21/ Un jour une nuit…

 

Située dans la préfecture de Hiroshima, sur la côte sud de l’île principale de Honshū, Onomichi est une ville portuaire de 123 000 habitants tournée vers la mer intérieure de Seto. Elle possède un charme très particulier avec des maisons serrées au pied des collines, des temples anciens accrochés aux pentes, des ruelles étroites, un port animé autrefois par le commerce maritime et, aujourd’hui, des cyclistes venus du monde entier. Onomichi n’a pas la monumentalité de Kyoto ni l’agitation de Tokyo. Son intérêt est ailleurs, c’est une ville à taille humaine, façonnée par la mer, le commerce, la religion et la vie quotidienne japonaise. Onomichi se développe comme port dès le Moyen Âge. Sa position sur la mer intérieure de Seto est particulièrement favorable car cette mer, protégée de l’océan Pacifique par les îles et les détroits, constitue depuis des siècles une grande voie de navigation entre les régions occidentales du Japon et les centres politiques et économiques du pays. À partir du XIIe siècle, le port prend de l’importance grâce au transport des marchandises, aux échanges commerciaux et aux liens avec les grands sanctuaires et temples de la région. Les marchands et les armateurs y accumulent des richesses, contribuant à l’essor de la ville. Onomichi devient une cité de négociants, de marins et d’artisans. Sa prospérité explique en partie la présence de nombreux temples, dont certains bénéficient du soutien de familles commerçantes. Le relief a profondément marqué son urbanisme. Construite entre la mer et les collines, Onomichi s’étage sur les pentes, laissant peu de place aux grandes avenues. Des escaliers, des passages étroits et des chemins relient les quartiers et les sanctuaires. Le temple Senko-ji est le plus emblématique. Fondé selon la tradition au IXe siècle, il domine la ville et offre une vue remarquable sur le port et les îles de la mer intérieure. Autour de lui, un ensemble de temples et de chemins compose un véritable paysage spirituel.

 

 

UNE VILLE ENTRE MER, HISTOIRE ET MONTAGNE…

 

 

 

 

 

 

À l’époque moderne, Onomichi conserve son rôle portuaire et commercial. Le développement du chemin de fer à la fin du XIXe siècle renforce ses échanges avec l’arrière-pays. Le port, les activités maritimes et les industries liées à la mer restent longtemps au cœur de son économie. Mais les évolutions du transport, la concentration des activités dans les grandes villes et le vieillissement de la population ont progressivement modifié son dynamisme. Onomichi s’est alors tournée davantage vers la valorisation de son patrimoine, de ses paysages et de son identité maritime. Onomichi fait face à trois évolutions…Une diminution de la population, liée au vieillissement et au départ de jeunes vers les grandes agglomérations. Une population âgée importante en 2025 environ 37 % d’habitants de 65 ans ou plus…Une transformation des quartiers anciens, où certaines maisons traditionnelles sont inhabitées, tandis que d’autres sont rénovées en cafés, pensions et petits hébergements. Cette évolution explique le contraste que l’on peut observer avec une ville paisible, parfois presque endormie dans ses ruelles, mais qui attire une nouvelle clientèle touristique et des entrepreneurs désireux de faire revivre le patrimoine. L’économie d’Onomichi ne repose pas uniquement sur le tourisme. Elle conserve une véritable base industrielle et maritime. Un héritage majeur. Les chantiers navals, la réparation des navires, les équipements maritimes et les services liés au transport par mer ont longtemps constitué des piliers de l’emploi local. La municipalité revendique d’ailleurs son identité de « ville maritime ». Les îles et les secteurs ruraux de la commune produisent des agrumes, notamment des citrons dans la région de Setoda. La pêche, les produits marins et leur transformation participent aussi à l’économie locale. Les commerces de proximité, les restaurants, les transports, les ateliers et les entreprises industrielles fournissent une part importante de l’activité quotidienne. Le centre historique conserve des rues commerçantes, même si certaines boutiques traditionnelles ont fermé.

 

 

 

 

 

 

La ville est devenue une porte d’entrée du Shimanami Kaido, l’itinéraire cyclable qui traverse plusieurs îles et relie Onomichi à Imabari, sur l’île de Shikoku. Cette activité profite aux loueurs de vélos, aux hébergements, aux restaurants et aux services de transport des bagages. Trajet que nous devions effectuer mais face à la complexité de trouver une logistique adaptée sur deux avec en plus des tarifs prohibitifs nos avons renoncé. Demain nous louons une voiture pour 6 jours à la découverte de l’île de Shikoku. Aujourd’hui, Onomichi cherche à concilier son passé et de nouvelles activités. Son patrimoine religieux, ses paysages et ses ruelles sont devenus des atouts économiques. Des visiteurs japonais viennent our les temples, les promenades et la gastronomie, des cyclistes internationaux qui préparent ou terminent leur traversée du Shimanami Kaido, des amateurs de photographie et de cinéma, séduits par ses paysages urbains, des voyageurs qui recherchent une ville japonaise plus intime que les grandes destinations touristiques. Onomichi possède aussi une identité culturelle. Elle est associée au cinéma japonais, notamment aux films du réalisateur Yasujirō Ozu, dont Voyage à Tokyo évoque les changements de la société japonaise. Le paysage et les quartiers d’Onomichi ont également été immortalisés dans d’autres œuvres cinématographiques.

 

 

 

 

 

 

Onomichi est intéressante parce qu’elle raconte plusieurs histoires à la fois. En regardant depuis le temple Senkō-ji les toits, le port et les îles, vous observez le paysage qui a permis à la ville de prospérer. En descendant dans les ruelles, vous découvrez le patrimoine d’une ancienne cité marchande. Et en rejoignant le terminal des vélos, vous voyez comment cette ville maritime a trouvé une nouvelle vocation dans le tourisme et le cyclisme. Onomichi n’est donc pas une ville-musée, c’est une ville qui cherche un nouvel équilibre. Son industrie navale et ses activités locales restent essentielles, tandis que le tourisme contribue à faire vivre des quartiers qui risqueraient autrement de se vider.

 

La mer a longtemps apporté les marchandises et la richesse. Aujourd’hui, elle apporte aussi les voyageurs. Entre les temples accrochés aux collines et les vélos prêts à partir vers les îles, la ville poursuit son histoire, sans oublier celle qui l’a façonnée.

 

 

 

 

 

 

Après avoir simplement déposé nos bagages dans notre location pour une fois Booking et pour une nuit seulement nous profitons d’un téléphérique pour prendre un peu de hauteur. Après un peu d’attente, en trois minutes et quelque 361 mètres au-dessus de la ville pour découvrir la ville au-dessus des toits, des ruelles étroites et des temples accrochés à la pente. À mesure que nous nous élevons, le paysage s’élargit. On découvre les maisons serrées les unes contre les autres, les petites rues qui serpentent entre les collines, les voies ferrées et, surtout, le port et les eaux de la mer intérieure. Au loin, les îles se succèdent, séparées par des bras de mer qui semblent inviter au voyage. On comprend pourquoi Onomichi est une ville tournée vers l’horizon. Le téléphérique d’Onomichi, appelé Senkoji-yama Ropeway, a été inauguré le 25 mars 1957. A l’origine, on envisageait de faire partir la ligne derrière la gare d’Onomichi. Mais les commerçants de la rue principale souhaitaient que les visiteurs traversent le centre-ville…Le tracé actuel a été retenu. L’ouverture s’est accompagnée de l’aménagement du parc, d’un belvédère et d’attractions touristiques.

 

 

 

 

 

Le temple Senkō-ji…Un balcon sacré sur la mer intérieure du Japon.

 

Accroché au flanc du mont Daihō, à environ 140 mètres au-dessus du niveau de la mer, le temple Senkō-ji est l’un des lieux les plus emblématiques d’Onomichi. Il domine le port, les toits de la vieille ville et le chenal qui sépare Honshū des îles de la mer intérieure de Seto. Mais ce temple n’est pas seulement un magnifique belvédère, il porte plus de douze siècles d’histoire, de légendes et de spiritualité. La tradition situe sa fondation en 806, au début de l’époque Heian, et l’attribue à Kūkai, également connu sous le nom de Kōbō Daishi, le moine bouddhiste qui fonda l’école Shingon au Japon après son voyage en Chine. Le temple aurait ensuite été restauré grâce au soutien de Tada Mitsunaka, personnage important de l’histoire médiévale japonaise. Au fil des siècles, il est devenu un lieu de dévotion pour les habitants d’Onomichi, ville dont la prospérité reposait largement sur le commerce maritime. Son emplacement n’a rien d’anodin car perché au-dessus du port, le sanctuaire semble veiller sur les marins, les voyageurs et la population. La mer nourrit la ville, mais elle représente aussi un monde incertain auquel les croyances religieuses donnent un sens et une protection symbolique. Le bâtiment le plus reconnaissable est le Hondō, le pavillon principal, surnommé Akadō, le « pavillon rouge ». Reconstruit en 1686, durant l’époque Edo, il présente une architecture surélevée, comparable à une scène de bois ouverte sur le paysage. À l’intérieur est vénérée Kannon aux mille bras, bodhisattva de la compassion, connue pour entendre les souffrances du monde et venir en aide aux êtres vivants. La statue principale est considérée comme une image sacrée secrète, traditionnellement dévoilée seulement à de rares occasions. Kannon est également associée ici à la protection contre les incendies. Une légende raconte qu’une prière adressée à la divinité aurait permis de détourner un incendie menaçant une habitation voisine. Cette histoire a renforcé la réputation protectrice du temple.

 

 

 

 

 

Au milieu des rochers monumentaux qui entourent le temple se trouve le célèbre Tama-no-Iwa, le « rocher de la perle ». Selon la légende, une pierre précieuse lumineuse se trouvait autrefois à son sommet. Chaque nuit, elle éclairait la mer et guidait les bateaux. Ce récit merveilleux appartient à la mémoire maritime d’Onomichi et rappelle combien la mer, la navigation et les croyances populaires ont longtemps été étroitement liées. Aujourd’hui, le rocher demeure l’un des symboles du temple. Sa présence donne au lieu une dimension presque fantastique…La nature n’est pas ici un simple décor, mais une composante essentielle du sacré. Autre élément remarquable, le clocher, dont l’architecture évoque un palais aquatique. La cloche de Senkō-ji est célèbre au Japon et fait partie des paysages sonores traditionnels que l’on souhaite préserver. Dans la tradition bouddhiste japonaise, les 108 coups de cloche de la nuit du Nouvel An symbolisent la purification des passions et des attachements humains. Le son de la cloche accompagne ainsi le passage d’une année à l’autre, dans une atmosphère de recueillement. Senko-ji est également lié à la littérature. Le Chemin de la littérature, aménagé sur les pentes de la montagne, présente des pierres gravées de textes et de citations d’écrivains japonais qui ont aimé Onomichi et ses paysages. Le panorama a inspiré poètes, romanciers et artistes, séduits par cette rencontre entre les toits, les rochers et la mer. En parcourant les sentiers, on passe ainsi de la contemplation religieuse à la promenade culturelle. Le temple est à la fois un lieu de prière, un monument historique et un point de vue exceptionnel sur la vie maritime de la région.

 

La descente à pied, par les chemins et les vieux quartiers, nous rapproche ensuite de l’Onomichi plus intime : temples anciens, escaliers de pierre, petites maisons, chats parfois assoupis et ruelles où le temps semble s’écouler plus lentement. Une autre manière de découvrir la ville, loin de l’agitation des grandes métropoles japonaises.

 

 

 

 

À Onomichi, la mer raconte l’histoire des échanges, les temples celle des siècles,

les ruelles celle d’un Japon qui a su garder son âme.

 

 

 

 

 

A SUIVRE…