1963-Le souffle du désert

 

 

 

 

C’est au cinéma que les films ont un sens, pour vivre pleinement des sensations uniques. Excepté les 3 premiers films de cette liste, les 30 autres sont liés à des émotions vécues à leur sortie au cinéma dans la magie difficilement explicable d’une salle obscure. Je n’ai pas découvert Lawrence d’Arabie à sa sortie (j’avais 8 ans) mais c’est un film qui repasse parfois au cinéma et qu’il faut voir absolument sur un grand écran pour ses plans incomparables du désert à différentes heures du jour. Deux ans de tournage, dans une aventure humaine pleine d’exaltation.

 

 

 

 

David Lean  (25 mars 1908 – 16 avril 1991) réalisateur, producteur, scénariste Britannique. 40 ans de carrière – 15 films. Après 10 films en 10 ans, le Pont de la rivière Kwaï lance ses plus grandes années avec des films à grands spectacles qui vont rencontrer le public. Ses 5 derniers films reçoivent de nombreux et une vraie reconnaissance internationale. A partir du livre autobiographique “les 7 piliers de la sagesse” son film Lawrence d’Arabie” est une adaptation à grand spectacle de la vie de Thomas Edward Lawrence paru en 1926. Né en 1888, le lieutenant britannique T.E. Lawrence mena une vaste opération en Arabie durant la première guerre mondiale en menant la révolte des Bédouins contre les Turcs. Surnommé “le libérateur de Damas”, il fut l’un des principaux artisans de l’unité arabe. Suspecté par certains d’exercer une influence occulte sur la politique internationale, ce personnage complexe est une figure incontournable de l’histoire du XXème siècle. Il est mort à moto en 1935 à l’âge de 46 ans.

 

Lawrence d’Arabie a raflé sept Oscars en 1963…Meilleur film pour Sam Spiegel, Meilleure réalisation pour David Lean, Meilleure photographie pour Freddie Young, Meilleure direction artistique pour John Cox, John Stoll et Dario Simoni, Meilleur montage pour Anne V. Coates, Meilleur son pour John Cox et Meilleure musique pour Maurice Jarre et trois autres films avec David Lean sur “Le Docteur Jivago”  “La Fille de Ryan” et “La Route des Indes”.

 

 

Filmographie

Très sélective…

 

1944 : Heureux Mortels
1945 : L’Esprit s’amuse
1945 : Brève Rencontre
1946 : Les Grandes Espérances
1948 : Oliver Twist
1949 : Les Amants passionnés
1950 : Madeleine
1952 : Le Mur du son
1954 : Chaussure à son pied
1955 : Vacances à Venise
1957 : Le Pont de la rivière Kwaï
1962 : Lawrence d’Arabie
1965 : Le Docteur Jivago
1970 : La Fille de Ryan
1984 : La Route des Indes

 

 

Lawrence d’Arabie marque la première collaboration du réalisateur David Lean et du chef opérateur Freddie Young, trois ans avant Le Docteur Jivago. Les deux hommes retravailleront une dernière fois ensemble en 1970 sur La Fille de Ryan. Bilan pour le chef opérateur, trois Oscars… Même chose pour le compositeur Maurice Jarre qui recevra lui son troisième Oscar La Route des Indes.  Film tourné au Maroc, Jordanie, Syrie. Dans le désert d’Almeria, en Espagne des palmiers avaient été plantés pour les besoins du film. Par la suite, ces palmiers se sont multipliés dans une petite zone du désert d’Almeria, aujourd’hui appelée “l’Oasis”. Le réalisateur David Lean souhaitait à l’origine engager l’acteur Albert Finney pour le rôle-titre de Lawrence d’Arabie. Le nom de Marlon Brando fut également mentionné. Au final, c’est Katharine Hepburn qui incita le producteur Sam Spiegel à engager Peter O’Toole. Pour incarner le rôle, Anthony Quinn s’est fait poser un faux nez. Il a incarné des personnages de différentes nationalités tout au long de sa carrière. Dans Lawrence d’Arabie le comédien d’origine mexicaine incarne l’Arabe Auda abu Tayi, il s’est également glissé dans la peau d’un Grec (Zorba le Grec, Les Canons de Navarone), d’un Basque (Passeur d’hommes, Les Centurions) ou encore d’un Indien (Buffalo Bill et les Indiens, La Charge fantastique).

 

Le film permet à l’équipe du “Pont de la rivière Kwaï” de se reformer. Après le succès de ce dernier film, le producteur Sam Spiegel et le réalisateur David Lean désiraient mettre en chantier un projet d’envergure. Ils trouvèrent matière à cette ambition dans le récit de T.E. Lawrence dont ils acquirent rapidement les droits. Robert Bolt fut ensuite engagé, Sam Spiegel ayant fortement apprécié sa pièce de théâtre “Un homme pour l’éternité”. Deux personnages de Lawrence d’Arabie permettent de prendre un peu de recul par rapport à cette grande épopée, d’avoir un regard extérieur : le personnage du diplomate Dryden, incarné à l’écran par Claude Rains, et celui du journaliste Jackson Bentley, joué par Arthur Kennedy (le seul personnage spécialement inventé pour le film).

 

La majorité des mouvements de caméra présente la particularité d’aller de la gauche vers la droite. David Lean explique son choix par la volonté d’insister un peu plus sur la notion de “voyage” dans le film. Sur les 216 minutes du film, aucun personnage féminin ne parle, même si des femmes sont visibles à l’écran. Le long métrage ne laisse la parole qu’aux hommes.

 

Peter O’Toole est un comédien et producteur irlandais (2 août 1932 – 14 décembre 2013) considéré comme un « monstre sacré » du théâtre et du cinéma britannique. Passe son enfance dans le Kerry en Irlande, puis à Dublin. 1946 -14 ans, il travaille comme garçon de bureau puis journaliste à Leeds pour le Yorkshire News. 1949 – Débute une carrière théâtrale à 17 ans au Théâtre municipal de Leeds. 1950 – 18 ans Service militaire Royal Navy (2 ans). 1952 – 20 ans obtient une bourse pour suivre pendant deux ans les cours de la prestigieuse Académie royale d’Art dramatique de Londres, avec Alan Bates et Richard Harris comme camarades de promotion. 1954 – 22 ans devient membre, élève et comédien shakespearien de la prestigieuse Royal Shakespeare Company du Bristol Old Vic.  Joue une soixantaine de pièces de théâtre, dont les grands classiques de la comédie anglaise…Le Roi Lear, Othello, Hamlet, Macbeth, Roméo et Juliette, Jules César de William Shakespeare, Volpone de Ben Jonson, Major Barbara de George Bernard Shaw, La Paix du dimanche de John Osborne, etc. 1959 -27 ans obtient son premier grand triomphe avec la pièce The Long and the Short and the Tall. Apparaît dans plus de 80 rôles de répertoire. Sacré meilleur acteur de la scène anglaise.

 

1960 – 28 ans premiers grands rôles au cinéma “L’Enlèvement” “Les Dents du diable” de Nicholas Ray. 1962 – 30 ans Sam Spiegel et David Lean cherchent désespérément un acteur pour leur film. Après le refus de Marlon Brando, obtient le rôle de Lawrence d’Arabie, incarnation cinématographique qui lui vaut d’entrer dans la légende du cinéma mondial. Le tournage dure deux ans. La consécration de sa vie. Ensuite c’est grande carrière avec de nombreux grands rôles très diversifiés, partagés entre les planches du théâtre et le cinéma, des comédies, plus de 80 films des plus épiques aux plus insignifiants, et plus de 80 rôles au théâtre en passant par les grands classiques, notamment Hamlet et Macbeth de William Shakespeare. 2003 – 71 ans, après avoir été nommé sept fois aux Oscars depuis Lawrence d’Arabie sans avoir obtenu cette récompense, il reçoit un Oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. 2004  Incarne le roi Priam dans le peplum à succès “Troie”. Publie son autobiographie…10 juillet 2012 – 90 ans…Il se retire du cinéma et du théâtre.

 

Filmographie très sélective…


1962 : Lawrence d’Arabie de David Lean

 

1964 : Becket de Peter Glenville

 

1965 : Lord Jim de Richard Brooks 

 

1967 : Casino Royale de John Huston

 

1967 : La Nuit des générauxAnatole Litvak 

 

1971 : La Guerre de Murphy de Peter Yates

 

1987 : Le Dernier Empereur de Bernardo Bertolucci 

 

2004 : Troie de Wolfgang Petersen

 

 

 

ANALYSE…David Lean réalise une fresque épique, tragique, mégalomaniaque, touchante et enivrante. Son film incarne une sorte de perfection. il est le cinéma. Le vrai Lawrence fut un rêve, un fantasme. Lean a parfaitement saisi cette dimension. C’est un homme qui a construit sa légende en nous laissant sa prose. Lawrence adorait le désert, mais il méprisait autant qu’il les appréciait ces Arabes dont il se servait pour forger sa propre gloire, pour donner vie à son rêve. Pour s’en convaincre, il suffit de le lire…”Ma guerre était trop méditée, parce que je n’étais pas soldat, mes actes étaient trop travaillés parce que je n’étais pas un homme d’action. Je n’avais eu qu’un grand désir dans mon existence – pouvoir m’exprimer sous quelque forme imaginative, mais mon esprit trop diffus n’avait jamais su acquérir une technique. Le hasard, avec un humour pervers, en me jetant dans l’action, me donnait une place dans la révolte arabe contre l’occupant turc et m’offrait ainsi une chance en littérature, l’art-sans-technique ! »

 

Poète, idéaliste, il goûte à la violence et y prend goût, au point de participer, au bout de sa folie, à un carnage épouvantable. Et fin connaisseur, il se fait Mohamed pour mieux embarquer ces Arabes dans sa folle course. Peter O’ Toole, de son regard azur porte en lui cette flamme destructrice, cette Hybris si chère aux Grecs. Ce héros est un esthète implacable et Lean a su traduire cette trajectoire avec une rare acuité. Considérer cette œuvre comme un film à la gloire de T.E. Lawrence est assez naïf, consternant ou comique, selon les humeurs. Passé donc le fond, on en vient à la forme, à l’objet, au chef d’œuvre. Lean, plus encore que dans “Le Pont de la Rivière Kwaï”, approche une sorte de perfection cinématographique.

 

L’histoire, romanesque au possible, de cet officier méprisant de certitudes, de connaissances et de rêve, désireux d’écrire sa propre gloire en pleine première guerre mondiale, au Proche-Orient, constitue déjà une base solide. David Lean s’est arrangé avec une partie de la réalité mais heureusement, le contraire eût été moins puissant. Une épopée mérite qu’on se détache de nos simples contingences mortelles. Quant à l’écriture, aux dialogues, ciselés, ils rendent un bel hommage à la langue de l’universitaire qu’il fut. Le casting ? Anthony Quin et Alec Guinness forment déjà une base très solide. Rajoutons le jeune Omar Sharif, véritable perle du héros. Quant à Peter O’Toole, préféré à Marlon Brando, rien que ça, il trouve le Rôle de sa vie même si, plus tard, sa filmographie s’enrichira de rôles tout aussi majeurs. La Musique de Jarre incarne parfaitement l’esprit qui guide les personnages du film au cœur d’un désert magnifié à l’extrême. Aux paysages grandioses succèdent des scènes spectaculaires telles cette attaque de train ou ce bombardement de campement par l’aviation turque, ou ces focus sur le regard illuminé d’O’Toole. Un film, une séquence…Lawrence regarde son allumette se consumer puis vient le soleil, irradiant, écrasant, surgissant du néant sur le désert. L’un des plus beaux plans de cinoche. Un rêve pour mes yeux. Des nuits étoilées, froides, des jours écrasés et azurs, même la poussière prend vie.

 

Lawrence d’Arabie est un film sublime.  Par son héros principal, par cette faculté à créer un film intimiste en plein désert, en pleine fureur guerrière. O’Toole, habité, nous emporte dans une sorte d’introspection d’un homme qui écrivait ” Les rêveurs du jour sont des hommes dangereux, car ils peuvent jouer leur rêve les yeux ouverts et le rendre possible. C’est ce que j’ai fait.” Peter O’Toole-Lawrence est de la trempe de Conan ou d’Excalibur. il arrache des émotions irrationnelles, à force de musique, de plans et de regards. Avec Lean et O’Toole là-bas dans le désert, il y a le meilleur de nous…Nos rêves.