Un premier article pour revenir sur une des périodes essentielles du Japon pour mieux comprendre…Un deuxième à suivre côté américain sur la même période. Bonne lecture.
À partir de la fin du XIXe siècle, le Japon veut devenir une grande puissance, capable de rivaliser avec les États-Unis et les empires européens. Plusieurs raisons expliquent cette évolution…Le Japon dépend de l’étranger pour une grande partie de son pétrole, de son minerai de fer et de ses matières premières. Les dirigeants militaires veulent contrôler des territoires en Asie pour y trouver des ressources et y établir leur influence. Le Japon observe les empires coloniaux européens et cherche à bâtir le sien. Dans les années 1930, les militaires prennent une place croissante dans les décisions politiques. Le nationalisme et l’idée d’obéir à l’empereur sont fortement valorisés. Le Japon présente ses conquêtes comme la création d’une Asie libérée de la domination occidentale. Mais, dans les territoires conquis, son armée impose sa domination et commet de graves atrocités contre les populations civiles et les prisonniers.



1931/ La conquête de la Mandchourie…Le Japon envahit cette région du nord-est de la Chine, riche en ressources. Une étape majeure de son expansion. 1937/ Le Japon lance une invasion à grande échelle. La guerre provoque des massacres et d’immenses souffrances, notamment lors du massacre de Nankin en décembre 1937. 1940/ Le Japon s’allie à l’Allemagne nazie et à l’Italie fasciste. Renforce son implantation en Asie du Sud-Est, menace les intérêts britanniques, français, néerlandais et américains.
7 décembre 1941/ L’aviation japonaise attaque Pearl harbor…Le Japon veut neutraliser les États-Unis pour conquérir les territoires riches en pétrole d’Asie du Sud-Est. Le Japon n’entre pas dans la guerre en 1941 pour se défendre contre une invasion. Il mène déjà une politique de conquête en Asie. L’embargo américain contribue à précipiter sa décision d’attaquer, c’est le choix de poursuivre l’expansion militaire plutôt que de reculer qui conduit à la guerre contre les États-Unis.
Pourquoi attaquer les États-Unis, alors que le Japon sait qu’ils sont puissants ? C’est le grand pari stratégique du Japon, et une erreur de calcul majeure. En 1941, les États-Unis limitent fortement leurs échanges avec le Japon et lui coupent notamment l’accès au pétrole américain, en réaction à ses conquêtes militaires. Le Japon a alors deux possibilités soit reculer en abandonnant une partie de ses ambitions, ou tenter de s’emparer des ressources pétrolières des Indes néerlandaises, l’actuelle Indonésie, et d’autres territoires d’Asie du Sud-Est. Les dirigeants japonais choisissent la seconde option. Ils pensent qu’en frappant d’abord la flotte américaine à Pearl Harbor, ils pourront gagner suffisamment de temps pour conquérir ces territoires et rendre leurs positions difficiles à reprendre. Ils sous-estiment cependant la capacité industrielle et militaire des États-Unis. Le paradoxe est saisissant, en voulant empêcher l’intervention américaine, le Japon provoque précisément l’entrée en guerre des États-Unis. Le Japon est déjà en guerre contre la Chine depuis 1937, tandis que la Seconde Guerre mondiale commence en Europe en septembre 1939. À partir de décembre 1941, le conflit devient une guerre ouverte entre le Japon et les puissances occidentales dans le Pacifique. 1945/ Après plusieurs années de combats, de bombardements conventionnels et de pertes considérables, les États-Unis larguent la bombe atomique sur Hiroshima le 6 août, puis sur Nagasaki le 9 août. La décision américaine, les pertes anticipées d’une invasion et la volonté de mettre fin à la guerre sont au cœur des débats historiques sur ces bombardements. Le Japon capitule finalement en août 1945.


GUERRE DU PACIFIQUE…1941 – 1945
Pour comprendre la guerre du Pacifique, il faut revenir aux ambitions du Japon, à sa volonté de dominer l’Asie et à la confrontation progressive avec les États-Unis. Cette guerre, qui s’inscrit dans la Seconde Guerre mondiale, commence bien avant Pearl Harbor et se termine par la capitulation japonaise du 2 septembre 1945. Le régime japonais présente son expansion comme une libération de l’Asie de la domination occidentale. Mais, dans les territoires conquis, l’occupation japonaise s’accompagne de répression, de travail forcé, de violences et de massacres.
Les États-Unis ne veulent pas entrer dans une nouvelle guerre mondiale. Une partie importante de la population souhaite rester à l’écart du conflit européen mais Washington s’inquiète de l’expansion japonaise en Chine et dans le Pacifique. 1937-1940/ les États-Unis condamnent l’agression japonaise en Chine, tout en poursuivant longtemps certains échanges commerciaux avec le Japon. 1940-1941/ Washington restreint progressivement ses exportations stratégiques vers le Japon, notamment les matières utiles à son industrie militaire. Juillet 1941/ Après l’expansion japonaise en Indochine, les États-Unis gèlent les avoirs japonais et imposent un embargo qui bloque l’accès du Japon au pétrole américain. Le Royaume-Uni et les autorités néerlandaises en exil prennent également des mesures contre les intérêts japonais. Pour Tokyo, la situation devient extrêmement préoccupante, ses réserves de pétrole sont limitées et son armée a besoin de carburant pour poursuivre la guerre en Chine et étendre son empire. Deux possibilités s’opposent alors au sein de la stratégie japonaise…Accepter un recul de ses ambitions ou recourir à la force pour conquérir de nouvelles ressources. Les dirigeants japonais choisissent la guerre. L’embargo américain n’explique pas, à lui seul, le conflit. Il intervient après plusieurs années d’expansion militaire japonaise et de guerre en Chine.



Le Japon décide de frapper le premier pour neutraliser la flotte américaine du Pacifique et disposer de plusieurs mois pour conquérir l’Asie du Sud-Est. Le 7 décembre 1941, des avions japonais attaquent par surprise la base navale américaine de Pearl Harbor, à Hawaï. Plus de 2 400 militaires américains sont tués dans l’attaque, ainsi que des civils. Le même jour, le Japon lance également des offensives contre plusieurs territoires américains et britanniques en Asie et dans le Pacifique. Le lendemain, les États-Unis déclarent la guerre au Japon. Le 11 décembre, l’Allemagne et l’Italie déclarent à leur tour la guerre aux États-Unis. Le calcul japonais comporte une erreur majeure sur l’attaque qui détruit ou endommage de nombreux navires, mais ne détruit pas définitivement la flotte américaine. Les porte-avions américains, absents du port au moment de l’attaque, restent disponibles pour la suite du conflit. Au cours des premiers mois, le Japon remporte une série de victoires spectaculaires, Hong Kong tombe en décembre 1941. Singapour capitule en février 1942, infligeant à l’Empire britannique une défaite majeure. Les Philippines et les Indes néerlandaises sont conquises au cours du premier semestre 1942. L’empire japonais s’étend alors sur une immense partie de l’Asie et du Pacifique. Mais cette expansion rapide dépasse les capacités logistiques du Japon. Il doit protéger des milliers de kilomètres de voies maritimes, ravitailler ses garnisons et faire face à une puissance industrielle américaine bien supérieure. 4 au 7 juin 1942, la bataille de Midway constitue un tournant essentiel. Les Américains détruisent quatre grands porte-avions japonais, au prix de la perte d’un porte-avions américain. Le Japon perd des navires, des pilotes expérimentés et une part précieuse de sa capacité aéronavale. Il ne peut plus imposer aussi facilement sa volonté dans le Pacifique. À partir de la bataille de Guadalcanal, en août 1942, les Américains passent progressivement à l’offensive.
Les États-Unis adoptent une stratégie consistant à reprendre les îles stratégiques, à s’approcher du Japon et à couper ses lignes de ravitaillement. Cette progression est souvent appelée island hopping, ou « saut d’île en île ». Le Japon, de son côté, souffre d’un manque croissant de pétrole, de navires, d’avions et de pilotes expérimentés. Les sous-marins américains détruisent une grande partie de sa flotte marchande, ce qui asphyxie progressivement son économie de guerre. Les étapes majeures sont…1943/ Les forces japonaises perdent progressivement l’initiative dans le Pacifique. Octobre 1944/ Les Américains reviennent aux Philippines, la bataille du golfe de Leyte affaiblit considérablement la marine japonaise. Février-mars 1945/ bataille d’Iwo Jima, particulièrement meurtrière. Mars 1945/ Les bombardements incendiaires ravagent Tokyo et tuent des dizaines de milliers de personnes en une seule nuit. Avril-juin 1945/ la bataille d’Okinawa fait des dizaines de milliers de morts parmi les militaires et provoque également la mort de nombreux civils japonais. La défaite devient de plus en plus probable, mais les dirigeants japonais ne parviennent pas immédiatement à s’accorder sur la capitulation. Les derniers jours de la guerre sont marqués par événements décisifs…6 août 1945…Hiroshima…9 août 1945…Nagasaki. Les États-Unis larguent la première bombe atomique utilisée en temps de guerre sur une ville. L’explosion et ses conséquences provoquent des destructions immenses et la mort de dizaines de milliers de personnes, puis de nombreuses autres victimes des suites des blessures et des irradiations.





8-9 août 1945/ L’Union soviétique entre en guerre contre le Japon, puis Nagasaki est bombardée. Le 8 août, Moscou déclare la guerre au Japon, le 9 août, l’Armée rouge envahit la Mandchourie occupée par les Japonais. Le même jour, une seconde bombe atomique frappe Nagasaki. La direction japonaise doit désormais faire face à la fois aux bombardements atomiques et à l’offensive soviétique. 15 août 1945/ L’empereur annonce la capitulation…L’empereur Hirohito annonce à la population l’acceptation de la capitulation. Le débat historique demeure important sur le poids respectif des bombes atomiques, de l’entrée en guerre soviétique et des autres facteurs militaires et politiques dans cette décision. 2 septembre 1945/ La fin officielle de la guerre, À bord du cuirassé américain USS Missouri, dans la baie de Tokyo, les représentants japonais signent l’acte officiel de capitulation. La guerre du Pacifique prend officiellement fin.



La capitulation entraîne l’occupation américaine du Japon, sous l’autorité du général Douglas MacArthur et des Alliés. Le pays est ensuite transformé, démilitarisation, nouvelle Constitution en 1947, réformes politiques et sociales, et renoncement constitutionnel à la guerre comme moyen de régler les différends internationaux. Ici la mémoire de la guerre est complexe. Hiroshima et Nagasaki symbolisent les souffrances des populations civiles et les conséquences des armes nucléaires. Mais la mémoire japonaise ne se limite pas aux bombardements, elle doit également prendre en compte les agressions commises par l’armée impériale en Chine, en Corée et dans d’autres territoires d’Asie. Il existe donc plusieurs mémoires qui coexistent, parfois difficilement entre celle des soldats japonais morts et des familles endeuillées, celle des victimes civiles des bombardements, des survivants d’Hiroshima et de Nagasaki, des peuples qui ont subi l’occupation japonaise, notamment les Chinois et les Coréens. Le Japon a commencé par une politique de conquête en Asie, a choisi d’attaquer les États-Unis pour tenter de préserver et d’étendre son empire, puis s’est retrouvé engagé dans une guerre industrielle et maritime qu’il ne pouvait soutenir durablement face aux Alliés.
Les atrocités commises par l’armée japonaise…
Entre 1931 et 1945, l’armée impériale japonaise a commis de nombreuses atrocités contre les populations civiles et les prisonniers de guerre en Chine, en Corée, aux Philippines, à Singapour, en Indonésie, en Birmanie et dans d’autres territoires d’Asie et du Pacifique. Les Américains, les Australiens, les Britanniques et les autres soldats alliés capturés ont eux aussi subi des violences extrêmes. Les faits sont abondamment documentés par les témoignages de survivants, les enquêtes d’après-guerre et les procès pour crimes de guerre. Pour comprendre cette histoire, il faut distinguer les massacres de civils, les mauvais traitements infligés aux prisonniers, le travail forcé et les expérimentations humaines.
Le massacre de Nankin…Le début d’une terreur de masse.
Le massacre de Nankin. Un des grands crimes de la Seconde Guerre mondiale. Le massacre de Nankin, aujourd’hui appelée Nanjing, est une tragédie majeure de l’histoire chinoise. 13 décembre 1937…L’armée impériale japonaise s’empare de Nankin, alors capitale de la Chine. Les atrocités se poursuivent pendant six semaines, et certaines violences continuent au-delà. Depuis 1931, le Japon conquiert des territoires chinois. En juillet 1937, la guerre entre les deux pays s’intensifie considérablement. Après une bataille particulièrement meurtrière à Shanghai, l’armée japonaise avance vers Nankin. Le gouvernement chinois de Tchang Kaï-chek se retire, et les forces japonaises prennent la capitale. Les soldats japonais entrent dans une ville où restent de nombreux civils, qui n’ont pas pu fuir ou qui espèrent y trouver refuge. Les faits documentés sont terribles…Exécutions de masse sur des prisonniers de guerre chinois désarmés sont exécutés. Des civils sont également tués, parfois lors d’opérations collectives. Viols massifs sur des dizaines de milliers de femmes et de jeunes filles sont victimes de violences sexuelles, selon les estimations historiques. Pillages et incendies, des soldats saccagent les habitations, les commerces et les bâtiments de la ville. Ces crimes ne se limitent pas aux combats militaires avec des personnes qui ne représentent plus aucune menace sont prises pour cible. Les témoignages de survivants et les documents conservés par des témoins étrangers ont permis d’établir l’ampleur des atrocités. Le nombre exact reste discuté par les historiens, notamment en raison de la difficulté à délimiter la zone géographique concernée et la durée du massacre. Environ 200 000 à 300 000 morts, c’est l’ordre de grandeur fréquemment avancé dans les sources commémoratives et certaines études historiques. Cette incertitude sur le chiffre précis ne remet pas en cause la réalité des massacres, des exécutions et des violences sexuelles, qui sont largement documentés.
Après la capitulation japonaise en 1945, des tribunaux internationaux et chinois jugent plusieurs responsables militaires pour crimes de guerre. Le général japonais Matsui Iwane, notamment, est condamné par le Tribunal militaire international pour l’Extrême-Orient et exécuté en 1948. Le lieutenant-général Tani Hisao est également condamné par un tribunal chinois et exécuté en 1947. Aujourd’hui, le massacre reste un sujet douloureux dans les relations entre la Chine et le Japon. Les désaccords portent notamment sur la mémoire de l’événement, sa place dans les manuels scolaires et le nombre de victimes, tandis que la réalité des atrocités est établie par de nombreuses sources historiques. Nankin montre jusqu’où peut conduire une guerre de conquête lorsque des prisonniers et des civils sont traités comme des ennemis à éliminer plutôt que comme des êtres humains. Il faut aussi garder à l’esprit une distinction essentielle, les crimes ont été commis par l’armée impériale japonaise de l’époque. Ils ne définissent pas à eux seuls la population japonaise d’aujourd’hui. Un film revient sur cette période City of Life and Death
NANKIN. un des symboles majeurs des crimes commis par l’armée impériale japonaise.






La marche de la mort de Bataan / avril 1942…
Après la capitulation des forces américaines et philippines dans la péninsule de Bataan, les prisonniers sont contraints de marcher sur une longue distance jusqu’aux camps de détention. Ils souffrent de la soif, de la faim, de l’épuisement et des maladies. Des prisonniers sont battus ou exécutés lorsqu’ils ne peuvent plus avancer. Des milliers de prisonniers philippins et plusieurs centaines de prisonniers américains meurent pendant cette marche ou peu après.
Sandakan / Bornéo, 1945…C’est l’un des épisodes les plus tragiques pour les Australiens. Des prisonniers de guerre australiens et britanniques détenus par les Japonais à Sandakan, dans le nord de Bornéo, sont soumis au travail forcé et à des conditions de détention catastrophiques. En 1945, les survivants sont contraints d’effectuer plusieurs marches vers Ranau, à travers la jungle. Les prisonniers épuisés meurent de maladie, de faim et de mauvais traitements ; certains sont exécutés. Sur les quelque 2 400 prisonniers australiens et britanniques détenus à Sandakan, seuls six Australiens survivent à la fin de la guerre. Ils doivent leur survie à leur évasion et à l’aide apportée par des habitants.
Le chemin de fer de la mort / Birmanie et Thaïlande…1942-1943, l’armée japonaise fait construire une voie ferrée entre la Thaïlande et la Birmanie pour approvisionner ses troupes. Les travaux sont effectués par environ 60 000 prisonniers de guerre alliés, notamment britanniques, australiens, néerlandais et américains, ainsi que par des centaines de milliers de travailleurs asiatiques recrutés ou contraints de travailler. Les conditions sont effroyables…Travail jusqu’à l’épuisement, parfois dans la jungle et sous la pluie, sous-alimentation et manque de médicaments, coups et violences, épidémies de choléra, de dysenterie et de paludisme. Des milliers de prisonniers alliés et des dizaines de milliers de travailleurs asiatiques meurent pendant la construction. Les chiffres varient selon les populations et les estimations retenues. Le film Le Pont de la rivière Kwaï a rendu cette histoire célèbre, mais il ne représente qu’une partie de la réalité. La souffrance des travailleurs asiatiques, en particulier, est souvent moins connue.
Les expérimentations humaines de l’unité 731…En Mandchourie, dans le nord-est de la Chine occupé par le Japon, l’unité 731 mène des recherches secrètes sur les armes biologiques et chimiques.vDes prisonniers chinois, mais aussi des personnes d’autres nationalités, sont soumis à des expériences humaines sans consentement. Ces pratiques comprennent notamment…des infections délibérées par des maladies, des expériences sur les effets du froid extrême, des interventions chirurgicales expérimentales, des essais liés aux agents biologiques. Des prisonniers sont également utilisés dans des essais d’armes et certains sont tués au cours de ces expériences. Le nombre total de victimes reste difficile à établir. Ces crimes constituent l’un des aspects les plus graves et les plus dissimulés de la guerre biologique japonaise. Certains responsables de ces recherches ont échappé à des poursuites complètes après la guerre, notamment dans le contexte des efforts américains pour obtenir les données scientifiques recueillies. Les femmes réduites à l’esclavage sexuel…Des femmes et des jeunes filles originaires notamment de Corée, de Chine, des Philippines, d’Indonésie et d’autres territoires ont été contraintes de servir dans les bordels militaires japonais, désignés par l’expression « femmes de réconfort ». Ce système, organisé autour des besoins de l’armée impériale, a exposé les victimes à des viols répétés, à des violences physiques et à des conditions sanitaires dangereuses. Les modalités de recrutement ont varié…Tromperie, coercition, pressions, enlèvements dans certains cas, et exploitation de la pauvreté. L’ampleur exacte du système et le nombre total de victimes restent débattus, mais la participation des autorités militaires à son organisation et les violences subies par les femmes sont documentées. La question reste aujourd’hui un sujet de mémoire douloureux entre le Japon et plusieurs pays voisins.
Le massacre de Manille/ Février 1945…Alors que les forces américaines reprennent Manille, aux Philippines, en février 1945, des unités japonaises massacrent des milliers de civils. Des hommes, des femmes et des enfants sont tués dans des maisons, des bâtiments publics et des lieux de refuge. Des viols, des incendies et des exécutions sont également rapportés. Les estimations du nombre de civils tués varient, mais les historiens évoquent généralement plus de 100 000 morts civils dans la bataille de Manille, chiffre qui comprend les victimes des massacres et celles des combats et bombardements. La responsabilité des unités japonaises dans les massacres de civils est solidement établie. C’est l’un des épisodes les plus meurtriers de l’occupation japonaise des Philippines.



Comprendre les mécanismes qui ont favorisé ces violences…Le mépris de la reddition. Dans certaines conceptions militaires japonaises de l’époque, influencées par une interprétation radicale du code du guerrier, se rendre était considéré comme une honte. Les soldats capturés par l’ennemi pouvaient alors être méprisés par leurs propres geôliers. L’endoctrinement et l’obéissance. L’armée impériale imposait une discipline extrêmement brutale. Les soldats japonais eux-mêmes subissaient des coups et des humiliations de la part de leurs supérieurs. Cette violence interne contribuait à la brutalité envers les prisonniers et les populations occupées. Le racisme et la déshumanisation. La propagande impériale présentait certains peuples conquis comme inférieurs. Ces préjugés facilitaient les violences et l’absence de considération pour la vie humaine. L’impunité et la chaîne de commandement. Les ordres, les pratiques institutionnelles et l’absence de sanctions ont permis à des atrocités de se poursuivre dans de nombreux lieux. Il faut cependant éviter une généralisation, tous les soldats japonais n’ont pas commis les mêmes actes, et certains ont aidé des prisonniers ou des civils. Les responsabilités doivent être établies à partir des faits, des ordres et des actes individuels.
Les crimes ont-ils été punis après la guerre ? Oui, Après la capitulation de 1945, des tribunaux militaires alliés jugent de nombreux responsables japonais pour crimes de guerre et crimes contre la paix…Le Tribunal militaire international pour l’Extrême-Orient, à Tokyo, juge de hauts responsables politiques et militaires. Des tribunaux organisés dans différents pays d’Asie et du Pacifique jugent des officiers et des gardiens de camps. Des condamnations à mort et des peines de prison sont prononcées. En Australie, par exemple, les tribunaux militaires ont jugé 922 hommes pour des crimes de guerre, dont 641 ont été reconnus coupables. Cependant, tous les responsables ne sont pas poursuivis. Certains échappent à la justice, notamment dans le contexte des premières années de la guerre froide. Les procès ont également fait l’objet de débats sur les preuves, les procédures et le traitement différencié des vainqueurs et des vaincus. Le paradoxe historique est frappant, le Japon a subi en 1945 des destructions immenses, les bombardements atomiques et la mort de nombreux civils, mais il avait lui-même infligé des souffrances considérables à des millions de personnes en Asie et dans le Pacifique.
Reconnaître les victimes japonaises ne doit pas faire oublier celles des pays envahis et inversement. Rappeler les crimes japonais ne signifie pas minimiser les souffrances des populations japonaises. Ces deux réalités font partie de la même histoire.