Le mont Fuji est un volcan qui connaît une vie intérieure bouillonnante 16 éruptions depuis 781. La dernière éruption enregistrée à ce jour date de décembre 1707, quelques 49 jours après le tremblement de terre de l’ère Hôei, le tremblement de terre le plus puissant de l’histoire du pays après celui du Tôhoku en 2011, et a envoyé des cendres jusqu’à la ville d’Edo. Depuis, le mont Fuji est resté calme, même s’il est toujours considéré comme un volcan actif.



La première ascension connue du mont Fuji serait datée de 663. Elle aurait été effectuée par le moine bouddhiste En no Gyôja, considéré comme le fondateur de la secte syncrétique shugendô qui mêle des aspects religieux du bouddhisme, du taoïsme, du shinto et du shamanisme japonais. D’après la légende, le moine aurait entrepris l’ascension de la montagne afin d’échapper à une mesure d’exil qui l’aurait frappé.
La saison officielle d’ascension du mont Fuji 01/07 au 10/09. Elle est la plus grimpée du monde avec chaque année près de 300 000 grimpeurs, Yoshinobu Jitsukawa, un retraité japonais gravit la montagnedeux fois par jour. Il a plus de 2000 ascensions à son palmarès.. Son caractère unique au Japon, sa proximité avec une ville de 13 millions d’habitants telle que Tokyo et la possibilité de la gravir en une demi-journée expliquent ce succès.

Le mont Fuji est considéré comme un montagne sacrée par le shintoïsme depuis le VIIème siècle, et son ascension est pour les bouddhistes japonais un chemin permettant la purification. Traditionnellement pour ces deux religions, les femmes sont tachées d’impureté du fait des menstrues, ce qui conduisit les autorités à leur interdire l’ascension. Une chapelle appelée « Nyonin-do » leur était ouverte afin d’attendre pendant que les hommes de la famille se lançaient à l’assaut de la montagne. En 1832, une japonaise nommée Takayama Tatsu, se joint à un groupe d’hommes, habillée avec des vêtements de garçon pour suivre un pèlerinage. Elle parvient à faire la première ascension féminine du Fujisan. Quelques années après qu’une femme étrangère, Fanny Parkes, eut complété l’ascension en 1867, le gouvernement Meiji décida de lever officiellement l’interdiction. Depuis 1872 les femmes sont autorisées à gravir la montagne.



Le sommet accueille les toilettes les plus élevées du Japon, à côté d’un bureau postal ! Il s’agit aussi des toilettes payantes les plus hautes du pays. Le sommet d’une montagne, propriété privée ? Cette affirmation étonnante est pourtant vraie. Le sanctuaire shinto Fujisan Hongû Sengen-taisha, situé dans la ville de Fujinomiya au pied du mont Fuji a acquis en 1606 auprès de IeyasuTokugawa à qui la montagne appartenait le sommet de la montagne. Les terrains entre la 8è station et le sommet sont propriété du temple.


AOKIGAHARA…Au-delà de la légende de la forêt maudite
Elle mérite une attention particulière dans cette histoire. Elle pousse sur une immense étendue de lave refroidie après l’éruption de 864. Pendant des siècles, mousses, lichens et végétation ont progressivement colonisé cette roche volcanique. C’est une illustration remarquable de la capacité de la nature à reconstruire la vie après une catastrophe. Avec ses paysages denses, son sol volcanique rocheux, ses arbres millénaires et ses sentiers tortueux, la forêt d’Aokigahara a la réputation d’être maudite. Mystérieuse et unique, elle renferme pourtant plusieurs sites naturels à ne pas manquer, lors d’une visite dans la région des cinq lacs autour du mont Fuji. Située au pied du mont Fuji, la forêt s’étend sur 35 km2. Surnommée jukai, « la mer d’arbres », elle est âgée d’un peu plus de 1000 ans. Cette forêt est implantée sur une ancienne coulée de lave du Mont Fuji, ayant eu lieu en 864, et son sol est ainsi très rocheux et majoritairement couvert de mousse. De nombreuses espèces cohabitent dans la forêt, notamment des renards, des cerfs, des chauves-souris ou encore des écureuils japonais, ainsi qu’une très large variété d’oiseaux. Parmi les arbres, ce sont les conifères qui dominent, notamment le Pruche du Japon, un pin endémique de l’archipel.

Située sur la rive nord du lac Saiko, la forêt est traversée par plusieurs sentiers. Ils ne présentent aucune difficulté particulière si ce n’est qu’ils s’enfoncent profondément dans l’océan d’arbres. A chaque intersection, des plans clairs et des panneaux vous aident à vous orienter. Il est conseillé de ne pas s’éloigner des chemins balisés, la forêt étant vaste et le réseau téléphonique inexistant. Ces sentiers sont un excellent moyen de se rendre compte de la densité et du caractère très spécial de la forêt avec d’innombrables arbres qui s’enroulent autour de la pierre volcanique, branches entrelacées de pied en pied, racines rampant sous la mousse, épais feuillages laissant à peine passer les rayons du soleil…
Difficile de décrire le sentiment que provoque la forêt « maudite », avec ses multiples suicides anneuls, si on ne l’a pas vue de ses yeux. La marche permet d’observer tout cela et même de frissonner devant un tel spectacle, sans pour autant prendre le risque de s’égarer. Cependant, le nombre de personnes s’y engouffrant dans le but de mettre fin à leurs jours est très élevé, ce qui vient ajouter à la légende morbide. On croit même qu’elle abrite des démons.
La réputation de « forêt des suicides » d’Aokigahara s’est forgée au fil des années, notamment à cause de plusieurs livres et films. Tout commence en 1959 quand Seicho Matsumoto, écrivain de polars, publie une nouvelle où les deux héros vont se perdre dans la forêt pour mettre fin à leurs jours. Mais cette réputation est surtout accentuée en 1993, quand parait le controversé « Mode d’emploi complet du suicide » par Wataru Tsurumi, qui désigne Aokigahara comme l’endroit parfait pour s’ôter la vie. Par la suite, plusieurs manga ou films, notamment « Nos souvenirs » de Gus Van Sant (2015) s’intéressent aussi au phénomène.


Située sur les pentes du mont Fuji, la forêt pousse sur un sol volcanique très accidenté et creusé de part en part. De fait, trois grottes présentent un intérêt tout particulier et sont aménagées pour la visite avec au sud, la Grotte aux Chauves-Souris (Saiko Bat Cave), un peu plus à l’ouest, la grotte de lave Ryugudoketu et la grotte de glace Fugaku Fuketsu (Caverne du Vent). Comme leurs noms l’indiquent, chacune a sa spécialité et l’on y observera différents phénomènes naturels. Fugaku Fuketsu vaut particulièrement la visite car on peut y admirer des blocs de glace éternelle, maintenus intacts sous terre comme dans un grand réfrigérateur. La température basse et stable permet même de stocker dans la grotte des semences de diverses plantes. Attention à prévoir de quoi se couvrir car la température descend vite lorsqu’on descend sous terre, même en plein été !



Tout près de la forêt d’Aokigahara se trouve le Mont Koyodai et sa plateforme d’observation, qui offre une vue splendide sur le Mont Fuji, aussi bien que sur la vaste étendue de la forêt en contrebas. Il est possible de rallier la forêt depuis Koyodai. Au pied du mont Fuji, les cinq lacs racontent une histoire vieille de plusieurs milliers d’années. Ils sont les témoins silencieux d’un volcan qui a façonné, détruit et reconstruit son environnement. Là où la lave a autrefois dévasté les vallées et englouti les eaux, la nature a repris ses droits. Les forêts ont poussé sur la roche, les lacs ont retrouvé leur sérénité et les hommes ont fait de ces lieux des espaces de contemplation et de spiritualité. Face au Fuji, on ne regarde donc pas seulement une montagne et cinq beaux paysages. On contemple une histoire géologique, humaine et spirituelle, dans laquelle la beauté est née de la violence du feu.



Aokigahara n’est pas une forêt comme les autres. Sa beauté est troublante, son silence presque irréel. Sous ses arbres noueux, la nature déploie une force extraordinaire, tandis que plane l’ombre des drames humains.
Ici, même le silence semble avoir une histoire…
A SUIVRE…