13/ Le Japon à la minute près…

Vendredi 9 octobre, une journée de transition pour Kanazawa pour rejoindre Kyoto, nouvelle étape de notre périple japonais. Départ prévu à 9h45 et nous voici replongés dans l’univers si particulier des grandes gares japonaises. Dès les premiers instants, le voyage nous donne une nouvelle occasion d’observer ce Japon qui nous intrigue autant qu’il nous impressionne. Nous embarquons à bord du Shinkansen, ce train à grande vitesse emblématique du pays, véritable symbole de la modernité japonaise. En une quarantaine de minutes, il avale les kilomètres avec une facilité déconcertante. Le paysage défile à toute allure, puis disparaît régulièrement derrière de longs tunnels qui percent les reliefs montagneux. La nature semble parfois s’effacer devant la prouesse technique, comme si l’homme avait décidé de raccourcir les distances et de dompter les montagnes.

 

 

 

 

 

 

Vient ensuite le changement de train. Pour la seconde partie du trajet, nous empruntons une ligne plus classique, à bord d’un train qui nous rappelle davantage nos TER français. Le rythme ralentit, le voyage reprend une autre dimension. Ce changement de cadence nous permet de regarder autrement ce qui nous entoure, tandis que nous approchons de Kyoto, ancienne capitale impériale et nouvelle promesse de découvertes. Mais au-delà des paysages et des kilomètres parcourus, ce sont surtout les gares qui retiennent notre attention. Les grandes installations du réseau JR Shinkansen sont d’une modernité remarquable…Propres, lumineuses, parfaitement organisées et pensées pour faciliter le déplacement de tous les voyageurs. Les indications sont claires, les cheminements bien conçus et les correspondances semblent s’inscrire dans une mécanique parfaitement huilée. Ici, tout paraît calculé, anticipé, maîtrisé. Les trains arrivent et repartent à l’heure annoncée, les voyageurs savent où se placer, où attendre et comment circuler. Les déplacements s’effectuent sans agitation apparente, dans un calme qui nous surprend, nous autres Européens, habitués à davantage de conversations, d’appels téléphoniques et parfois de bousculades sur les quais. Même dans ces lieux de passage où se croisent des milliers de personnes, le silence conserve une place étonnante. On a le sentiment que chacun connaît sa place et respecte celle des autres. Le collectif semble primer sur l’individu, la discipline sur l’improvisation, l’efficacité sur la fantaisie. Tout fonctionne, mais cette perfection laisse aussi une impression plus ambiguë. Dans cet univers où chaque geste paraît réglé, où chaque minute compte, on peut se demander quelle place reste à la spontanéité, à l’imprévu, à cette petite liberté de faire autrement qui donne parfois du sel à nos habitudes occidentales.

 

 

 

 

 

 

Bien sûr, il ne s’agit là que d’une première impression, celle de voyageurs de passage, observant le pays depuis ses gares et ses trains. Nous découvrons une organisation spectaculaire, mais nous n’en connaissons pas encore toutes les nuances. Derrière cette retenue apparente se cache certainement un Japon plus contrasté, plus libre et plus complexe que ne le laissent imaginer ces espaces parfaitement ordonnés. Un voyage de quelques semaines ne permet pas de pénétrer véritablement l’intimité d’une société. Il nous offre seulement des fenêtres ouvertes sur une autre manière de vivre, de travailler et de partager l’espace public. Voyager pour apprendre à regarder sans juger trop vite, confronter nos habitudes à celles des autres et accepter que ce qui nous surprend aujourd’hui nous paraisse demain parfaitement naturel. En quittant Kanazawa pour Kyoto, nous ne faisons donc pas seulement quelques centaines de kilomètres. Nous poursuivons notre découverte d’un pays où la tradition côtoie la technologie, où la retenue semble parfois l’emporter sur l’expression individuelle, et où l’extraordinaire efficacité du quotidien nous interroge autant qu’elle nous fascine. Le Japon continue de nous livrer ses premières impressions. À nous, désormais, d’aller chercher ce qui se cache derrière les apparences. Pendant près d’une heure, après notre changement de train, nous longeons une immense étendue d’eau, le lac Biwa. Quel contraste avec la première partie du voyage, lorsque le Shinkansen filait à toute allure au travers des montagnes et de tunnels interminables ! Ici, le paysage s’ouvre, l’horizon s’élargit et le regard peut enfin prendre le temps de s’attarder. Ce lac, le plus grand du Japon, est bien davantage qu’un simple décor. Il constitue une véritable réserve d’eau pour toute la région, un milieu naturel précieux et un témoin silencieux de l’histoire japonaise. Ses rives ont vu passer des générations de pêcheurs, de voyageurs et de commerçants. Aujourd’hui encore, il accompagne la vie quotidienne de millions de Japonais.

 

 

 

 

 

 

Un géant d’eau douce, le lac Biwa couvre environ 670 km², soit près de la superficie de la métropole de Lyon et de ses environs immédiats. Une histoire très ancienne car il compte parmi les lacs les plus anciens du monde, avec une histoire géologique de plusieurs millions d’années. Une réserve de vie avec ses eaux abritent de nombreuses espèces de poissons, dont plusieurs espèces endémiques, que l’on ne trouve naturellement nulle part ailleurs. Un rôle essentiel en fournissant de l’eau potable à des millions d’habitants de la région du Kansai, notamment autour de Kyoto et d’Osaka. Un paysage chargé d’histoire avec ses rives qui ont vu se développer villages de pêcheurs, voies commerciales, temples et lieux de villégiature. Aujourd’hui encore, il est apprécié pour la voile, la pêche et les promenades.

 

 

 

 

 

À travers la vitre, nous découvrons ce paysage avec la curiosité de ceux qui savent qu’ils ne font que passer. Puis peu à peu, l’environnement se transforme. Les habitations se rapprochent, les voies ferrées se multiplient, les constructions se densifient. Le train nous entraîne vers notre destination finale, Kyoto, après avoir desservi cette région étroitement liée à Osaka, immense métropole voisine. Nous voici donc arrivés pour cinq nuits et quatre journées complètes dans une ville qui fut la capitale impériale du Japon pendant plus de mille ans. Après Kanazawa, ses quartiers de geishas, ses jardins et son château, une nouvelle page de notre voyage s’ouvre. Kyoto nous attend avec ses temples, ses sanctuaires, ses ruelles anciennes, ses jardins zen et ses traditions toujours vivantes. Nous allons devoir choisir, organiser nos journées et accepter de ne pas tout voir. Car dans cette ville, chaque détour semble cacher un autre trésor. Le train s’immobilise enfin. Nous descendons sur le quai et retrouvons l’agitation de la grande gare. Derrière nous, Kanazawa appartient déjà aux souvenirs, devant nous, Kyoto nous promet quatre journées de découvertes. Et, tout près, Osaka rappelle que le Japon moderne est aussi un immense ensemble urbain où les villes finissent parfois par se rejoindre, sans que l’on sache exactement où l’une s’arrête et où l’autre commence.

 

 

 

 

 

Kyoto, premiers pas dans la ville… et toujours cette étonnante discipline japonaise…

 

À la sortie de la gare de Kyoto, nous utilisons pour la première fois depuis notre arrivée au Japon le réseau des bus urbains. Une nouvelle expérience qui nous permet de retrouver cette organisation si particulière que nous observons depuis le début de notre voyage. Malgré l’affluence, les files d’attente se forment avec une précision remarquable. Quelques lignes peintes au sol indiquent où patienter et chacun respecte sa place, sans bousculade, sans discussion et surtout sans le moindre signe d’impatience. Pas besoin de personnel pour rappeler les consignes, ni de barrières pour canaliser la foule, chacun semble connaître les règles et les appliquer spontanément. Lorsque le bus arrive, les passagers montent calmement. À l’intérieur, il y a du monde, parfois beaucoup de monde, mais le silence domine. Les conversations restent discrètes, les téléphones ne viennent pas troubler la tranquillité générale et chacun semble attentif aux mouvements des autres. On se décale, on laisse passer, on évite de gêner. Tout paraît pensé pour que la circulation des voyageurs reste aussi fluide que possible. Ce qui nous frappe, au-delà de la discipline, c’est cette attention permanente portée aux autres. Le respect ne se manifeste pas ici par de grands gestes, mais par une multitude de petites attitudes qui facilitent la vie collective. Dans un espace bondé, chacun accepte de limiter un peu sa liberté individuelle pour que tout le monde puisse avancer sans difficulté.

 

 

 

 

 

 

Pour rejoindre notre airbnb, point de départ pour découvrir Kyoto pendant 4 jours, une maison de deux étages, moderne et connectée,  il faut traverser une dernière rue….Et là, nous retrouvons une autre particularité japonaise…Le respect absolu du feu piéton. Le petit bonhomme est rouge ? Alors on attend. Même si la rue est déserte. Même si aucun véhicule ne se profile à l’horizon. Même si, à première vue, rien ne justifie de patienter quelques secondes de plus. Au début, cela peut surprendre, voire nous sembler difficile à comprendre. Notre réflexe d’Européens nous pousserait volontiers à jeter un coup d’œil à droite, puis à gauche, et à traverser si la voie est libre. Ici, le raisonnement paraît différent…Ce n’est pas parce que le danger semble absent que la règle cesse de s’appliquer. Peu à peu, nous comprenons que cette attitude dépasse la simple obéissance au code de la route. Elle participe à une culture collective dans laquelle le comportement individuel doit rester compatible avec celui de tous les autres. La règle est connue, elle s’applique à chacun, et sa valeur ne dépend pas des circonstances du moment. Bien sûr, les Japonais ne sont pas tous identiques et il existe aussi des exceptions. Mais, au fil des jours et des villes traversées, la régularité de ces comportements nous interpelle.Et lorsque, de temps à autre, nous apercevons un piéton qui s’élance au rouge, alors que tout le monde attend sagement, nous finissons presque par sourire, nous nous surprenons à penser que ce « rebelle » doit être un étranger ! Voilà donc une autre leçon que nous offre le Japon. Un pays où l’on peut parfois s’étonner de règles qui nous paraissent excessives, mais où l’on découvre aussi combien la vie collective peut être facilitée lorsque chacun fait attention à l’autre.

 

Reste une question…Où s’arrête la discipline nécessaire à la vie en société, et où commence la liberté de chacun ? Une chose est certaine, au Japon, le respect des autres n’est pas seulement un principe que l’on proclame. C’est une pratique quotidienne, visible jusque dans une file d’attente, un bus bondé ou une simple traversée de rue. 

 

 

 

 

 

A SUIVRE…