2018-Merveille du théâtre

 

Cyrano de Bergerac c’est en premier un incroyable et immense Depardieu  dans le film de Jean-Paul Rappeneau sorti en 1990. 

 

 

 

 

Edmond Rostand, né le 1er avril 1868 à Marseille et mort le 2 décembre 1918 à Paris, est un écrivain, dramaturge, poète et essayiste français. Il est l’auteur de l’une des pièces les plus connues du théâtre français, Cyrano de Bergerac l’une des pièces les plus populaires du théâtre français, et la plus célèbre de son auteur, Edmond Rostand. Librement inspirée de la vie et de l’œuvre de l’écrivain libertin Savinien de Cyrano de Bergerac (1619-1655), elle est représentée pour la première fois le 28 décembre 18971, au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, à Paris.

 

 

 

 

 

 

 

 

La pièce est difficile à jouer car elle fait intervenir une cinquantaine de personnages, elle est longue, plus de 1 600 vers en alexandrins, les décors sont très différents d’un acte à l’autre et elle comporte une scène de bataille. À une époque où le drame romantique a disparu au profit de dramaturges qui reprennent les recettes de la comédie dans le vaudeville ou de pionniers du théâtre moderne (Tchekhov, Ibsen, Strindberg), le succès en était si peu assuré qu’Edmond Rostand lui-même, redoutant un échec, se confondit en excuses auprès de l’acteur Coquelin, le jour de la générale. La pièce est pourtant un triomphe, et Rostand reçut la Légion d’honneur quelques jours plus tard, le 1er janvier 1898.

 

Le succès de la pièce ne s’est jamais démenti, en France comme à l’étranger. Le personnage de Cyrano est devenu, dans la littérature française, un archétype humain au même titre qu’Hamlet ou Don Quichotte, au point que ses éléments biographiques inventés pour l’occasion occultent parfois ceux de son modèle historique.

 

 

 

 

Alexis Michalik

 

Le comédien est discret mais le metteur en scène s’est déjà fait une belle réputation. Il faut dire qu’Alexis Michalik a du talent à revendre. La preuve dès 2014 avec les deux Molière pour ” l’Auteur” et de la Mise en scène pour ses deux premières pièces, “Le porteur d’histoire” et “Le cercle des illusionnistes”. Sa troisième pièce raconte la difficile création de “Cyrano de Bergerac”. Michalik accomplit son rêve avec son premier long-métrage en signant l’adaptation cinématographique.

 

 

 

 

 


D’où vient votre passion pour « Cyrano de Bergerac » ?

J’ai découvert la pièce au club théâtre du collègue. D’ailleurs, ce film est une déclaration d’amour au théâtre, à ses acteurs, ses auteurs, ses metteurs en scène, ses producteurs, son public, ses muses.


L’adaptation a-t-elle été compliquée ?

Non, c’était un scénario. J’avais le film en tête depuis 15 ans. J’ai fini par le monter au théâtre et le succès de la pièce a permis d’en arriver là. Finalement, c’est une chouette aventure. 

 

Vous êtes-vous basé sur des faits réels ou avez-vous laissé jouer votre imagination ?

C’est un peu comme quand Rostand écrit Cyrano. Il s’est beaucoup documenté sur le vrai personnage et ensuite il a écrit son histoire à sa manière. J’ai fait la même chose avec de nombreuses informations sur Edmond Rostand et puis j’ai pris quelques libertés avec l’histoire. « Par exemple, il met plus de trois semaines à écrire la pièce… J’ai également créé le personnage de Jeanne. Sa véritable muse, c’était Rosemonde, elle était à la fois sa femme, la mère de ses enfants, son éditrice… Mais je voulais amener un triangle amoureux comme dans l’histoire de Cyrano, j’ai donc imaginé Edmond sous le charme de Jeanne  qui est attirée par Léo, l’acteur qui joue Christian. Et comme on ne sait pas grand-chose de ce comédien, cela laissait libre court à l’imagination. »

 

Avant le film, vous êtes passé par la BD…

« Oui, le mérite revient à Léonard Chemineau, le dessinateur qui a illustré le texte. Ses dessins ont beaucoup servi le film. Il crayonnait les décors et j’en profitais pour montrer aux producteurs ce que je recherchais.»

 

Y a-t-il des différences entre la pièce et le film ?

« Quelques coupes, modifications, en adaptant mon scénario pour le théâtre, j’avais fait évoluer l’histoire. Il y a quelques scènes en plus, comme celle où Edmond arrive au café et qu’Honoré, le patron, l’amène dans sa merveilleuse bibliothèque. »


Avez-vous choisi des acteurs de théâtre ?

« J’ai cherché des acteurs qui avaient les qualités communes au théâtre et au cinéma. Après, au théâtre, on a des acteurs caméléons qui peuvent jouer plusieurs rôles. Au cinéma, il faut le plus adapté à chaque rôle. Au théâtre, on suggère, au cinéma, on a besoin de la bonne personne…On peut tricher avec quelques artifices comme une fausse moustache pour Thomas, mais pour Edmond, il fallait quelqu’un qui ait la sensibilité et la jeunesse du personnage, ses tourments, ses doutes, et puis quelqu’un capable de lire des vers comme s’il parlait aujourd’hui. Et il fallait qu’on ait beaucoup d’empathie pour lui. »

 

Quelle est la différence de plaisir entre la mise en scène au théâtre et réaliser au cinéma ?

« Mettre en scène ou réaliser, c’est l’amour des responsabilités. On part de rien et on construit tout pour créer quelque chose. Il faut avoir plaisir à être le capitaine avec, au cinéma, une beaucoup plus grosse équipe à diriger. Au théâtre, on a répété deux mois. Pour le film aussi. En fait, c’est un peu comme la différence entre être acteur de théâtre et acteur de cinéma…Au cinéma, on est plus confortable, on est très chouchouté alors qu’au théâtre, ça peut être un peu plus spartiate. Pour le metteur en scène, au cinéma, on est plus entouré, on a beaucoup de monde pour nous aider à faire ce qu’on ne sait pas faire. »

 

Vous parlez de répétitions. C’était comme pour une pièce ?

« Avec les personnages principaux, on a répété comme une pièce de théâtre. On faisait des filages avec la même musique composée pour la pièce par Romain Trouillet qu’il a magnifiée pour le film. »

 

Pourquoi vous êtes-vous attribué le rôle de Feydeau ?

« J’ai failli jouer Tchekhov mais l’acteur choisi pour Feydeau nous a lâchés au dernier moment. »

 

Comment expliquez-vous votre attirance pour les auteurs du XIXe ?

« J’adore le XIXe siècle parce que c’est celui du théâtre parisien. Avant 1800, il n’y a pas de théâtre à Paris. Après 1900, le cinéma arrive. Entre les deux, il y a un moment où tout le monde va au théâtre parce que c’est le seul divertissement qui existe. C’est une période qui me fascine aussi pour ses valses politiques, l’Empire, la République, la Monarchie constitutionnelle… Sans oublier l’architecture haussmannienne. »

 

Pourquoi un choix d’acteurs différent au cinéma ?

C’est quelque chose d’assez récurrent à vrai dire. Dès qu’il y a une pièce adaptée au cinéma, c’est très rare d’avoir la distribution théâtrale. Prenons par exemple, West Side Story : il ne s’agissait pas des acteurs de la création théâtrale. Au moment où l’on fait un film, on ne se pose pas la question de qui on embarque. On se pose la question de comment faire le meilleur film possible. Par ailleurs, les acteurs étaient pris car ils étaient en tournée. C’était très difficile de les récupérer et cela aurait voulu dire qu’il fallait former une nouvelle troupe pour la tournée. Enfin, pour ce film que j’avais en tête depuis bien plus longtemps que la pièce, je ne pensais pas à ces acteurs : quand j’ai créé la pièce, j’ai essayé de trouver les meilleurs acteurs possibles. Quand j’ai commencé à faire le film, je me suis demandé : quels sont les meilleurs acteurs possibles pour faire ce film ? Ces acteurs arrivaient avec un regard frais, avec quelque chose de nouveau, avec une envie, avec du sang neuf. J’avais besoin de ça pour réinventer cette histoire.

 

Ce casting fait un pont avec votre carrière au théâtre, notamment avec la présence de Benjamin Bellecour…

Il y a plein de gens dans le casting qui font une référence au théâtre. C’est à dire qu’il y a beaucoup de petits rôles qui sont des gens de notre troupe d’autres pièces. Il y a des acteurs du Cercle des illusionnistes, d’Intra-muros, qui sont venus faire un petit rôle ou de plus grands rôles comme Alice de Lencquesaing par exemple. Benjamin Bellecour, qui est mon complice, mon associé et mon producteur au théâtre, vient jouer Courteline. On s’est tous rencontrés sur la série Kaboul Kitchen. Simon Abkarian vient également de Kaboul Kitchen, de même que Marc Citti qui joue le réceptionniste. J’aime évidemment mettre mes amis, les gens que je connais, mais pour les rôles principaux, j’avais envie d’avoir du sang neuf, de considérer des acteurs de cinéma, comme Olivier Gourmet ou Mathilde Seigner ou Dominique Pinon. C’était un mix pour faire une troupe de gens qui viennent d’horizons divers et variés, mais qui se retrouvent ensemble à former une équipe.

 

D’où vous vient cette passion pour Edmond Rostand et Cyrano, si on peut parler effectivement de passion ?

Je n’ai pas de passion particulière pour Edmond Rostand. J’ai un amour pour la pièce Cyrano, comme pléthore de gens ont. C’est en m’intéressant à Cyrano que j’ai découvert qu’Edmond Rostand l’avait écrit à seulement 29 ans. Je me suis dit que c’était fou. Et j’ai ensuite découvert que personne ne croyait à cette pièce, jusqu’à ce que soit un triomphe phénoménal. J’ai alors réalisé que personne n’avait encore jamais raconté cette histoire alors que je la trouve incroyable. C’est pour ça que j’ai commencé à vouloir raconter cette histoire. Ensuite, je me suis évidemment intéressé à Edmond Rostand et à sa vie, de sa naissance à sa mort. Par la force des choses, je suis devenu un peu spécialisé en Edmond Rostand. Je ne vais pas dire qu’il y a une identification, mais évidemment je parle d’un créateur, d’un auteur de théâtre, d’un metteur en scène, de quelqu’un qui a 29 ans, donc assez tôt, a connu un succès très fort. J’ai connu à 29 ans le succès avec Le porteur d’histoire, qui a été un premier spectacle et il se joue encore aujourd’hui.

 

 

 

 

 

ANALYSE…LE CARCAN THÉÂTRAL

par Clara Tabard

 


Dès son premier plan, Edmond, adaptation cinématographique d’Alexis Michalik de sa pièce de théâtre du même nom, surprend par sa facticité. Partant du sol, un travelling vertical révèle un théâtre au beau milieu du Paris de la « Belle-Époque ». Dans un décor sur-maquetté, on découvre Edmond Rostand, aspirant écrivain. À l’image de la principale source d’inspiration du film Shakespeare in Love de John Madden, lauréat de sept Oscars en 1999, Edmond est une success story prenant de larges libertés avec la vérité historique. De dramaturge virtuose composant une pièce en vers sur l’écrivain libertin Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand devient ici un écrivaillon ne devant l’écriture de sa pièce qu’à une série de rencontres fortuites dont celle avec Constant Coquelin, comédien de théâtre au sommet de sa gloire. Le film suit ainsi l’écriture et la mise en œuvre de Cyrano de Bergerac, depuis le casting des comédiens jusqu’à la première représentation.

 

 

Le fait que la fiction soit infidèle à l’esprit du matériel historique n’est pas un problème mais le film ne se débarrasse jamais du carcan théâtral. Sur et en dehors de la scène, la moindre réplique semble prononcée avec affectation on pourrait évoquer les plus banals échanges d’Edmond et de sa femme Rosemonde. La composition même des scènes relève d’une logique théâtrale, avec comme procédé usuel un travelling avant le long d’un couloir dans les coulisses du théâtre, dans l’appartement conjugal, dans l’hôtel où réside Jeanne d’Alcie, la comédienne novice dont tombe amoureux Edmond s’achevant sur un décor figé avec des personnages qui le sont tout autant. La pause, due à l’arrêt soudain de la caméra, et la pose des personnages se confondent alors et accentuent l’immobilisme de l’ensemble. Ce qui suit n’améliore pas ce qui précède, les répétitions s’enchaînent mollement, les acteurs débitant leurs vers sans parvenir à leur donner vie, les dialogues étant peu ou prou un décalque de ceux de la pièce aux Cinq Molières. Leurs échanges, filmés généralement en champ-contrechamp, ont quelquefois droit à un travelling circulaire plus inspiré, dévoilant tour à tour le jeu des comédiens. Ces scènes sont ponctuées, ici et là, du running gag maladroit et éreintant des producteurs corses libidineux dont l’atout comique repose avant tout dans leur grivoiserie et capacité à forcer plus que de mesure leur accent. La figuration du réel ne passe de surcroît que par un amalgame de vignettes illustratives avec le french cancan, le bar à absinthe, les cocottes du bordel comme autant de lieux communs qui surgissent ici et là sans impacter l’intrigue.


Ce que le film montre de plus intéressant réside peut-être dans l’étude de milieu, celui de la vie du théâtre, du métier des techniciens, un véritable artisanat, aux caprices des comédiens, comme ceux de Maria, jusqu’à l’hégémonie des financiers. Le cinéaste formule même quelques idées intéressantes sur la sacralisation des comédiens, qu’on ne voit quasi jamais en dehors de la scène, à l’exemple des moments furtifs où l’on entrevoit Sarah Bernhardt en diva excentrique.

 

 

Mais sa scène la plus aboutie (l’une des rares à accoucher d’une véritable idée de mise en scène) se révèle être celle de la mort de Cyrano. Lors de la première et alors que les comédiens entament le dernier acte, une coupe nette fait basculer le film dans la fantasmagorie, propulsant le héros au milieu du cloître dans lequel il rend bientôt l’âme. En faisant appel, pour la première fois, à un décor naturel dans lequel les personnages évoluent librement, le cinéaste rompt avec la sensation de claustration résultant du perpétuel apanage des scènes. L’emploi de plans serrés sur les visages de Cyrano et Roxane, au moment des adieux, achèvent de donner à la scène une aura magnifique d’où jaillit « la vérité de l’émotion ». Cette émotion que le cinéaste évoque et qu’il échoue à tisser n’apparaît que furtivement lors de cette scène de fin, lorsqu’il s’affranchit enfin du cadre de la pièce, figurant la psyché des personnages par des moyens purement cinématographiques.