11/ Japon d’au autre temps…

Jeudi 7 octobre / Une journée au cœur du Japon traditionnel dans les Alpes japonaises. Le beau temps est au rendez-vous pour notre dernière journée à Kanazawa. Nous avons loué une voiture afin de rejoindre Shirakawa-go, ce village de montagne devenu célèbre pour ses maisons traditionnelles aux toits de chaume, niché au cœur des Alpes japonaises. Une escapade qui nous promet de découvrir un autre visage du Japon, loin des grandes villes, de leurs gares monumentales et de leurs foules disciplinées. Dès 8H30 nous voilà partis pour une journée de liberté, avec la route devant nous et la promesse de paysages magnifiques. Trajet d’une heure et demi pour une centaine de kilomètres, selon l’itinéraire et la circulation. Peu à peu, nous quittons l’environnement urbain pour pénétrer dans des paysages de montagnes, de forêts et de vallées verdoyantes. Le soleil éclaire les reliefs, les villages se font plus rares et la route nous conduit vers une région où la nature a longtemps dicté le rythme de la vie quotidienne. Shirakawa-go n’est pas seulement une destination touristique, c’est aussi le témoin d’une manière de vivre façonnée pendant des siècles par l’isolement, le froid et les chutes de neige exceptionnelles. À notre arrivée, nous découvrons un grand parking déjà bien rempli de cars et de voitures. La fréquentation est réelle, mais, ce jour-là, l’impression générale reste agréable. Le week-end, l’affluence peut devenir beaucoup plus importante et l’attente pour accéder aux parkings peut parfois atteindre une à deux heures lors des journées très chargées. Aujourd’hui, il y a du monde mais l’étendue du village permet de vivre ce moment sans la pression de la foule.

 

Vers un autre Japon…Pour rejoindre le village depuis le parking, il faut traverser la rivière Shōgawa sur le pont Deai, un pont suspendu réservé aux piétons. Nous pourrions presque le qualifier de pont de singe tant sa structure légère et son tablier donnent le sentiment de quitter la terre ferme pour quelques instants. Sous nos pieds, l’eau s’écoule entre les berges, tandis que les montagnes encadrent la vallée. Ce franchissement constitue déjà une belle entrée en matière. Nous laissons derrière nous la voiture pour pénétrer à pied dans un village dont le paysage semble avoir traversé les siècles. Ce passage marque une véritable transition entre le Japon moderne et un monde rural où l’architecture et la nature forment un ensemble remarquable.

 

 

 

 

 

 

Shirakawa-go ne se réduit pas à un décor de carte postale. Le village conserve des habitations où vivent encore des habitants. Derrière les photographies et les visiteurs, il demeure un lieu de vie, avec ses jardins, ses cultures et ses activités quotidiennes. Ce qui fait la singularité du village, ce sont bien sûr ses maisons dites gasshō-zukuri. L’expression japonaise signifie littéralement « construites comme des mains jointes en prière ». Il suffit de lever les yeux vers les toitures pour comprendre cette image…Les deux pans très inclinés se rejoignent comme les mains d’un fidèle. Cette forme spectaculaire n’est pas seulement esthétique. Elle répond à une nécessité vitale. La région connaît des chutes de neige parmi les plus importantes du Japon. En hiver, plusieurs mètres de neige peuvent recouvrir le sol et s’accumuler sur les toitures. La forte pente permet à la neige de glisser plus facilement et limite le poids qu’elle exerce sur la charpente. Ces maisons sont également remarquables par leur construction traditionnelle. Les grandes pièces de bois sont assemblées selon des techniques de charpenterie complexes, en privilégiant les emboîtements et les ligatures plutôt que les clous métalliques. Les toits, faits de chaume épais, demandent un entretien régulier et un savoir-faire collectif.

 

 

 

 

 

 

Autrefois, refaire une toiture était un travail considérable, nécessitant l’aide de nombreuses personnes du voisinage. Cette solidarité, appelée yui, permettait aux familles de s’entraider pour les travaux essentiels. Elle représentait bien davantage qu’une simple organisation pratique, elle était une condition de survie dans une région où l’isolement hivernal pouvait rendre la vie difficile. Nous sommes ici à 600 mètres d’altitude, et pourtant les conditions hivernales peuvent être particulièrement rudes. C’est ce contraste qui nous frappe, sous le soleil doux de notre journée, ces maisons paraissent paisibles et accueillantes, alors qu’elles ont été pensées pour résister à un environnement parfois hostile. Il est difficile de regarder Shirakawa-go sans se demander comment ses habitants vivaient avant que le monde entier ne s’intéresse à leur village. Pendant longtemps, la vallée est restée relativement isolée, sans les tunnels sous les montagnes et les abondantes chutes de neige durant l’hiver les habitants devaient compter sur leurs propres ressources et sur l’entraide communautaire. L’agriculture occupait une place essentielle, avec la culture du riz, complétée par d’autres productions adaptées au climat. Les maisons étaient conçues pour accueillir les familles, abriter les réserves et permettre diverses activités artisanales. Les grands volumes sous les toits servaient notamment à l’élevage des vers à soie et à la production de soie, une activité importante dans l’économie traditionnelle de la région. Certaines familles pratiquaient aussi des activités liées à la fabrication de poudre noire, dont le commerce constituait une source de revenus. Les familles les plus importantes pouvaient jouer un rôle dans l’administration locale et les échanges commerciaux. Le quotidien était donc très éloigné de celui que nous connaissons aujourd’hui. Les tâches dépendaient des saisons, les ressources devaient être soigneusement gérées et l’entretien des maisons exigeait un travail collectif. Une toiture à refaire, un chemin à déneiger ou une récolte à rentrer n’étaient pas de simples détails…Ils engageaient la vie de toute une communauté.

 

 

 

 

 

 

Déambulation dans le village de Shirakawa-go avec ces grandes maisons aux toits de chaume très pentus, dont la silhouette paraît presque irréelle. Certaines sont entourées de jardins, d’autres bordent de petites parcelles cultivées ou se reflètent dans les canaux d’irrigation qui parcourent le village sans oublier le soleil qui illumine les façades de bois, les herbes des jardins et les champs. Prendre le temps de marcher, de nous arrêter pour photographier un détail architectural, une vieille grange, une habitation traditionnelle ou simplement une perspective sur les montagnes. Au détour d’un chemin, un champ de riz dont les épis prennent une belle teinte jaune doré, début d’octobre, les cultures approchent de la récolte et ce sont les grains mûrissants qui donnent au paysage cette couleur chaleureuse, plutôt que la floraison du riz. Au fond de la parcelle se dresse une ancienne grange, préservée au milieu de ce décor agricole. La scène semble résumer à elle seule la vie d’autrefois avec une terre nourricière, des bâtiments utilitaires et, tout autour, la montagne qui impose ses saisons.

 

 

 

 

 

 

Le temple Myōzenji, l’un des lieux qui permettent de comprendre la profondeur historique de Shirakawa-go. Son architecture s’intègre au paysage traditionnel, avec ses constructions de bois et ses toitures imposantes. Il ne s’agit pas simplement d’un édifice religieux ajouté au décor, le temple faisait partie de la vie de la communauté, à une époque où les liens familiaux, les croyances bouddhistes et les traditions locales rythmaient l’existence. Il possède un clocher et un grand bâtiment couvert de chaume. L’ancienne résidence du moine, transformée en musée en 1748, permet de découvrir une partie de l’histoire de cet ensemble religieux. On y retrouve la mémoire d’une société où la religion accompagnait les moments importants de la vie, mais aussi les préoccupations très concrètes des habitants comme les récoltes, les saisons, la maladie et les difficultés de l’hiver. Nous mesurons combien ces lieux donnent une autre dimension à la visite. Derrière les toitures spectaculaires, il y avait des générations de familles, des prières, des fêtes, des deuils et une existence entièrement liée au rythme de la nature.

 

 

 

 

 

 

Prendre de la hauteur pour rejoindre le belvédère qui domine le village. La montée nous permet de découvrir le paysage sous un autre angle. Devant nous s’étend l’ensemble du village, avec ses maisons aux toits triangulaires, ses granges, ses parcelles cultivées et ses jardins. Les habitations semblent posées harmonieusement au milieu de la vallée, tandis que les montagnes forment un immense écrin naturel. Sous ce ciel bleu, les toits de chaume prennent une couleur dorée et les arbres commencent à annoncer les couleurs de l’automne. C’est ici que nous comprenons le mieux l’organisation du village. Les maisons ne sont pas disposées au hasard, elles forment une communauté agricole étroitement liée aux terres environnantes. Les champs, les dépendances, les chemins et les cours d’eau constituent un ensemble cohérent, façonné au fil des générations. Le village apparaît dans toute son ampleur. Ce panorama est aussi un rappel de l’importance de la préservation du patrimoine. Shirakawa-go, avec le village de Gokayama, a été inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1995. Cette reconnaissance a contribué à faire connaître ces constructions exceptionnelles bien au-delà du Japon.

 

 

 

 

 

 

Le village a profondément évolué, sans pour autant perdre toute son identité. Son inscription au patrimoine mondial en 1995, puis l’amélioration des routes et des transports, ont fait de Shirakawa-go une destination internationale. Les visiteurs viennent admirer les maisons traditionnelles, découvrir les musées, goûter les spécialités locales et parfois passer la nuit dans une ancienne ferme aménagée en hébergement. Certaines maisons sont devenues des lieux de visite, comme la maison Wada, l’une des plus grandes demeures traditionnelles du village, qui conserve des objets et des témoignages de la vie familiale. D’autres accueillent des voyageurs ou abritent de petites activités commerciales. Mais cette popularité entraîne aussi des responsabilités. Il faut entretenir les bâtiments, préserver les paysages, financer les travaux et veiller à ce que le village ne devienne pas uniquement un musée à ciel ouvert. Les habitants doivent pouvoir continuer à vivre dans leurs maisons, à circuler et à travailler malgré l’affluence. C’est pourquoi les véhicules sont limités dans le secteur patrimonial et les visiteurs sont invités à parcourir le village à pied. Les recettes du stationnement contribuent également à la préservation du site. Nous ressentons cette coexistence entre deux mondes, celui des traditions, patiemment conservées, et celui du tourisme moderne, qui apporte des ressources tout en transformant la vie locale. Le défi consiste à maintenir un équilibre entre les deux. Après deux heures de marche, de découvertes et de photographies sur les belles maisons, une architecture ingénieuse, une histoire humaine, une culture de la solidarité et une façon de vivre profondément liée à la montagne nous repartons avec le sentiment d’avoir vécu une journée particulièrement riche.

 

 

 

 

 

 

Le soleil nous a permis de profiter pleinement des paysages, de distinguer les nuances des toits de chaume, d’admirer les champs dorés et de contempler le village depuis le belvédère. Après la pluie qui nous avait accompagnés lors de notre première journée à Kanazawa, cette escapade sous un ciel dégagé nous offre une magnifique conclusion à notre séjour dans la région. Shirakawa-go rappelle que le patrimoine n’est vivant que lorsqu’il reste habité, entretenu et transmis. Ces maisons n’ont pas été bâties pour séduire les photographes du monde entier, mais pour protéger des familles contre les rigueurs de l’hiver. Si elles nous émerveillent aujourd’hui, c’est justement parce qu’elles racontent une histoire vraie, faite d’ingéniosité, de patience et de solidarité. Nous garderons en mémoire l’image d’un village niché dans sa vallée, sous le soleil d’octobre. Un Japon rural et silencieux, mais tout aussi fascinant que celui des grandes métropoles.

 

 

Il est des villages qui ne se contentent pas de préserver leurs maisons…

Ils préservent la mémoire de ceux qui les ont bâties.

 

 

 

 

 

 

Prendre la route pour rejoindre le temple-sanctuaire Kurikara Fudō-ji recommandé par Mattew, notre hébergeur avec la particularité d’être un jeune Français marié à une Japonaise originaire de Kazanawa avec un enfant de quelques mois. Nniché sur les hauteurs, à l’écart des grands circuits touristiques. Nous quittons peu à peu l’agitation des sites les plus fréquentés pour retrouver un Japon plus discret, celui des lieux de culte où la vie quotidienne semble suivre son propre rythme. Dès notre arrivée, nous sommes frappés par le calme qui règne dans ce lieu isolé. Les visiteurs sont rares. Nous croisons essentiellement des personnes âgées, venues ici pour prier, se recueillir ou simplement entretenir un lien avec leur foi. Ces hommes et ces femmes ne semblent pas être là pour découvrir un monument ou prendre une photographie, mais pour accomplir un geste familier, presque intime, qui appartient à leur quotidien. Le temple se situe en hauteur, comme posé à l’écart du monde. Son architecture nous surprend par sa simplicité. Une salle de prière, quelques aménagements modestes et, surtout, cette petite tour à cinq niveaux qui attire notre regard. Elle reprend, à une échelle réduite, la silhouette des grandes pagodes japonaises. Avec ses étages superposés, elle évoque cette architecture traditionnelle dans laquelle chaque niveau semble s’élever vers le ciel. Rien ici ne cherche à impressionner par la démesure. Le charme du lieu tient justement à cette sobriété, à cette impression de tranquillité et à la place laissée au silence.

 

 

 

 

 

 

 

Le nom de Fudō-ji fait référence à Fudō Myōō, une figure importante du bouddhisme ésotérique japonais. Souvent représenté avec une expression sévère, une épée et une corde, ce protecteur symbolise la détermination à combattre les obstacles et les passions qui éloignent l’être humain du chemin spirituel. Le nom Kurikara est associé à un dragon lié à son épée sacrée. Dans cette tradition, la force n’est pas seulement physique, elle représente aussi la capacité à surmonter ses propres difficultés. Nous ne sommes pas dans l’un de ces grands temples dont la magnificence attire les foules. Ici, la spiritualité paraît plus simple, plus proche des gens. Elle se lit dans la présence de ces fidèles âgés, dans leurs gestes silencieux et dans la fidélité qu’ils témoignent à ce lieu. Le temple Kurikara Fudō-ji occupe un site chargé d’histoire. Loin de l’agitation des grandes villes et des monuments les plus célèbres du Japon, il perpétue une tradition bouddhique vieille de plus de treize siècles. Selon la tradition du temple, son histoire commence en 718, sous le règne de l’impératrice Genshō.

 

 

 

Un moine indien venu en Chine, Zenzui Sanzo, connu sous le nom sanskrit de Śubhakarasiṃha, aurait sculpté une représentation de Fudō Myōō et l’aurait installée sur cette montagne. Près d’un siècle plus tard, en 812, le célèbre moine Kūkai, plus connu sous le nom de Kōbō Daishi et fondateur du bouddhisme Shingon au Japon, serait venu se recueillir devant cette divinité. Il aurait sculpté une seconde statue, destinée à être placée devant la représentation originale. La tradition situe à cette époque la fondation du temple Chōraku-ji, ancêtre de l’établissement actuel.

 

 

 

Fudō Myōō, dont le nom peut se traduire par « le Roi de la sagesse immuable ». Dans l’iconographie japonaise, il apparaît généralement avec un visage sévère, une épée dans une main et une corde dans l’autre. Son apparence peut surprendre, mais elle symbolise une volonté inflexible de combattre l’ignorance, les passions destructrices et les obstacles qui empêchent l’être humain d’avancer sur le chemin spirituel. L’épée représente la sagesse qui tranche l’illusion, la corde permet de maîtriser les forces qui nous égarent. Le feu qui l’entoure évoque la purification. Le nom Kurikara est associé au dragon noir qui s’enroule autour de l’épée de Fudō Myōō. Cette image puissante est au cœur de la légende et de la dévotion du temple. Le temple a traversé des périodes particulièrement difficiles. En 1183, la bataille de Kurikara, qui opposa les clans Taira et Minamoto durant la guerre de Genpei, bouleversa cette région. Les bâtiments religieux furent touchés par les flammes et de nombreux trésors ainsi que des documents historiques disparurent. Le site fut ensuite restauré, puis connut un nouveau déclin à l’époque des guerres civiles japonaises. Au XVIIe siècle, sous le régime des Tokugawa, il retrouva progressivement son importance. Les seigneurs du domaine de Kaga, la famille Maeda, lui accordèrent leur soutien et le temple devint notamment un lieu de prière et une étape pour les déplacements officiels.

 

 

Un nouvel incendie, en 1836, détruisit des bâtiments importants. Puis, en 1868-1869, la séparation officielle du bouddhisme et du shintoïsme bouleversa profondément l’organisation des lieux de culte japonais. L’ancien établissement de Chōraku-ji disparut en tant qu’institution. Il fallut attendre 1949 pour que le temple renaisse, grâce aux efforts du grand dignitaire bouddhiste Mugishō Kanayama et au concours de la population locale. Les bâtiments furent reconstruits ou transférés depuis d’autres sites, donnant progressivement naissance au Kurikara Fudō-ji que l’on peut découvrir aujourd’hui.

 

 

 

Pagode à cinq niveaux, peinte en rouge vermillon d’une hauteur de huit mètres, elle reprend les proportions et la silhouette des grandes pagodes japonaises, mais dans un format beaucoup plus modeste. Ses cinq étages superposés évoquent les grandes traditions architecturales bouddhiques. La tour est dédiée à l’accueil symbolique des bouddhas et des bodhisattvas, tandis qu’une représentation de Dainichi Nyorai, le Bouddha cosmique central du bouddhisme ésotérique Shingon, y occupe une place essentielle. Des copies de sutras y sont également conservées. Une architecture qui ne cherche pas à rivaliser avec les monuments les plus imposants, mais qui porte une signification religieuse profonde. Le Kurikara Fudō-ji reste un lieu de pèlerinage important dans la région. Il est notamment associé aux circuits religieux du Hokuriku consacrés à Fudō Myōō. Le 28 de chaque mois, jour traditionnellement lié à cette divinité, des fidèles viennent plus nombreux pour prier et participer aux cérémonies. Le culte comprend notamment le goma, un rituel du feu caractéristique du bouddhisme ésotérique. Des prières sont récitées tandis que des offrandes symboliques sont brûlées dans un foyer consacré. Ce rituel vise notamment à demander la protection, la santé, la sécurité et l’éloignement des difficultés.

 

 

 

 

 

Notre visite nous réserve une surprise que nous n’aurions certainement pas imaginée en venant ici. Sur le lieu même du temple, nous découvrons une cuisine ouverte, tenue par un couple. Pas de restaurant sophistiqué, pas de décoration recherchée, pas de mise en scène destinée aux touristes. Tout est simple, presque familial. Nous décidons de nous installer pour goûter un plat typique du pays, un ramen, cette soupe japonaise généreuse composée de nouilles servies dans un bouillon parfumé, accompagnées selon les recettes de viande, de légumes et de différentes garnitures. Depuis notre arrivée au Japon, nous avons déjà eu l’occasion de goûter de nombreuses spécialités. Pourtant, ce bol de ramen restera pour moi le meilleur repas de notre voyage jusqu’à présent. Non pas parce qu’il serait le plus élaboré, le plus rare ou le plus spectaculaire, mais précisément parce qu’il est simple et préparé avec le cœur.

 

 

 

 

 

 

Je regarde le couple s’affairer dans sa cuisine ouverte. Les gestes sont naturels, le travail semble accompli sans prétention. On devine l’habitude, l’expérience et cette attention que l’on porte à ce que l’on prépare pour les autres. Le plat arrive devant nous, sans cérémonie, mais avec tout ce qui fait la valeur d’une cuisine authentique, des saveurs franches, un bouillon réconfortant et cette impression agréable de manger quelque chose qui a été préparé avec soin. Il y a surtout le regard de la personne qui nous accueille. Un regard profondément humain, dans lequel nous percevons une forme de gentillesse et de générosité qui ne nécessite pas de longs discours. Malgré la barrière de la langue, quelque chose passe. Un sourire, une attention, une présence sincère suffisent parfois à créer un véritable échange. Nous sommes loin de chez nous, dans un pays dont nous découvrons chaque jour les traditions et les habitudes. Et pourtant, autour de ce simple repas, nous retrouvons quelque chose d’universel, le plaisir de bien accueillir, de nourrir l’autre et de partager un moment, même lorsque les mots manquent. La richesse d’un voyage tient aussi à ces rencontres. En quittant ce petit établissement, je repense à cette halte qui, au départ, ne devait être qu’une visite supplémentaire dans notre programme. Le temple nous aura offert un aperçu d’une spiritualité discrète, entretenue par des fidèles pour qui la prière reste un rendez-vous essentiel. Mais c’est finalement ce couple, installé dans sa cuisine modeste, qui aura donné à cette étape une dimension toute particulière.

 

 

 

 

 

 

Nous sommes souvent tentés, lorsque nous voyageons, de mesurer nos découvertes à la beauté des monuments, à la célébrité des lieux ou à la richesse de leur histoire. Pourtant, certains souvenirs les plus précieux ne figurent dans aucun guide. Ils naissent au détour d’une route, dans un petit restaurant presque anonyme, devant un bol de ramen préparé avec générosité. Ce jour-là, je retiendrai bien sûr la petite pagode à cinq niveaux et la sérénité de ce temple perché. Mais je garderai surtout le souvenir de ce repas simple, de ce couple accueillant et de ce regard empreint d’humanité. C’était cela le plus beau de notre visite, découvrir qu’au-delà des temples et des paysages, le Japon se révèle aussi dans la simplicité de celles et ceux qui nous ouvrent leur porte. En découvrant ce temple, nous ne sommes donc pas simplement devant un vestige du passé. Nous entrons dans un lieu où une tradition ancienne continue d’être vécue, parfois dans la discrétion de quelques fidèles âgés, dont la présence témoigne de la continuité entre les générations. C’est sans doute ce qui rend cette visite attachante. Derrière les dates, les légendes et les reconstructions successives, il demeure une réalité très simple, depuis des siècles, des hommes et des femmes viennent ici chercher la paix, formuler leurs espoirs et confier leurs inquiétudes à une figure protectrice. Et pour nous, voyageurs de passage, cette halte prend une dimension supplémentaire. Car après la découverte de ce temple empreint de sérénité, un simple bol de ramen partagé dans une petite cuisine ouverte nous rappelle que la spiritualité, l’histoire et l’humanité se rencontrent parfois dans les endroits les plus inattendus.

 

 

 

 

 

 

La cuisine bien plus qu’un art de nourrir…

Un langage universel qui rassemble les hommes, raconte les cultures,

Transforme le partage d’un repas en un instant d’humanité.

 

 

A SUIVRE…