2006 – Sans Retour

 

Ce film est un extraordinaire choc ! Sans grand moyen un jeune réalisateur Chinois vous emmène dans une épopée grandiose par son décor. Sur un immense plateau entre 4000 et 5000 mètres une poignée d’hommes dans des conditions très dures luttent contre des braconniers armés et déterminés pour sauver une antilope menacée de d’extinction. Un cinéma d’une rare pureté totalement concentré sur l’essentiel de ce que sont les hommes partagés entre le bien et le mal. Passionnant !  JP

 

 

SAUVAGE ALTITUDE…

Inspiré d’une histoire vraie, Kekexili fait étonnamment écho à des enjeux actuels. Le film se déroule dans une région aujourd’hui au cœur de fortes tensions le Tibet. Sur les questions de réchauffement climatique et de protection de l’environnement, cette histoire forte vaut à elle seule tous les discours ! En suivant la vie et la mort dans l’engagement d’une troupe de volontaires tibétains prêts à tout pour protéger les dernières antilopes du Tibet, Kekexili est une œuvre au carrefour de plusieurs genres cinématographiques: le film d’aventure, le western (les décors désolés) et le documentaire (le point de vue du journaliste). Ce mélange confère au métrage une ambiance unique qui repose essentiellement sur des décors naturels prodigieux magnifies par la mise en scène de Lu Chuan. A ce titre, on ne peut que saluer la persévérance du réalisateur et de son équipe qui ont tourné dans des conditions extrêmes (5000 mètres d’altitude et températures négatives).

 

Ainsi, c’est dans ce cadre exceptionnel que Chuan filme sans démagogie ni moralisme (chose rarissime dans les films abordant des questions écolo) l’épopée tragique d’une poignée d’hommes entièrement dévoués a une noble cause dont tout le monde se fout et qui doivent affronter leurs contemporains mais aussi une nature cruelle. De plus, le film offre un traitement de ses personnages intéressant (les braconniers et leurs motivations sont loin d’être caricatures) et évoque à travers eux une société tibétaine mal connue (soulignons encore que la vision du real chinois n’est parasitée par aucune censure, ni aucun nationalisme malvenu).

 

 

Ces gens ont sacrifié leur vie pour les bêtes et la nature. C’est un film qui met l’accent sur le don de soi des hommes. Énormément de moments de silence. On constate aussi que ce qu’ils ont fait leur ont demandé beaucoup de sacrifices. Humains aussi… Beaucoup vont y perdre la vie dans cette lutte, que ce soit du côté des montagnards que des braconniers. Bref, il y règne énormément de nostalgie et de tristesse. Mais le désespoir n’est presque jamais là. Ce sont des personnes qui se battent et qui veulent tout faire pour s’en sortir et réussir dans leur lutte.

 

Lu Chuan ne montre aucun manichéisme. Il ne juge pas les braconniers qui lutte pour sortir de la misère dans laquelle ils étaient plongé, tout simplement parce que ça paie beaucoup mieux. Ensuite, les montagnards ont leurs défauts aussi. Ils n’hésitent pas à revendre les peaux qu’ils trouvent pour financer leurs chasses (ils n’étaient pas une “garde officielle”, ils devaient donc se payer eux-mêmes leur salaire) ou abandonner des braconniers dans le désert. Film écologique magnifique, avec une mise en scène réussie, des décors somptueux, une musique très prenante. A voir absolument.

 

Lu Chuan né le 8 février 1971 est un réalisateur chinois. Il sert deux années dans l’armée en tant que secrétaire d’un général. Puis, il va à l’Université de cinéma de Pékin dont il sort diplômé en réalisation. Ses réalisateurs favoris sont Ingmar Bergman, Jim Jarmusch, et Pier Paolo Pasolini. En 2002, il réalise son premier film, The Missing Gun. Cette production est un petit budget comme son deuxième film réalisé en 2004, Kekexili, la patrouille sauvage. Avec ce film, il remporte le prix du meilleur film au Golden Horse Film Festival.

 

Considéré comme une personnalité majeure du nouveau cinéma chinois, son film Nanjing, Nanjing sorti en 2009 remporte un succès critique et commercial. Ce film dont le sujet est le Massacre de Nankin gagne la Coquille d’or au Festival de Saint-Sébastien en 2009. La sortie de son quatrième film, The Last Supper, qui traite de la Guerre Chu-Han, est bloquée. Les autorités de censure chinoise craignent que le film trouble la stabilité sociale…

 

 

 

Filmographie

 

2002 : The Missing Gun


2004 : Kekexili, la patrouille sauvage 


2009 : City of Life and Death


2012 : The Last Supper 


2015 : Chronicles of the Ghostly Tribe

 

2016 : Nés en Chine

 

 

 

 

 

 

 

ENTRETIEN AVEC LU CHUAN

 

 

Comment vous est venue l’idée de tourner ce film ?
 Il y a cinq ans, j’ai lu un article dans un journal. La patrouille de volontaires venait d’être dissoute par le gouvernement, et ils avaient perdu deux capitaines, assassinés par les braconniers. Leur histoire m’a touchée et j’ai commencé à accumuler le plus d’informations possibles sur le sujet.

 

Cinq ans, c’est le temps pour obtenir les autorisations ?
J’étais encore jeune, j’avais besoin de prouver ce que je valais avant de pouvoir réunir l’argent dont j’avais besoin pour le tournage long et difficile à 5 000 mètres d’altitude. Ce ne fut possible qu’après le tournage de The Missing Gun, en 2002. La situation a changé en Chine. Il y a cinq ans, tourner aurait été complètement impossible.

 

La censure est-elle intervenue ?
On savait que le sujet du film était très sensible, heureusement, aucune scène n’a été coupée par la censure. Quand il est sorti en salle en Chine en 2004, le film a été salué par des critiques très positives, plusieurs journaux en ont fait leur une et nous avons reçu un très grand nombre de prix en deux ans. Le film jouit d’un tel soutien populaire qu’une pétition circule désormais pour que le film représente la Chine aux Oscars. Quant aux Tibétains, ils se sont également réjouis. C’est le seul film sur leur pays depuis quinze ans.

 

Votre film prend le temps de montrer les rituels tibétains. D’où vous vient cet intérêt pour la culture tibétaine ?
J’ai quelques amis tibétains, et d’une certaine manière, je crois au bouddhisme tibétain. Par ailleurs, les Tibétains sont très déterminés à préserver leur culture et c’est admirable.

 

La question environnementale prend chaque jour plus d’importance en Chine. Comment pensez-vous qu’elle va évoluer ?
J’espère que la nature sera mieux protégée dans l’avenir, grâce à des initiatives comme celle de Kekexili, mais je sais aussi qu’il existe une contradiction énorme entre les villes côtières de la Chine, dont les habitants possèdent un niveau de vie comparable à celui des Occidentaux et l’ouest du pays, où le niveau de vie est proche de celui de l’Afrique. Je sais aussi qu’il faut sacrifier beaucoup de choses, y compris d’un point de vue environnemental, à l’autel du développement. La solution serait que le gouvernement aide les gens de l’Ouest à trouver des moyens de subsistance qui leur évitent d’avoir à détruire la nature, mais je sais que c’est très difficile.