2018-Pays en feu…

 

Et puis il y a Frances McDormand…Elle tourne depuis 1984 son premier film sera “Sang pour Sang” le premier film des frères Coen…Rencontre si capitale qu’elle se marie avec Joel Coen… 54 films à ce jour (2020) et 8 films avec les frangins. Femme déterminée et remarquable, 2 oscars avec Fargo (1996 des frères) et celui-ci. Laissez vous embarquer dans cette ville d’une Amérique si profonde  qu’elle vous dira tout de son état…

 

 

 

ANALYSE…

 

A travers ce faux polar, le scénariste et réalisateur anglais Martin McDonagh dresse le portrait d’un patelin de l’Amérique profonde dans toutes ses facettes, en ce compris les moins reluisantes. Son écriture, qui évite tout manichéisme, est brillante, tous les personnages, même les plus secondaires, sont passionnants, et les dialogues sont empreints d’un humour noir d’une férocité réjouissante. Et son évolution touche presque à la rédemption. Il n’y a sans doute pas de messages religieux dans le film, au reste le prêtre, qui a droit à sa séquence, se situe très clairement du côté de l’ordre officiel, surtout pas de bruit … Il n’y a dans le film aucun acte d’espérance, les portes qui semblent s’entrouvrir sur un peu d’espoir se referment aussitôt, aucun acte de contrition, pas davantage de concession, de regret, d’oubli … Mais, au bout du compte, un essai cathartique, comme un acte de rédemption.

 

 

 

C’est donc cette évolution qui finit par donner son rythme au récit avec une transition symbolique à l’instant où l’histoire bascule, lorsque le grand chef blanc, le grand sage, le boss aimé de (presque) tous, Woody Harrelson, sorte de l’histoire et cède la place à un nouveau chef, noir désormais, incarné par Clarke Peters, l’acteur de The Wire et de Treme, en nouveau grand sage charismatique et en quasi clone de Morgan Freeman. C’est évidemment à ce moment que les secousses sont les plus terribles, comme les soubresauts accompagnant inévitablement l’installation d’un ordre nouveau et inadmissible, avec l’accumulation des menaces plus que menaçantes, des incendies dantesques, des combats dans un pandémonium de violence à feu et à sang. Et même jusqu’à une évocation, à peine masquée, de la guerre en Irak. Un récit soumis à une évolution aussi imparable qu’impossible soumise à tous les personnages.

 

 

 

Tous, vraiment ? En réalité il en reste une, tout à son combat désespéré, par instants aux limites de l’injustice, qui demeure totalement inflexible, par-delà toutes les sollicitations. Le personnage de Frances McDormand, héroïne tragique et roc impossible à fissurer, à aucun moment ne change de ligne, ne semble soumis à la moindre évolution. Et pourtant à l’instant où tout semble définitivement perdu, aux côtés de son ancien ennemi irréductible devenu à présent son bras armé de la vengeance, à cet instant et pour la première fois, un sourire vient apaiser ses traits. Espoir ?

 

 

 

INTERVIEW DU RÉALISATEUR / Martin McDonagh


Puisque vous êtes le scénariste du film, quel était le point de départ de l’écriture, une image, un personnage, une idée ?

Deux choses, c’était l’idée de créer un personnage principal féminin très fort parce que dans les deux premiers films que j’ai fait, c’était des personnages principaux masculins, et je voulais explorer une histoire où une femme forte, et pluridimensionnelle avait le rôle principal dans l’histoire. Et aussi, il y a 20 ans, j’ai vu des panneaux alors que je faisais un tour des Etats-Unis en bus, panneaux pas tellement différents : il y avait eu un crime, et la personne qui les avait payés interpellait la police en leur demandant pourquoi ils n’en avaient pas fait assez. Donc, j’ai mis les deux idées ensemble, et une fois que j’ai décidé que quelque chose de ce genre avait été fait par une femme, une mère, cela m’a permis de sauter dans l’histoire, de la suivre, et de suivre sa rage.

 

Au début, cela ressemble à un film de genre, un film de détective, mais très insidieusement, cela se transforme en un autre film…

C’est subversif plutôt que pervers… j’aime bien pervertir, mais c’est un autre sujet ! oui, j’aime toujours bien l’idée d’établir une intrigue ou une idée, et en faire quelque chose qui n’est pas la vérité. Dans “In Bruges”, ça a l’air d’être une comédie, avec deux types, dont un aime la ville, et l’autre pas, mais quand vous faites arriver le garçon mort, ça devient une histoire beaucoup plus grave. C’était une décision inconsciente à ce moment-là, je pense. Mais si vous commencez sur la route, il y a eu un crime, et il n’a pas été résolu, le public va penser : c’est une histoire criminelle, un mystère… mais c’est en fait exactement le contraire. C’est l’histoire de la souffrance de quelqu’un qui a subi une perte… Ses efforts pour trouver une réponse, là où il est possible qu’il n’y en ait pas. Des thèmes qui sont plus universels ou durables qu’une intrigue dans un film policier. C’est ce que j’aime bien, et j’espère que vous pouvez le regarder plus d’une fois et c’est plus émouvant. Car une fois que vous avez vu un film policier, et que l’intrigue est résolue, qui s’en soucie à la fin ? ce n’est pas du tout le sujet, c’est plus un film autour de sa douleur et ses efforts pour s’en sortir, ce qui rend l’histoire plus universelle et plus humaine que l’histoire d’un crime.

 

En tant que scénariste anglais, comment réussissez-vous à écrire des dialogues drôles et intelligents en américain ? 

Je pense que c’est la même chose, ce serait injuste de juger les américains de cette manière. J’ai des origines ouvrières, londoniennes, irlandaises… il est évident qu’on dit qu’il y a une poésie dans la langue irlandaise mais je la retrouve aussi dans la langue américaine, une de mes auteurs préférées Flannery O’Connor l’a trouvée, elle est peut-être difficile à trouver mais elle y est. Et c’est aussi une histoire de la classe ouvrière en Amérique.. et n ne voulait surtout pas avoir un discours paternaliste, ou les regarder de haut ou les juger…

 

Le sens de ma question concernait plutôt le langage. Comment arrivez-vous à écrire…

Oh, désolé, je ne sais pas, j’ai toujours eu une bonne oreille, et j’ai passé beaucoup de temps en Amérique. J’aime beaucoup de films américains des années 70’s, donc probablement c’est la raison… j’ai dû piquer des choses dans les films de Scorsese ! mais j’aime bien être là, j’aime bien la langue américaine, ça doit être ça.

 

Finalement, dans cette histoire, il n’y a ni bon, ni méchant, c’est intéressant aussi, n’est-ce pas ?

Oui, oui, même Mildred a également des problèmes et le pire des personnages, enfin celui qu’on pourrait considérer comme le pire, subit un grand changement dans l’histoire, avec le plus grand espoir. Tout ça parle de l’humanité, et du fait qu’on peut trouver de l’espoir en chacun de nous.