2014-Seul contre tous

 

Vertigineuse transformation physique pour Matthew McConaughey et Jared Leto qui ont perdu 22 et 25 kg afin d’incarner Ron Woodroof et Rayon au service d’une aventure humaine avec ses joies, ses douleurs confrontée à la mort par l’amour. Début de la fin d’un Monde qui n’en finit plus de s’éteindre…JP

 

 

1985 – Dallas. Ron Woodroof, un cowboy violent, macho et homophobe, adepte du Rodéo/Alcool/Cocaïne/Sexe, est diagnostiqué séropositif, et apprend avec plus que 30 jours à vivre. Face à l’inefficacité et à la dangerosité de l’AZT, il se lance avec Rayon dans la contrebande de médicaments non autorisés par la FDA. Ils fondent le « Dallas Buyers Club », premier des douze clubs qui permettront aux séropositifs américains de se fournir en médicaments antirétroviraux étrangers en provenance du Mexique ou du Japon.

Jared Leto est constamment resté dans son personnage durant la durée du tournage, ce qui lui a valu de nombreux regards médusés lorsqu’il sortait faire des courses. Le film n’a nécessité que 25 jours de tournage grâce au parti pris de ne pas utiliser d’éclairage artificiel. Jean-Marc Vallée s’est inspiré du travail de John Cassavetes…Je voulais essayer d’atteindre quelque chose qui a à voir avec les vrais moments d’intimité. Cassavetes allait partout avec sa caméra, il suivait les acteurs, et cela se passait devant vous. Même les prises floues étaient gardées.

 

 

 

SEUL CONTRE TOUS par Ferhat Abbas

Prenez un sujet sensible, une histoire authentique, des acteurs physiquement méconnaissables tels que l’industrie hollywoodienne aime souvent produire, et vous obtiendrez peut-être le parfait calibrage d’un film pressenti pour rafler quelques statuettes aux prochains Oscars. On pourrait alors craindre une œuvre filmique davantage formatée pour solliciter les mouchoirs que pour réellement honorer une histoire biographique étonnante. Pourtant, ce serait oublier qu’au cinéma les bonnes surprises restent souvent possibles.

 

Avec la délicate épreuve de rodéo, la séquence d’ouverture de Dallas Buyers Club est à elle seule symptomatique des principaux enjeux du film. En lutte avec un taureau déchaîné, qu’il tente de maîtriser sous les cris d’une foule en délire, le défi est de tenir le plus longtemps possible en selle, comme pour affirmer le plus durablement sur la scène publique sa propre virilité. L’enjeu consiste donc à résister, à persévérer, dans un univers physique et social supposé le soumettre constamment à l’épreuve. Le combat est d’autant plus intense que le personnage ignore encore que cette épreuve de quelques minutes restera le pendant métaphorique du combat de toute sa vie.

 

Rodéo, sexe, drogue, violence… et VIH. Il suffit au champion texan l’expérience d’un simple accident du travail pour prendre connaissance de sa séropositivité et apprendre qu’il ne lui reste que 30 jours à vivre. Le combat pour la survie constitue ainsi la thématique principale du nouveau film de Jean-Marc Vallée, la primauté est ici donnée, dès l’annonce de la maladie, à la survie de tous les instants. Le film s’octroie ainsi la forme d’une compilation chiffrée de jours, restreinte par la proximité d’une mort annoncée. Cette forme narrative permet cependant au film de déjouer sans cesse les attentes du spectateur, de feindre la finitude sans jamais réellement l’accomplir, comme pour souligner la survie extraordinaire et inespérée de Ron Woodroof.

 

Si le montage général souligne la singularité de la trajectoire personnelle de notre anti-héros qui succombe progressivement à l’organisation d’un trafic de médicaments alternatifs il orchestre néanmoins une série d’ellipses narratives, comme s’il pliait sous le poids d’une certaine standardisation attendue pour un film préformaté pour les Oscars. Un tel raccourcissement informatif compromet dès lors le potentiel dramatique de quelques scènes, comme lors du diagnostic de la maladie, et trahit le traitement expéditif de certains dialogues du film. Étrangement, c’est peut-être dans cette constance elliptique que le film dévoile également ses plus beaux atouts, tant il s’agit moins de reproduire sciemment des raccourcis narratifs que de les détourner, de les faire rentrer en résonance avec une conscience sélective des derniers instants d’une vie hantée par la crainte de la perte.

 

Ce surdécoupage général se prolonge à l’intérieur même des séquences, qui utilisent des coupes répétitives afin de reproduire l’instantanéité de l’urgence. L’excellent travail sonore permet à Jean-Marc Vallée de relayer au sein même de son dispositif de mise en scène l’accélération d’une altération physique. Le récurrent « bip » clinique devient le prolongement psychique d’un homme désemparé, parcouru par l’effroi de la mort et la recherche d’une jouissance extrême des derniers moments de vie. Cette quête se trouve également matérialisée par l’utilisation d’un cadre centrifuge, dont les limites sont sans cesse repoussées par les deux anti-héros, qui tentent désespérément d’y opposer une pulsion de vie, une intention de survie, comme pour mieux préserver les conditions de possibilité, malheureusement illusoires, d’un hors-champ.

 

Narrative, la résistance des personnages face à la maladie devient par essence un acte physique, littéralement incarné par la métamorphose des deux comédiens Matthew McConaughey et Jared Leto. Le corps devient ici un moyen d’affirmation, un ancrage de la dégénérescence, de la maladie dans le temps, et permet au cinéaste d’en faire un outil dramaturgique à part entière. Féminin et Rock-Glam avec Rayon (Jared Leto) ou foncièrement négligé comme avec Ron, le corps transcende sa propre expressivité et se donne à voir comme une modalité d’être face à la fatalité. Jean-Marc Vallée transforme le corps physique en un reflet désenchanté du corps social et du corps idéologique. Et insuffle à l’acte de résister sa fonction créatrice.



 

 

MACDRAME COWBOY

De nos années 80 il en reste un drame de l’amour, une jeunesse qui, au moment où elle commençait à avoir l’envie de découvrir le corps l’autre, se voit intimer l’ordre de considérer ce corps comme un danger mortel. Il en reste des coming-out forcés par la maladie. Le sida ne tue pas, il vous fait assassiner. Il en reste enfin Dallas Buyers Club, film qui vient prendre la place de Philadelphia, parce-que plus sincère, parce-que moins léché et surtout parce-que beaucoup moins indulgent envers le monde de la médecine.

 

On ne pleure pas vraiment, pas que l’émotion en soit absente, mais toujours en équilibre avec un côté toujours réaliste et froid sur la situation des malades du sida aux débuts de l’épidémie, situation qui les rabaissait au rang de lépreux et qui provoque encore aujourd’hui un intense sentiment de révolte. Cette histoire est sans pitié pour le lobby pharmaceutique dont les pratiques n’ont pas évolué à ce jour, ou alors en pire. Ce lobby qui se préoccupe moins de la guérison des malades que de la croissance de son chiffre d’affaire et qui reste soupçonné de moins vouloir guérir du sida que de traiter la maladie car cette dernière solution est plus lucrative. Cette histoire qui insiste sur la condition des homosexuels de l’époque, criminalisés dans beaucoup de pays, rejetés dans le meilleur des cas et ghettoïsés aujourd’hui encore. Cette histoire de rédemption par l’acceptation de l’autre d’un homme si imprégné de virilité et qui va peu à peu découvrir que la différence n’est pas une anormalité, qui va découvrir que les préjugés qu’il a en lui, retombent tout à coup du fait de sa maladie et qu’on peut se retrouver seul par de simples examens sanguins. Ce qui sauve finalement Ron, c’est cette furieuse envie de vivre.

 

Un film qui s’efface derrière ses acteurs, leur laissant le loisir d’exprimer librement un talent immense et faisant d’eux aussi bien que de leur personnage, le centre d’une histoire de souffrance qui restera comme un maître-étalon dans leurs filmographie respective. Jared Leto, cet homme est une femme superbe, captivante et sexy,  incroyable de féminité et de douceur dans un film qui se révèle somme toute assez brutal. On qualifiera cela à tort de performance car enfin ! il ne s’agit pas ici de plongée en apnée ! Il est juste parfait dans un rôle de travesti qu’il assume pleinement et avec perfection. Et puis Matthew, ancien playboy, jeune premier sexy de ces dames. Et si on oubliait un peu ces vingt kilos perdus, sur lesquelles les médias se focalisent et dont on a rien à faire. Cet acteur est de plus en plus impressionnant de justesse, de sincérité et de nuance dans son jeu qui a su passer à autre chose qu’un simple sourire émail diamant. Il passe avec brio par tous les stades bien connus de la maladie: le reniement, la prise de conscience, la révolte, l’acceptation puis le combat et marque définitivement le septième art.

 

Les années sida comme on les a peu vues, dans toute leur brutalité, leur arbitraire et leur injustice, balayant indifféremment hommes, femmes, jeunes, vieux, homosexuels, hétérosexuels sans justification ni signe annonciateur. Les années sida dans toute leur bêtise inhumaine, dans tout ce qu’elles ont engendré de changements dans les comportements, modifiant les rapports sociaux pour des décennies. Les années sida dans toute leur horreur, permettant à certains, comme du temps maudit de la collaboration, de tirer profit de la détresse, de la souffrance, du malheur et de la mort d’autrui. S’il n’est pas une œuvre scolaire, Dallas Buyers Club n’en est pas moins une œuvre didactique qu’il nous faut prendre comme un legs, comme une leçon mémorielle sur des comportements et des haines qui ne devraient plus polluer les cerveaux et qui de tout temps, trouvent avant tout leur origine dans l’ignorance.

 

 

 

ENTRETIEN AVEC JEAN-MARC VALLEE

Réalisateur avec 9 long métrage en 30 ans de carrière. Difficile carrière que celle de metteur en scène…

Deux films à voir absolument CRAZY en 2005 et Dallas Buyers Club.

 

Comment comment êtes-vous arrivé sur le projet ?

J’ai rencontré la productrice Robbie Brenner qui détenait les droits de Dallas Buyers Club. Elle avait reçu quelque temps avant un appel de Matthew McConaughey qui souhaitait absolument faire le film. Je ne voyais vraiment pas cet acteur avec son apparence de Dieu grec et sa carrière en lisant le scénario. Elle a insisté et je l’ai rencontré. Je lui ai donné une chance et lui ai fait confiance, tout comme il m’a fait confiance. Il avait vu C. R. A Z. Y. Il devait passer par une transformation physique radicale et extrême. C’est ce qu’il a fait. Mon approche était de raconter l’histoire le plus possible à travers les yeux de Ron, ou à travers ceux de la femme médecin ou de Rayon. Nous avons donc reconstruit le scénario pour que l’histoire soit racontée de cette façon. Voilà pourquoi le spectateur entend et voit tout ce que Ron entend et voit…Ses pertes de connaissances, ses réveils, la sonnerie qui résonne dans sa tête… Et lorsque le spectateur ne le suit pas, il suit Rayon. Enfin, j’ai aussi ajouté de la musique pour définir l’ambiance de manière plus précise.

 

Avez-vous eu peur pour la santé de vos acteurs, Matthew MacConaughey et Jared Leto ayant perdu beaucoup de poids ?

Jamais. Jared est taré. Il a arrêté tout simplement de manger pour maigrir. Matthew, quant à lui, a fait quelque chose de plus consciencieux, il a une famille… Jared aurait peut-être du, mais il n’a jamais donné de signes de faiblesse ou de perte de contrôle. Ils dégageaient tous les deux, surtout Matthew qui était là tous les jours, une énergie débordante, toujours prêt à challenger le scénario, les scènes. Des mecs possédés !

 

Cette forme de possession a-t-elle créé une émotion entre leurs personnages ? A-t-elle influé sur leur manière de jouer ?

Beaucoup. Matthew et Jared, de par leur transformation physique, se sont challengés l’un l’autre. Tout d’abord ils étaient impressionnés de leur apparence respective et se rendaient compte de leur implication mutuelle et se sont entraidés. Tous les autres acteurs et même l’équipe avaient envie de se dépasser comme eux. Devant toi, devant la caméra, il se passe quelque chose de spécial, de géant, d’unique, de beau et tu ne dois pas merder. Tu te dévoues donc à la cause comme eux. Nous faisons du cinéma, parce que nous aimons faire semblant, créer des histoires, entrer dans un personnage. Ils ont contaminé involontairement tout le casting ! Regardez ce que le public vit, il ressort impressionné par la performance de Jared et de Matthew. Nous avions cela pendant dix heures par jour pendant le tournage. Nous étions le premier public. Dès la première semaine, ils m’ont sorti de ma zone de confort. J’essayais de calmer le jeu, eux-mêmes se demandaient ce qu’ils faisaient. Ils n’arrivaient pas à me donner moins. La plupart du temps, je n’intervenais pas. Je n’ai pas eu à couper des performances. Je leur laissais aussi le champ libre pour bouger. Nous répétions dans le décor, sans éclairage, sans l’équipe, juste un cameraman. Le plus souvent la performance restait spontanée, crue, réaliste, comme un documentaire. Comme John Cassavetes, je laisse une grande liberté aux acteurs. Pas de marques au sol, ils peuvent prendre l’espace à 360°, l’équipe va dehors, je filme.

 

Pourquoi avoir choisi la lumière naturelle ?

Nous avons tourné en Louisiane sans lumière artificielle. Avec des chandelles, le tour est joué. Si nous manquions de lumières, elles figuraient dans le décor. Dans la scène de la boîte de strip-tease, nous avons placé une centaine de petites lumières rouges sur toutes les tables, deux par table. Sauf pour le gros plan de Matthew qui fait penser à une église où il y en avait une quinzaine. Le chef décorateur a éclairé le film avec l’aide du chef op’, ils ont géré la lumière en fonction de ce qu’ils avaient déjà naturellement. Ces caméras vous permettent de faire cela et cela crée une dynamique sur le plateau avec les acteurs. Ils ne ressentent pas la chaleur des projecteurs, ils n’ont pas de marques et ils n’ont pas l’impression d’agir. Ils sont dans un espace, ils peuvent utiliser 360 degrés et ils peuvent se déplacer. Je dois juste me retourner et les suivre. C’est rapide, c’est agréable et ça a l’air réel parce que vous ne faites que capturer la lumière de la réalité et que vous n’essayez pas de montrer et de recréer la réalité.

 

Le sida est-il un sujet qui vous touchait personnellement avant de faire ce film ? Pourquoi le scénario vous a-t-il tant intéressé ?

Avant de raconter l’histoire des Buyers Club et du sida, je voulais avant tout raconter l’histoire de Ron. McConaughey a réussi à amener à cet homme homophobe et violent une humanité et une bonté. Parce qu’après quelques minutes, le public est conquis par ce personnage malgré ses défauts. J’ai eu la chance de trouver un personnage de crapule, extrêmement rare au cinéma. Quand j’ai tourné la scène du supermarché, ça m’a sauté aux yeux…« Ho putain, c’est une histoire d’amour ! » « L’idiot est en train de mourir ». Deux mecs qui ne devraient pas s’aimer, qui restent totalement antinomiques et pourtant, ils s’aiment. Je sais bien qu’il y a une histoire collective, inscrite dans une époque donnée en parallèle. Le film est aussi un hommage aux activistes gay des années 80 qui ne sont plus avec nous, sauf quelques-uns. Ils ont dû attendre 12 ans (de 1983 à 1995) pour obtenir un traitement contre le sida, la trithérapie.

 

Votre film est nominé six fois aux Oscars. Quel effet ça fait ?

Les Oscars changent la perception des autres sur ton travail. Beaucoup d’acteurs sont venus me voir. C’est plutôt cool pour les acteurs et l’équipe. Déjà trois prix gagnés pour les garçons, ils sont bien partis, rien ne peut les arrêter. Je serais content pour eux. Mais les deux monteurs représentent également une belle nomination.

 

Selon vous, qu’est-ce qui fait un bon réalisateur ?

Etre honnête honnête envers vous-même et le désir. Pourquoi vous voulez faire un film et comment vous embrassez le cinéma. Quelle est l’éclat ? Quand je pense aux réalisateurs que j’aime, je me suis lié à ça. J’aime le fait qu’ils soient comme des enfants jouant avec un gros jouet essayant d’explorer et de s’amuser. Etre au service d’un sujet et d’une histoire, s’y plonger et tenter de faire rouler un public pendant deux heures dans le noir, avec des images, du son, de la musique, du silence. Pour moi, un gars comme Scorsese, Clint Eastwood, Soderbergh, ils ont une si belle compréhension du médium de ce qu’est le cinéma, comment ils l’explorent et l’utilisent pour raconter des histoires, nous émouvoir et nous faire rêver. Je suppose que la partie du rêve est importante. C’est peut-être ce qui fait un bon réalisateur. Le facteur de rêve.

 

 

ENTRETIEN AVEC Matthew McConaughey

En 25 ans de carrière de très trop ? films je retiendrais 5 films…1997/Amistad – 2000/U-571 – 2013/Mud et surtout en 2014 de Christopher Nolan INTERSTELLAR à voir absolument (à lire le très long article dans les 33 ultimes)

 

Les médias s’en sont gargarisés, inventant que j’arrivais chaque jour sur le plateau en rampant tellement j’étais affaibli. Sauf que c’est complètement faux. J’étais suivi par un nutritionniste, tout était contrôlé. Et si j’ai perdu 40 % de ma masse musculaire, c’est comme si elle avait été redirigée vers mon cerveau. J’étais à fond là-haut, mon esprit était affûté comme jamais, ma conscience était décuplée. Je faisais des repas normaux, très équilibrés. C’est juste la quantité qui était réduite. Je mangeais du poisson, des légumes, mais en petites portions. Le truc dingue c’est que plus mon esprit carburait, plus mon métabolisme s’accélérait. L’énergie que je mettais dans le personnage brûlait les calories. Je me suis stabilisé à 60 kilos, le poids qui me semblait juste. Tout à coup, j’avais besoin de trois heures de sommeil en moins par nuit, j’étais debout tous les jours à 4 h 30. Le soleil brillait mais je ne pouvais pas aller dehors car il fallait que je garde un teint pâle pour le film. Je restais donc enfermé à bosser, à me documenter…J’ai passé cinq mois replié sur moi-même, une expérience assez hermétique. Heureusement, j’avais un sujet passionnant à étudier celui de Ron Woodroof. Je compulsais des tonnes d’informations, j’étais devenu insatiable. À présent que j’ai repris les kilos, cette effervescence mentale s’est atténuée. Tant mieux car ce n’est pas un état dans lequel j’aimerais être en permanence. Les gens qui m’entourent auraient fini par péter les plombs.

 

Ça faisait un bon moment que j’essayais de monter Dallas Buyers Club. Les autres films que j’ai tournés ces deux dernières années étaient venus à moi. J’ai décidé de relancer ma carrière. Je voulais me repositionner et j’ai dit non à des projets qui me plaisaient mais qui auraient été trop évidents. J’ai regardé mon compte en banque et tout allait bien. J’étais quand même un peu inquiet à l’idée de disparaître de la circulation dans le sens où je ne savais pas combien de temps il allait me falloir pour renverser la vapeur. Et puis au bout d’un an et demi, deux ans, le téléphone s’est remis à sonner, les bons scripts ont recommencé à arriver. Aujourd’hui, je me fais plaisir comme ça ne m’était pas arrivé depuis longtemps. Je suis impatient d’aller au boulot le lundi matin, sensation agréable que j’avais perdue.

 

 

Une nomination aux Oscars c’est formidable. Certaines personnes sont opposées à ce genre de récompenses mais je trouve normal de juger l’art. Sinon le journal intime que je tenais lorsque j’avais 13 ans aurait potentiellement autant de valeur que du Shakespeare…Je suis donc ravi et flatté que Dallas Buyers Club fasse partie des candidats aux nominations. J’adore cette histoire, ce personnage. J’ai vécu une expérience unique, j’ai bossé comme un acharné pour lui donner corps et je suis forcément touché que ce travail soit reconnu.

 

 

 

 

 

J’étais à Berlin et il y avait une réunion Skype avec le réalisateur. Ce n’était pas vraiment une audition, mais je savais que c’était un test, dès que nous nous sommes connectés, j’ai mis du rouge à lèvres et il a été abasourdi. J’ai défait la veste noire que j’avais, j’ai enfilé un pull rose en fourrure sur mes épaules et j’ai procédé à un flirt avec lui pendant les 20 minutes suivantes. Je me suis réveillé le lendemain avec le rôle, alors… une fille doit faire ce qu’une fille doit faire. JARED LETHO