Jeudi 22 octobre — Troisième jour à Takamatsu. Nous continuons à explorer toutes les facettes de cette île de Shikoku aux mille secrets. Trois découvertes qui racontent finalement un même Japon, celui des croyances qui élèvent l’esprit, des guerriers qui ont façonné l’histoire et des jardiniers qui ont appris à contempler la nature. Trois univers, trois héritages, trois manières d’habiter le monde. Et au fil de nos découvertes, une même question nous accompagne, comment un peuple peut-il conjuguer une histoire aussi tourmentée, une modernité aussi impressionnante et un attachement aussi profond à la beauté, à la mémoire et aux traditions ?Derrière les apparences d’un pays résolument tourné vers l’avenir, demeure une âme ancienne, discrète et parfois violente profondément enracinée dans la terre du Soleil-Levant.
Trois univers, trois lieux très différents et pourtant si proches, réunis en moins de deux heures de marche. Trois façons de découvrir un pays où l’histoire, la spiritualité et la nature entretiennent depuis des siècles un dialogue fascinant.









Le premier nous conduit à Zentsū-ji, lieu de naissance traditionnellement reconnu de Kūkai, le moine bouddhiste fondateur de l’école Shingon. Ici, la spiritualité prend racine dans la vie d’un homme dont l’influence continue de marquer profondément le Japon. Le temple nous invite à ralentir, à observer les gestes des pèlerins et à comprendre combien la religion demeure présente dans la culture japonaise. Certains lieux ne sont pas seulement des étapes, mais des endroits où l’histoire d’un chemin prend tout son sens. Vers 774, dans cette région de Shikoku, naît un enfant nommé Mao, au sein d’une famille influente. Il deviendra Kūkai, l’un des religieux les plus importants de l’histoire japonaise. Jeune homme, il se tourne vers la recherche spirituelle. Insatisfait des réponses qu’il trouve, il étudie les enseignements bouddhiques, puis part en Chine au début du IXᵉ siècle. Il y découvre le bouddhisme ésotérique auprès du maître Huiguo. De retour au Japon, il développe l’école Shingon, un courant bouddhiste fondé sur des pratiques rituelles, la méditation, les mantras et la recherche de l’éveil. La tradition attribue à Kūkai la fondation de Zentsū-ji en 807, sur les terres de sa famille. Le nom du temple rend hommage à son père, Zentsū, tandis qu’un autre grand temple, le Taisan-ji, est associé à sa mère dans la tradition religieuse locale. Ainsi, Zentsū-ji est considéré comme le berceau terrestre de l’homme qui allait donner une dimension spirituelle exceptionnelle à l’île de Shikoku.






Le temple s’étend sur environ 45 000 m² et se compose de deux grands ensembles, que je vous conseille de parcourir tranquillement. C’est la partie monumentale du temple. On y découvre le Kondō, ou pavillon principal, consacré à Yakushi Nyorai, le Bouddha de la guérison, ainsi qu’une magnifique pagode à cinq étages. Cette dernière, haute d’environ 43 mètres, est l’un des emblèmes de Zentsū-ji. La pagode actuelle a une histoire mouvementée. Les incendies et les intempéries ont détruit ou endommagé plusieurs constructions antérieures. Sa reconstruction a commencé en 1845 et s’est achevée en 1902. Il aura donc fallu près de soixante ans pour achever cet édifice de bois, dont les étages s’élèvent avec une élégance remarquable. Elle illustre cette capacité japonaise à reconstruire, à transmettre et à préserver, même lorsque les siècles mettent les monuments à l’épreuve.





L’enceinte occidentale avec le Tanjōin…C’est la partie la plus intime et la plus émouvante pour les pèlerins. Elle occupe l’emplacement traditionnel de la demeure familiale où Kūkai serait né. Le pavillon central, le Mieidō, est consacré à Kōbō Daishi. Ici, la visite devient presque une rencontre avec le fondateur du chemin. Le pèlerinage de Shikoku forme une boucle d’environ 1 200 kilomètres et relie 88 temples associés à la tradition de Kōbō Daishi. Zentsū-ji en est le 75ᵉ temple, mais sa place dans le cœur des pèlerins dépasse largement son numéro. Il est considéré comme l’un des trois grands lieux spirituels liés à Kōbō Daishi, avec le mont Kōya et le temple Tō-ji de Kyoto. La tradition attribue à Kūkai un rôle fondateur majeur, mais le circuit organisé des 88 temples s’est constitué progressivement au fil des siècles. Il ne faut donc pas imaginer que le parcours actuel a été tracé d’un seul coup par un homme. Chaque temple possède sa propre histoire, et le pèlerinage s’est enrichi au fil du temps grâce aux générations de moines, de marcheurs et de croyants…Le chemin ne se résume pas aux kilomètres. Les étapes, les rencontres et les lieux de mémoire donnent progressivement un sens à l’ensemble.




Dans l’enceinte, il faut s’arrêter devant les grands camphriers millénaires. Leur présence est saisissante. Le bois, les toits, la pierre et les racines semblent appartenir à une même continuité. Ces arbres ont traversé des générations de pèlerins, des périodes de prospérité, des incendies et des reconstructions. Ils rappellent que la spiritualité japonaise ne se limite pas aux bâtiments religieux, elle s’exprime aussi dans la relation à la nature, à la durée et au vivant.





Et puis, il y a Jordan…
Au départ, un sac à dos posé sur un banc. Puis, un peu plus tard, au détour de notre visite, il est là : un pèlerin solitaire, le pied un peu blessé, que nous regardons autrement que les autres visiteurs. Car pour être sur son Chemin, nul besoin d’une tenue parfaite, d’un équipement dernier cri ou d’une apparence de grand marcheur. Il suffit d’être là, d’avancer, et de savoir pourquoi l’on marche. Un regard, quelques mots échangés, et nous découvrons un Français engagé dans une quête totale, comme savent l’être certains marcheurs. Jordan est déjà aux deux tiers de son périple. Aucune concession, aucun raccourci : ses pieds sont son unique moyen de transport. Il vit en totale autonomie et avance à son rythme, près de 30 kilomètres par jour. Il nous confirme ce que nous avons parfois ressenti nous-mêmes, sur le pèlerinage de Shikoku, les marcheurs empruntent souvent les bords de route, loin de l’image idéale des sentiers serpentant entre les montagnes. Les temples, eux, sont souvent déserts, sans pèlerins et parfois sans même la présence d’un prêtre. Une difficulté plus inattendue complique son parcours c’est de faire calligraphier son livre des 88 temples. Il faut pour cela respecter les horaires d’accueil, généralement compris entre 9 heures et 17 heures. Lorsqu’on marche toute la journée, chaque étape devient alors une course contre le temps.
Puis vient le moment de nous séparer. Nous le regardons repartir, son sac sur le dos, avec une émotion difficile à exprimer. Sa démarche nous touche profondément, car elle nous renvoie à notre propre histoire, à ces chemins parcourus autrefois, à ces longues journées de marche où l’on apprend autant sur soi-même que sur le monde qui nous entoure. Jordan poursuit son chemin. Et, pendant quelques instants, c’est aussi le nôtre qu’il nous fait revivre.
Il y a longtemps… trop longtemps…




Devant nous apparaît le château de Marugame, témoin d’une histoire parfois violente, celle de la construction progressive d’un pays longtemps déchiré par les rivalités entre seigneurs. Derrière ses remparts de pierre se dessine l’univers des samouraïs, de leurs codes, de leurs ambitions et de leurs combats. Cette culture guerrière appartient désormais à l’histoire, mais son empreinte reste perceptible dans le Japon moderne, partagé entre un formidable élan vers l’avenir et un profond attachement à ses traditions. Une histoire glorieuse par certains aspects, mais aussi traversée par des épisodes terrifiants, lorsque le pouvoir, l’honneur et l’obéissance ont pu conduire aux pires excès.
À Marugame, les murailles défient le ciel tandis que le petit donjon veille sur quatre siècles d’histoire. La grandeur d’un château ne se mesure pas toujours à la hauteur de ses tours, mais au génie des hommes qui l’ont bâti.
Un très beau château historique sur Shikoku. Sa particularité est étonnante car il possède parmi les plus hautes murailles de pierre du Japon, mais aussi l’un des plus petits donjons historiques du pays ! C’est un lieu passionnant à découvrir, car il raconte à lui seul l’histoire des seigneurs féodaux, des guerres entre clans et du génie des bâtisseurs japonais. L’histoire du château commence en 1597, à la fin d’une période durant laquelle le Japon sort progressivement de plusieurs siècles de guerres féodales.
Le château de Marugame, une forteresse de pierre au cœur de Shikoku.





1597-1602…la construction. Le seigneur Ikoma Chikamasa et son fils Kazumasa font édifier une forteresse sur la colline de Kameyama, afin de contrôler le territoire de Sanuki, correspondant à une partie de l’actuelle préfecture de Kagawa. 1615…L’abandon. Après la victoire définitive du clan Tokugawa et l’unification du pays, le shogun impose la règle dite du « un château par province ». Marugame est alors abandonné. À partir de 1643, la renaissance. Le seigneur Yamazaki Ieharu obtient l’autorisation de reconstruire la forteresse. Vers 1660, le donjon actuel. La famille Kyōgoku poursuit les travaux et achève le petit donjon de bois. 1868…La fin de l’époque féodale. La restauration de Meiji met fin au système des seigneurs et des samouraïs. Le château perd sa fonction militaire, mais plusieurs de ses bâtiments historiques survivent. C’est véritablement la grande merveille du site. Les murailles s’élèvent en plusieurs terrasses successives jusqu’au sommet de la colline. Leur hauteur cumulée dépasse les 60 mètres, ce qui en fait l’ensemble de fortifications en pierre le plus haut du Japon selon les sources touristiques japonaises. Certains murs atteignent environ 22 mètres à eux seuls. Observez surtout leur courbure élégante, appelée ōgi no kōbai, que l’on peut traduire par « pente en éventail ». À la base, les pierres s’étalent avec une pente relativement douce. Plus on monte, plus le mur devient raide, jusqu’à présenter une partie presque verticale. Cette géométrie rendait l’escalade extrêmement difficile pour un assaillant et permettait de répartir les poussées sur l’ensemble de la structure.




Les pierres sont assemblées sans que l’ensemble repose sur le ciment moderne. Le travail des tailleurs de pierre, leur connaissance du terrain et leur maîtrise de l’équilibre étaient essentiels. Une autre caractéristique remarquable : les murs épousent la colline au lieu de chercher à l’effacer. Les constructeurs ont transformé le relief naturel en instrument de défense. Arrivé au sommet, vous découvrez un donjon blanc, élégant, à trois niveaux et d’environ 15 mètres de hauteur. Il paraît presque modeste après l’ascension des gigantesques murailles. Il fait partie des douze donjons historiques en bois encore conservés au Japon, et c’est le plus petit d’entre eux. Il a été achevé vers 1660 et est classé Bien culturel important du Japon. À l’intérieur, les escaliers en bois sont particulièrement raides. On retrouve une architecture fonctionnelle, sans le confort ni les aménagements des grands châteaux reconstruits pour les touristes. Depuis le sommet, le regard porte sur la ville de Marugame, la plaine de Sanuki et, par temps clair, la mer intérieure de Seto et le grand pont de Seto.
Géantes ces murailles bâties de pierres et de sang
Plus hautes que les batailles, défiant le poids des ans
Aujourd’hui quatre vents feraient s’envoler ses tours
Et l’on jurait avant que ça durerait toujours…

Changement radical d’atmosphère avec l’univers des jardins japonais. Ici, plus de fortifications ni de batailles…La beauté se révèle dans le silence, l’équilibre d’une composition, le reflet de l’eau ou la silhouette d’un arbre. Tout répond à une recherche d’harmonie entre l’homme et la nature. Les arbres, parfois centenaires, voire millénaires, paraissent porter en eux une mémoire que nul livre ne pourrait entièrement restituer. Ils ont traversé les saisons, les générations et les bouleversements de ce pays. Leur présence impose le respect et nous rappelle que le temps ne se mesure pas toujours à la vitesse des transformations humaines.
Histoire d’un chef-d’œuvre des jardins japonais
Le jardin de Ritsurin est bien plus qu’un simple espace vert, c’est un témoignage de la puissance des seigneurs féodaux japonais, de leur goût pour la beauté et de leur capacité à façonner la nature pour en faire une œuvre d’art. Aujourd’hui considéré comme l’un des plus beaux jardins traditionnels du Japon, il est particulièrement remarquable par ses étangs, ses collines artificielles, ses pins sculptés et ses pavillons de thé. Le mont Shiun, qui se dresse à l’arrière-plan, complète le décor et donne l’impression que le jardin se prolonge jusque dans les montagnes. L’aménagement du site aurait débuté à la fin du XVIe siècle, à l’époque où le Japon sortait progressivement des guerres entre seigneurs féodaux. La région de Takamatsu appartenait alors à un monde où les grands clans cherchaient à affirmer leur prestige par les châteaux, les temples et les jardins. ’est surtout au XVIIe siècle que Ritsurin prend son ampleur. Le domaine est développé par les seigneurs du clan Ikoma, puis repris et agrandi par le clan Matsudaira, qui gouverne le domaine de Takamatsu sous le shogunat Tokugawa. Pendant plusieurs générations, ces seigneurs enrichissent le jardin, aménagent les plans d’eau, les chemins et les points de vue. Le résultat est un paysage soigneusement composé, destiné à la promenade, à la contemplation et à la réception des invités de haut rang. Il faudra environ un siècle et demi de transformations pour que le jardin atteigne sa forme historique.
En 1745, sous le règne du cinquième seigneur Matsudaira, Yoritaka, le jardin atteint sa forme aboutie. Ses différents points de vue sont alors identifiés et nommés. Le jardin devient une résidence de plaisance réservée aux seigneurs et à leurs invités. Pendant 228 ans, onze générations de Matsudaira profitent de ce domaine privé. Ici, le jardin n’est pas seulement destiné à être regardé depuis un pavillon. Il est conçu pour être parcouru à pied. À chaque détour du chemin, une nouvelle composition apparaît, un pont, un étang, une pierre, un pin ou une colline. C’est toute la subtilité de l’art paysager japonais, le paysage se révèle progressivement, au rythme de la promenade. Environ 1 400 pins peuplent le jardin. Certains sont anciens et leurs branches sont entretenues avec une grande patience. Au Japon, le pin symbolise notamment la longévité et la permanence. Ces arbres donnent au jardin une impression de sérénité, mais aussi de temps suspendu.





Installé au bord de l’eau, ce pavillon permet de contempler l’étang dans une atmosphère paisible. Il rappelle l’importance de la cérémonie du thé, où l’architecture, le paysage et le silence participent à une même expérience. Les concepteurs utilisent une technique appelée shakkei, ou « paysage emprunté ». La montagne située à l’extérieur du jardin devient une partie intégrante du décor. Le jardin semble ainsi beaucoup plus vaste qu’il ne l’est réellement. L’année 1868 marque un tournant majeur dans l’histoire du Japon avec la restauration de Meiji met fin à l’ancien système féodal. Les Matsudaira perdent leur statut de seigneurs et leur jardin privé change de vocation. En 1875, Ritsurin ouvre ses portes au public. En 1953, il est classé « lieu de beauté pittoresque exceptionnelle » par les autorités japonaises, reconnaissance de sa valeur culturelle et paysagère. Aujourd’hui, le domaine s’étend sur environ 75 hectares au total, dont 16 hectares de jardin aménagé. Il compte six étangs et treize collines paysagères. Il est souvent présenté comme l’un des plus beaux jardins historiques du Japon, et il a reçu trois étoiles au Guide vert Michelin. Ritsurin est particulièrement intéressant parce qu’il exprime une vision japonaise du rapport entre l’homme et la nature. Contrairement à un paysage laissé entièrement sauvage, ici, chaque élément semble avoir trouvé sa place : les arbres sont entretenus, les pierres disposées, les collines modelées et les vues soigneusement organisées. Mais l’objectif n’est pas de montrer la domination de l’homme sur la nature. C’est plutôt de créer une harmonie où l’intervention humaine finit par paraître naturelle.
Dans un jardin japonais,
l’homme ne cherche pas à posséder la nature,
mais à apprendre à la regarder.





Le jardin japonais est bien plus qu’un décor. C’est une manière de représenter le monde, de traduire la relation entre l’homme et la nature et, parfois, de retrouver la paix intérieure. Sa naissance remonte à plus de 1 500 ans, mais son histoire est aussi celle des influences venues de Chine et de Corée, des religions japonaises et du génie des jardiniers. À l’origine, les Japonais considèrent certains lieux naturels montagnes, rochers, cascades et arbres remarquables comme des espaces habités par des divinités, les kami, selon la tradition shintoïste. Avant même la création de véritables jardins, on délimitait parfois un espace sacré autour d’un rocher ou d’un arbre. La nature n’était pas simplement belle, elle était porteuse d’une présence spirituelle. Avec les échanges avec la Chine et la Corée, le Japon découvre progressivement de nouvelles façons d’aménager les espaces extérieurs : bassins, îles artificielles, ponts et compositions inspirées des paysages. Les premiers jardins élaborés apparaissent notamment autour des résidences aristocratiques et des palais.
L’époque de Heian (794-1185) / le jardin devient un art…Le jardin japonais prend une forme particulièrement raffinée. L’aristocratie de Kyoto fait aménager de vastes jardins autour de ses demeures, avec des étangs, des îles, des petits ponts et des ruisseaux sinueux. Il représente parfois le Jōdo, le paradis bouddhique, monde idéal où règnent la sérénité et la beauté. Le jardin du temple Byōdō-in, à Uji, en est un remarquable exemple. Les nobles ne se contentent pas de contempler ces paysages, ils y organisent des cérémonies, des promenades et des fêtes poétiques. Avec le développement du bouddhisme zen, une nouvelle sensibilité apparaît. Le jardin peut désormais exprimer beaucoup avec très peu. C’est la naissance progressive des célèbres jardins secs, appelés karesansui avec le gravier ou le sable ratissé évoque l’eau, les vagues ou le mouvement. Les rochers suggèrent des montagnes, des îles ou des paysages entiers. La mousse et les végétaux apportent des nuances et donnent une impression de temps qui passe. Le jardin du temple Ryōan-ji, à Kyoto, est l’un des exemples les plus célèbres de cet art. Il invite à observer, à méditer et à interpréter, sans jamais imposer une seule lecture du paysage. Le génie du jardin japonais est là, suggérer plutôt que montrer.






Les grandes familles de jardins japonais
Le jardin avec étang — chisen-teien…Il évoque un paysage naturel miniature, avec de l’eau, des îles, des rochers et des arbres. Il se découvre souvent en marchant autour du bassin ou en l’observant depuis un pavillon.
Le jardin sec — karesansui…Il utilise pierres, gravier et parfois mousse pour représenter symboliquement la nature. L’eau y est suggérée, mais absente physiquement.
Le jardin de thé — roji…Conçu pour préparer l’esprit à la cérémonie du thé, il associe chemin de pierres, végétation, lanterne et bassin de purification. Sa simplicité invite au calme et au dépouillement.
Le grand jardin de promenade — kaiyū-shiki…Il se parcourt en découvrant progressivement de nouveaux points de vue…étang, pont, pavillon, collines artificielles et arbres soigneusement composés. Le Kenroku-en de Kanazawa, que vous avez visité, appartient à cette grande tradition.



Le jardin européen classique, notamment à la française, affirme souvent la maîtrise de l’homme sur la nature avec perspectives longues, symétrie, alignements et géométrie. Le jardin japonais cherche plus volontiers à donner l’impression d’une nature idéalisée, parfois sauvage, mais minutieusement composée. Cette opposition reste schématique car il existe une grande diversité dans les deux traditions. Le jardin japonais reflète plusieurs sensibilités culturelles…Le shintoïsme, qui accorde une place spirituelle aux éléments naturels. Le bouddhisme, qui invite à réfléchir à l’impermanence des choses. Le zen, qui privilégie l’attention, la simplicité et la contemplation. Le wabi-sabi, qui reconnaît la beauté de l’imperfection, de la patine et du passage du temps. Une pierre couverte de mousse, un tronc ancien ou quelques feuilles tombées ne sont donc pas nécessairement des défauts à corriger. Ils peuvent faire partie de la beauté recherchée. Ces influences se sont développées progressivement au fil des siècles…Aucun jardin japonais ne résume à lui seul toutes ces philosophies.

Le jardin japonais ne cherche pas à dominer la nature, mais à en révéler l’essence. Dans quelques pierres, un peu d’eau et le silence des arbres, il fait tenir tout un paysage…et parfois tout un monde. Après plusieurs siècles, ces jardins nous touchent encore, ils nous apprennent à regarder autrement, à ralentir et à trouver la beauté dans les choses les plus simples.
A SUIVRE…