08-D’une ville à l’autre…

Après cinq nuits et quatre jours pleins, il faut déjà quitter Tokyo et prendre la direction de Kanazawa. Tokyo, capitale incroyable, immense, moderne, presque vertigineuse, mais aussi étonnamment disciplinée. Une ville où chacun semble connaître sa place et respecter celle des autres. Pour nous, Européens latins et Français, cette discipline collective peut parfois sembler presque irréelle. Un exemple tout simple…Vous devez traverser une rue. Le feu est vert pour les voitures et rouge pour les piétons. Il n’y a pourtant aucun véhicule à l’horizon…Mais personne ne traverse. Tout le monde attend tranquillement que le petit bonhomme passe au vert. Et vous, Français, vous restez là aussi…Parce qu’il est finalement assez difficile de faire autrement !

 

Ici, la règle n’est pas seulement une obligation, elle semble faire partie du fonctionnement naturel de la société. On ne veut pas gêner l’autre, on évite de faire du bruit, on respecte les files, les transports, les espaces communs. Tokyo nous aura surtout appris que la modernité peut aller de pair avec une extraordinaire maîtrise collective.

 

 

 

 

 

 

Quatre jours, pour decouvrir plusieurs visages..Asakusa et Sensō-ji, mémoire du vieux Tokyo, Yanaka et ses cimetières, qui nous ont ramenés vers le passé, Ueno et Ameyoko, avec leur animation populaire, Ginza et Tsukiji, entre commerce traditionnel et modernité, le Palais impérial, symbole de la continuité de la monarchie, Meiji Jingū, au cœur de sa forêt et bien sûr Shibuya, Shinjuku et leurs lumières, incarnation du Tokyo moderne, vivant jusque tard dans la nuit. Tokyo paraît sans fin. Des millions de personnes, des quartiers qui ressemblent parfois à des villes entières, un réseau ferroviaire impressionnant et pourtant une circulation humaine étonnamment fluide. Tokyo n’est pas seulement une ville de béton, de néons et de trains. C’est surtout une ville de contrastes avec le silence d’un sanctuaire à quelques mètres du vacarme d’une grande avenue, un petit jardin entre deux immeubles, une vieille maison derrière une tour, un cimetière paisible au milieu d’une mégapole.

 

 

 

 

 

 

 

Lundi 5 Octobre 2026 8H45…

 

 

Foule sentimentale / On a soif d’idéal / Attirés par les étoiles, les voiles

Que des choses pas commerciales / Foule sentimentale

Il faut voir comme on nous parle

Comme on nous parle…

 

 

 

 

 

 

 

Et maintenant, changement de décor…Nous quittons Tokyo pour Kanazawa, beaucoup plus petite et beaucoup plus calme. Kanazawa est souvent présentée comme une ville où l’on peut retrouver une partie du Japon traditionnel, préservé des transformations qui ont profondément marqué Tokyo. Ancienne ville féodale, elle fut longtemps dominée par le puissant clan Maeda et a développé une grande culture artistique et artisanale. Nous allons y découvrir le château de Kanazawa et le jardin Kenroku-en, considéré comme l’un des plus beaux jardins du Japon, mais aussi les quartiers historiques de Higashi Chaya, avec leurs anciennes maisons de thé, Nagamachi, l’ancien quartier des samouraïs, ainsi que le sanctuaire Oyama et le quartier d’Ishiura. Après l’immensité de Tokyo, Kanazawa devrait nous offrir un autre Japon : plus lent, plus intime, plus silencieux, où l’histoire, les jardins, l’artisanat et les traditions occupent une place beaucoup plus visible. Tokyo nous a montré le Japon tourné vers l’avenir. Kanazawa va peut-être nous permettre de mieux comprendre celui qui regarde encore vers son passé.

 

 

 

 

 

 

Un voyage de 2H30 dans des conditions idéales dès notre arrivée à la gare centrale de Tokyo. Une écoute au guichet pour nous comprendre notre demande en prenant le temps, des quais immenses et archi propre, comme dans toutes les stations des peintures au sol pour matérialiser les files d’attentes et bien sur toujours respectées. Un confort dans les voitures sans aucune différence…Tous en première ! Et des toilettes que nous pourrions avoir chez nous. Notre trajet vers l’Ouest nous fait traverser leurs alpes et la moitié du trajet dans des tunnels sans ralentir…Exceptionnelle condition de transport.

 

Le réseau ferré Shinkansen est bien plus qu’un simple train à grande vitesse, c’est l’une des grandes réussites techniques et organisationnelles du Japon. Son réseau a profondément transformé la manière dont les Japonais se déplacent entre les grandes villes. Le premier Shinkansen circule le 1er octobre 1964, quelques jours avant l’ouverture des Jeux olympiques de Tokyo. La première ligne relie Tokyo à Shin-Osaka, sur environ 515 km. Le train atteint alors 210 km/h, une vitesse extraordinaire pour l’époque. Le Japon voulait répondre à un problème très concret…Son territoire est montagneux, ses grandes villes sont éloignées et les routes étaient déjà très encombrées. Le Shinkansen a donc été conçu dès le départ comme un réseau national de transport rapide entre les grandes métropoles.

 

 

 

 

 

 

Le réseau s’est progressivement développé depuis Tokyo vers toutes les villes du pays et le réseau continue à évoluer. Sur une même ligne, les trains n’ont pas tous le même nombre d’arrêts. Pour notre trajet vers Kanazawa, il y a deux possibilités avec les trains…Kagayaki → très rapide, peu d’arrêts et Hakutaka → davantage d’arrêts. C’est donc un peu comme avoir plusieurs niveaux de service sur la même autoroute ferroviaire. Ce qui impressionne cen’est pas seulement la vitesse c‘est la régularité. Le Shinkansen fonctionne avec des horaires extrêmement précis, des quais organisés au mètre près, des temps d’arrêt très courts, une signalisation spécifique, un contrôle permanent de la vitesse, des voies conçues spécialement pour les trains à grande vitesse.

 

Le Shinkansen n’est pas simplement un train classique qui roule très vite. Les lignes sont en grande partie séparées du réseau ferroviaire traditionnel. Pas de passages à niveau sur les lignes principales, des courbes adaptées aux grandes vitesses, des systèmes de signalisation spécifiques et une infrastructure conçue autour du train. C’est aussi pour cela que les Shinkansen peuvent fonctionner à très haute fréquence et surtout il fonctionne avec le reste du réseau. Le Japon a ainsi construit quelque chose qui ressemble à un immense système circulatoire avec le Shinkansen pour les longues distances, les trains régionaux pour irriguer les territoires, puis métro et trains urbains pour les déplacements locaux. Le Shinkansen a aussi changé la géographie du pays. Tokyo n’est plus vraiment « loin » de Kyoto, Nagoya, Sendai ou Kanazawa. Une ville située à 300 ou 500 km peut devenir accessible pour une journée de travail ou une excursion. Une des clés pour comprendre le Japon moderne. Le Shinkansen n’a pas seulement accéléré les trains, il a rapproché les villes japonaises.

 

 

 

 

 

 

Il n’existe pas une seule « société Shinkansen ». Le Shinkansen est exploité par plusieurs compagnies du groupe JR (Japan Railways), selon les régions. JR East qui exploite le Hokuriku Shinkansen vers Kanazawa et une grande partie des Shinkansen de l’est du Japon. Le groupe comptait 70 623 salariés au 31 mars 2026. Ces groupes ne vivent pas uniquement des billets de train. Ils ont aussi des centres commerciaux dans les gares, hôtels, immobilier, restaurants, commerces, services touristiques, publicité, logistique et autres activités. La compagnie JR Central, qui exploite le fameux Tōkaidō Shinkansen Tokyo–Kyoto–Osaka en 2024, le groupe a réalisé un CA de 11 milliards d’euros, le transport représentait environ 81 % de ses revenus. Quand vous prenez un Shinkansen, vous ne prenez pas simplement « un train » : vous utilisez l’infrastructure d’un immense groupe industriel et de services, avec des dizaines de milliers de salariés, des milliards d’euros de revenus et une activité immobilière et commerciale considérable autour des gares.

 

 

Le JR West celle que nous allons utiliser vers Kyoto et Hiroshima possède 4 897 kms de voies, dont 938 kms de Shinkansen, et environ 47 200 salariés dans le groupe. En 2026 un chiffre d’affaires de 11 milliards € dont en activité mobilité/transport 7 milliards € et Le groupe a réalisé plus d’un milliard € de bénéfice d’exploitation.

 

 

Shinkansen (新幹線) signifie « nouvelle ligne principale » o (shin) = nouveau / 幹 (kan) = tronc, axe principal / 線 (sen) = ligne. Le mot ne signifie donc pas « train à grande vitesse » à proprement parler. Il désigne le réseau de lignes à grande vitesse, sur lesquelles circulent différents trains…Nozomi, Hikari, Kodama, Kagayaki, Hakutaka, etc. Le caractère 幹 (kan) évoque le tronc d’un arbre. L’idée est celle d’une grande ligne ferroviaire structurante, dont les autres lignes seraient comme les branches. Le Shinkansen constitue véritablement la colonne vertébrale ferroviaire du pays, reliant les grandes métropoles de Tokyo à Osaka, Kyoto, Kanazawa, Hiroshima, Fukuoka, etc. Ne pas confondre Shinkansen → le réseau / les lignes à grande vitesse et Kagayaki, Hakutaka, Nozomi, Hikari…Les noms des services ou trains qui circulent sur ces lignes.

 

Kagayaki (輝き) signifie littéralement « éclat », « brillance », « rayonnement ». C’est le service le plus rapide sur la ligne Hokuriku Shinkansen entre Tokyo et Kanazawa (et désormais au-delà vers Tsuruga).

 

Hakutaka (白鷹) signifie « faucon blanc ». Un nom ancien et symbolique au Japon. Le faucon est associé à la rapidité et à la noblesse. Le Hakutaka dessert davantage de gares que le Kagayaki. 

 

Les Japonais utilisent donc des noms qui donnent presque une personnalité aux trains. Un Kagayaki évoque quelque chose qui brille, un Hakutaka quelque chose qui s’envole, un Tsurugi quelque chose de puissant. C’est différent de notre tradition française…TGV Atlantique, TGV Sud-Est, TGV Méditerranée sont surtout des appellations géographiques ou techniques. Au Japon, le train porte presque un petit morceau de poésie dans son nom.

 

 

 

 

 

 

 

Arrivés à 12 h 30 précises, notre appartement Airbnb, situé à seulement cinq minutes à pied, dans un immeuble moderne tenu par un jeune Français originaire de Metz, nous permet de nous installer rapidement avant de partir, dès l’après-midi, à la découverte du centre-ville de Kanazawa. La pluie est au rendez-vous pour cette première rencontre, mais elle devrait progressivement laisser place aux éclaircies et au soleil dans les jours à venir. Nous avons devant nous trois journées pour découvrir une dizaine de lieux emblématiques de cette ville étonnante.

 

 

Kanazawa est une étape très différente de Tokyo. Longtemps préservée des grandes destructions qui ont marqué d’autres villes japonaises, elle a conservé une partie importante de son patrimoine, de ses quartiers historiques, de ses maisons traditionnelles et de ses savoir-faire. Elle est notamment réputée pour ses jardins, ses anciennes demeures de samouraïs, ses quartiers de geishas, son artisanat et son extraordinaire tradition de la feuille d’or. Kanazawa est d’ailleurs le principal centre japonais de production de feuilles d’or, avec près de 99 % de la production nationale. Cette tradition se retrouve partout dans la ville, dans les objets d’art, les décorations, les temples et jusque dans certaines spécialités culinaires. Pendant ces trois jours, nous allons partir à la découverte des principaux visages de Kanazawa…

 

Higashi Chaya/  Célèbre quartier des maisons de geishas, avec ses élégantes façades en bois et ses petites rues qui ont conservé l’atmosphère du Japon d’autrefois.

Sanctuaire d’Oyama/ Remarquable par sa porte étonnante qui mélange influences japonaises, chinoises et occidentales, témoignage de l’ouverture du Japon à la modernité à la fin du XIXᵉ siècle.

Château de Kanazawa/ Retour sur l’histoire des Maeda, la puissante famille qui gouverna la région pendant près de trois siècles et transforma Kanazawa en une ville prospère et raffinée.

Kenroku-en/ Considéré comme l’un des trois plus beaux jardins du Japon. Un jardin exceptionnel où l’homme et la nature semblent avoir trouvé un équilibre presque parfait.

 

Nous irons également dans le quartier de Nagamachi, ancien quartier des samouraïs, pour découvrir les ruelles, les murs de terre et les anciennes demeures qui rappellent l’époque féodale. Le marché d’Omicho, véritable ventre de Kanazawa depuis plusieurs siècles, nous permettra de découvrir une autre facette de la ville, beaucoup plus vivante et populaire, autour des poissons, fruits de mer, légumes et produits locaux. Nous prendrons également le temps de découvrir le musée du XXIᵉ siècle, étonnant contraste avec les quartiers historiques avec une architecture contemporaine qui symbolise cette capacité de Kanazawa à associer patrimoine et modernité. Il y aura encore Ishiura-jinja, l’un des plus anciens sanctuaires de Kanazawa, le quartier de Kōrinbo et Hirosaka, plus moderne et commerçant, ainsi que le musée D.T. Suzuki, consacré au grand philosophe et penseur bouddhiste qui contribua à faire connaître le zen en Occident. Autant de lieux, autant de façons de découvrir Kanazawa. Après Tokyo, immense, lumineuse, bruyante et toujours en mouvement, cette nouvelle étape s’annonce donc beaucoup plus intime. Ici, l’histoire, l’artisanat, la nature et la modernité semblent vivre côte à côte sans jamais vraiment se gêner. Il nous reste maintenant à parcourir ses rues, à pousser quelques portes, à nous perdre peut-être un peu, et surtout à prendre le temps de comprendre ce qui fait l’âme de Kanazaw a.La pluie accompagne encore nos premiers pas aujourd’hui… mais le soleil est annoncé pour les prochains jours. Une bonne raison de croire que Kanazawa n’a pas encore livré tous ses secrets.

 

 

 

 

 

A SUIVRE…