38/ Entre ciel et terre…

Le mont Fuji n’est pas simplement une montagne. C’est à la fois un volcan, un lieu sacré, un symbole de l’identité japonaise et aujourd’hui un site touristique dont la fréquentation impose une gestion de plus en plus rigoureuse. On retrouve à la base du mont Fuji le volcan komitake, dont les premières éruptions pourraient avoir eu lieu il y a près de 600 000 ans. Le « ko fuji » (ou « vieuxFuji ») s’y serait superposé il y a environ 100 000 ans, et finalement le « shin fuji » (« nouveau Fuji ») se serait formé il y a 10 000 ans, pour donner la montagne que nous connaissons. Du haut de ses 3 776 mètres, il domine le paysage japonais et accompagne depuis des siècles l’histoire, les croyances et l’imaginaire du pays. Le mont Fuji est un volcan son altitude est de 3 776 mètres, c’est le point culminant du Japon. Sa forme conique presque parfaite résulte de plusieurs épisodes volcaniques. Le volcan actuel s’est construit sur les vestiges de volcans plus anciens. Sa dernière grande éruption remonte à 1707-1708, pendant l’époque d’Edo. Cette éruption, appelée éruption de Hōei, fut particulièrement importante. Elle projeta des cendres jusqu’à Edo, l’actuelle Tokyo, située à une centaine de kilomètres. Les retombées recouvrirent les cultures et perturbèrent la vie quotidienne. Le Fuji est toujours considéré comme un volcan actif, même s’il ne présente pas actuellement d’éruption.

 

 

 

 

Bien avant de devenir une destination touristique, le Fuji était une montagne sacrée. Les Japonais lui attribuaient une puissance divine. Les éruptions étaient perçues comme des manifestations de cette puissance, parfois redoutées. Le culte du mont Fuji s’est progressivement organisé autour de sanctuaires dédiés à la déesse protectrice du volcan et associée aux fleurs de cerisier. À partir du Moyen Âge, des pèlerinages se développent. Des croyants entreprennent l’ascension pour se purifier et se rapprocher du monde divin. À l’époque d’Edo (1603-1868), le mouvement religieux du Fujikō popularise encore davantage ces pèlerinages avec les équipements il y a 400 ans…L’ascension n’était donc pas à l’origine une simple randonnée, c’était un acte spirituel.

 

 

 

 

 

Le mont Fuji a inspiré les plus grands artistes japonais. Le peintre et graveur Katsushika Hokusai l’a immortalisé dans ses célèbres Trente-six vues du mont Fuji, notamment avec la célèbre Grande Vague de Kanagawa. Le Fuji est devenu une représentation de la beauté, de la permanence et de l’identité japonaise. Il est aussi inscrit depuis 2013 au patrimoine mondial de l’UNESCO, non pas seulement comme phénomène naturel, mais comme lieu sacré et source d’inspiration artistique.

 

 

 

 

 

Gravir le Fuji était une expérience relativement libre, même si les conditions naturelles étaient déjà difficiles. Avec l’augmentation considérable du tourisme international, la situation a changé. Chaque été, des milliers de personnes se retrouvent sur les sentiers, pour atteindre le sommet au lever du soleil, pour vivre une expérience sportive ou spirituelle. Cette popularité a entraîné plusieurs problèmes…Embouteillages humains sur les sentiers. Déchets et dégradation de l’environnement. Érosion des chemins. Randonneurs insuffisamment équipés. Ascensions nocturnes sans réservation d’un refuge, surnommées bullet climbing (ascension éclair). Le Japon a donc décidé de mieux encadrer les accès. Depuis 2024, les autorités ont renforcé les restrictions, et en 2026 les quatre itinéraires officiels sont concernés. Période d’ascension Juillet à septembre pour 25€ par personne. Les 4 et par Sentier…Maximum 4 000 personnes par jour. Fermeture des barrières 14h à 3h du matin. Ascension nocturne et refuge obligatoire pendant les heures de fermeture. Contrôle du matériel adapté. Le paiement de 4 000 yens correspond à une contribution obligatoire à la randonnée, destinée notamment à la protection et à la gestion de la montagne. La gestion est partagée entre plusieurs organismes officiels. Il ne s’agit donc pas d’une montagne gérée par un seul organisme, mais d’un territoire où se croisent protection naturelle, patrimoine religieux, sécurité et économie touristique.

 

 

 

 

Le mont Fuji est confronté à une contradiction très japonaise dans sa gestion moderne. D’un côté, le pays souhaite accueillir les visiteurs du monde entier et faire découvrir ce patrimoine exceptionnel. De l’autre, il doit préserver une montagne qui n’est pas un simple décor touristique, mais un lieu chargé de spiritualité. La question est désormais de savoir comment concilier trois exigences…Permettre au plus grand nombre de découvrir le Fuji. Protéger son environnement naturel. Préserver son caractère sacré et son authenticité. C’est tout l’enjeu de sa gestion pour les années à venir.

 

 

 

 

Pendant des siècles, les Japonais ont gravi cette montagne pour se rapprocher des dieux. Aujourd’hui, le monde entier vient l’admirer, appareil photo à la main. Mais derrière cette silhouette presque parfaite se cache un défi bien contemporain…Comment accueillir le monde sans abîmer ce qui fait la grandeur du lieu. Le Fuji n’appartient pas seulement aux Japonais. Il appartient aussi à l’histoire, à la nature et à l’imaginaire de l’humanité. Encore faut-il savoir le protéger pour que les générations futures puissent, elles aussi, lever les yeux vers lui

 

 

A SUIVRE…