2018-The last western

 

L’auteur s’empare du western pour radiographier au mieux le passé extrêmement sombre de l’Amérique, en l’occurrence le massacre des Natifs. « L’âme américaine est dure, solitaire, stoïque : c’est une tueuse. Elle n’a pas encore été délayée. » paraphe l’écrivain D. H. Lawrence. Cette citation inaugure pertinemment le film et donne le ton avant que l’écran s’illumine et s’ouvre sur un magnifique plan où l’on distingue une ferme isolée avec un homme qui scie du bois. D’entrée, deux séquences monumentales insufflent l’idée d’un non manichéisme de traitement du sujet vis à vis de la violence gangrenant aussi bien l’âme des Comanches ayant la haine contre ces colons américains qui ont pris leurs terres et l’esprit de l’armée américaine qui a procédé à un véritable génocide sur ces Natifs, représentée par le capitaine « Joe » Blocker dont plusieurs de ces amis ont été massacrés par ces différentes tribus indiennes. Cette impressionnante entrée en matière brutale éblouit par sa maestria cinématographique et s’avère une mise en condition remarquable sur les enjeux psychologiques émotionnels complexes que l’intrigue va développer tout au long de l’aventure.

 

 

 

Cette sensationnelle épopée conte le destin du capitaine de cavalerie Joseph Blocker, ancien héros de guerre devenu gardien de prison, devant escorter à contrecœur l’ennemi Yellow Hawk, chef de guerre Cheyenne mourant, ainsi que sa famille sur ses anciennes terres tribales du Nouveau-Mexique jusqu’au Montana. Nous sommes en Amérique en 1892, le périple s’annonce hostile. Découvert en 2009 à travers l’excellente chronique d’un chanteur de country Crazy Heart (Oscar du meilleur acteur à Jeff Bridges),

 

Scott Cooper pour son quatrième long métrage s’attaque au genre ultime…Le Western, genre cinématographique qui éclaire le mieux les maux de l’Amérique contemporaine dont Quentin Tarantino résume l’impact ainsi…

 

« J’aime le western parce que c’est notre culture. Je l’aime parce qu’il est à la fois mythe et histoire. »

 

 

Une œuvre grandiose sensible et viscérale toujours dans le bon tempo, respectueux des cultures, langues et traditions indiennes, qui emporte le spectateur vers des abîmes pour mieux y puiser la lumière fraternelle qui doit tout le temps nous prévaloir de nos actes, car nous sommes tous égaux face à la douleur, il faut savoir pardonner à l’autre pour se trouver soi-même. Avec brio la reconstitution d’époque se voit accompagner de l’envoûtante partition musicale composée par l’immense Max Richter et apporte son lot de frissons aux spectateurs chavirés par l’émotion qui s’intensifie au fil de l’intrigue. Sans oublier le travail conséquent sur le son qui apporte un réalisme sidérant à l’histoire. Un long métrage esthétique puissant dont les plus belles flèches proviennent de l’interprétation exceptionnelle de Christian Bale dont le visage à mesure que l’action se déroule se fissure un peu plus, aux côtés de l’émouvant Wes Studi et la formidable et volontaire Rosamund Pike. Un très grand film américain et universel dont l’immensité cinématographique ne baisse jamais jusqu’à la merveilleuse dernière séquence, somme de tout le film et des nombreux chemins cérébraux chaotiques et contraires parcourus, d’une stupéfiante sobriété offrant des deniers plans absolument renversants d’émotions.

 

 

 

Lors du tournage le réalisateur a fait appel à des consultants Cheyenne et Comanche afin d’être au plus proche de l’histoire. Le consultant comanche, a été impressionné par la manière dont le cinéaste s’est intéressé au comportement, au langage, à l’habillement et aux talents de cavaliers de ces personnages controversés. Le film met en lumière les injustices dont ils ont été victimes sans pour autant omettre la violence de leurs actions.

 

“Personne n’a jamais vraiment porté attention à ces Comanches qui ont refusé de se soumettre au gouvernement américain. Bien que j’aie apprécié la volonté de l’équipe de dresser un portait fidèle de mon peuple, j’ai été un peu surpris que Scott s’excuse de l’image de guerriers impitoyables donnée aux Comanches dans le film car nous n’essayons pas d’enjoliver notre histoire. Ces hommes étaient assoiffés de sang, ils avaient tout perdu et étaient furieux que leur peuple ait été privé de sa liberté.”



Pour encore plus de véracité, le cinéaste a insisté pour qu’une part significative des dialogues soit dans la langue des Cheyennes du Nord, un dialecte rarement entendu. Il a donc fallu trouver des descendants cheyennes parlant couramment ce langage, capables de l’enseigner, et qui savaient également comment s’exprimaient leurs ancêtres à la fin du XIXe siècle. Le consultant Chris Eyre commente…” Entendre les personnages interprétés par Christian Bale, Wes Studi et Rosamund Pike parler le bon dialecte et ce de manière respectueuse est absolument formidable. C’est une immense victoire de savoir que des millions de gens vont pouvoir entendre cette langue devenue si rare.”

 

Le chef cheyenne Phillip Whiteman a travaillé en étroite collaboration avec Christian Bale que l’on entend parler en dialecte cheyenne dans ce second extrait. Un langage que le comédien a eu énormément de mal à maîtriser…”C’est une langue magnifique mais extrêmement difficile ! La parler correctement m’a aussi permis de mieux comprendre le système de croyances cheyenne. Je dois avouer que j’ai été surpris par mes progrès car cela me semblait initialement impossible, mais j’ai fini malgré tout par m’exprimer de façon naturelle.”

 

 

Je voulais qu’il soit pertinent au regard des questions raciales et culturelles qui agitent actuellement l’Amérique. Nous sommes tous conscients des mauvais traitements qui ont été infligés aux Amérindiens, mais on peut voir le même schéma se reproduire aujourd’hui avec les Afro-Américains ou la communauté LGBTQ. Cette histoire soulève des problèmes universels. Scott Cooper

 

Ces événements auraient pu se produire à n’importe quelle période de l’histoire américaine. Fort Berringer est pour moi une sorte d’Abou Ghraib, de Guantanamo où les conditions de détention sont inhumaines et où les geôliers sont de simples soldats qui n’ont reçu aucune formation de gardiens de prison. Christian Bale

 

 

 

 

 

 

CHRISTIAN BALE

 

Filmographie très sélective des films à voir absolument.

 

1987 : Empire of the Sun de Steven Spielberg. A 13 ans…

2004 : The Machinist de Brad Anderson

2006 : The Prestige de Christopher Nolan

2007 : Rescue Dawn de Werner Herzog

2008 : The Dark Knight de Christopher Nolan

2010 : The Fighter de David O. Russell

2013 : Les Brasiers de la colère de Scott Cooper

2015 : The Big Short d’Adam McKay

2017 : Hostiles de Scott Cooper

2018 : Vice d’Adam McKay

2019 : Le Mans 66 de James Mangold