1984-Vision Mortelle

J’ai visionné ce film de nombreuses, très nombreuses fois et je l’apprécie toujours autant pour son scénario, son atmosphère très noire et instable et encore plus pour ce frêle jeune homme visionnaire, maladif interprété par l’extraordinaire Christopher Walken. C’est à chaque fois  le même choc. Quel film représente plus la relation et la frustration avec ce temps qui nous échappe…

 

 

 

 

Martin Sheen reste et restera pour moi et à jamais le capitaine Willard dans Apocalypse Now, j’y reviendrais sur l’article d’un des plus grand film de l’histoire du cinéma. Parler de lui c’est perler de la difficulté de faire une grande carrière, malgré ce début fracassant, 3 ans plus tard un rôle de journaliste, dans Gandhi de Richard Attenborought  et ce rôle d’homme politique* prêt à tout pour accéder au pouvoir suprême et puis plus rien de fort malgré ses très nombreux rôles. C’est aussi la carrière de Brook Adams qui interpelle (la petite amie du héros dans le film) car après un premier rôle dans les Moissons du ciel auprès de Richard Gere et quelques films mineurs, elle aussi plus rien…

 

*35 ans après nous y sommes avec Trump…Mais lui il est Président et le pouvoir de tout détruire…

 

David Cronenberg est un réalisateur, acteur, producteur et scénariste canadien, né le 15 mars 1943 à Toronto (Ontario,Canada). Également acteur, il n’hésite pas à jouer dans certains films quand on fait appel à lui. C’est 30 ans de carrière 21 films qui peuvent se caractériser par trois principaux styles…

 

L’étude du corps humain sous un aspect angoissant et monstrueux…Stéréo, Crimes of the Future / Frissons / Rage, Chromosome / La Mouche / Faux semblants.

 

L’étude du rapport de l’humain avec la technologie sous un aspect visionnaireFast Company / Scanners / Videodrome / Crash / eXistenZ.

 

L’étude de la dégénérescence du corps social sous un aspect réaliste et pessimiste…Spider / A History of Violence /  Les Promesses de l’ombre /A Dangerous Method / Cosmopolis / Maps to the stars.

 

 

Son cinéma, influencé par la psychanalyse, sonde les addictions et les phobies de la société occidentale ainsi que les névroses, laissant libre cours au déchaînement de pulsions refoulées. Ses deux thèmes récurrents sont la double personnalité et le massacre du corps humain. Sa vision de ce corps humain martyrisé, mutilé et dégradé peut rappeler la peinture de Francis Bacon. Ses films, caractérisés par une grande maîtrise technique et un univers à la fois malsain, ultra-violent et cérébral, ouvrent la voie à de nombreuses lectures sur le conditionnement, le mal, l’aliénation et la confusion entre réel et virtuel.

 

 

Filmographie

 

1969 : Stereo
1970 : Crimes of the Future
1975 : Frissons (Shivers ou The Parasite Murder)
1977 : Rage (Rabid)
1979 : Fast Company
1979 : Chromosome 3 (The Brood)
1981 : Scanners
1983 : Vidéodrome (Videodrome)
1983 : Dead Zone (The Dead Zone)
1986 : La Mouche (The Fly)
1988 : Faux-semblants (Dead Ringers)
1991 : Le Festin nu (Naked Lunch)
1993 : M. Butterfly
1996 : Crash
1999 : eXistenZ
2002 : Spider
2005 : A History of Violence
2007 : Les Promesses de l’ombre (Eastern Promises)
2011 : A Dangerous Method
2012 : Cosmopolis
2014 : Maps to the Stars

 

 

 

Stephen King est un écrivain américain né le 21 septembre 1947 à Portland (Maine). Il publie son premier roman en 1974 et devient rapidement célèbre dans le domaine de l’horreur mais écrit également des livres relevant d’autres genres comme le fantastique, la fantasy, la science-fiction et le roman policier. Il écrit et publie plus de soixante romans, dont sept sous le nom de plume de Richard Bachman, et plus de deux cents nouvelles, dont plus de la moitié sont réunies dans dix recueils de nouvelles. Après son grave accident en 1999, il ralentit son rythme d’écriture. Ses livres se sont vendus à plus de 350 millions d’exemplaires à travers le monde et il établit de nouveaux records de ventes dans le domaine de l’édition durant les années 1980, décennie où sa popularité atteint son apogée. Longtemps dédaigné par les critiques littéraires et les universitaires car considéré comme un auteur « populaire », il acquiert plus de considération depuis les années 1990 même si une partie de ces milieux continue de rejeter ses livres. Il est régulièrement critiqué pour son style familier, son recours au gore et la longueur jugée excessive de certains de ses romans. À l’inverse, son sens de la narration, ses personnages vivants et colorés, et sa faculté à jouer avec les peurs des lecteurs sont salués. Au-delà du caractère horrifique de la plupart de ses livres, il aborde régulièrement les thèmes de l’enfance et de la condition de l’écrivain, et brosse un portrait social très réaliste et sans complaisance des États-Unis à la fin du xxe siècle et au début du siècle suivant. Il a remporté de nombreux prix littéraires. Ses ouvrages ont souvent été adaptés pour le cinéma ou la télévision parfois avec sa contribution en tant que scénariste et, une seule fois, comme réalisateur.

 

 

Dead Zone 1983 – Cronenberg sort du ghetto du cinéma d’horreur, et acquiert une certaine respectabilité. Il est enfin considéré comme un auteur à part entière par ceux qui jusque là le considéraient comme un faiseur de films tordus et cheap. Paradoxalement, Dead Zone est une adaptation d’un roman de Stephen King, pape du genre fantastique américain. Techniquement ce n’est donc pas un drame traditionnel car il repose sur un rapport surnaturel avec la réalité. Cronenberg procède à l’inverse des genres qu’il avait illustrés auparavant. Au lieu de rendre le réel étrange et inquiétant, il le dépouille et le trivialise. Si un suspense permanent découle des visions angoissantes de Johnny, l’aspect thriller est contrebalancé par la partie sentimentale, l’amour perdu du héros. Mais ce film n’est pas seulement un thriller et un drame. C’est un vaste “ouvroir de fiction”. En touchant la main de plusieurs personnes, vivantes ou mortes, Johnny voit quasiment des séquences de films de genre. Sa main est comme une télécommande qui fait naître des scènes de guerre, de films de serial killer, catastrophe, etc. C’est passionnant dans la mesure cela montre Cronenberg en train de mettre en scène sa sortie du genre fantastique/gore/horrifique, qui était devenu pour lui un carcan.

 

Ici, Croenberg prend ses distances avec le pathologique gluant pour exprimer de façon plus simple et directe notre rapport à la fiction, c’est à dire sur un mode purement psychique. C’est une réussite, car Cronenberg suggère beaucoup plus qu’il ne montre, tout en conservant certains raccourcis de série B. Par exemple, lorsque la mère de Johnny est victime d’une attaque qui va l’emporter, il suffit d’un plan sur son visage animé d’un rictus assez grotesque. Idem pour le suicide d’un serial killer, montré en quelques plans élémentaires, presque des images figées.

 

Dead Zone surpasse le cinéma hollywoodien, auquel Cronenberg commence à s’intégrer. Il s’appuie sur du déjà vu, déjà su, déjà connu par le spectateur, une sorte d’inconscient collectif des schémas de fiction, qu’on peut réactiver avec quelques signes extrêmement simples (exemple : les ciseaux comme arme de crime, référence au Crime était presque parfait d’Hitchcock). Dead Zone est donc une œuvre synthétique. Par ailleurs, le film exprime de façon très directe le credo de l’auteur originel, Stephen King, et par extension de tout créateur de fiction. Celui-ci renonce à avoir une existence épanouissante pour fournir sans trêve des histoires à ses lecteurs avides. Lorsque Johnny a des visions (il voit des histoires), il explique qu’il a “l’impression de mourir à l’intérieur”. Intéressante réflexion sur la création envisagée comme vecteur d’autodestruction. L’art comme sacerdoce est un des prolongements de ce film-programme, où David Cronenberg annonce sa révolution interne, qui va faire de lui un des plus grands auteurs du cinéma nord-américain, toutes catégories confondues.

 

On pourrait ajouter la dimension prémonitoire de cette œuvre sur la prémonition, qui montre l’ascension d’un politicien incarné par Martin Sheen, candidat au poste de président des Etats-Unis. Un candidat aux méthodes et au comportement qui annoncent le présent Donald Trump, lequel s’amuse à menacer du feu nucléaire la Corée du Nord, attitude périlleuse que préfigure Dead Zone.