millions d’euros sont prévus au titre des dépenses personnelles de l’empereur, de l’empereur émérite et des membres de la famille impériale relevant de la Maison intérieure et 1,5 millions d’euros sont prévus au titre des allocations des autres membres de la famille impériale. Cce ne sont pas des « salaires » au sens classique. Ces sommes sont destinées à assurer leur vie et leurs obligations en tant que famille impériale. On peut finalement résumer la situation ainsi /
Biens de l’État…Palais, villas, terres, fermes impériales, mausolées, collections historiques transférées à l’État, etc. Naruhito les utilise mais ne peut pas les vendre comme un propriétaire privé.
Biens liés à la fonction impériale…Certains trésors, objets cérémoniels et biens traditionnellement transmis avec le trône. Ils suivent la fonction impériale plutôt que la fortune personnelle de l’empereur.
Biens personnels…Vêtements, objets personnels, économies et autres possessions privées. Ceux-là peuvent réellement appartenir à Naruhito ou aux membres de sa famille, dans le cadre des règles particulières qui leur sont applicables.
Si demain Naruhito cessait d’être empereur, il ne partirait pas avec le Palais impérial, les villas, les terres ou les trésors impériaux. l’empereur est le dépositaire temporaire d’une institution, pas le propriétaire privé de son patrimoine. C’est une différence fondamentale avec certaines monarchies européennes où la famille régnante possède historiquement des domaines privés considérables. Et cela donne une autre dimension à votre visite du Palais impérial, les murs ne sont pas ceux d’un homme immensément riche, ils sont ceux d’une institution japonaise dont le patrimoine appartient juridiquement à la nation.















L’arbres que l’on voit à l’entrée des Jardins Est du Palais impérial, près des murs et des portes, leur aspect très ordonné est typique d’une conception japonaise du jardin…On ne cherche pas seulement à couper l’arbre, mais à lui donner une forme qui paraît naturelle tout en étant soigneusement construite. Comment sont-ils taillés ? La technique japonaise traditionnelle est souvent regroupée sous le terme niwaki (庭木) : littéralement, les « arbres de jardin ». Pour les pins notamment, le jardinier travaille sur plusieurs années…il sélectionne certaines branches et en supprime d’autres, il guide les branches dans des directions précises, il espace les étages de végétation, il élimine certaines pousses pour laisser entrer la lumière, il conserve les branches qui donnent à l’arbre une silhouette équilibrée, il pince ou taille régulièrement les nouvelles pousses.
Le résultat recherché n’est pas une forme géométrique parfaite, comme dans un jardin français classique. Au contraire, l’arbre doit donner l’impression d’avoir été modelé par le vent, l’âge et la nature. Le secret est de faire paraître naturel ce qui est artificiel. Un pin japonais peut avoir un tronc légèrement incliné, une grosse branche qui part horizontalement, plusieurs « plateaux » de feuillage et beaucoup d’espace entre les branches. On parle parfois de « nuages » ou de plateaux de végétation. Le jardinier cherche à créer une impression de profondeur et d’ancienneté. Ce n’est donc pas une taille « au carré » c‘est très différent de la taille des haies occidentales. Au Japon, on peut chercher à conserver l’asymétrie, le vide et l’imperfection. Le vide entre deux branches est aussi important que la branche elle-même.
C’est lié à une idée esthétique japonaise que vous allez retrouver partout dans les jardins ma (間), l’espace ou l’intervalle. Un arbre n’est donc pas considéré uniquement comme une masse verte. Les espaces entre ses branches font partie de sa beauté. Pourquoi ces arbres paraissent-ils si vieux ? Parce que le jardinier peut volontairement donner à un arbre relativement jeune l’apparence d’un arbre beaucoup plus âgé. Il accentue…Un tronc tortueux, une branche horizontale, une silhouette asymétrique, des espaces importants entre les masses de feuillage. Pour les pins, on pratique également le momiage, qui consiste notamment à enlever certaines aiguilles anciennes et à entretenir les pousses afin de conserver une silhouette claire et aérée. C’est un travail continu, pas une taille annuelle brutale.
Au Palais impérial, c’est particulièrement symbolique car vous êtes dans l’ancien château d’Edo, devenu ensuite résidence impériale. Les arbres ne sont donc pas simplement décoratifs. Ils participent à une esthétique héritée des jardins des grandes résidences aristocratiques et des domaines des samouraïs. Regardez particulièrement les pins près des murailles de pierre, le contraste entre pierre massive + pin tortueux + vide + eau des douves est très japonais.





The National Museum of Modern Art Tokyo, appelé MOMAT (Tokyo Kokuritsu Kindai Bijutsukan) est dans le parc Kitanomaru, juste au nord du Palais impérial, C’est le premier musée national d’art du Japon, ouvert en 1952. Sa vocation est de raconter l’évolution de l’art japonais de la fin du XIXᵉ siècle jusqu’à l’art contemporain. Sa collection compte près de 14 000 œuvres, avec environ 200 œuvres présentées à chaque rotation. Ce n’est pas uniquement un musée d’art contemporain « bizarre » mais tu peux réellement suivre la transformation du Japon…C‘est une histoire du Japon racontée par les artistes.












À Tokyo, la rue est presque un miroir de la société japonaise. La ville ne vit pas de la même manière en semaine et le week-end. Le même quartier peut sembler appartenir à deux villes différentes. En semaine, Tokyo est au rythme du travail. Dès le matin, Tokyo se met en mouvement très tôt. Entre 7 h et 9 h, les gares deviennent de véritables fleuves humains. Les Tokyoïtes quittent leur appartement, souvent dans des quartiers résidentiels relativement calmes, pour rejoindre les grands pôles d’emploi…Shinjuku, Shibuya, Marunouchi, Nihonbashi, Shinagawa, Ikebukuro…Le spectacle est étonnant, beaucoup de gens marchent rapidement, mais sans agitation apparente. On parle peu, on ne crie pas, on évite de gêner les autres. Le train joue un rôle central. Pour beaucoup de Tokyoïtes, la journée commence véritablement dans le train…Sommeil, téléphone, lecture, messages, parfois travail. Puis, vers 9 h, la ville se sépare presque en deux…les quartiers de bureaux se remplissent, les quartiers résidentiels restent relativement silencieux, les commerces commencent leur journée, les restaurants préparent déjà le déjeuner.
À midi, les rues autour des bureaux changent complètement. Les petits restaurants se remplissent rapidement. Les salariés mangent souvent vite et à prix raisonnable, dans les restaurants de quartier, les ramen-ya, les izakaya ou les petits établissements spécialisés. Puis, presque brutalement, vers 13 h, les rues se vident à nouveau. C’est une caractéristique intéressante de Tokyo, la ville est extrêmement dense, mais les gens occupent l’espace public avec beaucoup de retenue. Le soir une autre Tokyo apparaît à partir de 18 h, la ville change. Les employés sortent des bureaux. Certains rentrent directement chez eux, d’autres rejoignent leurs collègues. C’est le fameux monde des izakaya, petits restaurants-bars où l’on mange et boit ensemble. Dans les quartiers comme Shinjuku, Shibuya, Shimbashi, Ueno ou Ikebukuro, la rue devient beaucoup plus vivante. Mais il existe aussi une autre réalité, Beaucoup de Tokyoïtes ont une vie extrêmement longue entre leur domicile et leur lieu de travail. Une heure de transport dans chaque sens n’est pas exceptionnelle. La maison est donc souvent un espace consacré au repos, tandis que le quartier du travail devient aussi un lieu de sociabilité.















Le samedi et le dimanche, les immenses quartiers de bureaux peuvent devenir presque silencieux et inversement, les quartiers résidentiels, commerciaux et touristiques se remplissent. Les Tokyoïtes sortent davantage…Et surtout, ils sortent dans leur propre ville. Tokyo n’est pas seulement une ville de touristes. À Yanaka, Ueno, Kichijōji, Shimokitazawa, Koenji, Asakusa ou dans les petites rues commerçantes, vous voyez beaucoup de Tokyoïtes faire des choses extrêmement ordinaires comme acheter des légumes, manger, promener un enfant, faire des courses, aller au temple, rencontrer des amis. Le dimanche, les parcs prennent une importance particulière. On voit les familles dans les espaces verts, les enfants jouer, les personnes âgées marcher ou discuter. Les sanctuaires et temples deviennent aussi des lieux de vie, pas simplement des monuments. C’est particulièrement visible lors des fêtes locales. Un temple n’est pas seulement un lieu religieux ; il peut être le centre social d’un quartier. Derrière la gigantesque métropole existe encore une multitude de petits mondes de proximité.
Un autre aspect fascinant est la coexistence de générations très différentes. C’est l’une des grandes caractéristiques de Tokyo, la modernité n’a pas complètement remplacé l’ancien. Elle s’est construite autour de lui. La vie quotidienne est très organisée. L’appartement est souvent relativement petit, surtout dans les quartiers centraux. Beaucoup de Tokyoïtes compensent cette petite surface par l’utilisation intensive de la ville…Restaurant, café, parc, bibliothèque, galerie, bain public, centre commercial, gare, temple, salle de sport…La ville devient en quelque sorte une extension du logement. C‘est l’une des clés pour comprendre Tokyo. On habite dans son appartement, mais on vit beaucoup dans son quartier. Tokyo est l’une des villes les plus peuplées du monde, mais elle donne rarement l’impression d’être chaotique. Il y a énormément de monde, mais relativement peu de conflits visibles…Les gens font la queue, ils attendent, évitent de bloquer le passage, parlent relativement doucement dans les transports, respectent les espaces communs. Cela ne signifie évidemment pas que tous les Tokyoïtes sont calmes ou que la société japonaise est parfaite. Mais les règles collectives de comportement sont beaucoup plus visibles dans l’espace public qu’en France.





Meiji-jingū, le grand sanctuaire shinto au cœur de la forêt de Yoyogi, près de Harajuku.
Sur le chemin qui mène au sanctuaire, il y a deux rangées de barriques se font face. D’un côté, les barriques de saké, recouvertes de paille (kazaridaru). Elles sont offertes chaque année au sanctuaire par les producteurs de saké japonais. Elles sont vides et décoratives car le véritable saké destiné aux cérémonies est offert séparément. De l’autre côté se trouvent les barriques de vin français de Bourgogne…L’empereur Meiji aimait le vin et la cuisine occidentale. Durant son règne (1867-1912), le Japon cherche à rattraper son retard technologique et adopte de nombreux éléments occidentaux. Les viticulteurs bourguignons ont commencé à offrir ces barriques au sanctuaire en 2006, en hommage à l’empereur et pour symboliser l’amitié franco-japonaise.
Avant d’arriver au sanctuaire, il faut franchir plusieurs torii. Un torii n’est pas simplement une porte décorative, il marque le passage entre le monde ordinaire et le monde sacré. Le centre du chemin est traditionnellement considéré comme réservé aux kami, les divinités, on marche donc légèrement sur le côté. Le grand torii de Meiji Jingū est impressionnant avec ses 12 mètres de haut, 17,1 mètres de large, avec des piliers de 1,2 mètre de diamètre. Il est en cyprès japonais provenant d’un arbre vieux d’environ 1 500 ans. Puis il y a à une porte encore plus importante, le Minami Shinmon, la grande porte à deux étages qui donne accès à l’ensemble principal du sanctuaire. Elle date de 1920, année de l’inauguration de Meiji Jingū, et fait partie des rares bâtiments ayant survécu aux bombardements de Tokyo.





Meiji Jingū n’est pas un temple bouddhiste. C’est un sanctuaire shinto consacré aux esprits divinisés de l’empereur Meiji et de l’impératrice Shōken. Il a été inauguré en 1920. Ce qui est extraordinaire, c’est qu’il se trouve au milieu d’une immense forêt qui donne l’impression d’être beaucoup plus ancienne que Tokyo elle-même. Cette forêt est en réalité entièrement créée par l’homme, avec des arbres venus de différentes régions du Japon. Aujourd’hui, elle forme une véritable coupure avec la ville. On pars de Harajuku, l’un des quartiers les plus modernes et exubérants de Tokyo et sous une immense porte, il faut traverser une forêt silencieuse, avant d’atteindre le sanctuaire impérial. Une belle façon de raconter le Japon qui ne choisit pas entre tradition et modernité, mais qui les fait cohabiter.







Meiji Jingū et un shinzen kekkon-shiki (神前結婚式) mariage célébré « devant les kami », les divinités du shinto. C’est l’une des scènes les plus élégantes et photogéniques que l’on puisse voir dans le sanctuaire. Ce n’est pas réservé aux Japonais ni aux personnes pratiquant le shinto. Le principe est qu’un mariage shinto peut être célébré pour un couple qui souhaite suivre ce rituel ; Meiji Jingū accueille par ailleurs explicitement les visiteurs qui ne sont pas shintoïstes. En revanche, se marier réellement à Meiji Jingū est une cérémonie organisée et réservée à l’avance, et non quelque chose que l’on peut décider en arrivant comme pour une prière ordinaire. Le mariage est volontairement assez intime avec les deux familles et quelques proches accompagnent généralement les mariés.
C’est le san-san-ku-do, ou plus précisément l’ensemble du rituel de mariage shinto. La procession est particulièrement belle avec deux prêtres, deux miko (jeunes femmes du sanctuaire) les mariés sous un grand parapluie rouge et la familles et proches. Elle traverse la forêt de Meiji Jingū jusqu’au bâtiment où aura lieu la cérémonie. La mariée porte traditionnellement le shiromuku, un kimono de mariage entièrement blanc. Elle peut avoir sur la tête le watabōshi, sorte de grande coiffe blanche, ou le tsunokakushi. Le blanc a une signification intéressante car il symbolise notamment le fait que la mariée entre dans une nouvelle famille et une nouvelle vie. C’est le moment le plus connu du mariage japonais…San-san-ku-do – 三三九度Les mariés boivent alternativement du saké dans trois coupes de tailles différentes, avec trois petites gorgées chacune… 3 × 3 = 9 / Le chiffre trois étant impair et considéré comme favorable, le rituel symbolise l’union du couple. Ce n’est pas simplement « boire ensemble » le saké devient une promesse matrimoniale devant les kami. La cérémonie comprend généralement…Une purification du couple et des invités, la prière du prêtre devant les kami san-san-ku-do. La lecture des vœux des mariés, une offrande symbolique d’une branche de sakaki, des prières et parfois une danse rituelle exécutée par les miko puis sortie solennelle. La cérémonie insiste moins sur l’expression romantique du couple que sur la création d’une nouvelle famille et l’union des deux familles.
Combien coûte un mariage japonais ? Il faut distinguer la cérémonie religieuse et l’ensemble du mariage. Pour une cérémonie dans un sanctuaire, les montants peuvent être très variables. A Meiji Jingū, le coût global peut rapidement devenir beaucoup plus important car il faut ajouter la tenues Kimono de la mariée et costume du marié mais aussi coiffure, maquillage, habillage, photographies, fleurs/décoration éventuelle, repas, réception, nombre d’invités.
On imagine que le mariage shinto dans un sanctuaire est une tradition japonaise vieille de plusieurs siècles sous sa forme actuelle. En réalité, le shinzen kekkon-shiki moderne s’est surtout développé au début du XXᵉ siècle. Le mariage de l’ancien prince héritier, futur empereur Taishō, en 1900, célébré devant le sanctuaire impérial, a fortement influencé la création du modèle de mariage shinto destiné au grand public. En 1901, Tokyo Daijingu a commencé à proposer ce type de cérémonie aux particuliers. Les éléments sont anciens, mais leur assemblage en « mariage shinto dans un sanctuaire » tel qu’on le voit aujourd’hui est largement une tradition de l’époque moderne. Il y a un contraste extraordinaire entre Harajuku, Takeshita-dōri, les immeubles, la mode, les jeunes Tokyoïte et quelques centaines de mètres plus loin, cette immense forêt et soudain une procession de mariage vieille en apparence de plusieurs siècles. Le sanctuaire lui-même date seulement de 1920. Pourtant, le mariage qui traverse aujourd’hui sa forêt donne l’impression d’un Japon beaucoup plus ancien. Lorsque vous voyez passer une mariée sous le parapluie rouge, il vaut mieux ne pas vous mettre dans l’axe et laisser passer la procession, c’est une véritable cérémonie religieuse, pas une représentation pour les touristes.
« Sous les grands arbres de Meiji Jingū, Tokyo semble suspendre son présent : un couple avance lentement sous un parapluie rouge, accompagné par les familles, tandis que la ville moderne continue de courir autour du sanctuaire. »





À Tokyo, la nuit n’est pas simplement « la journée avec des lumières ». Chaque quartier change de personnalité après le coucher du soleil. Et entre Ueno, Shinjuku et Shibuya, on peut presque raconter trois façons différentes de vivre la nuit japonaise.
À Ueno, la lumière est moins spectaculaire que celle de Shinjuku ou Shibuya. Elle vient surtout des enseignes des petits restaurants, izakaya, bars, pachinko et commerces. Autour de Ameyoko, sous les voies ferrées, la nuit conserve quelque chose de populaire et d’un peu désordonné. C’est un Tokyo plus ancien : petites rues, enseignes serrées, restaurants minuscules, employés qui viennent boire un verre après le travail. On ressent ici le Tokyo des salarymen, des commerçants et des quartiers populaires. Les conversations se mélangent au bruit des trains qui passent au-dessus. C’est probablement le quartier des trois qui donne le mieux l’impression de « vivre Tokyo » plutôt que de regarder Tokyo en spectacle.
A Shinjuku le changement complet. Les immeubles deviennent des écrans. Les façades sont couvertes de panneaux lumineux, les rues se remplissent, les restaurants s’allument étage après étage. Le cœur spectaculaire est Kabukichō avec une concentration extraordinaire de restaurants, bars, karaokés, clubs et établissements de divertissement. Mais il y a surtout un contraste que je trouve très japonais, les gigantesques écrans lumineux sont à quelques dizaines de mètres de ruelles minuscules qui semblent appartenir aux années 1950. C’est le cas de Golden Gai, avec ses petites rues et ses minuscules bars. Juste à côté, Omoide Yokocho, près de la gare, conserve cette atmosphère de petites gargotes et de yakitori. Shinjuku donne donc une impression particulière que Tokyo ne dort pas ; elle change simplement de métier. Le jour, Shinjuku est une immense gare, un quartier d’affaires et de magasins. La nuit, il devient restaurant, bar, karaoké, théâtre, club et lieu de rencontre.
A Shibuya c’est l’image la plus immédiatement reconnaissable du Tokyo contemporain. À la sortie Hachikō, les écrans géants illuminent la foule et, lorsque les feux passent au rouge, les voitures s’arrêtent et plusieurs flux de piétons se croisent simultanément. Les écrans et les enseignes transforment alors le carrefour en véritable scène urbaine. Mais le plus intéressant n’est pas seulement le célèbre carrefour. Il faut entrer dans Center-gai, puis monter vers Dogenzaka. Là, les lumières deviennent plus denses, les rues plus étroites, les bars et restaurants s’enchaînent. Shibuya est particulièrement associé à la mode, à la musique, aux tendances et à la culture nocturne des jeunes Tokyoïtes. Derrière les grandes avenues subsistent de petites poches de Tokyo beaucoup plus anciennes, comme Nonbei Yokocho, minuscule ensemble de bars près de la gare. C’est ce contraste qui est fascinant…
Grands écrans → foule → gratte-ciel → petite ruelle → six tabourets → vieux comptoir.























18 h – 19 h / Les bureaux se vident. Les restaurants commencent à se remplir. 19 h – 21 h /Le meilleur moment pour vous promener. Les rues sont vivantes mais pas encore au maximum. 21 h – 23 h / Shinjuku et Shibuya deviennent beaucoup plus nocturnes. Les bars se remplissent et les enseignes prennent toute leur importance. 23 h – 1 h / Une partie de Tokyo continue très longtemps, mais les derniers trains deviennent un élément essentiel de la vie nocturne. Les horaires varient selon les lignes. Après 1 h / La ville ne s’arrête pas, mais elle change encore. Ceux qui restent sont les noctambules, travailleurs de nuit, clients de bars, clubbers et personnes qui attendent le premier train. Certaines adresses restent ouvertes jusqu’à l’aube.





La nuit japonaise n’est pas seulement une fête, elle montre la société japonaise. À Ueno le quartier populaire et traditionnel. À Shinjuku la ville de tous les excès et de tous les divertissements. À Shibuya la jeunesse, la mode et le Tokyo qui se réinvente. La lumière ne sert pas seulement à éclairer. Elle sert à annoncer, attirer, vendre, identifier et créer une ambiance. Tokyo possède ainsi plusieurs nuits superposées. Tokyo est particulièrement fascinante après 19 heures les mêmes rues que vous avez parcourues le jour deviennent presque méconnaissables le soir.
Ueno raconte le Tokyo qui se souvient.
Shinjuku raconte le Tokyo qui se divertit.
Shibuya raconte le Tokyo qui invente demain.

A SUIVRE…