40/ Les cinq lacs du Fuji…

Au pied du mont Fuji, versant nord, s’étendent cinq lacs « Fuji Goko » « les cinq lacs du Fuji ». Leur histoire est liée à celle du volcan. Ces lacs ne sont pas simplement des retenues d’eau naturelles. Ils sont le résultat de milliers d’années d’éruptions, de coulées de lave et de transformations du paysage. C’est un paysage qui a été façonné par la violence du volcan, puis reconquis par la nature. Il y a plusieurs milliers d’années, les éruptions successives du mont Fuji ont modifié les vallées et détourné les cours d’eau. Les coulées de lave ont parfois barré les rivières, emprisonnant l’eau et donnant naissance à des lacs. Une gigantesque éruption sur le versant nord-ouest du Fuji a libéré d’immenses quantités de lave. Celle-ci a envahi une grande partie d’un ancien lac appelé Senoumi, qui était alors beaucoup plus vaste que les lacs actuels. La lave a progressivement séparé cet ancien lac en plusieurs bassins. C’est ainsi que se sont formés les lacs Sai et Shōji dans leur configuration actuelle. Cette même coulée a également donné naissance au vaste plateau volcanique sur lequel pousse aujourd’hui la célèbre forêt d’Aokigahara, surnommée la mer d’arbres. Les trois lacs occidentaux, Motosu, Shōji et Sai, présentent des niveaux d’eau pratiquement identiques. Ils seraient reliés par des circulations souterraines.

 

 

             Lac KAIWAGUCHI                                           Lac MOTOSU                                                   Lac YAMANAKA

 

                   

                           Lac SHOGI                                                                                          Lac SAIKO

 

 

Ces lacs ne sont pas seulement des paysages touristiques. Pendant des siècles, le mont Fuji a été considéré comme une montagne sacrée. Des croyants venaient y accomplir des pèlerinages et des exercices de purification. À partir du XVIIIe siècle, les adeptes du mouvement religieux appelé Fuji-kō ont notamment développé le pèlerinage des Hakkai Meguri, le circuit des huit mers. Il consistait à visiter huit plans d’eau sacrés autour du Fuji pour accomplir des ablutions rituelles et purifier son corps et son esprit. Les cinq lacs actuels s’inscrivent dans cette tradition spirituelle plus ancienne. Les lacs ont également inspiré les artistes japonais, notamment les peintres et les maîtres de l’estampe. Le fameux Fuji inversé, lorsque la montagne se reflète dans une eau parfaitement calme, est devenu un symbole du Japon.

 

 

 

 

 

Lac YAMANAKA   /Yamanakako/  Le plus grand des cinq lacs…

C’est le plus grand des cinq lacs qui entourent le mont Fuji, mais aussi celui qui est situé le plus haut en altitude. Son origine est volcanique. Les anciennes coulées de lave du mont Fuji ont progressivement modifié le relief et barré des vallées, permettant à l’eau de s’accumuler. Superficie 6,8 km². Altitude 980 mètres. Profondeur max 14 mètres. Périmètre de 14 kilomètres. Le plus vaste des cinq, mais aussi le moins profond. Par temps calme, lorsque le vent disparaît, le Fuji se reflète dans l’eau. Les Japonais connaissent notamment le phénomène du Sakasa Fuji, le Fuji inversé et merci à l’informatique pour présenter cette image parfaite mais illusoire sans modification devant son ordinateur. Même situation avec l’illusion du Diamond Fuji sur l’impression d‘un diamant posé sur la cime du Fuji. Nous sommes venus trop tardivement pour observer ce phénomène.

 

 

 

 

Pas vu mais plus réaliste la présence des cygnes, chanteurs qui viennent hiverner dans la région. Leur présence apporte une dimension presque irréelle au paysage. Depuis plusieurs siècles, les pèlerins du mont Fuji considèrent les eaux qui entourent la montagne comme des lieux de purification. Les adeptes du mouvement religieux Fuji-ko pratiquaient des ablutions rituelles dans les lacs et les sources de la région. Le lac Yamanaka faisait partie de ces lieux de purification par l’eau. Pour observer les lumières du matin sur le Fuji, départ vers 5 heures deuxième jour, Trente minutes de route, à notre arrivée le parking est déjà presque complet, attente d’une trentaine de minutes pour ensuite admirer l’illumination du Fuji.

 

 

 

 

Parmi les cinq lacs qui entourent le mont Fuji, Yamanaka possède quelque chose de particulier. Peut-être sa proximité avec la montagne, peut-être son immensité, ou simplement cette impression que le temps ralentit lorsque le regard se pose sur ses eaux. Ici, le Fuji ne se contente pas de dominer le paysage. Il semble en être le gardien silencieux. Les cygnes glissent sur le lac, les rives s’étirent au pied des montagnes et, lorsque le vent s’apaise, la montagne vient chercher son double dans le miroir de l’eau. Depuis des siècles, ces eaux ont accueilli les pèlerins venus se purifier avant d’approcher la montagne sacrée. Aujourd’hui, les visiteurs viennent chercher une photographie, un souvenir, un instant de beauté. Yamanaka nous rappelle une chose…Devant le Fuji, on ne vient pas seulement regarder une montagne. On vient prendre le temps de la contempler.

 

Le Fuji appartient au ciel, mais c’est dans les eaux de Yamanaka qu’il vient parfois déposer son reflet.

 

 

 

 

 

 

Lac KAWAGUCHI   /Kawaguchiko/  Une histoire entre la nature, les volcans et les hommes.

Sans doute le plus célèbre des cinq lacs qui entourent le mont Fuji. Derrière les paysages de carte postale se cache une histoire vieille de plusieurs milliers d’années, intimement liée à la naissance du mont Fuji, à ses éruptions et à la vie des populations locales. D‘origine volcanique. Il s’est formé à la suite des grandes transformations géologiques provoquées par les éruptions du mont Fuji. Il y a plusieurs milliers d’années, les coulées de lave et les dépôts volcaniques ont progressivement modifié le relief. Les anciennes vallées et les écoulements d’eau ont été barrés ou transformés, permettant la formation des cinq lacs. L’histoire du lac est notamment marquée par l’éruption de Jōgan en 864-866. Les coulées de lave ont recouvert une partie de la région et donné naissance à de nouveaux paysages. Elles ont notamment contribué à séparer les eaux et à façonner les lacs Sai et Shōji. Le lac Kawaguchi, lui, a conservé son identité et est devenu progressivement un lieu de vie, de pêche et d’agriculture.

 

 

 

 

 

 

Pour le lac Kawaguchi, la formation est plus ancienne, le barrage naturel situé à environ 20 000 ans, avec une forme proche de celle d’aujourd’hui acquise vers 10 000 ans. C’est une conséquence des coulées de lave, notamment celle de Funatsu. À partir du Moyen Âge, le lac devient un lieu important de spiritualité. Le mont Fuji n’est pas seulement une montagne, il est considéré comme une divinité vivante, une force de la nature qu’il faut respecter et parfois apaiser. Les pèlerins qui entreprennent l’ascension du Fuji pratiquent des rites de purification dans les eaux des lacs environnants. Le lac Kawaguchi fait partie de ces lieux sacrés. À partir du XVIIIe siècle, les adeptes du mouvement religieux Fuji-kō développent notamment le pèlerinage des huit lacs, appelé Hakkai-meguri. Il s’agit de purifier son corps et son esprit avant ou pendant l’ascension de la montagne.

 

 

 

Au fil des siècles, le mont Fuji et ses lacs deviennent des sujets privilégiés des artistes japonais et représentent le Fuji sous toutes ses formes, avec ses neiges, ses nuages et ses reflets. Lorsque la montagne se reflète parfaitement dans les eaux calmes, devient une image emblématique du Japon. Cette représentation contribue à faire du lac Kawaguchi un paysage mythique. Au départ, les villages autour du lac vivent essentiellement de la pêche, de l’agriculture et des activités liées aux pèlerinages. Progressivement, les visiteurs viennent découvrir le paysage, profiter des sources chaudes et admirer le Fuji. Le développement du chemin de fer, puis des routes, facilite considérablement l’accès depuis Tokyo. En 1927, l’expression « Fuji Five Lakes » (les cinq lacs du Fuji) est proposée pour désigner cet ensemble paysager. En 1936, la région est intégrée au parc national Fuji-Hakone.

 

 

En 2013, le mont Fuji et ses sites culturels, dont les cinq lacs, sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. – C’est le deuxième plus grand des cinq lacs en superficie. C’est le plus bas en altitude, autour de 833 mètres. Il possède une petite île, Unoshima. Ses rives offrent parmi les plus beaux points de vue sur le mont Fuji. Il est particulièrement réputé pour ses cerisiers au printemps et ses érables rouges en automne.

 

 

 

 

LE LAC KAWAGUCHI – AU PIED DU GÉANT…

Il n’est pas simplement un lac posé au pied du mont Fuji. Il est le résultat d’une longue histoire géologique, façonnée par les colères d’un volcan qui, pendant des millénaires, a bouleversé les paysages. Les coulées de lave ont dessiné ses contours, barré les vallées et retenu les eaux. Ici, la nature n’a pas seulement créé un décor, elle a imposé sa puissance. Il est aussi chargé de spiritualité. Depuis des siècles, les pèlerins viennent se purifier dans ses eaux avant de gravir la montagne sacrée. Pour les Japonais, le Fuji n’est pas seulement un sommet à conquérir. Il est une présence, une divinité, un lien entre la terre et le ciel. Aujourd’hui, les pèlerins ont laissé place aux voyageurs et aux photographes. Chacun attend son instant, celui où le vent se calme, où les nuages s’écartent et où le Fuji apparaît dans toute sa majesté. Dans le miroir du lac, la montagne semble se dédoubler. Le ciel et la terre se rejoignent dans une image presque irréelle. Kawaguchi est peut-être l’un de ces rares endroits où l’on comprend que la beauté d’un paysage ne tient pas seulement à ce que l’on voit, mais aussi à tout ce qu’il porte en lui.

 

Dans les eaux de Kawaguchi, le Fuji ne contemple plus le monde…

Il se contemple, éternel et immuable, tandis que les hommes passent. 

 

 

 

 

 

 

 

Lac SHōJI (Shōjiko) Le plus petit des cinq lacs…

 

 

 

 

Situé à environ 900 mètres d’altitude, il possède une histoire géologique spectaculaire. Il y a plusieurs milliers d’années, les lacs Shōji, Sai et Motosu ne formaient qu’un immense plan d’eau appelé Se-no-Umi, que l’on pourrait traduire par « la mer de Se ». En l’an 864, durant l’ère Jōgan, le mont Fuji connaît une importante éruption sur son flanc nord-ouest. D’immenses coulées de lave descendent les pentes du volcan et envahissent progressivement cet ancien lac. Elles en comblent une grande partie et finissent par le diviser en plusieurs plans d’eau distincts. C’est ainsi que prennent forme les lacs Sai et Shōji, tandis que le lac Motosu conserve son identité propre, séparée auparavant par d’autres coulées de lave. La lave refroidie donnera également naissance au vaste plateau volcanique sur lequel poussera la mystérieuse forêt d’Aokigahara.

 

 

 

 

Le nom Shōji (精進) signifie notamment discipline, dévotion ou ascèse religieuse. Selon une tradition locale, le célèbre ascète En no Gyōja aurait pratiqué ici des rites de purification avant de gravir le mont Fuji. Cette légende est cependant peu vraisemblable historiquement, puisque le lac faisait alors partie d’un ensemble beaucoup plus vaste. Plus tard, les pèlerins du mont Fuji venaient sur ses rives accomplir des ablutions rituelles avant leur ascension. Le lac s’inscrit ainsi dans cette longue tradition japonaise qui associe la montagne, l’eau et la purification spirituelle. À la fin du XIXème siècle, pendant l’ère Meiji, le lac Shōji devient une destination appréciée des voyageurs étrangers. En 1895, un Britannique, Harry Stewart Whitworth, y ouvre le Shōji Hotel. Il contribue à faire connaître le site à l’étranger sous le surnom de « Suisse de l’Orient », en raison de ses paysages montagneux et de son atmosphère paisible. Il devient ainsi l’un des premiers sites touristiques modernes de la région des cinq lacs.

 

 

 

Le lac Shōji est peut-être le plus petit des cinq lacs, mais il porte en lui une histoire immense. Ici, il y a douze siècles, le feu du Fuji a bouleversé la terre et séparé les eaux. Aujourd’hui, le silence a remplacé le grondement du volcan. La montagne veille sur son lac, comme une mère portant son enfant. La beauté du Shōji est un paysage qui nous rappelle que la nature détruit parfois pour mieux reconstruire.

 

 

 

 

 

 

 

Lac MOTOSU /Motosuko/ Le plus profond et l’un des plus préservés

 

 

 

 

Altitude de 900 mètres, considéré comme l’un des plus beaux et des plus mystérieux. C’est le plus profond des cinq, avec 121 mètres de profondeur. Il y a 1 200 ans, lors de l’éruption de Jōgan en 864, d’immenses coulées de lave descendirent sur le versant nord-ouest du volcan. Elles envahirent les forêts et les vallées, bouleversant profondément le paysage. Ces coulées de lave contribuèrent à séparer et à façonner les anciens plans d’eau, donnant naissance aux trois lacs aujourd’hui connus sous les noms de Sai, Shōji et Motosu témoin direct de la puissance géologique du Fuji.

 

 

 

 

Ses eaux sont particulièrement profondes, limpides et d’un bleu intense. Contrairement à certains autres lacs, elles ne gèlent que rarement en surface. Son environnement, relativement préservé de l’urbanisation, lui donne une atmosphère paisible, presque sauvage. Le paysage du mont Fuji qui se reflète dans ses eaux a été immortalisé sur l’ancien billet japonais de 1 000 yens, émis à partir de 2004. La photographie originale fut réalisée par Kōyō Okada, depuis les hauteurs dominant le lac.

 

Image emblématique de la beauté naturelle du Japon. Depuis plusieurs siècles, le lac Motosu est associé au culte du mont Fuji. Des pèlerins appartenant aux confréries religieuses Fuji-kō venaient pratiquer des rites autour de ses eaux. Une ancienne légende raconte également qu’un dragon habiterait dans les profondeurs du lac. Cette croyance contribue à son caractère mystérieux.

 

Au lac Motosu, le Fuji ne se contente pas de dominer le paysage, il se reflète dans l’eau, traverse les siècles et s’invite jusque dans les poches des Japonais, imprimé sur leur billet de 1 000 yens. Ici, la nature est devenue patrimoine, et le paysage une icône nationale.

 

 

 

 

 

 

 

Lac SAIKO « lac de l’Ouest »

Saiko, miroir silencieux du Fuji, porte au fond de ses eaux la mémoire du feu qui lui a donné naissance.

 

 

 

 

 

Un lac né du feu du mont Fuji, devenu un havre de tranquillité. Il possède une personnalité bien différente de celle du lac Kawaguchi : moins fréquenté, moins urbanisé, entouré de montagnes boisées, il offre une atmosphère paisible, presque sauvage. L’histoire du lac Saiko est intimement liée aux éruptions volcaniques du mont Fuji. Il y a plusieurs milliers d’années, Saiko, Shoji et Motosu ne formaient qu’un immense lac appelé Senoumi, ou « mer de Se ». Une première coulée de lave, il y a environ 4 500 ans, avait déjà isolé le lac Motosu. Puis, entre 864 et 866 après J.-C., durant l’ère Jōgan, une importante éruption du mont Fuji provoqua une gigantesque coulée de lave sur son versant nord-ouest. La lave envahit une grande partie de l’ancien lac Senoumi, le divisant en deux plans d’eau distincts : les lacs Saiko et Shoji. Cette même coulée donna naissance au socle rocheux sur lequel poussera ensuite la célèbre forêt d’Aokigahara, surnommée « la mer d’arbres ». Les lacs de Saiko, Shoji et Motosu se trouvent à 900 mètres exactement à la même altitude. Les géologues estiment qu’ils communiquent encore par des circulations d’eau souterraines à travers les anciennes coulées de lave.

 

 

Bien avant de devenir une destination touristique, les cinq lacs du Fuji étaient des lieux de pèlerinage. À partir du XVIe siècle, les adeptes du mouvement religieux Fuji-kō venaient accomplir des rituels de purification dans les eaux froides des lacs, dans le cadre de pèlerinages appelés Uchihakkaimeguri. L’eau n’était pas simplement un élément naturel, elle représentait la purification du corps et de l’esprit avant l’approche de la montagne sacrée.

 

 

 

Une histoire étonnante est associée au lac Saiko. En 1935, des œufs de kunimasu, un poisson de la famille des saumons vivant dans le lac Tazawa, furent transférés dans le lac Saiko. L’opération semblait avoir échoué. Le poisson avait même été considéré comme disparu de son habitat d’origine, notamment après les bouleversements écologiques provoqués par un aménagement hydroélectrique. Mais en 2010, incroyable surprise, des scientifiques découvrirent que le kunimasu vivait toujours dans les profondeurs du lac Saiko ! Une population que l’on croyait perdue avait donc survécu, discrètement, pendant des décennies. Aujourd’hui, Saiko a conservé une certaine authenticité. On y vient pour la pêche, le camping, les promenades et les randonnées. Ses rives occidentales permettent notamment d’apercevoir le mont Fuji, tandis que ses rives méridionales côtoient la mystérieuse forêt d’Aokigahara. Le lac fait partie du patrimoine culturel et naturel associé au mont Fuji, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2013.

 

Le lac Saiko est né d’une violence que la nature a transformée en beauté. Ici, la lave qui autrefois dévorait les terres a façonné un paysage de silence. Au pied du Fuji, la forêt a repris ses droits, l’eau a retrouvé son calme et le temps semble avoir effacé les traces du cataclysme. Mais sous cette tranquillité apparente sommeille encore la mémoire du volcan.

 

Cinq semaines de Japon pour enfin rencontrer celui qui nous attendaient au bout du voyage.

 

 

Cinq lacs pour refléter sa beauté, cinq horizons pour admirer sa grandeur,

mais une seule montagne pour toucher l’éternité…le mont FUJI !