2020 – Rire de tout ?

 

Je pense que les enfants dès 10 ans peuvent voir ce film. J’ai des amis qui ont emmené leur enfants de 10 ans et ils ont adoré. Ils loupent bien sûr certains aspects mais je pense qu’il est important que les jeunes soient exposés à plus de films qui les bousculent et qui leur demandent de penser par eux-mêmes, au lieu des films pour enfants qui ne les font réfléchir que 6 secondes une fois qu’ils sont finis. Taika Waititi

 

 

A la manière d’une farce, le film de Taika Waititi suit un enfant des Jeunesses hitlériennes moqué par ses camarades, qui va voir ses convictions antisémites s’éroder au contact d’une ado juive.



l’envol du nazillon par Camille Nevers

 

Un film pour enfants prioritairement ces films que la publicité destine à un public de 7 à 77 ans , mais dont le personnage principal est un gosse très con, ce n’est pas tous les jours. Non pas idiot, ni bête très con. C’est la première divine surprise de la farce, que le petit héros soit un petit imbécile, et pour cause, Jojo, jeune nazi en uniforme, part pour les jolies colos de vacances des Jeunesses hitlériennes, où l’on apprend à faire la guerre, à manier les armes, à tuer les Juifs, à commencer, en guise de mise à l’épreuve, par un soyeux lapin, païen et non circoncis sans doute. C’est parce qu’il ne parvient pas à se résoudre à ce meurtre de sang-froid, horrible, que l’enfant à croix gammée est moqué et surnommé incontinent «Jojo Rabbit» par des camarades sanguinaires en culottes courtes. Le film est lancé avec son programme édicté maso-maso, en conseil d’humiliation retournée absurdement contre soi-même «devenir le lapin» le «rabbit».

 

L’ami invisible toujours de bon conseil à Jojo, enfant plein d’imagination doctrinaire et antisémite, c’est le Führer lui-même, interprété par le réalisateur-acteur Taika Waititi, qui vient dialoguer et sermonner Jojo dès que l’assaille l’ombre d’un doute sur sa vocation fanatique. «Shitler» vient le remettre dans le droit chemin de tendre chair à canon, seul destin qui lui soit échu dans cette fin lamentable de conflit mondial, ce bourg allemand fantoche. Il s’agit ici d’un didactisme enfantin, et il faut l’entendre comme une qualité, tel qu’un conte pour enfants en a toujours la visée, aux bonnes fins de son récit d’apprentissage et de discernement. Le film se situe quelque part entre Toto le héros chez les nazis et Amélie Poulain parodiée par Mel Brooks. Fort heureusement, c’est Brooks qui l’emporte, pour le style et le réalisateur de Frankenstein Junior et acteur du remake couleur de To Be or Not to Be a d’ailleurs salué le film de Waititi début janvier lors de la cérémonie des AFI Awards. Un peu trop film de story-board et «ligne claire», comme on s’entend à qualifier par convention tout ce qui tintinise en surcadre et tons pastel.

 

Mais le récit recèle un allant véritable dans son exercice satirique, produit en partie du casting burlesque original avec un Sam Rockwell décidément tout terrain, Rebel Wilson qui sait, quand elle veut, se faire agréablement discrète, Stephen Merchant en géant gestapiste, etc., et du personnage de la mère à laquelle Scarlett Johansson sait faire passer sur des traits dissimulés la gaîté trouble de l’adulte qui ne veut pas effrayer l’enfant ni se trahir aux yeux de son rejeton nazillon. Depuis Tex Avery et son Blitz Wolf, c’est d’une assez buissonnière tradition d’un Hitler d’opérette que ressortit Jojo Rabbit, après Chaplin, Lubitsch, Lewis, Brooks donc, Tarantino ou même Oury. Le film est convaincant et accompli tant qu’il parvient à maintenir l’équilibre outrageux entre sa charge sentimentale et sa charge de caricature. Les deux premiers tiers du film sont ainsi au diapason, bons à montrer aux séances de toute sortie scolaire. Les choses se gâtent lors de l’escamotage d’une des principales figures du film, et les deux jeunes acteurs pourtant redoutablement bons, Jojo l’Aryen défiguré amoureux et Elsa l’ado juive cachée sur ses gardes, se retrouvent dès ce moment trop seuls, trop livrés à eux-mêmes, aux cruautés et à la guerre, au sérieux de leurs sentiments ruisselants. Le dernier tiers du film se retranche dans une bulle sentimentale avec tics poétiques dont les personnages adultes prévenaient jusque-là le risque conventionnel, ramenant le monde extérieur à la maison, réellement dangereux et non uniquement de comptine consensuelle. Le sale ralenti du massacre de rue avec chant d’enfant chérubin, ça aussi reste sur l’estomac. Il est toujours difficile de finir ce genre de film sans tomber dans le syndrome Jeux interdits de la sensiblerie.

 

 

Taika Waititi

 

Néo-zélandais

né le 16 août 1975 à Wellington

Scénariste & Réalisateur

Acteur & Producteur

 

Boy (2010),

Vampires en toute intimité (2014)

À la poursuite de Ricky Baker (2016) 

Thor Ragnarok (2017)

Jojo Rabbit (2019)

Oscar du meilleur scénario adapté

 

 

 

 

 

Entretien avec Taika Waititi

 

Quels ont été les films qui toi t’ont marqué enfant ?

J’ai vu Gallipoli de Peter Weir (1981 avec Mel Gibson) alors que j’avais 9 ans. J’ai flippé. Mais je suis content de l’avoir vu à ce moment là. Il m’a accompagné, je n’ai pas eu de cauchemars…J’ai emmené mes enfants voir L’Etalon Noir (The Black Stallion – 1979) qui est un film incroyable mais tellement différent pour les enfants… J’ai emmené ma fille de 7 ans qui a adoré. C’est globalement un film muet. Encore une fois, on doit montrer à nos enfants des films différents et les encourager à réfléchir en dehors du moule.

 

Avais-tu un ami imaginaire enfant comme le personnage principal de Jojo Rabbit ?

Non, j’avais trop d’amis réels pour en avoir un. Mais si j’en avais eu un, cela aurait sûrement été une autre version de moi-même. Avais-je des héros ? Je ne sais pas…J’aimais les musiciens surtout comme Bob Marley. Enormément. Michael Jackson était important pour nous. Cyndi Lauper était mon gros crush. L’un des premiers disques que j’ai acheté était celui des Bangles.

 

As-tu toujours envisagé de jouer Hitler ?

Non. Cela n’a jamais été mon envie. Au départ, je voulais juste écrire le scénario, puis voir si on pouvait faire produire ce film. C’était en 2011. J’ai ensuite été distrait par 3 autres films, puis j’y suis revenu et c’est là que la Fox m’a proposé de réaliser Jojo Rabbit. Mais à une seule condition, que je joue Hitler. Parce qu’il était écrit d’une manière particulière. J’étais d’accord, un autre acteur dans le rôle n’aurait pas été pareil. J’entendais la voix d’Hitler en écrivant le script. J’étais au cœur de ce projet et j’avais une idée précise de ce que dont le film avait besoin. Un autre acteur en aurait sûrement trop fait. Il aurait apporté plus de réalité au personnage ce qui aurait gâché le film. Jouer Hitler n’est pas difficile. Le Hitler imaginé par Jojo est vraiment un crétin. Il ne fallait surtout pas chercher à singer le vrai.

 

Comment as-tu réagi la première fois que tu t’es vu en Hitler ?

La première fois c’était juste gênant…J’aime être bien sapé quand je suis sur un tournage. Là c’était affreux. J’ai toujours l’air d’un idiot. Sur les photos des making-of, les réalisateurs ont l’air vraiment cool et stylés. Ce coup-ci, il n’y avait rien de stylé. Mais je n’ai pas vraiment répéter mes dialogues. Comme je réalisais, j’avais tellement de travail que j’ai pas eu le temps de m’exercer avec ce personnage. Je l’ai réinventé au fur et à mesure. On tournait plusieurs scènes à chaque fois. Parfois avec moi dedans en fond, parmi sans.

 

Tu gardais la moustache ?

Non. Je l’enlevais. C’était une fausse moustache. Mais j’avais la coupe droite, les cheveux défrisés et collés. Puis les habits avec ces grands pantalons allemands et ces bottes hautes. Tout cet attirail est très vite devenu épuisant à porter.

 

Que préfères-tu entre la réalisation, l’écriture et le jeu d’acteur ?

J’aime réaliser puis jouer et écrire. Avant je préférais écrire. Mais je m’en suis lassé. J’associe l’écriture avant les échéances. Ce n’est pas aussi excitant qu’avant où j’écrivais sans deadline. Quand j’ai écrit Jojo Rabbit, c’était par envie sans pression pour le terminer. Personne ne voulait m’offrir de boulot. J’écrivais juste mes idées, c’était excitant. J’étais motivé. Aujourd’hui, la réalisation est ce que j’aime le plus.

 

Craignais-tu que le film soit plus controversé qu’il ne l’a été ?

Non. Pas vraiment…Ma seule crainte était que quelqu’un le prenne mal. Ce n’est pas pour cela que je fais des films. Ce n’est pas moi. Je ne voulais brusquer personne à moins qu’ils ne soient nazis. Les réactions ont été incroyables. La Shoah Fundation veut l’inclure dans son programme éducatif. Des enfants de survivants d’Auschwitz m’ont dit que leurs parents auraient adoré le film. L’accueil a été assez incroyable. Les gens comprennent le but de ce film. C’est un film sur l’amour, l’espoir et l’éradication de la haine et de l’intolérance. Une fois que les spectateurs ont compris qu’on le faisait d’une manière où l’on pouvait rire de la folie des hommes. On ne se moque pas des horreurs qu’ils font les uns aux autres mais de ces groupes qui en sont responsables afin de leur enlever leur pouvoir grâce à l’humour. Une fois tu as compris cela, tu comprends que Jojo Rabbit est un film plein de cœur.

 

Qu’est ce qui te fascine tant chez les enfants ?

Travailler avec des enfants peut-être épuisant. C’est vraiment difficile. Parfois je me demande pourquoi je m’inflige ça. Tout est plus long. Il faut prendre le temps de leur expliquer puis qu’ils assimilent ce que tu leur demandes. Mais le résultat et les performances qu’ils délivrent sont fantastiques. Ce qui m’intéresse c’est de comprendre leur perception du monde et comment ils perçoivent ce que les adultes font.

 

 

 

L’amour, c’est gagner la guerre, sans commencer la guerre.

Citation de Charles de Leusse



Avec ce scénario complètement abracadabrantesque, il m’étais impossible de ne pas me pencher sur cet Ovni qu’est Jojo Rabbit. C’est donc avec la révélation Taika Waititi et la découverte de l’excellente actrice Thomasin McKenzie qu’on se lance dans cette critique, compliquée pour le sous texte du film et ses messages contradictoires au premier abord. La Bande annonce n’est uniquement révélatrice de l’ambiance des 30 premières minutes du film. Outre cette longue introduction qui laissera esquisser des sourires, Taika Waititi va nous proposer un drame sociétal et familiale pesant qui, même après l’happy-ending laissera son spectateur avec un cœur bouleversé et un regard lourd. Là ou son réalisateur marque un point, c’est que les changements soudains des actes ne sont pas du à un changement de scénario mais à une modification du rythme et de la réalisation, ce qui ne donne pas une impression de voir 3 films différents. le film prouve sa plus grande réussite dans sa manière de desservir son propos, L’euphémisme de la parodie du monde nazi est conçu d’une telle manière à mettre mal à l’aise son spectateur pour lui rappeler l’horreur de la situation décrite. A l’instar des pendus que la mère oblige Jojo à regarder, nous ne pouvons que faire face impuissant à la terreur la tristesse et la douleur sans cesse renouvelée. Le meilleur exemple de cet effet reste le lancement d’une chanson ou l’on voit dès lors une situation opposée au calme de celle-ci, ce qui va tout de suite montrer que quelque chose cloche.

 

C’est après avoir médité sur le film qu’on se rend compte qu’on vient de voir un orphelin fanatique vidé de tout sens morale embrigader dans un monde de violence par un système cruel est succombant à la folie d’engager des enfants pour une lueur d’espoir de vaincre l’invincible, de gagner l’ingagnable. Ce passage progressif d’un genre à l’autre va être à l’origine du seul vrai défaut du film. Un début incroyable pour son humour et une des meilleures fins de 2020 mais une intrigue qui à du mal par moment au niveau de la relation entre le fanatique et la juive. A voir les deux soldats délirants qui viennent en contradiction avec les thèmes établis de durs au début et complètement barrés à la fin. L’apogée de Klenzendorf se traduit même par un geste de bravoure avec le sauvetage de Jojo.

 

Pour finir, il va falloir qu’on parle de la mort de La mère, car cette scène et tout ce qui l’entoure sont, en plus d’être le début de la descente aux enfer, sans conteste le meilleur moment du film…

 

 

1er temps…On trouve un Jojo redevenu a peu près stable aller faire les courses, il croise un papillon, visant à adoucir le spectateur.

2eme temps…Il se relève et on voit avec effroi, les chaussure de sa mère surélevée qu’on imagine pendue, tout ça avant que l’enfant le remarque, le spectateur horrifié ne va avoir qu’une seule idée en tête: crier à Jojo de ne pas se retourner. Jojo se retourne, remarque les chaussures et lève la tête.

3eme temps…Le spectateur imagine que c’est une autre personne et que le message est que l’enfant doit faire attention à sa mère.

4eme temps…Et merde il chiale, c’est vraiment elle !!! Sa mère si douce et si aimante devant lui pendu. Pourquoi ? tout allait mieux ! pourquoi maintenant ! accroché, à son pantalon, un ticket semblable au signe que Jojo avait découvert, Rosie était une résistante.

5eme temps…Des maisons avec des fenêtre en forme d’œil, symbole que les murs ont des oreilles.

6eme temps…Lâchant un dernier regard, Il lui refait ses lacets…Jojo est grand maintenant et même mort Rosie garde son honneur.

 

Durant ces temps jamais la caméra ne va se lever, le spectateur ne va qu’imaginer l’horreur du haut de Rosie, il n’y a aucunes musiques, comme si le temps s’étaient arrêté. S’en suit une scène atroce, de retour chez lui, il va voir couteau à la main Elsa qu’il considère comme responsable de la mort de Rosie. Submergé par la colère il avance d’un pas assuré vers une Elsa qui commence à lui comprendre, ce regard elle l’a déjà connu. Il n’hésite pas une seconde à la planter avec son couteau considérer comme factice. Jojo est devenu ce que la Gestapo voulait faire de lui, un monstre de colère. La surprise vient de Elsa qui bien que légèrement blesser, ne va pas céder à la colère et offrir son réconfort au jeune orphelin.

 

Le message est clair…L’amour, dernier rempart de l’humanité.

 

 

 

Bien plus qu’une comédie, un film d’auteur profond et réfléchis méritant de jouer dans la cours des grands.

 

Peu font la guerre mais tous ont des blessures.