1985-Paradis perdu

Souvenir lointain et douloureux de cette séance de cinéma dans la plus belle salle de France (Grande salle de l’UGC NORMANDIE) sur les Champs Elysée au dessus du Lido. A la sortie je suis sonné, terrifié par la scène finale qui à provoqué un très dur débat entre les producteurs d’Hollywood et Terry Gillian (il existe 3 version de cette scène de fin…) je retourne immédiatement le voir à la séance suivante pour essayer de comprendre…35 ans après il est l’unique film de ma liste ultime que je n’ai jamais revu. Il est temps que je répare cet oubli pour savoir pourquoi.

 

 

 

Terry Gilliam né le 22 novembre 1940 à Medicine Lake (Minnesota), est un réalisateur de cinéma, scénariste, acteur, et dessinateur. Révélé en tant que membre des Monty Python, il a ensuite poursuivi une carrière de cinéaste à part entière. Il a été naturalisé britannique en 1968, avant de renoncer à la nationalité américaine en janvier 2006.

 

 

Les Monty Python…1969, Gilliam, Chapman, Idle, Cleese, Palin et Jones forment la troupe, Gilliam participe à la série télé Monty Python’s Flying Circus comme acteur et comme auteur des animations, souvent des collages loufoques, qui relient les sketches entre eux. Gilliam est le seul américain de la bande. Cette série eut un succès phénoménal sur 4 années à la BBC. 1971, l’équipe réalise La Première Folie des Monty Python, un film regroupant les meilleures séquences de la série, agrémenté de quelques nouveautés. 1974, il coréalise avec Terry Jones, Monty Python : Sacré Graal !. Pour ce film, il réalise les animations et est également acteur et coscénariste. 1977, il écrit et joue dans Monty Python La Vie de Brian qui remporte un véritable succès. 1982, sort le nouveau film des Monty Python, Monty Python Le Sens de la vie où Gilliam réalise en solo la scène d’ouverture du film, The Crimson Permanent Assurance. Le film reçoit en 1983 le grand prix spécial du jury au festival de Cannes.

 

Filmographie Après Les Monty Python

1977 : Jabberwocky
1981 : Bandits, bandits
1985 : Brazil
1988 : Les Aventures du baron de Münchhausen
1991 : The Fisher King : Le Roi pêcheur
1995 : L’Armée des douze singes
1998 : Las Vegas Parano
2005 : Les Frères Grimm
2005 : Tideland
2009 : L’Imaginarium du docteur Parnassus
2013 : Zero Theorem
2018 : L’Homme qui tua Don Quichotte

 

 

Brazil est un film de science-fiction britannique réalisé par Terry Gilliam, sorti en 1985 il décrit un univers sombre, oppressant et fourmillant de détails, que l’on retrouve dans d’autres œuvres du réalisateur.  Avec Jonathan Pryce dans le rôle de sa vie, Un Robert De Niro génial en artisan révolutionnaire, Kim Greist, Katherine Helmond, Ian Richardson, Michael Palin, Bob Hoskins, Ian Holm. Sam Lowry est un bureaucrate dans un monde rétro-futuriste totalitaire. Il se contente de son travail et de sa petite vie tranquille tout en s’échappant en rêve dans un monde de héros romantiques. Son existence satisfaite, mais solitaire, est compliquée par l’arrestation brutale d’un certain Archibald Buttle, en raison d’une erreur administrative. Il tente de réparer cette injustice et doit lutter contre un système extrêmement contrôlé qui le considère de plus en plus comme un dissident. Les tentatives de sa mère de lui obtenir une promotion, l’intrusion d’un chauffagiste rebelle au système, Harry Tuttle, et la survenue en chair et en os de la femme de ses rêves sont les autres éléments de l’intrigue.

 

 

la mise en scène de Terry Gillian est remarquable. Il joue de sa camera en virtuose, s’amuse avec le spectateur multipliant les arrières plans et les doubles sens. Ce Film est un chef d’oeuvre d’un artiste inspiré du siècle dernier. Avant la 3D, il fallait tout inventé sur le tournage, tromper l’œil mais garder l’esprit pour le bonheur du spectateur, ce film sent la sueur et l’argentique, l’intelligence et la critique d’un futur semblable à l’ombre de nos cauchemars qui n’à de cesse que de nous rattraper…Plan Séquence sans truquage à l’ancienne, mise en scène millimétrée avec une centaine de figurants. Le thème musical de Brazil lumineux et joyeux vient décalé ce monde gris et sans espoir.

 

« La première idée de Brazil, c’est une image. Je faisais du repérage au pays de Galles et je visitais une petite ville industrielle avec des aciéries. Une ville horrible dans une région minière. La plage était complètement noire, à cause de la poussière de charbon. C’était tellement noir qu’on se serait cru à la tombée de la nuit. Je suis allé sur la plage, une sorte de décharge publique, et j’ai vu un homme assis seul, avec un transistor, passant d’une station à l’autre et tombant par hasard sur le thème « Brazil » de Ary Barroso. Un rythme semblable n’existe pas dans son monde. De toute sa vie, cet homme n’avait jamais écouté une musique pareille, entraînante, romantique, gaie, syncopée et évocatrice d’évasion latine, suggérant qu’au-delà des tours d’aciers et des gratte-ciel se trouve un monde luxuriant et paisible. Parce que cette musique l’obsède, elle changea sa vie. Pour cette raison, je tenais à ce que le titre du film soit celui de cette chanson. »

 

Brazil est devenu culte, ce n’est pas un hasard… Rappelons-nous qu’en 1985, les ordinateurs n’ont pas encore intégré les foyers. Le bug informatique est inconnu aux bataillons domestiques. Les seules fiches qui existent des vies des citoyens logent dans les services d’état civil. Dans son film, Gilliam pressent un futur où on acceptera d’être fiché pour des raisons de sécurité dans le film pour un confort tout personnel « C’est l’information qui assure la liberté », entend-on dès les premières minutes du film. « C’est l’information qui assure la gratuité », pourrait-on dire de notre utilisation contemporaine des services numériques.

 

Le mythe de la technologie invisible…Contrairement à Orwell qui imaginait des technologies avancées à la solde d’un pouvoir fasciste, la technologie en place dans le système totalitaire de Brazil est plutôt poussive et en proie à des lenteurs et bugs. Pour ça, Gilliam mérite un point. Le réalisateur a eu d’autres intuitions intéressantes, dans les scènes de bureau, on voit Sam Lowry se servir d’un ordinateur à clavier de machine à écrire, mais à écran transparent. Aujourd’hui, cette technologie existe. Il s’agit de l’OLED transparent que commencent à appréhender les grands distributeurs. En outre, Terry Gilliam fait de l’appartement de son héros un lieu où la technologie est invisible, les rideaux sont tirés automatiquement à son réveil, la cafetière se met en route et se verse dans une tasse, seule, le grille-pain s’enclenche. Une vraie maison envahie par les objets connectés. Sauf que dans le film, ce système censé être fluide se grippe. Une belle intuition de Gilliam plus de 30 ans avant les Alexa, OK Google et autres…

 


Au-delà de sa dimension visionnaire, Brazil embarque son spectateur dans un monde incroyablement créatif, baroque et jouissif. C’est un festival de clins d’œil, de vannes, visuelles aussi. Chaque plan en recèle au moins 3, et ce, sur toute la première heure. Terry Gilliam doit avoir un panthéon très large. Il invoque le Procès de Kafka, le Don Quichotte de Cervantes, notamment quand le héros combat une énorme poupée samouraï, s’approprie, dans une scène où les gens de l’administration fixent le héros d’un regard accusateur, les visages comme coupés au couteau de Brueghel, rend hommage aux décors gigantesques de Metropolis de Fritz Lang en s’en inspirant pour ceux de son Ministère de l’information. Les décors, oui, mais la manière de filmer de Gilliam penche aussi du côté expressionniste de la force.

 

 

Les films de Gilliam dépeignent souvent un univers très sombre et pessimiste, témoignant souvent d’une caricature hyperbolique des aspects les plus laids de notre société. Son style très distinctif crée une atmosphère surréaliste. On a l’impression que le monde est en déséquilibre. Dans les films de Terry Gilliam, certains sujets reviennent fréquemment tels que la technologie et la surconsommation qui sont les maux de notre société. L’Homme devient l’esclave de la technologie et dans cet univers, la communication n’existe plus entre les individus.

 

Pour Terry Gilliam le monde est devenu un chaos, un paradis perdu. Tous les héros de ses films tentent de fuir ce monde condamné à sa perte, par l’imagination, le rêve ou même la drogue. La bureaucratie est souvent très critiquée dans ses films et la télévision remplace la communication entre les hommes. Pour créer le monde hallucinatoire de ses personnages, Terry Gilliam utilise un objectif 14 mm qui maintenant est connu sous le nom du « Gilliam ». Tout comme ceux de Tim Burton, les films de Terry Gilliam se distinguent par la création d’un univers poétique – narratif et visuel – singulier, à l’esthétique très soignée.

 

test
Jonathan Pryce & Terry Gillian