2003 – Tabernacle !

 

Ce dont je me souviens qui avait été particulièrement touchant sur «Les invasions barbares», c’est la mort du héros. Je pleurais tellement que je ne pouvais pas voir si tout était en place. Je me suis retourné vers le chef opérateur pour l’interroger mais lui aussi pleurait et m’a lancé: «Je ne peux pas te dire si c’est bien, on verra aux rushes.» Ce sont des souvenirs merveilleux. Mais je me fiche que le public soit là ou pas. Bien sûr, les prix, le succès, ça fait plaisir à tout le monde. Mais chacun de mes long-métrages a été une aventure extrêmement agréable donc je n’ai que des souvenirs heureux. Denys Arcand

 

 

 

UNE TRILOGIE EN QUATRE ACTES…

 

1986…Le déclin de l’Empire Américain

2003…Les Invasions Barbares

OSCAR 2004…Meilleur film étranger / CESAR 2004…Meilleur FILM / REALISATEUR / SCENARIO

2007…L’Age des Ténèbres

2018…La chute de l’Empire Américain

 

 

 

PRENDRE LA PAROLE   par Thierry Jobin

 

 

 

Les Invasions barbares du Québécois Denys Arcand évoque l’euthanasie et le cannabis. Il se place sur la scène internationale, dans l’après 11-septembre, au milieu des mondes de Ben Laden et des réseaux Internet. Depuis le succès du Déclin de l’empire américain en 1986, on sait Arcand moins apte à montrer qu’à dire ou plutôt faire dire. Il est l’un des seuls cinéastes qui écrit ses dialogues avant de chercher à construire un scénario. Tout le monde fait l’inverse ? Cet auteur possède suffisamment de verve et de verbe pour construire deux heures de film sur le seul usage de la langue. La sienne est ornée et brillante, avec, pour exotisme, le charme de l’accent québécois. Et ça plaît. en plus d’un Prix d’interprétation féminine, le jury de Cannes lui a primé son scénario. Dix-sept ans après, Denys Arcand réunit les personnages du Déclin de l’empire américain, ces quatre hommes et quatre femmes qui jouent avec la conversation, surtout quand il s’agit de sexe. Qu’en reste-t-il en 2003 ? Des larmes avec la mort annoncée de Rémy, le bon vivant du premier film, sert aux retrouvailles. Et, tout autour de cette Cène, l’optimisme forcé, crispant, d’une génération de quinquas universitaires qui s’encanaillent comme les aristocrates du XVIIIe donnaient des fêtes galantes en attendant d’être emportés par la Révolution.

 

 

Le film est donc profondément ancré dans une génération et une classe sociale précises. Celle, aujourd’hui dirigeante, née dans les années 50 qui agace les jeunes comme les enfants des personnages, qu’Arcand réduit à une junkie altruiste et un capitaliste scotché à son portable. Eux ne s’éveilleront au monde que lorsque, peu avant le générique de fin, ils auront écouté la leçon de leurs anciens, rejoint la collégialité hédoniste, partagé un pétard et prétendu se moquer de tout.

 

 

 

 

UNE VISION DU MONDE   par olivier bachelard

 

Le Déclin de l’empire américain, auquel ce film fait suite, était un film bavard, aux répliques cinglantes, empruntes de son époque post soixante-huitarde. Les invasions barbares retrouve le même ton, un rien plus grave. L’âge des principaux personnage joue sur leur manière de voir le monde, qui a donc bien évolué. Chacun y va de son regard sur le passé ou sur le monde actuel. Et les critiques fusent. Tourné vers la découverte des nouveaux personnages que sont les enfants, on passe à une grande retrouvaille de la bande de copains du premier film. Le réalisateur installe l’antagonie entre Rémy et son fils, avant d’en orchestrer le rapprochement. Au passage, ses dialogues ciselés mains, font mouche, et s’avèrent toujours autant porté sur le seul sujet important…Le sexe. Il égratigne aussi les pros du syndicalisme, offrant finalement un équilibre un rien désabusé, entre gauchisme et monde capitaliste.

 

La vision du monde de Denys Arcand, est celle d’un futur bipolaire, où les américains qui dominent aujourd’hui le monde auront à repousser les barbares que sont tous les autres. Abordant les sujets de la mort et de la transmission du savoir et des souvenirs, il nous offre non seulement un des grands éclat de rire de l’année, mais aussi un film tolérant et provocateur, et d’une grande puissance émotive. La scène où le groupe d’ami se resserre autour du malade pour écouter le dernier message de sa fille, restera parmi les plus beaux moments de cinéma. A voir absolument.

 

 

 

 

NOUVELLE GENERATION par Benjamin Thomas

 

 

Il y a dix-sept ans sortait ” Le Déclin de l’Empire Américain “, comédie douce-amère, une sorte de film à la Yves Robert, mais en mieux, plus en verve, plus intellectuel, aux dialogues déjà bien ciselés. Le film nous laissait un groupe d’amis universitaires qui ébauchait un dur constat sur les velléités de liberté et d’émancipation dans tous les domaines, y compris sexuel de leur jeunesse n’avaient peut-être pas eu la portée qu’ils escomptaient. Dix-sept ans plus tard, nous retrouvons dans ” Les Invasions Barbares ” Remy, toujours prof d’Histoire à l’Université de Montréal, si ce n’est qu’un cancer incurable l’a obligé à quitter son poste. Son ex-femme appelle à la rescousse leur fils, Sébastien, trader qui a le vent en poupe, en froid avec son père pour qui il incarne les espoirs déçus de sa génération. Comme le résume parfaitement Remy …Le socialiste voluptueux a engendré un capitaliste puritain “. Tout comme la génération de Remy, pourtant idéaliste et progressiste, a laissé se construire le monde d’aujourd’hui…Inculte, cynique et froid. Et pourtant… Pourtant Remy n’a pas envie de le quitter ce monde…C’est là toute la beauté et la force du film en mêlant la destinée personnelle d’un homme à ce que sont devenus les idéaux de sa jeunesse.

 

 

” Les Invasions Barbares ” parle de la mort. Pas de la maladie, ici simple prétexte, mais bel et bien de la mort. Du sentiment d’incomplétude mais aussi d’injustice et de révolte un peu égoïstes à l’idée de devoir tout quitter quand on n’en a pas forcément envie…Remy a l’impression de ne pas avoir mené à bien tout ce qu’il aurait pu accomplir, mais, en même temps il a tellement aimé sa vie passée qu’il a du mal à en quitter ne serait-ce que le souvenir. ” Les Invasions Barbares “ parle aussi des espoirs déçus d’une génération, qui s’est certes trompée souvent, comme en rient eux-mêmes Remy et ses amis, mais au moins croyait-elle en quelque chose, là où la jeunesse d’aujourd’hui nous est montrée cynique à souhait…On retiendra la séquence d’ouverture, dans les couloirs de l’hôpital public nationalisé et donc bénéficiant de crédits ridicules, promenade que nous faisons en compagnie d’une nonne qui apporte la communion à certains patients, alors que la génération de Remy, en 1966, s’est battue pour la laïcité et la fin de la domination outrancière de l’église au Québec. L’image d’un monde où Remy n’a vraiment plus sa place, puisque même les organisations syndicales sont devenues des sortes de petites mafias. Mais il ne s’agit pas pour Arcand de donner dans la caricature. Comment un film aux dialogues aussi fins, enlevés, justes pourrait-il donner dans la caricature, de toute façon ? Et s’il porte un regard lucide sur les combats de son époque, au point de faire une apparition ironique en tant que membre d’un syndicat crapuleux, il ne les renie pas pour autant. Nous offrant ainsi quelques bonnes scènes épinglant le clergé comme la scène dans les caves du diocèse, ou Remy raconte le génocide des Indiens à la nonne…

 

 

 

De même la jeune génération est loin d’être traitée en monochrome. Sébastien révèle une part de lui faite d’amour et d’abnégation qu’on ne lui soupçonnait pas de prime abord. Enfin, si quelques clichés affleuraient, dans ” Le Déclin de l’Empire Américain “, sur l’homosexualité et les femmes, on peut dire qu’Arcand s’en détache totalement ici. À vrai dire, c’est même dans les jeunes femmes que réside l’espoir et le salut de ce monde; on le sentait avec la jeune étudiante qui refuse de monnayer sa compassion, cela devient évident avec Nathalie qui, à la fin, s’installe chez Remy et s’arrête quelques instants avec intérêt devant la bibliothèque. Enfin, même si Arcand n’est pas ce qu’on pourrait appeler un cinéaste à la pointe de l’innovation formelle, il a assez de personnalité pour donner un attrait certain et une cohérence à toutes ces saynètes, tantôt poignantes, tantôt truculentes, mais toujours émouvantes. La scène de la mort de Remy est à la fois très simple, très sobre, mais tout est dit, en quatre plans, de la douleur d’une vie éphémère face à la permanence du monde. La justesse du regard d’Arcand accompagnera jusqu’à la fin le personnage de Sébastien. Lui qui était persuadé, à trente ans à peine, d’avoir totalement réussi et rempli sa vie, repartira du Québec en ayant appris le sentiment d’incomplétude. Ce même sentiment qu’a pu se formuler son père à l’approche de la mort.

 

 

Il est presque comique de lire, ici ou là, des critiques indécises dont les auteurs ont été touchés par ” Les Invasions Barbares “, mais ne peuvent pas se résigner à en dire tout à fait du bien, se contentant de le recommander du bout des lèvres, précisément parce qu’ils ont été touchés…Délectons-nous d’œuvres aussi simples qu’intelligentes, aussi poignantes qu’universelles, à l’émotion certes présente mais non pas niaiseuse, et qui touchent à la complexité de la vie dans l’épure, débarrassées de toute posture nombrilo-élitiste.

 

 

” Ce n’est pas cynique, c’est pour vous informer “

Denys Arcand



 

ENTRETIEN AVEC DENYS ARCAND

 

60 ANS DE CARRIERE – 26 FILMS 



Après l’amour dans « Le déclin de l’empire américain » et la santé dans «Les invasions barbares», vous vous attaquez à l’argent.

C’est significatif de l’évolution de vos préoccupations ?

Peut-être même si ça n’était pas conscient. Quand j’ai fait « Le déclin de l’empire américain », j’avais 42 ans, je venais de divorcer, tout ce que j’écrivais, je l’avais vécu. C’est sûr que jeune, l’amour et le sexe prennent toute la place. Plus vieux, c’est peut-être le fric le dernier rempart de ce qui nous intéresse dans la vie, une fois passés l’amour et la crainte de la mort. Enfin, théoriquement, ça ne devrait pas être dans cet ordre là: la mort devrait arriver en dernier mais ça s’est présenté ainsi pour moi… Aujourd’hui, l’argent domine le monde, il ne reste plus rien d’autre. D’ailleurs, « La chute de l’empire américain » devait initialement s’appeler ” Le triomphe de l’argent “. Le rattacher finalement à cette trilogie était une façon de montrer que je creuse toujours le même sillon.

 

Rattacher ce troisième volet à vos plus grands succès n’était pas aussi une façon de lui permettre d’être plus vu ?

Peut-être oui. Mais ça on le sait toujours à posteriori. Si le public est venu, on dit « Ah c’était un coup de génie » et si il n’est pas venu, on se « merde, on n’aurait pas dû » Après avoir fait « Le déclin de l’empire américain », j’ai fait un film qui s’appelait « Jésus de Montréal ». Et alors que le Déclin avait très bien marché, Jésus, lui, n’a pas très bien fonctionné en France. Comme le film était distribué par UGC qui a de très bons analystes de contenus, je leur ai demandé d’aller à la porte des cinémas pour interroger les gens sur ce qu’ils n’avaient pas aimé. Et bien, ceux qui avaient vu le film l’adoraient. Mais le mot «Jésus» les bloquait. C’est un anathème dans les pays latins, en France, Espagne, Italie… Inversement, ce fut un énorme succès en Angleterre, en Allemagne, dans les pays scandinaves. Parce qu’il n’y a pas eu le catholicisme. Mais ça, on le comprend seulement après. De l’importance d’un titre…

 

C’est l’élection de Trump qui vous a donné envie de croquer ainsi l’époque ?

Pas seulement. J’ai un jour entendu parler d’un crime horrible survenu en pleine journée dans une rue très passante de Montréal. Je connaissais le commissaire de police chargé de l’enquête et je l’ai appelé en disant…“Est-ce qu’on peut aller prendre un café pour en parler ?” Là, il s’est mis à me raconter des trucs invraisemblables sur le crime organisé. Les policiers savent des choses sur une ville que personne ne sait. Moi, ça me fascine, je prends des notes ! Mais comme les gens me connaissent, ils savent que je ne balancerai pas de noms et que je maquillerai les choses derrière une fiction, donc ils deviennent plus bavards.

 

Vous filmez par le menu comment contourner la loi à son profit. Il faut être très cynique pour écrire ce genre d’histoire ?

Ce n’est pas cynique, c’est pour vous informer. Vous avez vu les “Panama papers”, on sait tous que les grands joueurs de foot ici en Europe ont placé leur argent quelque part. Moi, j’ai mené l’enquête et je vous explique comment ça se passe.

 

 

 

 

Le héros explique dans un monologue que l’intelligence est un handicap pour réussir

Je ne peux pas vous citer le nom des personnes présentes parce que c’était un dîner mondain privé mais les gens parlaient de la faillite de Jean-Marie Messier et quelqu’un a dit «Pourtant, il était très intelligent». Ce à quoi un homme d’affaire célèbre a rétorqué «En affaire, je ne crois pas que l’intelligence soit un avantage, c’est plutôt un handicap». Depuis, cette phrase me hante. Je me suis dit «un jour, il faudra que je commence un film comme ça...”Si on est un peu stupide, on réussit mieux”.

 

Le héros geek, pas beau, qui réussit à séduire la sublime call-girl…C’est une vision très patriarcale des rapports hommes/femmes !

Oui…Mais d’abord, il n’est pas si vilain que ça, il a un corps sublime ce garçon donc elle ne fait pas un sacrifice physique en étant avec lui. Deuxièmement, je ne suis pas sur qu’ils restent si longtemps ensemble…C’est juste qu’elle a ce moment de faiblesse ou de pureté. Mais peut-être finira-t-elle sa vie sur un yatch en Méditerranée, Rien n’est définitif, c’est juste une fin possible, paisible. J’essaie toujours de clore mes films ainsi. Parce que lorsque je vais au cinéma, je n’ai pas envie de sortir avec un goût complètement amer dans la bouche en me disant «Merde, pourquoi est ce qu’on ne se suicide pas tous ?

 

Le déclin de l’empire américain ” parlait déjà d’inégalité entre les sexes et des problématiques sur le genre. Ça vous amuse d’avoir eu raison ?

Ah oui, plus que ça, ça me ravit ! Je me couche le soir et j’ai un sourire. Le fait que le film, plus de trente ans après, résonne encore à ce point me rend très fier. D’autant qu’à l’époque on me disait…“Vous exagérez, ce n’est pas ça !” OK, eh bien, attendez un peu !

 

La chute de l’empire américain, dit qu’une révolution est inévitable, voire nécessaire, sort en pleine crise des gilets jaunes…

Je crois que ce sera mon épitaphe…“Je vous l’avais bien dit que ça finirait comme ça !” C’est cela, l’utilité des cinéastes et des artistes dans une société…On est le canari dans la mine de charbon qui sent que ça va mal juste avant l’explosion. Le cinéma, les romans, le théâtre ne sont pas des manuels d’action politique, ils ne font que lancer des alertes. Aux politiques ensuite d’agir.

 

 

 

Vous qui détestez le politiquement correct, comment voyez-vous émerger tous les mouvements féministes depuis l’affaire Weinstein ?

Je prends des notes dessus en ce moment. Je ne peux presque pas répondre à cette question parce qu’elle est piégée. Il n’y a pas de bonne façon d’y répondre. Vous vous souvenez de cette lettre que Catherine Deneuve avait signée en disant «on peut quand même flirter» et on l’a assassinée le lendemain ? Ou Matt Damon aux Etats-Unis qui a dit «ok, le viol est un crime mais il y a autre chose qui n’est pas nécessairement un crime» et lui aussi s’est fait assassiner. Ce sujet est extraordinairement compliqué et peut dériver vers un politiquement correct absurde. Ma femme productrice était par exemple cet automne dans un festival en Espagne je la cite là parce que c’est elle qui me l’a raconté et cette question s’est posée. Devant un panel féminin, elle a demandé «que dois-je faire si un homme vient me proposer un scénario brillant que j’ai envie de faire et de l’autre côté une femme me propose un scénario moins bon ? Est ce que je dois privilégier la femme ? Et les Espagnoles unanimement ont répondu «oui». Parce que trop d’hommes ont réalisé de mauvais scénarios, il est temps que des femmes aient le droit à leur tour d’en faire des mauvais aussi…En ce moment au Canada, c’est le paradis du politiquement correct.

 

Aux États-Unis aussi.

Moins parce que ce n’est pas réglementé comme ça l’est dans un pays de fonctionnaires comme le Canada, la Suède etc Maintenant, chaque producteur ne peut pas présenter un projet d’homme sans présenter en parallèle un autre de femme. Cela créé des situations absurdes: les quelques femmes qui sont douées et travaillaient déjà sont inondées d’offres. Au point qu’elles ne peuvent plus répondre à la demande parce que tous les producteurs ont besoin d’elles. Au contraire, les réalisateurs hommes entre 40 et 50 ans, qui ont fait des films intéressants mais pas des gros succès, eux ne travaillent plus. Je ne sais pas quoi en penser. Et en général, quand je ne sais pas quoi penser de quelque chose, c’est un bon départ pour un film. J’ai envie de creuser.

 

 

Vous étiez le cinéaste québécois le plus célèbre. Aujourd’hui, il y a Xavier Dolan et Denis Villeneuve. Vous seriez tenté par Hollywood ?

Il est trop tard pour moi. On m’a principalement proposé des scénarios. Mais si j’avais eu à le faire, je l’aurais fait avant. Ma vie privée m’en a empêché. J’étais avec des femmes qui ne voulaient pas partir !

 

Vous avez encore des rêves de cinéaste inassouvis ?

Non. Il y a des choses que j’aurais pu faire ailleurs mais que je ne peux pas faire dans mon pays parce que les budgets ne sont pas assez importants. Un film historique, sur l’histoire du Canada notamment. Il m’arrive parfois de me dire que ce serait un beau sujet. Sauf qu’il faudrait ceci et cela donc je me suis habitué à penser uniquement à des sujets contemporains où l’on n’a pas besoin de châteaux, de costumes, de chevaux etc C’est devenu une sorte de discipline.

 

Les invasion barbares a connu une carrière rare avec les prix raflés à Cannes, les César, les Oscar…C’est un film qui vous tient le plus à cœur ?

Non pas du tout. Ce dont je me souviens qui avait été particulièrement touchant sur « Les invasions barbares », c’est la mort du héros. Je pleurais tellement que je ne pouvais pas voir si tout était en place. Je me suis retourné vers le chef opérateur pour l’interroger mais lui aussi pleurait et m’a lancé: «Je ne peux pas te dire si c’est bien, on verra aux rushes.» Ce sont des souvenirs merveilleux. Mais je me fiche que le public soit là ou pas. Bien sûr, les prix, le succès, ça fait plaisir à tout le monde. Mais chacun de mes long-métrages a été une aventure extrêmement agréable donc je n’ai que des souvenirs heureux. D’ailleurs, j’ai fait un long qui s’appelait «Stardom», que vous avez vu ici à Cannes mais qui a eu un succès assez moyen au Canada. Sauf qu’il a été acheté par HBO qui l’a passé un samedi soir donc il se pourrait bien que 50 millions de spectateurs l’aient vu ce soir là. Et que ce soit celui de mes films qui a été le plus vu…Tout ça ne veut rien dire. De grands cinéastes ont fait des films qui marchaient moins, le succès ou l’insuccès n’a aucun rapport avec la valeur d’une œuvre.