2017 – Racisme

 

Après Démineurs, Kathryn Bigelow s’attaque au racisme ambiant d’hier et d’aujourd’hui dans Detroit. Un cinéma qui dérange, décape, dénonce. Pas de sirop chez elle mais de l’alcool fort, qui tord parfois les boyaux. Dès son premier film en 1988 elle débarquait toutes dents dehors, coups de santiags dans la gueule, flingues et bastons avec l’envie de secouer tous les codes du cinéma.

 

 

 

Un cinéma de guerre dans tous les sens du terme. Ce qui n’est pas grand-chose, en revanche, c’est sa productivité, dix films en trente-six ans. C’est mieux que son ex, James Cameron, mais moins bien que Woody Allen. Lui, il tourne autour d’un canapé, elle c’est dans le bruit et la fureur. Film de genre, film de muscles, film de sang avec ses surfeurs, ses flics, ses soldats et ses Filles et garçons mélangés. Bons ou méchants peu importe, les héros sont partout et les bourreaux aussi. Un baiser, une morsure, même combat. Il n’y a jamais de belle vie, mais comment fait-elle pour montrer à ce point le revers de la médaille ?

 

Quel sens du spectacle mais pourquoi si peu de finesse psychologique ? Nombreux critiquent son manque de discernement, de confondre caméra et burin et de ne pas faire de sentiments. Vos corps racontent toujours plus que les mots, en tout cas s’approchent plus de la vérité avec si peu de raison…Cinéma organique, viscéral, oui, réfléchi pas forcément. Elle raconte les émeutes de 1967 et les agissements des flics occupés à tabasser les clients noirs d’un motel. Histoire vraie, histoire révoltante. Avec une tendance à présenter les flics (blancs) comme des loups et les clients (noirs) comme des agneaux. Trop manichéen, pas assez gris. Victimes d’un côté, bourreaux de l’autre, alors que dans la vraie vie de la vie, on sait bien que rien n’est ainsi et qu’un film qui se veut réaliste ne devrait pas manger de ce pain-là. Mais pour tout autre sujet que le racisme, plaie de tous les maux…Alors pas de quartiers pour les racistes, pas de demi-mesure, pas d’excuses. Ce qu’elle montre doit toucher au cœur et aux tripes. Vomir le racisme implique un direct au foie. Le cinéma est un sport de combat.

 

 

1967…Alors que la guerre du Vietnam fait rage, les États-Unis bouillonnent, comme une Cocotte-Minute, sur plusieurs feux croisés, opposition à la guerre, lutte pour les droits civiques, injustices sociales et raciales, violences policières. A la suite d’un contrôle arbitraire et brutal de trop, la communauté noire de Detroit s’enflamme, deux ans après celle de Watts. Au cœur des émeutes, un épisode révélateur…Les flics séquestrent une bande de jeunes Noirs durant toute une nuit dans un motel, bafouant toutes procédures, les soumettant à un chantage odieux pour leur extorquer des aveux. Bilan trois morts. Puis un procès dont les policiers sortiront acquittés. Kathryn Bigelow structure son film autour de cette nuit d’enfer, soumettant le spectateur à une règle des trois unités d’autant plus éprouvante que la tension originelle de la situation est bien transcrite par le style âpre et physique de la cinéaste.



Bigelow s’adresse d’abord aux tripes du spectateur. Son intention est de lui faire éprouver le ressenti des Noirs…Vivre sous la menace d’une action arbitraire et brutale de la police. Ce registre émotionnel est bien sûr discutable, parce que la longueur et la tension d’une telle séquence sont susceptibles de produire une jouissance du côté des bourreaux (même s’il est clair que le film est du côté des victimes), mais aussi parce que le spectateur antiraciste, déjà convaincu, préférerait peut-être une dimension plus analytique de la question raciale. Detroit se heurte à la même question que 12 Years a Slave de Steve McQueen avec la représentation stricte de sévices est-elle le meilleur moyen d’avancer sur le thème de l’oppression ?



Reste que Detroit montre la mécanique politico-sociétale de la domination et que d’un point de vue dramaturgique, c’est un thriller d’action efficace, fondé sur une reconstitution précise et vivante de la ville de Joe Louis, de la Motown et du MC5. Si Detroit évoque des événements de 1967, il parle évidemment d’aujourd’hui…De Ferguson à Aulnay-sous-Bois, de Rodney King à Trayvon Martin, de Zyed et Bouna à Adama Traoré, la liste des bavures racistes et de l’impunité des forces de l’ordre n’en finit plus de donner à ce film “ historique ” une pertinence contemporaine brûlante. Bigelow y proclame “ black lives matter ”.

 

 

Kathryn Bigelow

Unique femme à recevoir l’Oscar de meilleure réalisatrice !

 

 

 

1988 – Frontières de l’aube, film de vampire à la noirceur romantique…

1990 – Blue Steel manque de méchanceté par la grâce de Jamie Lee Curtis…

1991 – Point Break c’est le blond et le brun, Keanu Swayze, Patrick Reeves, Film culte pour tous les surfeurs du ciel et de la mer…

1995 – Strange Days transpire le malaise de partout et nous fout la trouille de comment sera demain…Bientôt presque aujourd’hui…

2000 – Le poids de l’eau est tellement raté que peu de gens l’ont vu…

2002 – K-19 le piège des profondeurs prouve son savoir-faire mais à trop vouloir épargner Harrison Ford…

2009 – Démineurs c’est de la bombe avec ses 6 Oscars…

2012 – Zero Dark Thirty que je regarde indéfiniment, totalement dépendant de la magnétique Jessica Chastain…

2017 – Detroit dénonce, dérange, décape…Et depuis rien…

 

 

 

En attendant son dixième film…