1985 – Paradis perdu

 

Souvenir lointain et douloureux de cette séance de cinéma dans la plus belle salle de France, la Grande salle de l’UGC NORMANDIE sur les Champs Elysée au dessus du Lido. A la sortie je suis sonné, terrifié par la scène finale qui à provoqué un très dur débat entre les producteurs d’Hollywood et Terry Gillian…Il existe 3 version de cette scène de fin. Je retourne immédiatement le voir à la séance suivante pour essayer de comprendre…L’unique film de ma liste ultime que je n’ai jamais revu. Il est temps que je répare cet oubli pour savoir pourquoi.  JP

 

 

 

Terry Gilliam né le 22 novembre 1940 à Medicine Lake (Minnesota), est un réalisateur de cinéma, scénariste, acteur, et dessinateur. Révélé en tant que membre des Monty Python, créé en 1969 avec Chapman, Idle, Cleese, Palin et Jones. La troupe participe aux Monty Python’s Flying Circus. Gilliam seul américain intervient comme acteur et auteur des animations. Cette série eut un succès phénoménal sur 4 années à la BBC. 1971, l’équipe réalise La Première Folie des Monty Python, avec les meilleures séquences de la série, et quelques nouveautés. 1974, il coréalise avec Terry Jones, Monty Python : Sacré Graal !  1977, il écrit et joue dans Monty Python La Vie de Brian qui remporte un véritable succès. 1982, sort le nouveau film des Monty Python, Monty Python Le Sens de la vie où Gilliam réalise en solo la scène d’ouverture du film, The Crimson Permanent Assurance. Le film reçoit en 1983 le grand prix spécial du jury au festival de Cannes. Terry Gilliam poursuit une carrière de cinéaste à part entière. Il a été naturalisé britannique en 1968, avant de renoncer à la nationalité américaine en janvier 2006.

 

 

 

Filmographie Après Les Monty Python

1977 : Jabberwocky
1981 : Bandits, bandits
1985 : Brazil
1988 : Les Aventures du baron de Münchhausen
1991 : The Fisher King : Le Roi pêcheur
1995 : L’Armée des douze singes
1998 : Las Vegas Parano
2005 : Les Frères Grimm
2005 : Tideland
2009 : L’Imaginarium du docteur Parnassus
2013 : Zero Theorem
2018 : L’Homme qui tua Don Quichotte

 

 

Quelque part au 20e siècle, dans une société bureaucratique monstrueuse, sans rapport avec la nôtre. Ou comment Sam Lowry, employé sans histoire, va devenir un ennemi de l’Etat en pourchassant la femme de ses rêves.

 

 

Brazil est un film de science-fiction britannique réalisé par Terry Gilliam, sorti en 1985 il décrit un univers sombre, oppressant et fourmillant de détails, que l’on retrouve dans d’autres œuvres du réalisateur.  Avec Jonathan Pryce dans le rôle de sa vie, Un Robert De Niro génial en artisan révolutionnaire, Kim Greist, Katherine Helmond, Ian Richardson, Michael Palin, Bob Hoskins, Ian Holm. Sam Lowry est un bureaucrate dans un monde rétro-futuriste totalitaire. Il se contente de son travail et de sa petite vie tranquille tout en s’échappant en rêve dans un monde de héros romantiques. Son existence satisfaite, mais solitaire, est compliquée par l’arrestation brutale d’un certain Archibald Buttle, en raison d’une erreur administrative. Il tente de réparer cette injustice et doit lutter contre un système extrêmement contrôlé qui le considère de plus en plus comme un dissident. Les tentatives de sa mère de lui obtenir une promotion, l’intrusion d’un chauffagiste rebelle au système, Harry Tuttle, et la survenue en chair et en os de la femme de ses rêves sont les autres éléments de l’intrigue.

 

 

la mise en scène de Terry Gillian est remarquable. Il joue de sa camera en virtuose, s’amuse avec le spectateur multipliant les arrières plans et les doubles sens. Ce Film est un chef d’oeuvre d’un artiste inspiré du siècle dernier. Avant la 3D, il fallait tout inventé sur le tournage, tromper l’œil mais garder l’esprit pour le bonheur du spectateur, ce film sent la sueur et l’argentique, l’intelligence et la critique d’un futur semblable à l’ombre de nos cauchemars qui n’à de cesse que de nous rattraper…Plan Séquence sans truquage à l’ancienne, mise en scène millimétrée avec une centaine de figurants. Le thème musical de Brazil lumineux et joyeux vient décalé ce monde gris et sans espoir.

 

« La première idée de Brazil, c’est une image. Je faisais du repérage au pays de Galles et je visitais une petite ville industrielle avec des aciéries. Une ville horrible dans une région minière. La plage était complètement noire, à cause de la poussière de charbon. C’était tellement noir qu’on se serait cru à la tombée de la nuit. Je suis allé sur la plage, une sorte de décharge publique, et j’ai vu un homme assis seul, avec un transistor, passant d’une station à l’autre et tombant par hasard sur le thème « Brazil » de Ary Barroso. Un rythme semblable n’existe pas dans son monde. De toute sa vie, cet homme n’avait jamais écouté une musique pareille, entraînante, romantique, gaie, syncopée et évocatrice d’évasion latine, suggérant qu’au-delà des tours d’aciers et des gratte-ciel se trouve un monde luxuriant et paisible. Parce que cette musique l’obsède, elle changea sa vie. Pour cette raison, je tenais à ce que le titre du film soit celui de cette chanson. »

 

Brazil est devenu culte, ce n’est pas un hasard… Rappelons-nous qu’en 1985, les ordinateurs n’ont pas encore intégré les foyers. Le bug informatique est inconnu aux bataillons domestiques. Les seules fiches qui existent des vies des citoyens logent dans les services d’état civil. Dans son film, Gilliam pressent un futur où on acceptera d’être fiché pour des raisons de sécurité dans le film pour un confort tout personnel « C’est l’information qui assure la liberté », entend-on dès les premières minutes du film. « C’est l’information qui assure la gratuité », pourrait-on dire de notre utilisation contemporaine des services numériques.

 

Le mythe de la technologie invisible…Contrairement à Orwell qui imaginait des technologies avancées à la solde d’un pouvoir fasciste, la technologie en place dans le système totalitaire de Brazil est plutôt poussive et en proie à des lenteurs et bugs. Pour ça, Gilliam mérite un point. Le réalisateur a eu d’autres intuitions intéressantes, dans les scènes de bureau, on voit Sam Lowry se servir d’un ordinateur à clavier de machine à écrire, mais à écran transparent. Aujourd’hui, cette technologie existe. Il s’agit de l’OLED transparent que commencent à appréhender les grands distributeurs. En outre, Terry Gilliam fait de l’appartement de son héros un lieu où la technologie est invisible, les rideaux sont tirés automatiquement à son réveil, la cafetière se met en route et se verse dans une tasse, seule, le grille-pain s’enclenche. Une vraie maison envahie par les objets connectés. Sauf que dans le film, ce système censé être fluide se grippe. Une belle intuition de Gilliam plus de 30 ans avant les Alexa, OK Google et autres…


Au-delà de sa dimension visionnaire, Brazil embarque son spectateur dans un monde incroyablement créatif, baroque et jouissif. C’est un festival de clins d’œil, de vannes, visuelles aussi. Chaque plan en recèle au moins 3, et ce, sur toute la première heure. Terry Gilliam doit avoir un panthéon très large. Il invoque le Procès de Kafka, le Don Quichotte de Cervantes, notamment quand le héros combat une énorme poupée samouraï, s’approprie, dans une scène où les gens de l’administration fixent le héros d’un regard accusateur, les visages comme coupés au couteau de Brueghel, rend hommage aux décors gigantesques de Metropolis de Fritz Lang en s’en inspirant pour ceux de son Ministère de l’information. Les décors, oui, mais la manière de filmer de Gilliam penche aussi du côté expressionniste de la force.

 

Les films de Gilliam dépeignent souvent un univers très sombre et pessimiste, témoignant souvent d’une caricature hyperbolique des aspects les plus laids de notre société. Son style très distinctif crée une atmosphère surréaliste. On a l’impression que le monde est en déséquilibre. Dans les films de Terry Gilliam, certains sujets reviennent fréquemment tels que la technologie et la surconsommation qui sont les maux de notre société. L’Homme devient l’esclave de la technologie et dans cet univers, la communication n’existe plus entre les individus.

 

Pour Terry Gilliam le monde est devenu un chaos, un paradis perdu. Tous les héros de ses films tentent de fuir ce monde condamné à sa perte, par l’imagination, le rêve ou même la drogue. La bureaucratie est souvent très critiquée dans ses films et la télévision remplace la communication entre les hommes. Pour créer le monde hallucinatoire de ses personnages, Terry Gilliam utilise un objectif 14 mm qui maintenant est connu sous le nom du « Gilliam ». Tout comme ceux de Tim Burton, les films de Terry Gilliam se distinguent par la création d’un univers poétique – narratif et visuel – singulier, à l’esthétique très soignée.

 

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Jonathan Pryce & Terry Gillian


Histoire ordinaire de création pour une film Extraordinaire…

 

Terry Gilliam a conçu Brazil comme un maelström où s’entrechoquent sans cesse l’évasion et l’étouffement, le rêve et la rationalité, l’amour et la cruauté, le romantisme et la trivialité. Le film est une lutte permanente, une véritable guerre, à même le montage heurté, entre l’Individu libre et la Bureaucratie autoritaire. Cette guerre, on le sait, s’est poursuivie significativement en post-production, entre Gilliam et Universal, entre le cinéaste anar et le studio rigide. Lorsque Sid Sheinberg, le grand manitou d’Universal, découvre début 1985 cette production Arnon Milchan de 142 minutes qu’il doit distribuer aux Etats-Unis, il reconnaît la qualité et la virtuosité du travail de Gilliam mais il juge le film trop long, trop déprimant, trop européen pour le public américain  et c’est également le prétexte qu’il donne à la même époque pour défigurer Legend de Ridley Scott, Sheinberg était en forme cette année-là. Il refuse de sortir Brazil en l’état et décide de réduire le film à 94 minutes, supprimant notamment la terrible dernière partie, transformant le pamphlet en simple film romantique baptisé… Love Conquers All ! Un cauchemar. Dès lors, comme son héros Sam Lowry (Jonathan Pryce) aux prises avec le samouraï géant, Gilliam engage un duel furieux contre le géant Sheinberg, par médias interposés, en montrant sa version, qui est une évidence d’art, à la presse et aux étudiants, parvenant ainsi à créer un mouvement en sa faveur. Résultat, Universal n’utilise Love Conquers All que pour la télévision américaine et accepte pour la sortie en salles la version de Gilliam, seulement écourtée de dix minutes. Quant au director’s cut de 142 minutes, il sort heureusement sans encombre en Europe, via le distributeur Fox. Comment une œuvre aussi folle que Brazil a-t-elle pu être financée ? C’est simple : d’une part, Gilliam a eu un beau succès au box-office américain avec Bandits, bandits (1981) ; d’autre part, le milieu des années quatre-vingt, c’est la belle époque où Arnon Milchan, via sa toute jeune compagnie Embassy International devenue plus tard Regency, peut donner de l’argent aux créateurs ambitieux, par pur amour du cinéma. C’est lui, ne l’oublions pas, qui permit à Sergio Leone de concrétiser Il était une fois en Amérique (1984) et à Scott de réaliser Legend. Seule condition donnée par Embassy, tourner le plus possible en Europe, avec un budget raisonnable, c’est-à-dire ni trop petit, ni trop gros. Milchan le sait car trop petit, c’est entraver les désirs du cinéaste et trop gros, c’est entraver son audace.

 

 

 

Comment une œuvre aussi folle que Brazil a-t-elle pu sortir de l’esprit de Gilliam ?

 

Comme chez tout poète, elle est sortie d’une vision fugace, de laquelle tout a découlé. En l’occurrence, Gilliam raconte que pendant les repérages de son premier film en solo, l’excellent et drôle Jabberwocky (1977), il se promenait sur une côte du Pays de Galles, lorsqu’il aperçut au loin un homme assis tout seul sur une plage noire de suie, écoutant pour « s’évader » une charmante musique latine sur son transistor, avec pour horizon les sombres usines métallurgiques. Cet homme, c’était déjà Sam Lowry, ce petit fonctionnaire romantique et rêveur, broyé par une bureaucratie monstrueuse. Pour Gilliam, l’Américain rebelle, membre des Monty Python, cette vision fugace correspondait parfaitement à la colère, entremêlée de fascination et de rire bouffon, qu’il avait toujours ressentie face à l’industrialisation à outrance du monde contemporain et face au darwinisme social, où les forts dévorent les faibles, aussi bien chez les capitalistes que chez les communistes. C’est d’ailleurs pourquoi, en compagnie de ses scénaristes Charles Alverson non crédité, Charles McKeown, puis le dramaturge Tom Stoppard pour peaufiner construction et dialogues, il situe son récit « quelque part au 20e siècle ». Son impressionnante cité, qui n’a pas de nom, tient en effet aussi bien du Londres des années trente avec ces bourgeoises au restaurant huppé, les vitrines cossues des magasins, les serveurs snobs attachés à l’étiquette, les hauts bureaucrates imbus de leur supériorité, du New York des années quarante et les buildings immenses et Art déco, les costumes à la Bogart, les publicités tapageuses, que du Moscou des années cinquante  et son immeuble délabré du prolétaire Buttle, le siège stalinien du ministère de l’Information. Tout cela forme un monde parallèle qui ne ressemble que trop au nôtre. Un retro-futurisme, en forme d’avertissement et de bilan ! qui rejoint bien sûr celui de cet autre chef-d’œuvre, Blade Runner, sorti trois ans plus tôt, mais en plus déjanté, Gilliam ayant dans son ADN d’artiste les caricatures du magazine Mad d’Harvey Kurtzman…voiturette ridicule contre camion mastodonte, plombier/super-héros glissant sur un filin entre deux buildings, explosion outrée du ministère, salle des tortures arachnéenne au cœur d’une cheminée géante… Quant à l’influence de 1984 d’Orwell, tout le monde sait bien que Brazil en est une adaptation déviante et tellement plus drôle, l’humour étant la meilleure des armes pour dénoncer la connerie humaine.

 

 

 

Jamais film n’a autant donné l’image d’une humanité qui va droit dans le mur. Du reste, c’est même l’un des motifs formels principaux mis en place par le cinéaste, aussi inspiré, sur le plan filmique, qu’Orson Welles dans La Soif du mal. C’est cette virtuosité filmique qui manquera aux Aventures du Baron de Munchausen [1988], belles mais entravées par un tournage calamiteux…Beaucoup de scènes de Brazil sont en effet conçues comme de vertigineux mouvements vers l’avant, via des travellings insensés. Le spectateur, comme Sam Lowry, est ballotté, entraîné malgré lui dans le torrent humain, tournoyant sur lui-même dans une danse folle « Braziiiiil, la, la, la, la, la, la, la, la… », course endiablée qui vient finalement buter contre un mur ou un obstacle. Pensons à l’inoubliable travelling avant qui fonce à travers le service du courrier, les employés survoltés esquivant la caméra avec virtuosité comme dans un ballet de Busby Berkeley si logique car ils adorent regarder en douce des vieux classiques hollywoodiens ! Travelling qui vient soudain s’arrêter, en érection grotesque, sur le maniaco-dépressif M. Kurtzman (génial Ian Holm) raide comme un piquet, attendant sévèrement l’arrivée de Sam. Pensons bien sûr à l’inénarrable visite au galop du Bureau du Recoupement, dans le sous-sol glauque, visite menée par un chef hyperactif que tout le monde a du mal à suivre sauf la caméra complice, course hilarante s’arrêtant net, après une gracieuse volte-face, sur le minuscule bureau de Sam ! Pensons aussi au camion de Jill Layton (Kim Griest) roulant à fond dans les rues enfumées, avec le pauvre Sam sur le capot…pour stopper net et l’éjecter. Rappelons-nous enfin, dans la dernière partie, la fuite affolée de Sam entre les arcades, filmée en très courte focale, qui aboutit soudain à la réception snob et impitoyable de sa mère (Katherine Helmond) « rajeunie » par la chirurgie esthétique, le temps semblant s’être arrêté pour elle. Mouvement castrateur, en forme de négation.

 

Face à cette course en avant de la société industrielle qui ne peut mener qu’à la catastrophe, Gilliam oppose deux autres motifs, a priori « salutaires » le motif de la destruction soudaine, et le motif du rêve en apesanteur. Le motif de la destruction soudaine qui vient enrayer une machine trop bien réglée et trop rigide se voit dès l’ouverture du film, d’une part avec l’explosion du téléviseur et de sa pub niaise pour Central Services, d’autre part avec le fameux gag de la mouche « explosée » par le fonctionnaire maniaque, mouche qui se détache lentement du plafond et vient s’écraser dans les rouages du téléscripteur, changeant en un clin d’œil le « T » de « Tuttle » en « B » ; dans le premier cas, on se réjouit que le téléviseur explose dans la vitrine mercantile…Mais c’est nier le nombre de morts autour de cette vitrine. Dans le second cas, on se réjouit qu’un modeste insecte vienne enrayer, certes à son corps défendant, le défilé monotone et interminable des imprimés administratifs, mais on comprend plus tard que cette giclée organique au milieu du papier inhumain symbolise en fait la torture horrible et l’écrasement individuel qui attendent les personnes qui sont désignées sur ces imprimés. On constate surtout que ce « gag anodin » va engendrer un quiproquo tragique, menant à l’anéantissement d’une pauvre famille innocente (les Buttle), qui n’avait pas besoin de ça ! Ainsi, à chaque fois qu’une explosion vient nous libérer de la « congestion », de « l’embolie » sociale et quelle meilleure image, ou plutôt quelle pire image que celle de la merde dans les tuyaux/boyaux constipés de l’appartement de Sam, remontant peu à peu dans la combinaison du plombier psychopathe et explosant une fois arrivée à la tête ? Gilliam montre l’envers, avec les blessés agonisants et les nombreux morts après l’explosion du restaurant huppé ou celle de la galerie marchande…Quant à la destruction libératrice du dictatorial ministère de l’Information, provoquée dans l’euphorie par Sam et Tuttle (Robert De Niro), il s’agit d’un pur fantasme, Sam étant « parti » dans sa tête depuis la mort de Gill sous la mitraille avec la terrible bande sonore, à laquelle on ne veut pas croire, et pourtant…

 

 

 

L’autre motif, celui du rêve en apesanteur, qui nous vaut les visions les plus extraordinaires et ce pourquoi, nous sommes tombés amoureux du film en 1985, nous faisant réellement découvrir un Fellini anglo-saxon, est tout aussi trompeur. Certes, Sam « s’évade » au son des accords lyriques de Michael Kamen, il devient un ange gracieux volant au secours de sa belle, mais, outre que ses rêves révèlent son impuissance et son inadaptation à la vie réelle, ils sont bien vite entravés par les buildings phalliques qui viennent déchirer son Eden, ils sont gangrénés par des surmoi agressifs et grotesques avec le samouraï/bibendum ou bien Kurtzman en homme-pierre ancré dans le sol, visions horribles qui brisent l’apesanteur et ramènent soudain le rêveur à la réalité. Au fond, loin de « libérer » notre héros, ces rêves intenses ne font que précipiter sa folie, lui rendant la réalité de plus en plus insupportable, impossible. Encore une fois, le mur de brique, l’impasse, sont au bout de la course…Sam est l’éternel enfant et ce qui est déchirant dans Brazil, c’est que cet enfant croit pouvoir compter sur les adultes comme sa mère dynamique et influente, son sympathique collègue Jack Lint (Michael Palin) son nouveau chef ultra compétent M. Warren (Ian Richardson) son puissant ministre Eugene Helpmann (Peter Vaughan) son ami rebelle Harry Tuttle et même, d’une certaine manière, sa compagne Jill Clayton, garçon manqué qui a la tête sur les épaules. Contrairement à certains cinglés comme le plombier Spoor (Bob Hoskins, effrayant !) ou le voisin de bureau Lime (Charles McKeown), tous ces personnages tiennent des discours normaux, crédibles, solides, donc rassurants. Si bien que tout au long du cauchemar, ces discours d’adultes nous donnent, tout comme à Sam, de l’espoir…Quelqu’un va forcément nous en sortir, quelqu’un va forcément nous aider !…Peine perdue.

 

C’est pourquoi à la fin, même si l’on nous suggère que Sam est enfin heureux dans sa tête, qu’il a échappé à ses tortionnaires, et même si l’on nous fait entendre au lointain, la samba de Brazil et la voix si berçante de Geoff Muldaur, nous sommes anéantis…