Les gares sont des lieux étranges…On y vient pour partir, on y reste pour rêver…
DE GARE EN GARE…
La gare de Kanazawa est bien plus qu’une simple gare, elle raconte, à elle seule, la transformation de Kanazawa d’une ville isolée de la côte de la mer du Japon en une grande destination touristique et économique. 1898/ les débuts du chemin de fer avec une première gare. Le chemin de fer va progressivement relier Kanazawa à Fukui, Toyama puis au reste du Japon. À cette époque, le voyage depuis Tokyo est long et nécessite plusieurs correspondances. Pendant une grande partie du XXᵉ siècle, Kanazawa reste cependant à l’écart des grands axes ferroviaires japonais. La ville conserve ainsi une identité très particulière, héritée de son histoire féodale et de la prospérité du clan Maeda.



Le véritable tournant arrive le 14 mars 2015 avec l’ouverture du Hokuriku Shinkansen jusqu’à Kanazawa. Le trajet Tokyo–Kanazawa, qui pouvait autrefois prendre environ 4 heures, devient réalisable en environ 2H30 avec les trains les plus rapides. Kanazawa se retrouve soudain directement connectée à Tokyo par le réseau à grande vitesse. C’est un événement considérable pour la ville car le nombre de visiteurs augmente fortement et Kanazawa devient l’une des grandes destinations culturelles du Japon. La gare actuelle est également remarquable par son architecture. Devant l’entrée se trouve le gigantesque Motenashi Dome, une immense structure de verre qui protège les voyageurs de la pluie et de la neige. Kanazawa étant l’une des villes japonaises les plus arrosées et enneigées, cette immense verrière a aussi une fonction très pratique. À son entrée se dresse le célèbre Tsuzumimon, une porte monumentale inspirée des tambours tsuzumi utilisés dans le théâtre Nô. La porte rappelle la tradition culturelle de Kanazawa tout en annonçant une ville moderne. La gare ne cherche pas à cacher le passé derrière la modernité. Elle fait au contraire dialoguer les deux.
À Kanazawa,
le train à grande vitesse n’a pas seulement rapproché une ville de Tokyo,
il a rapproché le Japon moderne d’une ville qui avait su préserver son passé.





Lorsque vous sortez de la gare, vous avez sous les yeux 400 ans d’histoire japonaise…Le Shinkansen derrière vous, et devant vous la ville des Maeda, des jardins, des maisons de thé et des anciens quartiers de samouraïs. Les travaux de transformation liés à l’arrivée du Shinkansen ont commencé en 2012. Le Tsuzumimon et le Motenashi Dome font partie de la grande rénovation architecturale réalisée à cette occasion. Le grand complexe de la gare a été conçu pour faire de l’arrivée à Kanazawa une véritable porte d’entrée monumentale de la ville. Il a été conçu dans le cadre de la transformation de la gare en prévision de l’arrivée du Hokuriku Shinkansen en 2015. L’idée des architectes était ambitieuse pour faire de la gare non pas un simple lieu de passage, mais la première rencontre avec l’identité culturelle de Kanazawa. Le grand dôme de verre s’appelle Motenashi Dome. Le mot japonais motenashi signifie « hospitalité », mais avec une nuance importante car il s’agit d’une hospitalité sincère, attentive, qui consiste à anticiper les besoins de l’autre. Ce choix n’est pas seulement symbolique. Kanazawa est réputée pour ses fortes pluies et ses importantes chutes de neige. La grande structure de verre permet donc aux voyageurs de rejoindre la gare, les bus ou les taxis à l’abri de la pluie et de la neige. C’est une belle idée architecturale ou l’esthétique naît ici d’un besoin très concret. Le dôme est constitué d’une immense structure métallique et de panneaux de verre. Vu de dessous, il donne l’impression d’une gigantesque verrière qui enveloppe la place. Devant le dôme se trouve le spectaculaire Tsuzumimon, construit en bois. Son nom vient de tsuzumi, le petit tambour traditionnel utilisé notamment dans le théâtre Nô et dans d’autres formes de musique japonaise.






Le Tsuzumimon reprend l’idée traditionnelle du torii, cette porte qui marque l’entrée d’un espace sacré dans les sanctuaires shinto. Ici, cependant, il ne s’agit pas d’un sanctuaire, c’est la porte d’entrée de Kanazawa…Vous arrivez dans une ville qui possède une histoire et une culture particulières. Le Tsuzumimon est particulièrement intéressant parce qu’il associe une forme traditionnelle à une réalisation très contemporaine. La structure est constituée de bois de cyprès japonais, assemblé avec une grande précision. Les différentes pièces ont été conçues pour donner à l’ensemble cette impression de légèreté malgré ses dimensions importantes. La construction utilise également des techniques modernes permettant à la porte de résister notamment aux séismes et aux intempéries. C’est exactement le contraste que l’on retrouve partout à Kanazawa…Une ville ancienne qui ne cherche pas à devenir un musée. Le Tsuzumimon et le Motenashi Dome ont été réalisés dans le cadre de la rénovation de la gare pour l’arrivée du Shinkansen, inaugurée en 2015. L’architecte Ryuzo Shirae, avec l’équipe de conception, a voulu créer une architecture qui puisse être immédiatement associée à Kanazawa. La nuit, le caractère de l’ensemble change complètement. Le verre du Motenashi Dome devient une immense surface lumineuse tandis que le Tsuzumimon se détache devant lui. Le bois, la lumière et les lignes métalliques créent alors un mélange étonnant entre architecture traditionnelle japonaise et ville contemporaine. Le Shinkansen vous amène à Kanazawa, le Tsuzumimon vous annonce que vous êtes arrivé quelque part. Elle n’est pas seulement la porte d’entrée de Kanazawa, elle est déjà une première découverte de la ville.
Ancienne gare de Kyoto…



ENTRE TRADITION JAPONAISE ET FUTURISME…
L’histoire ferroviaire de la gare Kyoto commence le 1er février 1877, lorsque la première gare est inaugurée en présence de l’empereur Meiji. Le chemin de fer est alors un symbole de la modernisation rapide du Japon, qui cherche à rattraper les grandes puissances occidentales après des siècles d’isolement relatif. À cette époque, Kyoto est déjà une ville chargée d’histoire, ancienne capitale impériale depuis 794. Le train apporte une nouvelle manière de voyager, de commercer et de relier la ville au reste du pays. La gare connaît ensuite plusieurs transformations…1877/ Ouverture de la première gare. 1914/ Inauguration d’une nouvelle gare plus monumentale. 1952/ Ouverture d’un bâtiment reconstruit après la destruction de la précédente gare par un incendie. 1997/ Inauguration de l’actuelle gare, à l’occasion du 1 200e anniversaire de la fondation de Kyoto. Cette dernière transformation marque une rupture spectaculaire, Kyoto se dote d’une architecture contemporaine de grande ampleur, malgré les débats qu’elle suscite dans une ville réputée pour son patrimoine historique.
L’architecte japonais Hiroshi Hara remporte en 1991 le concours international destiné à concevoir la nouvelle gare. Le bâtiment est inauguré le 12 juillet 1997. Son projet provoque des réactions contrastées. Certains habitants trouvent cette immense construction trop imposante pour une ville dont l’identité repose sur les temples, les sanctuaires et les quartiers historiques. Mais Hara ne cherche pas simplement à construire une gare. Il imagine un espace urbain complet, dans lequel les voyageurs peuvent circuler, se retrouver, faire des achats, se restaurer et découvrir la ville. Quelques chiffres donnent la mesure du projet…Longueur du bâtiment 470m / Hauteur 60m / Surface totale 238 000 m². C’est la partie la plus intéressante à observer lorsqu’on visite la gare. Hara a conçu le grand hall central comme une vallée artificielle. Les espaces s’élèvent de part et d’autre, un peu comme deux versants, tandis que les escalators, les passerelles et les escaliers créent plusieurs niveaux de circulation. Au-dessus de cet espace, une immense structure métallique soutient une toiture vitrée qui laisse pénétrer la lumière naturelle. Le projet s’inspire également du plan historique de Kyoto, depuis sa fondation comme capitale impériale en 794, la ville est organisée selon un réseau de rues qui se croisent à angle droit, formant une sorte de damier. Cette géométrie se retrouve dans la structure de la gare. Ce qui est fascinant, c’est que l’on peut presque lire le bâtiment comme un paysage avec en bas, le flux des voyageurs, sur les côtés, les niveaux commerciaux et les circulations, en hauteur, les passerelles suspendues, au-dessus de tout cela, le ciel visible à travers le verre. La gare n’est donc pas seulement un bâtiment fermé, elle met en scène le mouvement des personnes et la lumière.



Le grand escalier est l’un des lieux les plus spectaculaires. Ses 171 marches, réparties sur plusieurs niveaux, accueillent régulièrement des illuminations et des animations. Le soir, les jeux de lumière transforment l’escalier en véritable décor urbain. Cette galerie située en hauteur permet d’observer le grand hall et sa charpente métallique depuis une perspective différente. Un excellent endroit pour comprendre les proportions impressionnantes du bâtiment. Les niveaux supérieurs offrent des vues sur Kyoto et ses toits. Par temps clair, on peut observer la Kyoto Tower et le paysage urbain. Un endroit agréable pour prendre des photos sans quitter la gare. Prenez le temps de vous arrêter au milieu du hall et de regarder vers le haut. Les passerelles, les escaliers et les poutres semblent s’emboîter dans une structure gigantesque. C’est le meilleur endroit pour apprécier le travail de l’architecte. La gare abrite bien davantage que les quais des trains. On y trouve des grands magasins, des restaurants, des galeries commerciales, un hôtel, des espaces culturels et de nombreux services. Elle constitue également un carrefour ferroviaire essentiel…Les Shinkansen relient Kyoto à Tokyo, Nagoya, Osaka et d’autres grandes villes. Les trains JR desservent notamment les environs de Kyoto et la région du Kansai. Le métro municipal permet de rejoindre d’autres quartiers de la ville. Les bus partent de la grande place située devant la façade nord, notamment vers de nombreux temples et sites touristiques.
La gare relie ainsi le Japon ancien, représenté par les temples et les sanctuaires, au Japon moderne, celui de la grande vitesse et des déplacements quotidiens. Et juste devant la gare, la Kyoto Tower se dresse comme un autre symbole de la modernisation de la ville. Son contraste avec les bâtiments traditionnels est particulièrement visible depuis la place nord. Kyoto possède une identité patrimoniale exceptionnelle. La construction d’un édifice de cette ampleur a donc soulevé une question essentielle, jusqu’où une ville historique peut-elle se moderniser sans perdre son âme ? D’un côté, les critiques reprochaient au bâtiment sa taille, son aspect métallique et son caractère futuriste. De l’autre, ses défenseurs y voyaient une architecture ambitieuse, capable de faire entrer Kyoto dans une nouvelle époque. Avec le recul, la gare est devenue une attraction architecturale à part entière. Elle ne ressemble pas aux temples de la ville, et c’est précisément ce qui la rend intéressante, elle témoigne d’une autre facette du Japon, celle de l’innovation et de l’audace.



Les trains relient les villes, les gares rapprochent les hommes.