31/ un jour, Pèlerin toujours…

Il y a des voyages que l’on prépare avec une carte, un sac à dos et quelques réservations. Et puis il y a ceux qui demandent de se préparer autrement, en se demandant pourquoi on veut partir, ce que l’on espère trouver en chemin et ce que l’on est prêt à accepter pour aller jusqu’au bout. Le pèlerinage des 88 temples de Shikoku appartient à cette seconde catégorie. Sur cette île japonaise, le chemin de Kūkai, moine bouddhiste fondateur de l’école Shingon, conduit les pèlerins de temple en temple, sur environ 1 200 kilomètres. Il traverse quatre préfectures, des villes, des villages, des forêts profondes, des cols de montagne et des portions de routes longeant le Pacifique et la mer intérieure de Seto. Il faut bien comprendre une chose…Le véritable défi n’est pas seulement d’atteindre le 88e temple. C’est d’accepter de vivre pendant plusieurs semaines au rythme de ses propres pas. Faire ce pèlerinage intégralement à pied, sans voiture, sans bus, sans train et sans autre transport terrestre ou aérien, c’est choisir de ne pas tricher avec la distance. Chaque vallée, chaque montée, chaque détour et chaque journée de pluie font partie de l’expérience. Ce n’est pas nécessairement un voyage religieux. On peut partir croyant, curieux, en quête de sens, ou simplement avec le désir de se confronter à soi-même. Chacun apporte ses raisons, le chemin, lui, ne demande pas de les expliquer.

 

 

Une aventure intérieure autant que physique…

 

 

 

 

 

 

 

Avant de partir…Savoir pourquoi l’on marche…Se poser quelques questions avant de faire ses premiers pas. Suis-je prêt à marcher même lorsque je suis fatigué, que la météo est mauvaise ou que le paysage du jour me déçoit ? Puis-je accepter de ne pas tout contrôler, de changer mes plans et de ne pas savoir exactement où je dormirai dans quelques jours ? Est-ce que je cherche une performance sportive, une aventure, un retour à l’essentiel, ou quelque chose que je ne sais pas encore nommer ?Suis-je capable de supporter la solitude sans la confondre avec l’isolement ? La force intérieure ne consiste pas à ne jamais douter. Elle consiste plutôt à continuer à avancer sans se maltraiter, à reconnaître ses limites et à accepter qu’une journée difficile ne soit pas une journée perdue. Sur le Henro, il existe une tradition importante…Le dōgyō ninin, que l’on peut traduire par « deux cheminant ensemble ». Le pèlerin marche symboliquement accompagné de Kūkai, même lorsqu’il est seul sur la route.

 

 

Cette idée résume assez bien l’esprit du voyage, on part seul, mais on ne se sent pas toujours seul. Et il y a les rencontres inattendues, les habitants qui indiquent le chemin, les sourires, les petits cadeaux et les gestes de générosité appelés o-settai. Ce sont parfois ces instants, davantage que les temples eux-mêmes, qui restent longtemps en mémoire.

 

 

 

 

 

Se préparer physiquement / Le corps doit devenir un compagnon, pas un adversaire…Le parcours complet représente environ 1200 kilomètres selon les variantes choisies. Il faut généralement compter 40 à 60 jours de marche, à raison de 20 à 30 kilomètres par jour. Les journées en montagne, les détours et les visites peuvent allonger sensiblement la durée. Ce n’est pas une randonnée de montagne permanente, mais ce n’est pas non plus une simple promenade. On marche beaucoup sur le bitume, les routes de campagne, les trottoirs, les chemins forestiers et les escaliers des temples. Deux à trois mois avant le départ il faut marcher trois à quatre fois par semaine, pour renforcer doucement les jambes, les chevilles et le dos. Un mois avant faire des sorties de 12 à 18 km avec le sac réellement prévu pour le pèlerinage. Tester les chaussures, les chaussettes, la protection contre la pluie et les bâtons. Les deux dernières semaines, enchaîner, si possible, deux journées de marche consécutives. Vérifier comment le corps récupère. Réduire ensuite la charge pour arriver reposé.

 

 

Le plus important n’est pas de réussir une journée de 30 kilomètres. C’est de pouvoir recommencer le lendemain, puis le surlendemain, sans accumuler une douleur qui finira par obliger à s’arrêter.

 

 

Les pieds / Votre capital le plus précieux…Choisir des chaussures déjà rodées, adaptées à vos pieds et confortables sur route. Prévoir plusieurs paires de chaussettes techniques et les changer si elles sont humides. Traiter immédiatement les échauffements et les ampoules, attendre le soir peut transformer un petit problème en plusieurs jours d’arrêt. Emporter des pansements hydrocolloïdes, une petite trousse de soins et une protection contre la pluie. Prévoir un jour de repos ou une journée courte lorsque le corps le réclame. Une douleur inhabituelle, une articulation qui gonfle ou une douleur qui modifie votre façon de marcher ne se règle pas toujours en serrant les dents. Mieux vaut consulter ou se reposer que compromettre tout le voyage. Et il ne faut pas oublier la chaleur, le sud de Shikoku peut être éprouvant en été, tandis que l’automne apporte des journées plus agréables, mais aussi de la pluie et des nuits fraîches en altitude.

 

Le matériel / Partir léger, mais ne rien oublier d’essentiel. Le pèlerin traditionnel porte une veste blanche, un chapeau conique et un bâton de marche appelé kongōzue. Cet équipement n’est pas obligatoire, mais il permet d’être reconnu comme pèlerin et de se sentir pleinement inscrit dans la tradition. Voici une liste raisonnable pour un parcours de plusieurs semaines…Sac à dos environ 25 à 35 litres, léger, avec housse de pluie – Vêtements – Deux ou trois tenues techniques, sous-vêtements, veste imperméable, couche chaude. Pieds – Chaussures rodées, chaussettes de rechange, sandales légères pour le soir. Orientation – Téléphone, cartes hors ligne, batterie externe et câble. Santé – Trousse de soins, protections contre les ampoules, médicaments personnels. Argent – Carte bancaire, espèces en yens et petite monnaie. Pèlerinage – Carnet de tampons, bâton, veste blanche et fiches de noms si vous souhaitez suivre la tradition.

 

 

La règle d’or…Tout ce que vous emportez doit justifier son poids. Un objet utilisé une fois en six semaines peut être moins utile qu’un objet léger utilisé tous les jours.

 

 

 

Comprendre le parcours / Quatre régions, quatre ambiances. Dans le sens traditionnel, en commençant par le temple 1, on parcourt Tokushima, Kōchi, Ehime et enfin Kagawa, avant de revenir au point de départ.

 

1. Tokushima — les premiers pas. Temples 1 à 23…Le temps de prendre ses marques, d’apprendre les rituels et de trouver son rythme. Les premières montagnes et les passages exigeants rappellent rapidement pourquoi on est ici… 

 

2. Kōchi — l’épreuve de la distance. Temples 24 à 39…Grande région côtière, avec de longues portions isolées, le Pacifique des villages et peu de possibilités de ravitaillement. La gestion des étapes et de la fatigue y prend toute son importance.

 

3. Ehime — les montagnes et la persévérance. Temples 40 à 65…Des sanctuaires nichés dans la forêt, des chemins escarpés et des étapes plus urbaines autour de Matsuyama. C’est une région où la beauté des lieux peut faire oublier, quelques instants, l’effort nécessaire pour les atteindre.

 

4. Kagawa — l’approche de l’achèvement. Temples 66 à 88…Les dernières étapes offrent un mélange de temples de montagne, de jardins, de châteaux et de paysages ouverts sur la mer intérieure. Le 88e temple marque la fin du cercle, mais pas nécessairement la fin de ce que l’on est venu chercher. Les limites entre les régions ne correspondent pas à des étapes quotidiennes obligatoires. L’itinéraire se construit en fonction de votre forme, des hébergements disponibles et des lieux que vous souhaitez découvrir.

 

 

 

5. Les pièges du pèlerin / Ce que l’on découvre parfois trop tard…C’est la partie la plus importante de ce guide. Les difficultés ne sont pas toujours celles que l’on imagine au départ. Le piège du kilométrage…Prévoir 30 km tous les jours sur le papier ne signifie pas que l’on peut les accomplir dans la réalité. Un col, une visite, une chaleur forte ou une ampoule changent complètement la journée. Il faut raisonner en heures de marche et en dénivelé autant qu’en kilomètres. Les hébergements trop espacés…Certains secteurs, notamment dans les parties rurales de Kōchi, proposent peu de logements. En automne, des établissements peuvent être complets, fermés ou ne pas servir de repas certains jours. Réserver uniquement le soir même peut donc devenir problématique. Arriver trop tard aux temples…Les bureaux de calligraphie et de tampons ferment généralement à 17 h. Arriver à 16 h 55 après une longue étape oblige parfois à choisir entre le rituel et le tampon. Pour une journée comportant plusieurs temples, il faut prévoir des marges. La météo et les chemins de montagne…Une pluie importante peut rendre certains sentiers glissants ou dangereux. Un typhon peut provoquer des fermetures et des perturbations. Le pèlerinage n’est pas une compétition, renoncer à un sentier exposé et choisir une route sûre est une décision intelligente. Le manque de liquide…Dans les petits villages et certains hébergements, la carte bancaire n’est pas toujours acceptée. Il faut garder des espèces pour les repas, les tampons, les petits commerces et les imprévus. Ne comptez pas non plus sur un distributeur à chaque étape. Les détours invisibles…Le chemin le plus court proposé par un GPS n’est pas toujours le chemin du pèlerin. Il peut vous faire passer par une route rapide, une portion sans accotement ou une variante destinée aux véhicules. Il faut comparer le tracé avec une carte spécifique au Henro.

 

 

 

 

6. Où manger pendant six semaines ? Au Japon c’est facile dans les villes et les bourgs, mais être plus prévoyant dans les zones isolées. Les quatre solutions à alterner…Les konbini, supérettes ouvertes souvent 24 h/24 onigiri, sandwichs, bananes, boissons, repas préparés. Très pratiques pour le petit-déjeuner ou un déjeuner rapide. Les restaurants locaux, udon, soba, ramen, curry japonais, poisson, petits restaurants familiaux, C’est aussi une manière de découvrir la vie quotidienne de Shikoku. Les repas en minshuku et ryokan…ils sont souvent copieux et comprennent parfois un dîner traditionnel et un petit-déjeuner japonais. Les supermarchés…Permettent de compléter ses provisions et de limiter le budget, surtout dans les villes. Sur les longues étapes côtières ou montagneuses, emporter de l’eau, quelques aliments et un encas est essentiel. Ne partez jamais en supposant qu’un restaurant sera ouvert au prochain village. Une autre règle utile, lorsque vous arrivez dans un logement qui propose le dîner, prévenez si vous êtes en retard. Les hôtes préparent les repas en fonction des réservations et peuvent s’inquiéter si un pèlerin ne se présente pas.

 

 

 

 

7. Où dormir ? Les temples, les auberges et les solutions économiques…Le pèlerinage ne se fait pas nécessairement en dormant dans les temples. Il existe plusieurs solutions, avec des prix et des niveaux de confort différents…Minshuku avec deux repas, Petite pension familiale, excellente pour rencontrer les habitants, Shukubō, hébergement de temple, avec deux repas, expérience spirituelle, horaires et règles spécifiques. Business hôtel, Chambre privée, pratique dans les villes. Ryokan, Hébergement traditionnel, prix très variables. Zenkonyado, hébergement solidaire ou à contribution, selon le lieu.

 

 

Peut-on dormir dans les temples ? Oui, certains temples possèdent un shukubō, mais tous ne proposent pas d’hébergement. Vérifier les disponibilités et réserver si nécessaire. Le séjour peut comprendre un dîner végétarien bouddhiste, appelé shōjin ryōri, une atmosphère calme et parfois la possibilité d’assister à une cérémonie matinale. Ce n’est pas un hôtel classique car les horaires et les règles de vie du lieu doivent être respectés. Les zenkonyado, il s’agit de logements modestes destinés aux pèlerins, gratuits ou à contribution. Ils ne sont ni nombreux ni garantis. Il ne faut donc pas construire tout son itinéraire autour de ces hébergements. Dormir dans un parc, une gare ou une station routière sans autorisation n’est pas une solution à considérer comme normale. Stratégie pour réserver, préparer les deux ou trois prochaines étapes…Identifier un hébergement réaliste à la distance à parcourir. Réserver les secteurs où les logements sont rares et les périodes chargées. Confirmer la présence des repas et l’heure d’arrivée. Garder une marge pour les changements de programme. Le site officiel du pèlerinage propose des conseils de planification et un guide sur les hébergements.

 

 

8. Quel budget prévoir pour le pèlerinage complet ? C’est une question essentielle, car 45 ou 50 jours de voyage représentent un budget important, même en vivant simplement. Le guide touristique de la préfecture de Tokushima donne un ordre de grandeur de 3 000 € pour environ 45 jours à pied, tandis que le coût réel dépend de la saison, des hébergements, des repas et des dépenses personnelles. Si vous dormez principalement dans des hôtels ou des ryokan confortables, le total peut être bien supérieur. Les prix ci-dessus sont des estimations de planification, et non des tarifs garantis.

 

 

 

9. Comment s’orienter sans voiture ni transport ? C’est un point fondamental. Le pèlerinage est ancien, mais il ne faut pas imaginer un sentier continu, parfaitement balisé et séparé de la circulation. Une partie importante du trajet se fait sur des routes ordinaires. D’autres portions suivent des chemins historiques, des sentiers forestiers ou des escaliers de montagne. Il existe aussi des variantes piétonnes que les véhicules ne peuvent pas emprunter. Les trois outils à combiner…Un guide papier du Henro, car il permet de comprendre l’itinéraire général, les étapes, les temples et les variantes. Il reste utilisable lorsque la batterie du téléphone est vide. Une carte numérique hors ligne, téléchargez les cartes avant de partir. Google Maps est utile pour les adresses et les commerces, mais une application de randonnée permettant de consulter un tracé piéton détaillé est préférable pour les chemins. Les marques du pèlerinage, suivez les indications du henro-michi, notamment les panneaux et flèches. Elles sont particulièrement utiles sur les bifurcations et les chemins historiques. Le site spécialisé Shikoku Henro propose des informations en anglais sur le parcours, sa préparation et ses différentes étapes.

 

 

Les habitudes qui évitent de se perdre, télécharger la carte de la prochaine étape et vérifier le parcours avant de quitter le logement. Repérer les villages où l’on peut acheter de l’eau et de quoi manger. Conserver l’adresse du logement en japonais dans le téléphone. Garder une batterie externe et noter le numéro de téléphone de l’hébergement. Vérifier régulièrement que l’on suit bien le parcours piéton et non une variante routière. Prévenir quelqu’un en cas de modification importante d’itinéraire dans une zone isolée. En cas d’urgence au Japon, le numéro des secours est le 119 pour une ambulance ou les pompiers. La sécurité doit toujours passer avant la volonté de terminer l’étape prévue.

 

 

 

10. Les lieux à ne surtout pas manquer en dehors des 88 temples…

Un pèlerinage intégral n’est pas seulement une collection de temples. La richesse de Shikoku se trouve aussi dans les paysages, les villages, les sites historiques et les rencontres. Voici les détours que je privilégierais, sans chercher à tous les imposer car certains demandent un effort ou une journée supplémentaire.

 

 

 

Le cap Muroto / Kōchi, Océan, falaises et solitude pour un paysage spectaculaire où le Pacifique occupe tout l’horizon. Les formations rocheuses et les vents donnent une autre dimension à la marche. C’est l’un des secteurs où l’on ressent l’immensité de l’île et la longueur du chemin.

La rivière Shimanto / Kōchi, Japon rural et aquatiques. Une rivière pour la beauté de ses eaux et ses ponts bas traditionnels, les chinkabashi. Un détour pour qui aime prendre son temps, découvrir les petits villages et s’éloigner des grands axes.

Kōchi et la plage de Katsurahama, histoire et Pacifique. La ville permet une pause urbaine, avec son château historique et son marché Hirome, animé et gourmand. La plage de Katsurahama et la statue de Sakamoto Ryōma rappellent le rôle de Kōchi dans les bouleversements qui ont accompagné la fin du shogunat.

Matsuyama et Dōgo Onsen / Ehime, château, histoire et bains japonais, le château de Matsuyama offre un aperçu de l’histoire féodale, tandis que le quartier thermal de Dōgo Onsen permet de découvrir une tradition japonaise du bain ancrée dans la culture locale. Une pause bienvenue pour les jambes.

 

La mer intérieure de Seto, ponts, îles et horizon changeant, les ponts, les petits ports et les îles permettent de découvrir un autre visage de Shikoku. Même si l’on suit le pèlerinage à pied, certains paysages méritent un détour planifié, sans oublier que le détour doit rester compatible avec l’esprit du voyage.

Le jardin Ritsurin / Takamatsu, l‘art du paysage japonais, magnifique jardin historique, avec ses pins taillés, ses étangs et ses perspectives composées. Il offre une conclusion contemplative aux dernières étapes, avant ou après les temples de Kagawa.

 

 

Il faut aussi savoir s’arrêter devant ce qui ne figure dans aucun guide, une petite échoppe, un port de pêche, une rizière au petit matin ou un village que l’on traverse sans autre raison que celle de continuer à marcher. Le meilleur détour n’est pas toujours le plus célèbre. C’est parfois celui qui vous oblige à ralentir.

 

 

 

11. Comment se comporter dans les temples…

les gestes qui donnent du sens au voyage…On peut visiter les 88 temples comme un touriste. Mais si l’on souhaite vivre le pèlerinage, prendre le temps d’apprendre quelques gestes permet de mieux comprendre ce que l’on traverse. Le rituel habituel…

 

 

À l’entrée il faut s’arrêter devant la porte principale, saluer respectueusement et entrer sans gêner les autres visiteurs.

Au bassin de purification, se laver les mains selon les usages du lieu.

Au pavillon principal (Hondō) déposer un bulletin portant son nom, faire une offrande, allumer de l’encens si cela est autorisé et prendre un moment de recueillement.

Au pavillon de Kūkai (Daishidō) renouveler le geste de prière. Les pèlerins récitent parfois des sutras, notamment le Hannya Shingyō, mais il est tout à fait possible de prier en silence.

Au bureau des tampons (Nōkyōjo) faire apposer la calligraphie et le sceau dans son carnet de pèlerinage, généralement contre paiement.

En quittant le temple, sortir avec respect et prendre le temps de regarder une dernière fois les lieux. Les usages varient légèrement d’un temple à l’autre. Il faut donc suivre les indications locales et ne pas sonner les cloches ou allumer de l’encens lorsque cela n’est pas autorisé. Le carnet de pèlerinage devient progressivement la mémoire concrète du voyage. Il ne remplace pas l’expérience vécue, mais il conserve la trace des étapes accomplies.

 

 

L’o-settaila/ générosité des habitants…Il existe une tradition particulière à Shikoku, l’o-settai. Un habitant peut offrir un fruit, une boisson, un repas ou une petite aide à un pèlerin. Ce geste ne doit jamais être réclamé ni attendu. Il est offert librement et s’inscrit dans une tradition d’hospitalité et de soutien au pèlerinage. Lorsqu’on reçoit un cadeau, un simple arigatō gozaimasu « merci beaucoup » accompagné d’un sourire est déjà précieux. Certains pèlerins donnent un osamefuda, un petit bulletin portant leur nom, en signe de gratitude. C’est une dimension magnifique du Henro on croit partir pour découvrir le Japon, et l’on découvre aussi la générosité de personnes que l’on ne reverra probablement jamais.

 

 

 

12. 88e Temple…la fin du parcours, mais pas la fin du voyage…

 

Le temple Ōkubō-ji, numéro 88, situé dans la préfecture de Kagawa, marque traditionnellement l’achèvement du pèlerinage. Après des semaines de marche, ce dernier temple représente beaucoup plus qu’une destination géographique. Il est le point où se rejoignent les kilomètres, les douleurs, les paysages, les rencontres et toutes les pensées accumulées en chemin. Certains pèlerins ressentent une immense joie. D’autres éprouvent une forme de vide, pendant plusieurs semaines, leur quotidien a été organisé autour d’une seule chose, avancer. Et soudain, il n’y a plus d’étape à préparer. Il existe une tradition consistant à retourner au temple Ryōzen-ji, le numéro 1, afin de refermer symboliquement le cercle. Ce retour complète le parcours traditionnel lorsque l’on souhaite accomplir l’ensemble de la boucle. Mais il ne faut pas croire qu’une cérémonie spectaculaire vous attend nécessairement au 88e temple. L’achèvement est avant tout personnel. Il n’y a pas de diplôme qui puisse mesurer ce qu’un tel voyage a changé en vous.

 

 

 

13. Les derniers conseils avant de se lancer…Dix principes.

 

Partir pour les bonnes raisons. Ne pas attendre du pèlerinage qu’il résolve miraculeusement tous les problèmes de la vie. Préparer son corps sans chercher la performance. L’endurance et la régularité comptent davantage que la vitesse. Voyager léger. Le sac doit rester un compagnon, pas devenir un fardeau. Ne pas sous-estimer les pieds. Les petits bobos sont les grands ennemis des longues marches. Préparer chaque étape. Eau, repas, logement, météo et heure de fermeture des bureaux des temples. Garder des espèces. Les petites pensions et les commerces ruraux ne prennent pas tous la carte bancaire. Respecter les lieux et les habitants. Le pèlerinage est aussi une responsabilité envers ceux qui accueillent les marcheurs. Accepter les changements de programme. Un détour, une journée de repos ou un temple manqué ne détruisent pas l’expérience. Savoir demander de l’aide. L’autonomie n’oblige pas à affronter seul une situation dangereuse. Ne pas vouloir aller trop vite. On peut traverser Shikoku en comptant les kilomètres, ou la découvrir en laissant les kilomètres raconter quelque chose. Pour préparer concrètement son voyage, les ressources les plus utiles sont le site officiel du Shikoku Henro, les conseils pratiques de Visit Kochi Japan et le guide de la Japan National Tourism Organization sur le pèlerinage complet.

 

 

 

Que vient-on chercher sur les chemins de Shikoku..? On part parfois pour voir 88 temples, et l’on découvre 88 étapes d’un voyage qui ne ressemble à aucun autre. On apprend à se lever tôt, à marcher sous la pluie, à accepter la fatigue, à savourer un repas simple et à regarder un paysage sans avoir besoin de le photographier. On découvre que l’on peut vivre avec très peu, que les rencontres les plus courtes peuvent être les plus marquantes et que l’on n’a pas besoin de tout comprendre pour continuer. On découvre aussi ses limites sur les jours où le corps ne suit pas, où l’on doute, où l’on se demande pourquoi on s’est lancé dans cette aventure. Mais ces moments font partie du chemin autant que les beaux paysages. Et lorsque l’on arrive au 88e temple, ce ne sont peut-être pas les 1 200 kilomètres qui comptent le plus. Ce sont les choses que l’on a apprises sur soi, les visages rencontrés et les instants que l’on n’avait pas prévus. Le pèlerinage ne consiste pas seulement à atteindre le dernier temple. Il consiste à devenir, au fil des pas, un peu différent de celui qui était parti.

 

 

 

 

 

A SUIVRE…