34/ Trois jours en Un…

Dimanche 25 – Départ matinal de Takamatsu, direction Fukuyama pour rendre notre voiture et rejoindre Okayama en train régional, séjour deux nuits. Première expérience d’un train « normal » sur des voies « normales » qui nous font découvrir et s’arrêter un instant dans les villages qui bordent la mer de Seto dans notre remontée ver Okayama. Située dans la région de Chūgoku, au bord de la mer intérieure de Seto, Okayama est une ville agréable, connue notamment pour son château, son célèbre jardin Kōraku-en et sa légende de Momotarō, le garçon né dans une pêche. Malheureusement, notre première véritable période de mauvais temps vient contrarier nos projets et limiter nos déplacements, mais notre hébergement dans une maison japonaise très typique et proche de la gare nous offre un refuge idéal pour souffler un peu et profiter de cette atmosphère si particulière. Découverte du château d’Okayama. Détruit par les bombardements de 1945, il a été entièrement reconstruit en béton en 1966. Sa silhouette noire, qui lui vaut le surnom de « château du Corbeau », domine les abords de la rivière Asahi. L’édifice, dont les origines remontent à la fin du XVIe siècle, a retrouvé son allure d’autrefois, mais sa reconstruction lui donne un aspect presque trop neuf. Il lui manque encore cette patine du temps qui rend certains monuments si émouvants. À proximité, le jardin Kōraku-en, l’un des trois grands jardins paysagers du Japon, méritera une visite lorsque le ciel sera plus clément.

 

 

            KOBE, trois nuits pour découvrir d’autres facettes du Japon…

 

 

 

 

 

Lundi 26 – La pluie s’installe…Il pleut fort aujourd’hui. Les musées sont fermés et nos possibilités de visite se réduisent. Nous nous replions sur les rues commerçantes couvertes, où nous déambulons à l’abri, au gré des boutiques et des découvertes. Une journée plus tranquille, imposée par la météo, qui nous permet aussi de ralentir le rythme. Au Japon, il faut savoir composer avec les éléments et accepter que le voyage ne se déroule pas toujours comme prévu.

 

 

 

Notre hébergement à Okayama

 

Dans la rue, de vieux tramways traversent tranquillement la ville, avec des couleurs vives et variées très loin du triste bordelais. Quel contraste avec les Shinkansen, ces trains à grande vitesse qui filent à travers le pays !

 

 

 

 

Mardi 27 – Le beau temps est de retour, avec un magnifique ciel bleu ! Nous déposons nos bagages dans les consignes de la gare d’Okayama avant de profiter de quelques heures pour visiter le musée d’art moderne. Le bâtiment, à l’architecture contemporaine et épurée, offre un cadre intéressant à la découverte des collections. 

 

 

 

 

 

L’exposition consacrée aux insectes attire notre attention, ces petites créatures, souvent ignorées ou redoutées, sont ici mises en valeur pour leur diversité, leurs formes étonnantes et la beauté de leurs détails. Un regard différent sur un monde minuscule, mais fascinant. Il y a une vidéo qui montre comment ce naturaliste assisté d’un incroyable photographe récupère dans la nature ces insectes qui deviennent sous l’objectif une œuvre d’art et de couleur. Tout le travail et la philosophie de la patience Japonaise dans cette exposition. En contraste des peintures d’un jeune peintre de Kobe très tourmenté mais avec un vrai « coup de pinceau ».

 

 

 

 

TAKESHI Yoro (養老孟司) Né en 1937 · Japon

 

Médecin anatomiste, professeur émérite et essayiste japonais. Il est connu pour ses réflexions originales sur le cerveau, le comportement humain, la société moderne et notre rapport à la nature. Takeshi Yoro est un intellectuel japonais qui a étudié la médecine à l’Université de Tokyo, où il est devenu professeur d’anatomie. Après avoir quitté son poste universitaire en 1995, il a poursuivi ses recherches et ses activités d’écriture. Il est également passionné par les insectes et l’entomologie, qu’il utilise comme point de départ pour réfléchir au vivant et à la place de l’être humain dans la nature. Son livre le plus célèbre Baka no Kabe — 『バカの壁

 

 

Publié en 2003, cet ouvrage est devenu un immense succès au Japon. Yoro y explore notamment les limites de notre compréhension, les préjugés et notre tendance à interpréter le monde selon nos propres convictions. Ses idées principales sont que Le cerveau ne fait pas tout, notre vision du monde ne se réduit pas à la pensée consciente. La nature est essentielle, observer les animaux et les insectes permet de mieux comprendre le vivant. La société moderne nous éloigne du corps et s’interroge sur les effets d’une vie trop urbaine, abstraite et organisée autour de systèmes. Nous ne percevons pas tous la même réalité, nos expériences et nos convictions influencent ce que nous sommes capables de comprendre. Takeshi Yoro propose une manière de réfléchir qui croise la biologie, la philosophie et la critique de la société. Il invite à prendre du recul sur nos certitudes et à retrouver un contact plus direct avec le monde naturel. Pour découvrir sa pensée il faut lire Baka no Kabe, son ouvrage le plus connu. Le titre japonais Baka no Kabe peut se traduire par « le mur de la bêtise », mais il ne désigne pas simplement les personnes peu intelligentes. Il représente plutôt la barrière invisible qui nous empêche de comprendre ce qui se trouve en dehors de notre propre cadre de pensée. L’idée centrale est que chacun possède un « mur » mental qui l’empêche de recevoir, de comprendre ou d’accepter certaines informations. Ce mur n’est pas simplement un manque d’intelligence, il dépend aussi de nos croyances, de nos expériences, de nos émotions et de notre vision du monde. Les 4 idées principales du livre…

 

1. Nous n’entendons pas tous la même chose…Pour Yoro, transmettre une information ne garantit pas qu’elle sera comprise. Nous filtrons ce que nous entendons en fonction de nos intérêts, de nos connaissances et de nos convictions. Deux personnes peuvent donc écouter exactement le même discours et en tirer des conclusions opposées. Exemple – deux personnes assistent au même débat politique. Chacune retient surtout les arguments qui confortent sa propre opinion.

 

2. Le sentiment de savoir peut nous empêcher d’apprendre…Croire que l’on a déjà compris quelque chose ferme la porte à de nouvelles perspectives. L’auteur invite à distinguer ce que nous savons réellement de ce que nous tenons simplement pour évident. L’idée à retenir, reconnaître les limites de sa compréhension est une condition de l’apprentissage.

 

3. L’être humain ne se réduit pas à son cerveau conscient…En tant qu’anatomiste, Yoro accorde une place importante au cerveau, au corps et à l’inconscient. Nos réactions et nos comportements ne résultent pas uniquement d’un raisonnement volontaire. Le corps, les habitudes et les mécanismes inconscients participent également à notre manière de percevoir le monde.

 

4. L’éducation et la société doivent tenir compte des différences humaines…Le livre examine aussi l’éducation, l’individualité et la vie collective. Yoro remet notamment en question certaines idées convenues sur la nécessité de développer la personnalité de chacun, en soulignant que vivre ensemble suppose aussi des références et des compréhensions partagées.

 

 

 

 

 

Kenji KOHIYAMA 小檜山 賢二 · Né en 1942 à Tokyo

 

Ingénieur japonais, professeur émérite de l’université Keio et photographe spécialisé dans les insectes. Il est particulièrement connu pour ses photographies macro spectaculaires, qui révèlent des détails invisibles à l’œil nu. Il réalise des images extrêmement détaillées de petits insectes, faisant apparaître leurs textures, leurs yeux, leurs antennes et leurs structures complexes par la technique du focus stacking…Pour obtenir une netteté sur presque tout l’insecte, il combine numériquement plusieurs photographies prises avec des zones de mise au point différentes. Cette méthode révèle la complexité de formes minuscules. Son travail invite à découvrir les formes de vie minuscules qui nous entourent et à porter un regard nouveau sur la beauté de la nature. Il a notamment reçu le prix du nouveau photographe du festival photographique d’Higashikawa en 2005. Avec Takeshi Yoro, les deux Japonais partagent un intérêt marqué pour les insectes et l’observation du vivant.

 

 

 

 

En contraste des peintures d’un jeune peintre de Kobe très tourmenté mais avec un vrai « coup de pinceau ».

 

 

 

 

 

Retour à la gare, récupérer nos bagages et prendre le Shinkansen direction Kobe. Une fois encore, impressionnés par l’organisation remarquable des trains avec des horaires respectés dans une précision inhabituelle, pour nous Européens. Tout paraît parfaitement réglé, du positionnement des voyageurs sur le quai à la ponctualité des départs. Une véritable mécanique de précision !

 

 

 

 

KOBE pour trois nuits. Située entre les montagnes et la mer intérieure de Seto, cette grande ville portuaire possède une identité singulière, façonnée par son ouverture internationale et son histoire commerciale. Moderne, dynamique, elle mêle quartiers contemporains, influences occidentales et traditions japonaises. Elle est aussi connue dans le monde entier pour son bœuf réputé. 

 

 

 

        BOEUF DE KOBE !

 

 

 

 

Luxe à la japonaise ! C’est le grand cru des viandes japonaises ! Derrière cette réputation se cache un produit très particulier, dont le prix risque de nous faire renoncer à la dégustation…Le bœuf de Kobe est un type de wagyu, le nom donné à certaines races bovines japonaises. Pour porter officiellement cette appellation, la viande doit répondre à des critères stricts…Elle provient de bovins de race Tajima, élevés dans la préfecture de Hyōgo, dont Kobe est la capitale, et doit satisfaire à des exigences précises de qualité et de rendement. La graisse est répartie en très fines veines dans la viande. À la cuisson, elle fond et donne une texture incroyablement tendre, presque fondante, avec une saveur riche et délicate. Tous les wagyu ne sont pas du Kobe ! L’appellation est réservée à une production limitée, soumise à des règles d’origine et de classement. C’est cette rareté, autant que la qualité, qui contribue à son prix. Sa richesse en graisse intramusculaire est telle que quelques bouchées peuvent suffire à apprécier sa texture et ses arômes. On le sert souvent en fines tranches ou en petits morceaux, cuits sur une plaque teppanyaki. 

 

 

 

Et le prix ? Aïe, ça pique ! Les prix varient selon le morceau, le restaurant et le menu. Pour deux personnes, un dîner avec une viande de Kobe peut dépasser 200€ à 300 € sans compter les boissons. On comprend que cela puisse calmer les envies ! 

 

 

 

 

 

ICI, LA TERRE TREMBLE SOUVENT ET PARFOIS BEAUCOUP…

 

Son histoire reste marquée par une catastrophe majeure, le séisme du 17 janvier 1995. D’une magnitude de 7,3, le tremblement de terre de Hanshin-Awaji a durement frappé Kobe, faisant plus de 6 400 victimes et détruisant de nombreux bâtiments et infrastructures. La reconstruction a profondément transformé la ville, qui a depuis retrouvé son dynamisme. Cette tragédie reste néanmoins présente dans la mémoire collective et dans plusieurs lieux de commémoration.

 

 

 

 

 

Le séisme de Kobe, également appelé grand séisme de Hanshin-Awaji, est l’une des catastrophes naturelles les plus meurtrières de l’histoire contemporaine du Japon. Il s’est produit le 17 janvier 1995à 5h46 , dans la région de Kobe, à l’ouest du Japon. Magnitude 7,3 sur l’échelle de magnitude de moment. Zone touchée…Kobe, Osaka et la région de Hanshin-Awaji. Autour de 6 400 morts et plus de 40 000 blessés. Le tremblement de terre s’est produit à faible profondeur, près d’une zone densément peuplée. Les secousses ont donc frappé violemment les quartiers urbains, avant que les habitants aient le temps de réagir. Les principales conséquences furent l’effondrement de bâtiments : de nombreuses maisons anciennes, notamment en bois, et des immeubles ont été détruits, des portions d’autoroutes surélevées se sont effondrées, tandis que les voies ferrées, les routes et les réseaux d’eau et d’électricité ont été endommagés. Plusieurs quartiers ont été ravagés par des incendies, aggravés par les ruptures de conduites d’eau. Des centaines de milliers de personnes ont dû quitter leur domicile ou ont perdu leur logement.

 

La catastrophe a profondément changé la politique de prévention des séismes au Japon. Les normes parasismiques et les travaux de consolidation ont pris une importance accrue. L‘aide apportée par les citoyens a contribué à faire de 1995 une année marquante pour le bénévolat au Japon. Les autorités ont renforcé les dispositifs de préparation, de coordination des secours et de recherche sismique. Les infrastructures, les quartiers et le port ont été progressivement reconstruits. Le séisme de Kobe a montré qu’un pays très développé et habitué aux tremblements de terre pouvait subir des pertes humaines considérables lorsque de fortes secousses frappent une grande ville. Il reste une référence pour les ingénieurs, les urbanistes et les spécialistes de la gestion des risques naturels. Il a notamment souligné l’importance de bâtiments résistants, de réseaux d’eau et de transport robustes, ainsi que de secours capables d’intervenir rapidement.

 

 

 

 

 

Première soirée à Kobe, dans un restaurant typique qui nous séduit immédiatement. L’accueil est chaleureux, les Japonais mange très tôt, il est 18 heures…Il ne désemplira pas durant toute notre présence. Nous commandons plusieurs plats pour goûter différentes spécialités. Deux Japonais nous aident spontanément à déchiffrer la carte et à faire nos choix. 

 

 

 

 

Un moment de partage, simple et naturel, qui fait le charme du voyage. La soirée s’achève, demain sera un autre jour…Et chaque jour, le même rituel…Consulter les prévisions météo dans l’espoir de voir le mont Fuji sous un ciel dégagé. Pour ma photo, il faut encore patienter 3 jours…Avant de s’endormir vous raconter la légende  de… 

 

Momotarō, le garçon né dans une pêche…

 

Il était une fois, au Japon, un très vieux couple qui vivait dans une petite maison au pied des montagnes. Ils n’avaient pas d’enfants, et leur plus grand souhait était d’en avoir un qui illuminerait leurs vieux jours. Un matin, alors que le vieil homme était parti couper du bois dans la montagne, sa femme se rendit à la rivière pour laver du linge. Soudain, elle aperçut une immense pêche qui flottait doucement sur l’eau.— Oh ! Quelle magnifique pêche ! S’écria-t-elle. Elle la récupéra et la rapporta chez elle pour la partager avec son mari. Lorsque le vieil homme revint, ils posèrent la pêche sur la table. Mais au moment où ils voulurent la couper, un bruit étrange retentit. La pêche s’ouvrit en deux et, à leur immense surprise, un petit garçon apparut à l’intérieur ! Le couple le prit tendrement dans ses bras. Ils virent là un cadeau du ciel et décidèrent de l’élever comme leur propre fils. Ils lui donnèrent le nom de Momotarō, qui signifie « le garçon-pêche ». Momotarō grandit rapidement. Il devint un jeune homme courageux, généreux et extraordinairement fort. Il aimait ses parents adoptifs et les aidait dans toutes leurs tâches. Un jour, il apprit qu’une bande de démons, appelés oni, vivait sur une île lointaine. Ces créatures terrifiantes traversaient parfois la mer pour piller les villages, voler les richesses des habitants et semer la peur parmi les innocents. Momotarō prit alors une grande décision — Père, mère, je vais partir sur l’île des démons. Je mettrai fin à leurs méfaits et rapporterai les trésors qu’ils ont volés !

 

 

 

Ses parents furent inquiets, mais ils comprirent que leur fils voulait protéger les autres. Avant son départ, sa mère lui prépara des boulettes de millet appelées kibidango, réputées pour leur donner de la force. Momotarō les glissa dans son sac, salua ses parents et prit la route. Sur son chemin, Momotarō rencontra un chien — Où vas-tu, jeune voyageur ? demanda l’animal — Je pars combattre les démons de l’île lointaine. Le chien, impressionné par son courage, lui demanda une boulette de millet. Momotarō accepta de partager sa nourriture avec lui. En échange, le chien promit de l’accompagner et de combattre à ses côtés. Un peu plus loin, ils rencontrèrent un singe, puis un faisan. Tous deux furent touchés par la détermination du jeune héros. Après avoir reçu leur part de kibidango, ils rejoignirent son expédition. Ainsi, Momotarō partit vers l’aventure avec trois fidèles compagnons : le chien, le singe et le faisan. Chacun possédait un talent particulier. Le chien était courageux et puissant, le singe agile et rusé, et le faisan pouvait voler au-dessus des obstacles pour observer les environs. Ensemble, ils formaient une équipe redoutable.

 

 

 

 

Après un long voyage, les quatre compagnons arrivèrent enfin devant l’île des démons, connue sous le nom d’Onigashima. De hautes murailles protégeaient leur forteresse. Derrière les portes se trouvaient des démons gigantesques, aux cornes menaçantes et à la peau rouge ou bleue. Momotarō ne recula pas. Le faisan s’envola au-dessus des remparts et attaqua les démons depuis le ciel. Le singe escalada les murs et parvint à ouvrir les portes. Le chien se précipita dans la forteresse en aboyant furieusement. Momotarō, lui, affronta le chef des démons. Le combat fut terrible. Les démons frappaient avec leurs massues, mais les quatre amis se soutenaient mutuellement. Grâce à leur courage, leur intelligence et leur union, ils réussirent peu à peu à repousser leurs ennemis. Finalement, le chef des démons s’effondra et leva les mains en signe de reddition — Assez ! cria-t-il. Nous reconnaissons notre défaite ! Épargne-nous et nous rendrons tout ce que nous avons volé ! Momotarō accepta leur promesse. Les démons restituèrent les trésors, les objets précieux et les biens dérobés aux habitants. La paix allait enfin revenir.

 

 

 

 

 

 

Momotarō et ses compagnons reprirent la mer, chargés de trésors. Lorsqu’ils arrivèrent au village, les habitants les accueillirent avec des cris de joie. Le vieux couple courut serrer son fils dans ses bras, les larmes aux yeux — Notre enfant est revenu sain et sauf ! s’exclama sa mère. Momotarō partagea les richesses rapportées avec ses parents et les habitants du village. Le chien, le singe et le faisan furent honorés pour leur bravoure et leur fidélité. Dès lors, le village vécut dans la paix et la prospérité. Momotarō resta auprès de ses parents, entouré de ses amis, et son histoire fut transmise de génération en génération. On raconta longtemps la légende du garçon né dans une pêche, qui avait vaincu les démons non seulement par sa force,

 

mais aussi grâce à sa générosité, à son intelligence et à l’amitié.   

 

 

 

 

            A SUIVRE…