36/ Japon de côté…

Au fil de ces 5 semaines passées à parcourir le Japon, j’ai découvert bien plus que les temples, les jardins, les paysages et les villes que nous étions venus visiter. J’ai surtout été frappé par une multitude de petits détails de la vie quotidienne, des objets, des habitudes, des aménagements et des situations parfois insolites qui ont régulièrement éveillé ma curiosité et suscité mon étonnement. Certains de ces aspects m’avaient totalement échappé avant notre départ. Pourtant, ils font partie intégrante de la vie japonaise. Des bandes jaunes en relief qui guident les personnes aveugles dans les rues et les gares, à l’organisation étonnante de certains espaces publics, en passant par des habitudes et des comportements qui nous interpellent en tant qu’Européens, j’ai souvent eu envie de m’arrêter, d’observer et de comprendre. C’est ce Japon de tous les jours, moins connu, moins souvent raconté dans les reportages et les guides touristiques, que j’ai eu envie de vous faire découvrir à mon tour. Alors, sans prétention et simplement avec mon regard de voyageur curieux, voici ma modeste contribution pour votre prochain voyage au Japon. Peut-être y trouverez-vous quelques surprises que vous n’auriez pas imaginées avant de partir.

 

Le Japon autrement…

Ces plus ou moins grands détails qui m’étonne encore…

 

 

 

 

Dans toutes les villes du Japon, sur presque tous les trottoirs, surtout devant et à l’intérieur des gares et aux carrefours, il y a des bandes podotactiles, ces pavés jaunes, couverts de reliefs. Ils constituent un dispositif commun aux villes japonaises pour aider les personnes aveugles ou malvoyantes à se déplacer de façon autonome et plus sûre. Ce système est né au Japon, dans les années 1960, avant de se diffuser dans le monde entier. Les lignes en relief se détectent avec la plante des pieds ou la canne blanche. Elles indiquent généralement la direction à suivre, comme un fil conducteur au milieu de la ville. Les pavés à plots ronds c’est attention, danger ou changement. Leurs bosses arrondies signalent un point nécessitant une vigilance particulière, approche d’un passage piéton, bord d’un quai ou autre zone à risque. La différence est fondamentale, les premiers servent à guider, les seconds à alerter. La couleur jaune permet également aux personnes malvoyantes de mieux distinguer le chemin du reste du sol.

 

 

 

 

 

L’histoire commence à Okayama. En 1965, Seiichi Miyake ingénieur, met au point le principe des dalles tactiles pour faciliter les déplacements des personnes déficientes visuelles sans dépendre de quelqu’un. L’idée lui serait venue après avoir observé les difficultés et les dangers rencontrés par les personnes aveugles dans la circulation. Il consacre du temps et une partie importante de son argent à concevoir des dalles dont les reliefs peuvent être ressentis par les pieds ou par une canne blanche.

 

Le 18 mars 1967, les premières dalles podotactiles sont installées près du carrefour d’Haraoshima, à Okayama, à proximité d’une école pour aveugles. C’est considéré comme la première installation de ce type au monde. Une invention simple, mais une idée révolutionnaire…Plutôt que de demander à une personne aveugle de s’adapter à un environnement dangereux, on transforme l’environnement pour qu’elle puisse mieux s’y orienter. 1967…La première installation…Les premières dalles sont posées à Okayama, au Japon. L’expérience attire progressivement l’attention d’autres villes. 1970–1980…La diffusion dans les transports et les villes, les dalles se développent notamment dans les gares et sur les trottoirs japonais, avec une attention croissante à la sécurité des voyageurs aveugles. 2001…Une norme commune au Japon. Les formes et les dimensions des reliefs sont normalisées par la norme japonaise JIS. Cette harmonisation permet aux usagers de retrouver des repères plus cohérents d’un lieu à l’autre.

 

Aujourd’hui c’est un principe devenu mondial, les surfaces podotactiles sont utilisées dans de nombreux pays, sur les trottoirs, dans les gares, les stations de métro et les bâtiments publics. Un véritable langage au sol, que l’on lit avec les pieds et la canne blanche. Cette invention rend une partie de la ville lisible à ceux qui ne peuvent pas la voir.

 

 

 

L’agent de sécurité qui sécurise autour des chantiers est appelé un GADOMAN. Ils sont omniprésents au Japon dès qu’une rue est un peu étroite ou qu’un camion manœuvre. Ils protègent les piétons avec une politesse extrême, en s’excusant fréquemment et en agitant des bâtons lumineux. Ils portent des uniformes très stricts, souvent équipés d’un casque, de gants blancs, de bandes réfléchissantes et parfois de vestes ventilées par de petits ventilateurs intégrés pour supporter la chaleur de l’été. Généralement ce sont des hommes déjà la retraite qui complète leur retraite, ici très limité pour beaucoup de travailleurs.

 

 

 

 

 

 

ATTENDRE DANS L’ORDRE A CHAQUE FOIS QUE NECESSAIRE…

 

Cette attitude repose sur plusieurs valeurs profondément ancrées dans la culture japonaise…Le respect d’autrui, ne pas gêner son voisin. Le WA (和) la recherche de l’harmonie collective. Le GAMAN (我慢) la patience et la capacité à prendre sur soi. Le sens du collectif, l’intérêt du groupe passe souvent avant celui de l’individu. Cette organisation fonctionne souvent sans surveillance ni intervention extérieure. Il ne faut cependant pas idéaliser car aux heures de pointe à Tokyo ou Osaka, les transports sont tellement bondés que les contacts physiques et les mouvements brusques sont inévitables. La discipline n’empêche pas la pression de la foule. Chacun doit essayer de ne pas gêner les autres. C’est ce que les Japonais résument notamment par la notion de MEIWAKU, c’est-à-dire éviter de causer une gêne à autrui. Une belle leçon que le Japon donne parfois au voyageur, le respect des autres commence par de petits gestes, souvent invisibles, mais qui changent profondément la vie en société. Au Japon, faire la queue n’est pas simplement une question de politesse, c’est une marque de respect envers les autres. Dans les gares, les Japonais attendent leur train en se plaçant précisément derrière les marques dessinées au sol. Lorsque les portes s’ouvrent, ils laissent d’abord descendre les voyageurs avant de monter, sans bousculade. Dans les magasins, les restaurants, les musées ou les temples, chacun attend son tour, même lorsque la file est longue. Il est très rare de voir quelqu’un doubler volontairement les autres ou chercher à passer devant.

 

« Au Japon, faire la queue est bien plus qu’attendre son tour. C’est accepter que le temps de chacun mérite le même respect. Dans une société où l’individu apprend à s’effacer devant le collectif, la patience devient une forme de politesse et l’ordre une manière de vivre ensemble. »

 

 

 

Au Japon, on ne court pas après le temps…On lui donne rendez-vous, et il est à l’heure.

 

 

 

 

Un des aspects les plus remarquables de la vie japonaise…La ponctualité des transports est presque une institution nationale. Au Japon, le train n’est pas simplement un moyen de transport, c’est un engagement envers le voyageur. Les trains japonais respectent généralement leurs horaires à la minute près. Lorsqu’un retard survient, même de quelques minutes, la compagnie présente généralement ses excuses. Pour les retards importants, elle peut délivrer un justificatif (chien shōmeisho), notamment utile aux salariés et aux étudiants. Pourquoi une telle précision ? Une organisation très rigoureuse des compagnies. Des conducteurs et personnels formés à des procédures précises. Des voyageurs qui montent et descendent rapidement. Une culture collective du respect des horaires. Le Shinkansen Tokaido a enregistré en 2024 un retard moyen de seulement 1,4 minute par train, en incluant les perturbations liées aux intempéries et aux catastrophes naturelles.

 

« Au Japon, le temps semble avoir une autre valeur. Le train arrive à l’heure, le bus respecte son passage, les voyageurs attendent calmement. Ici, la ponctualité n’est pas une performance exceptionnelle, elle est une forme de respect. Respect du voyageur, du travail et du temps de chacun. »

 

 

 

 

 

Là où d’autres voient une protection,

les Japonais y voient aussi une attention envers leur entourage.

 

 

 

Au Japon, en octobre 2026, le port du masque reste une habitude très présente, même s’il n’est plus obligatoire depuis mars 2023. Les Japonais ne portent pas le masque uniquement pour se protéger du Covid. C’est aussi une marque de respect envers les autres…Une personne enrhumée porte généralement un masque pour éviter de contaminer son entourage. En cas de Covid positif, il est fortement recommandé de porter un masque pendant les 10 jours suivant l’apparition des symptômes, particulièrement en présence d’autres personnes. Dans les trains, les bus et les lieux très fréquentés, beaucoup de Japonais continuent à porter un masque, même sans être malades. C’est une habitude culturelle ancienne, bien antérieure au Covi pour…Ne pas transmettre son rhume aux autres. Se protéger de la pollution et des pollens. Éviter de montrer son visage lorsqu’on est fatigué ou malade. Respecter les personnes âgées et les personnes fragiles. Le masque au Japon n’est pas seulement un moyen de se protéger soi-même. C’est aussi une façon de protéger les autres. Là où, en France, on le perçoit souvent comme une contrainte individuelle, au Japon, il reste associé à une responsabilité collective.

 

 

 

 

Au Japon, ces longues rues commerçantes couvertes ont le nom de SHOTENGAI.

 

Véritable institution, des galeries piétonnes protégées de la pluie et du soleil, bordées de centaines de boutiques, restaurants, petits commerces traditionnels et échoppes populaires. Elles peuvent s’étendre sur plusieurs kilomètres et traverser des quartiers entiers. On y retrouve une vie japonaise très authentique, loin des grands centres commerciaux modernes. La plus longue galerie commerçante couverte du Japon Tenjinbashisuji Shotengai Environ 2,6 km de longueur Ville Osaka, quartier Kita. Environ 600 à 800 boutiques selon les sources. 40 minutes de marche sans arrêt.

 

Takamatsu, revendique une galerie commerçante exceptionnelle, son ensemble de rues couvertes atteint environ 2,7 km, répartis sur huit galeries reliées entre elles.

 

 

 

Au Japon, au Royaume-Uni, en Australie ou en Inde, on roule à gauche. Ele trouve ses origines dans les traditions des samouraïs et a été officiellement organisée au XIXe siècle. Une explication historique souvent avancée remonte à l’époque des samouraïs. Ceux-ci portaient leur sabre sur le côté gauche afin de pouvoir le dégainer de la main droite. En marchant, ils préféraient donc laisser leur gauche libre pour éviter que les fourreaux de leurs sabres ne se heurtent lorsqu’ils se croisaient. La circulation à gauche aurait ainsi été favorisée par cette tradition.

       

           Rouge conduite à droite / Bleu à gauche

 

 

Sous l’ère Meiji (1868-1912), le Japon se modernise. Les Britanniques participent aux premières infrastructures ferroviaires. 1872…Première ligne de chemin de fer. Le modèle ferroviaire britannique contribue à installer la circulation à gauche. 1900…Circulation à gauche réglementée pour les tramways à Tokyo. 1924…Circulation à gauche généralisée sur les routes japonaises.  Aujourd’hui au Japon, le volant est à droite. On roule à gauche.

 

 

 

ATTENDRE LE BONHOMME VERT POUR TRAVERSER…

 

 

 

Au Japon, il existe une particularité assez frappante concernant les piétons, même lorsqu’une rue est totalement déserte, beaucoup de Japonais attendent que le feu piéton passe au vert avant de traverser. Pourquoi respectent-ils le feu rouge, même sans voiture ? L’éducation dès l’enfance car les enfants apprennent très tôt à ne traverser que lorsque le petit bonhomme est vert. Le respect des règles collectives, respecter le feu, c’est respecter une règle commune, même lorsque personne ne surveille. La pression sociale…Traverser au rouge peut être considéré comme un mauvais exemple, notamment devant les enfants. Oui. Au Japon, les piétons doivent respecter les feux de signalisation. Traverser au rouge constitue une infraction, même en l’absence de circulation. Ce comportement révèle quelque chose de profond dans la société japonaise, la règle ne semble pas dépendre de la présence d’un policier, ni même du risque immédiat.

 

« Au Japon, on ne traverse pas au rouge, même lorsque la rue est vide et que l’horizon ne laisse apparaître aucune voiture. Ici, la règle semble avoir été intégrée au point de devenir un réflexe collectif. On ne respecte pas seulement le feu pour éviter l’accident ou la sanction, mais aussi parce que l’on a appris à respecter la règle commune. »

 

 

 

 

INCROYABLES SANITAIRES JAPONAIS !

 

 

 

Au Japon, les installations sanitaires présentent quelques particularités intéressantes, notamment dans les petits logements, les maisons traditionnelles et les hôtels. 1. Les toilettes (WC) / Sont généralement installés dans une pièce indépendante. La cuvette est souvent équipée d’un système électronique appelé Washlet avec jet d’eau, siège chauffant, séchage et parfois musique. Un petit lavabo peut être intégré au-dessus du réservoir pour se laver les mains.  2. La salle de bain / La douche est une pièce entièrement étanche. On se lave et on se rince debout avant d’entrer dans la baignoire. La baignoire (ofuro) sert essentiellement à se détendre dans une eau chaude, et non à se laver. La douchette est généralement mobile et placée assez bas. 3. Le lavabo/ Dans beaucoup de logements, le lavabo est séparé des WC et de la salle de bain. Il peut se trouver dans un petit espace intermédiaire. Cela permet à plusieurs personnes d’utiliser les sanitaires simultanément.

 

Au Japon, le bain est un véritable rituel de détente. On entre propre dans la baignoire, contrairement à nos habitudes occidentales où la baignoire sert aussi à se laver. C’est une conception qui privilégie l’hygiène, l’intimité et l’utilisation simultanée des équipements, même dans des logements de petite superficie.

 

L’autre particularité, c’est la présence de miltiples blocs sanitaires dans tous les mieux publics avec un effort redoublé pour tous les lieux très fréquentés…Sportifs / Culturels / Touristiques etc…

 

 

 

 

LE TRAVAIL C’EST LA SANTE…RIEN FAIRE C’EST LA…

 

Au Japon, le monde du travail possède un rythme particulier, que l’on remarque très vite lorsqu’on se promène dans les grandes villes. Dès le petit matin, les rues et les gares se remplissent d’hommes et de femmes en costume, souvent vêtus de sombre, qui avancent d’un pas rapide, presque mécanique, vers leur lieu de travail. La journée commence tôt. Dès 7 heures, les transports sont bondés. Dans les trains, les salariés se tiennent debout, serrés les uns contre les autres, souvent silencieux, les yeux rivés sur leur téléphone ou fermés quelques instants pour grappiller un peu de sommeil.

 

 

Peu de conversations, peu de gestes inutiles, chacun semble déjà concentré sur sa journée. La journée de travail classique commence généralement entre 8h30 et 9 heures et se termine officiellement vers 17 h ou 18 heures. Mais, dans de nombreuses entreprises, partir avant son responsable ou ses collègues peut être mal perçu. Il existe une forte culture de l’engagement collectif et de la présence au travail. Les heures supplémentaires ont longtemps fait partie du quotidien de nombreux salariés. Certains rentrent chez eux tard le soir, après avoir passé parfois dix ou douze heures au bureau. Cette culture du travail a même donné naissance à un mot terrible…karōshi, qui signifie « mort par surmenage ». Le déjeuner est souvent rapide avec un repas acheté dans une supérette, une petite cantine ou un restaurant voisin. Une pause courte, pratique, sans trop s’éloigner du bureau.

 

 

 

 

Fin de journée, le spectacle se répète dans l’autre sens. 18h, 19h ou 20h, les gares se remplissent à nouveau. Les visages sont parfois fatigués, les épaules tombantes, les regards absents. Certains s’arrêtent boire un verre avec leurs collègues, pratique appelée nomikai, qui permet de prolonger les relations autour d’un repas et de quelques boissons. Pour beaucoup, le retour à la maison intervient tardivement.

 

 

Il reste alors peu de temps pour la famille, les loisirs ou simplement le repos. Il serait toutefois injuste de présenter tous les Japonais comme prisonniers de ce rythme. Les choses changent. Depuis plusieurs années, le gouvernement encourage une meilleure qualité de vie au travail, limite les heures supplémentaires et favorise les congés payés. Les jeunes générations accordent davantage d’importance à leur vie personnelle, à leur famille et à leurs loisirs. En 2024, les salariés à temps plein travaillaient en moyenne 162,3 heures par mois, selon le ministère japonais du Travail. Les longues semaines de travail restent néanmoins une réalité pour une partie des employés.

 

Du premier rayon du matin à la dernière lumière du soir, il construit le monde sans en recevoir la gloire…

 

 

 

Dans les rues, on observe une véritable chorégraphie collective avec des milliers de salariés qui marchent vite, traversent les quartiers d’affaires, montent dans les trains et se croisent sans jamais sembler se gêner. Le costume sombre, le sac à la main, le téléphone à l’oreille, chacun paraît suivre une partition bien réglée. Le Japon donne parfois l’impression d’une société qui ne s’arrête jamais. Derrière cette organisation remarquable se cachent pourtant des journées longues, une certaine pression sociale et une fatigue souvent invisible…Au Japon, la journée du salarié ressemble à un train lancé à l’heure…Ponctuel, discipliné, silencieux. Chacun connaît sa destination, chacun respecte le mouvement collectif, mais derrière cette mécanique parfaitement réglée, il y a des hommes et des femmes qui consacrent une grande partie de leur vie au travail. Une société qui semble avoir maîtrisé le temps dans l’espace public, mais qui cherche encore à mieux maîtriser le temps consacré à la vie personnelle.

Le changement d’uniforme, appelé Koromogae suit deux dates principales…1er juin/ Passage de l’uniforme d’hiver à l’uniforme d’été. 1er octobre/ Retour de l’uniforme d’été à l’uniforme d’hiver. Cela concerne notamment les élèves des écoles et les employés de nombreuses entreprises. Une tradition japonaise bien ancrée pour marquer le passage des saisons. Les établissements prévoient parfois une période de transition de quelques semaines pendant laquelle les deux tenues sont autorisées. C’est aussi un signe de l’importance accordée au calendrier, à l’organisation collective et au respect des traditions dans la société japonaise.

 

 

 

An 675 l‘Empereur Tenmu interdit de consommer certaines viandes…bœuf, cheval, chien, singe et poulet pendant une partie de l’année sous l’influence du bouddhisme, qui prône le respect de la vie animale, mais aussi pour protéger les animaux utiles à l’agriculture. Pendant 12 siècles, les interdits religieux et les habitudes sociales ont limité la consommation de viande. Le 18 Janvier 1872, l’Empereur Meiji mange publiquement du bœuf, un geste symbolique destiné à encourager la population à adopter une alimentation plus occidentale. Le gouvernement japonais veut alors moderniser le pays, développer sa puissance physique et militaire et rattraper les pays occidentaux. La consommation de viande devient un symbole de modernité. Cette alimentation pauvre en viande, associée à une consommation importante de riz, de légumes, de soja et de poisson, a contribué à des apports nutritionnels différents de ceux des Européens. Après 1945, l’amélioration de l’alimentation, en apports de protéines, a favorisé la croissance des nouvelles générations. Depuis les années 1980, la taille moyenne des jeunes Japonais a pratiquement cessé d’augmenter. Certaines études constatent même une légère diminution pour les générations nées après 1980.

 

 

 

 

 

 

ORGANISATION DES RESEAUX…

On pourrait penser qu’un pays qui connaît autant de séismes aurait intérêt à enterrer tous ses réseaux. Pourtant, les Japonais ont longtemps conservé les installations aériennes. Les poteaux et câbles peuvent tomber lors d’un séisme ou d’un typhon. Les installations aériennes sont faciles à inspecter et les dégâts sont visibles. Les réseaux enterrés sont protégés du vent et de la chute des poteaux, mais une canalisation ou un câble endommagé sous terre est parfois beaucoup plus difficile à réparer. Les bonbonnes de propane permettent de disposer d’une énergie locale sans dépendre d’un long réseau de canalisations. Elles doivent toutefois être correctement fixées pour éviter leur renversement. Le séisme de Kobe de 1995 a notamment accéléré la réflexion sur l’enfouissement des réseaux, après la chute de nombreux poteaux et la coupure des communications. La différence est aussi historique. En Europe, l’enfouissement des réseaux s’est développé depuis longtemps. Au Japon, après 1945, la priorité était de reconstruire rapidement et à moindre coût. Les poteaux électriques étaient une solution simple et efficace. Aujourd’hui encore, le retard est important, selon les chiffres du ministère japonais des Transports, la proportion de routes sans poteaux électriques n’était que de 8 % à Tokyo et 6 % à Osaka dans les statistiques citées par le ministère. Il y a là un contraste intéressant avec l’image d’un Japon ultramoderne, celui des Shinkansen, des robots et des gratte-ciel. D’un côté, une technologie ferroviaire exceptionnelle, des villes futuristes et des équipements sophistiqués. De l’autre, des poteaux électriques chargés de câbles, des bonbonnes de propane devant les maisons et des installations parfois très anciennes.

 

Le Japon n’est pas un pays où tout est moderne,

c’est un pays où le futur et le passé cohabitent dans la même rue.

 

 

 

IL EST OU LE BONHEUR.. ?

 

 

les Japonais vivent côte à côte, mais semblent parfois vivre chacun dans leur monde. Peu de conversations spontanées, peu de gestes familiers, peu de contacts physiques, des échanges souvent discrets et codifiés. Mais cela ne signifie absolument pas qu’ils n’ont pas besoin de relations humaines, d’amitié ou d’amour. C’est plutôt que les occasions et les façons de se rencontrer sont différentes des nôtres. La société japonaise accorde beaucoup d’importance à la discrétion, à la retenue et au respect de l’espace personnel. Dans les transports, on évite de parler fort et de déranger les autres. Dans la rue, on ne cherche généralement pas à engager la conversation avec un inconnu. Les sentiments sont souvent exprimés avec pudeur. Le contact physique, même entre amis, est moins spontané qu’en France. La vie professionnelle laisse parfois peu de temps aux relations personnelles. Il existe aussi une distinction importante entre le TATEMAE ce que l’on montre socialement pour préserver l’harmonie, et le HONNE, ce que l’on ressent véritablement. Derrière cette réserve apparente, les relations peuvent être très profondes.

 

 

 

Comment les Japonais se rencontrent-ils et tombent-ils amoureux ? Il existe plusieurs circuits de rencontre…Le travail, longtemps le principal lieu de rencontre. Les longues journées de travail créent des relations entre collègues. Les amis, les présentations par des connaissances restent très importantes. Les Gokon, des soirées organisées entre deux groupes d’hommes et de femmes, souvent autour d’un repas ou d’un verre. C’est une sorte de rencontre collective organisée. Les applications Tinder, Pairs ou Omiai permettent de faire connaissance sans avoir à aborder quelqu’un dans la rue. Les agences matrimoniales, le konkatsu désigne une véritable recherche organisée du conjoint, avec parfois des rencontres encadrées. Les clubs et loisirs, sport, randonnée, cours de cuisine, musique, associations. Les applications ont pris une place considérable, une enquête japonaise publiée en 2024 indiquait que 25,1 % des personnes mariées de moins de 40 ans avaient rencontré leur conjoint sur une application.

 

 

 

 

 

 

Et les sentiments, l’amour, la vie de couple ? Au Japon, les déclarations amoureuses sont souvent moins démonstratives. Il existe même une expression, KOKUHAKU qui désigne le moment où une personne déclare explicitement ses sentiments et propose de commencer une relation. Une fois le couple constitué, les sorties au restaurant et les promenades sont fréquentes. Les jeunes couples peuvent être très pudiques en public. Les démonstrations physiques d’affection sont généralement plus discrètes. Une enquête officielle japonaise de 2024 révèle qu’environ 40 % des personnes interrogées ressentaient la solitude au moins occasionnellement. Les jeunes adultes étaient particulièrement concernés par la solitude fréquente. Cette discrétion japonaise est-elle avant tout une marque de respect envers autrui, ou est-elle devenue, dans la société moderne, une forme d’isolement que les Japonais eux-mêmes subissent ?

 

 

 

 

 

Au Japon, on apprend à ne pas déranger l’autre. Dans le métro, dans la rue, dans les commerces, chacun semble enfermé dans sa bulle, respectant scrupuleusement celle de son voisin. Pourtant, derrière cette discrétion se cachent les mêmes besoins universels…Rencontrer, partager, aimer et être aimé. Peut-être simplement qu’ici, le chemin qui mène à l’autre ne passe pas par le hasard d’une conversation dans la rue, mais par des rencontres organisées, des cercles d’amis ou le monde numérique. Une société où l’on respecte beaucoup l’espace de l’autre, mais où trouver sa place auprès de quelqu’un peut parfois devenir difficile.

 

 

 

 

 

Le Japon offre un contraste vestimentaire particulièrement frappant. Dans une même rue, on peut voir cohabiter plusieurs univers, la jeune fille en uniforme scolaire qui semble sortir d’un manga, la jeune femme habillée à la dernière mode, et la Japonaise portant un kimono traditionnel. Ce contraste est bien plus qu’une question de vêtements, il raconte quelque chose de la société japonaise, de son histoire et de ses contradictions. L’uniforme scolaire féminin est devenu une véritable icône du Japon. Jupe plissée, chemisier, veste, cravate ou ruban, chaussettes hautes…Une silhouette immédiatement reconnaissable. Cette tenue évoque les mangas, les dessins animés et les films japonais. Elle est aussi le symbole d’une société où l’école impose un cadre collectif et une certaine discipline. Mais attention, toutes les jeunes filles ne portent pas cet uniforme. Il dépend de l’établissement et de nombreuses écoles ont leur propre modèle.

 

 

Trois images, trois générations ou univers, trois façons de vivre le Japon…

Uniforme scolaire Discipline, jeunesse, appartenance au groupe,

Mode contemporaine Individualité, créativité, modernité,

Kimono Tradition, histoire, identité culturelle.

 

 

 

À Tokyo, notamment à Harajuku et Shibuya, le contraste est saisissant. Certaines jeunes femmes adoptent des styles très personnels…Vêtements colorés et fantaisistes…Mode kawaii, inspirée de l’univers enfantin…Tenues sophistiquées et élégantes…Looks occidentaux, parfois très audacieux. C’est une manière d’affirmer son individualité dans une société où la discrétion et le respect du groupe restent importants. Le kimono représente une autre facette du Japon, celle des traditions, de l’élégance et de la transmission. On le rencontre lors des mariages et cérémonies. À l’occasion des fêtes traditionnelles. Lors du passage à l’âge adulte, avec le furisode. Dans certains quartiers historiques comme Kyoto. Le Japon est à la fois une société très codifiée, où l’on apprend à ne pas se distinguer du groupe, et un pays où l’expression vestimentaire peut devenir extraordinairement inventive.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

TROUVER SA VOIE, SON CHEMIN DE VIE…

 

Au Japon, on apprend très tôt à ne pas déranger les autres. Reste à savoir si, dans cette recherche permanente de l’harmonie, chacun trouve toujours la liberté d’être pleinement lui-même. Au Japon, deux réalités se côtoient, une éducation qui met fortement l’accent sur le respect des autres et la vie collective, et une société où le bonheur individuel n’est pas toujours aussi évident qu’il y paraît. Pendant notre voyage, il y a ces comportements dans les gares, les bus et les rues de Kyoto avec des files d’attente respectées, des déplacements silencieux, l’attention portée aux autres et l’absence apparente d’impatience. Ces attitudes ne sont pas le fruit du hasard, elles s’enracinent en partie dans l’éducation familiale, scolaire et sociale.

 

 

 

 

 

 

À l’école japonaise, l’enseignement ne se limite pas aux connaissances. Il cherche aussi à former des individus capables de vivre harmonieusement avec les autres. Le respect du groupe, les enfants apprennent à tenir compte de leurs camarades et à ne pas perturber la collectivité. La responsabilité avec dans de nombreuses écoles, les élèves nettoient eux-mêmes leurs salles de classe et participent au service des repas. La discipline c’est respecter les horaires, les consignes et les espaces communs fait partie de l’apprentissage quotidien. L’autonomie, ici beaucoup d’enfants se rendent à l’école à pied ou en transports publics, parfois dès le primaire, selon leur âge et leur environnement. La maîtrise de soi et ne pas imposer sa colère, sa voix ou ses désirs aux autres est une valeur sociale importante. Cette éducation repose notamment sur une idée, le comportement de chacun contribue au bien-être de tous. Il ne s’agit toutefois pas d’une règle absolue. Les pratiques varient selon les écoles, les familles et les générations, et les Japonais ne se comportent évidemment pas tous de la même façon.

 

 

 

 

 

 

Les Japonais sont-ils heureux ? C’est là que le sujet devient plus complexe. Dans le World Happiness Report 2026, qui mesure l’évaluation que les habitants font de leur propre vie, le Japon se classe 61e sur les pays étudiés, avec une note de 6,13 sur 10. Ce résultat peut surprendre lorsqu’on découvre un pays aussi propre, sûr, organisé et respectueux. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce contraste…LE TRAVAIL…les longues journées et les attentes professionnelles qui peuvent peser sur la vie personnelle. LA PRESSION SOCIALE…Vouloir être conforme aux attentes et ne pas déranger les autres peut devenir contraignant. LA SOLITUDE…Certaines personnes âgées vivent isolées, tandis que certains jeunes peinent à créer des liens durables. LA LIBERTE INDIVIDUELLE…Le souci de préserver l’harmonie collective peut parfois rendre difficile l’expression d’un désaccord ou d’une souffrance. LES LIENS SOCIAUX..La qualité des relations, le sentiment d’être soutenu et la possibilité de choisir sa vie comptent beaucoup dans le bonheur. Un classement national ne signifie pas que les Japonais seraient malheureux. Il mesure une appréciation globale de la vie, et non le sourire d’une personne, sa gentillesse ou son bonheur au quotidien.

 

 

 

 

 

 

Ce que vous observez dans les transports illustre bien ce paradoxe. Le respect des autres…Chacun semble savoir quelle place occuper. On attend son tour, on évite de gêner et l’on contribue à la fluidité collective. Cela rend la vie quotidienne plus agréable. Le poids des obligations…Cette discipline peut aussi s’accompagner d’une forte exigence envers soi-même, réussir ses études, satisfaire son employeur et respecter les attentes de son entourage. Le bonheur dans les petites choses…Les promenades, les saisons, les jardins, la cuisine, les traditions et les moments partagés peuvent apporter un sentiment de bien-être. La notion japonaise d’ikigai, souvent traduite par « raison de vivre », exprime l’importance de trouver du sens à son existence.

 

 

 

 

 

 

L’éducation japonaise nous rappelle l’essentielle…Le respect ne dépend pas seulement des lois ou de la police. Il se construit par des habitudes répétées dès l’enfance. Mais peut-on apprendre à vivre ensemble sans apprendre à vivre librement pour soi-même ? Une société peut être très bien organisée sans que chacun y soit nécessairement heureux. Inversement, une société moins disciplinée peut offrir davantage de liberté individuelle, mais aussi davantage de désordre et de conflits. Le véritable équilibre consiste peut-être à associer les deux avec le respect de la collectivité et la possibilité, pour chaque individu, d’être lui-même.

 

 

        Utopie ou réalité…

 

 

 

On l’veut le bonheur, on l’veut,

Tout le monde veut l’atteindre

Mais il fait pas de bruit, le bonheur, non, il fait pas de bruit

Non, il n’en fait pas

C’est con le bonheur, car c’est souvent après qu’on sait qu’il était là

 

 

 

A SUIVRE…