2025-Un passé heureux…

Dans les premières scènes qui voient le jeune Dylan présenter ses chansons en public, Mangold multiplie à plusieurs reprises des champ-contrechamps entre son personnage et les regards aussi silencieux qu’ébahis des spectateurs. Assez vite, cette stratégie participe à façonner une icône strictement musicale, qui parle moins qu’elle ne chante, comme en témoigne la rencontre avec Joan Baez, à qui Dylan succède sur la scène du N.Y. Center Folk Music en 1961. Alors que cette dernière s’apprête à quitter la salle sans un regard pour lui, il prononce au micro quelques mots destinés d’abord à attirer son attention « How about that Joan Baez, folks ? », puis à la retenir « She sings pretty. Maybe a little too pretty… » Lorsqu’il commence à jouer et qu’elle se rapproche de la scène pour mieux l’entendre, ensorcelée à son tour par le jeune prodige, les paroles paraissent prendre le relais de cet étrange dialogue à sens unique, comme s’il se présentait à elle...« I was young when I left home / And I been out ramblin’ ‘round ».

 

 

 

 

GREENWICH VILLAGE RESSUSCITE  par Étienne Cimetière-Cano

 

Bien que conventionnelle, cette dynamique au cœur des scènes de concerts produit son lot de moments réussis, d’abord grâce à la performance de Timothée Chalamet, qui reproduit les caractéristiques vocales et l’attitude de Dylan, y compris l’évolution de sa diction au fil des années jusqu’à son tournant « marmonnant » en 1965. Mangold a conscience qu’une large part de son dispositif repose sur la réussite de cette interprétation, et les longs plans resserrés dans lesquels il filme son personnage trahissent son désir de s’approcher au plus près du musicien légendaire. L’autre intérêt des nombreuses scènes musicales réside dans la manière dont Mangold fait des échanges de regards le vecteur des relations entre les personnages. C’est là un point commun avec Walk the Line, le biopic que le réalisateur consacrait à Johnny Cash il y a vingt ans. Les deux films partagent d’ailleurs un enjeu narratif similaire : le tiraillement d’un artiste entre deux femmes, l’une incarnant une stabilité dans laquelle il se reconnaît de moins en moins (Sylvie Russo, sa petite amie peintre) et l’autre les ambitions artistiques (Joan Baez, déjà très connue lorsqu’il la rencontre). La scène pivot du Newport Folk Festival en 1964 offre un bel exemple de cette triangulation des regards. Elle débute avec la prestation de Joan Baez, filmée en un plan large, avant qu’un travelling avant ne révèle la présence de Dylan observant le concert depuis les coulisses. Lui-même, quelques instants après, est distrait par l’arrivée, derrière lui, de Johnny Cash, avec qui il correspond régulièrement, mais qu’il rencontre alors pour la première fois. Enfin, un plan dans le public montre Sylvie s’installer, ce que le chanteur remarquera peu après dans une vue subjective. Ces simples jeux de regards silencieux révèlent déjà les rapports d’admiration et de pouvoir entre les différents protagonistes. Son concert terminé, Baez rejoint les coulisses à son tour et lorsque Dylan monte sur scène, les rôles s’inversent…Tous les regards (de Baez, de Cash et de son mentor Pete Seeger dans les coulisses ; de Sylvie et de sa sœur dans le public) sont focalisés sur lui. Il entonne (pour la première fois) « The Times They Are A‑Changin’ » et immédiatement, le public se lève dans un enthousiasme délirant. Mais si le regard de Joan Baez témoigne d’une admiration pour Dylan, qui est désormais son égal, celui de Sylvie, saisi en contreplongée depuis le public où elle est assise, traduit un désemparement : elle réalise soudainement qu’elle n’est plus rien face à l’immense succès de son petit ami.

 

En dépit de ces séquences inspirées, Mangold pèche toutefois par gourmandise et accumule des vignettes anecdotiques qui finissent par donner au récit des allures de chasse au trésor destinée aux fans du chanteur. S’il ne montre rien du processus créatif de Dylan, il dévoile en revanche avec soin l’origine de détails des chansons les plus connues, comme le sifflet utilisé au début de « Highway 61 Revisited » ou la ligne d’orgue de « Like a Rolling Stone ». Ces clins d’œil renforcent le piège hagiographique auquel n’échappe pas le film, à force de donner le sentiment que tout glisse sur son personnage, Mangold ne raconte pas grand-chose de son génie et de ses tourments. De fait, la fascination flottante instaurée dans les premiers temps du récit se délite petit à petit à cause d’une fonctionnalisation relativement stérile. Là où Walk the Line s’articulait autour de la double relation tumultueuse de Cash, la deuxième partie du film s’achemine vers un virage dans la carrière de Dylan avec son passage à l’électrique, emblématisé par son célèbre concert au Newport Folk Festival 1965, où il s’est attiré les huées du public.

 

Mais comment faire de cette bascule esthétique un enjeu dramatique, alors même que Mangold ne dit jamais rien de la musique en elle-même ? Le réalisateur procède pour ce faire à une torsion historique en mettant en scène, la veille du concert fatidique, un duo entre Dylan et Baez, qui se sont quittés en mauvais termes plus tôt et se chantent l’un l’autre « I’m not the one you want, babe / I’m not the one you need ». Cette façon d’envisager les paroles comme un prolongement direct du récit confère ici néanmoins un autre sens au texte et c’est aussi et surtout au public de la folk traditionnelle qu’il dit « It ain’t me you’re looking for ». La peinture du festival qui en résulte s’avère dès lors tristement manichéenne…Les organisateurs sont dépeints comme des figures antagonistes et conservatrices refusant le nouveau son « de merde » de Dylan et son groupe, propulsés ambassadeurs d’une modernité aux contours flous. Mangold manque ainsi la portée émotionnelle de l’ultime chanson de la performance mythique, « It’s All Over Now, Baby Blue », interprétée en acoustique. « You must leave, now take what you need / You think will last / But whatever you wish to keep / You better grab it fast » chante-t-il, mais faute d’avoir donné plus de perspectives à ses contradictions pourtant passionnantes, les paroles ne revêtent qu’une plate littéralité ne dépassant pas l’horizon discursif un comble pour la biographie de l’un des artistes les plus influents de l’histoire de la musique.

 

 

 

JAMES MANGOLD

 

 

 

 

QUEL EST LE VRAI DU FAUX… par Laure Narlian

 

Les gens fabriquent leur propre passé…Ils se souviennent de ce qu’ils veulent. Ils oublient le reste…Lance Bob Dylan à sa fiancée dans Un parfait inconnu, C’est phrase résume parfaitement l’état d’esprit du musicien vis-à-vis de la réalité. Légende nimbée à jamais de mystère, le mystificateur Bob Dylan n’a jamais hésité à falsifier les faits à son sujet, autant par jeu que par dissimulation malicieuse, pour égarer les journalistes. À ses débuts, il prétendait avoir travaillé à l’adolescence dans un cirque itinérant ou être un orphelin venu du Nouveau Mexique, alors qu’il est originaire d’une famille de la classe moyenne du Minnesota. Pas simple donc, d’y voir clair pour un réalisateur de biopic, tout en étant libérateur. Le film qui se concentre sur quatre ans de la vie de Dylan et en particulier sur son passage à l’électricité qui fit converger folk et rock, James Mangold s’est appuyé sur le livre méticuleux d’Elijah Wald Bob Dylan électrique Newport 1965, salué par l’intéressé. Mais, par souci de mise en scène, il a pris certaines libertés avec les faits et la chronologie.

 

 

 

 

Bob Dylan a-t-il vraiment rencontré Woodie Guthrie à l’hôpital dès son arrivée à New York  ? Dans le film, le jour même de son arrivée à New York, Bob Dylan rencontre quelqu’un dans un bar qui lui indique que son héros Woody Guthrie, atteint de la maladie d’Huntington, est soigné dans un hôpital psychiatrique du New Jersey. Arrivé sur place, il rencontre le chanteur et guitariste folk, rendu muet par la maladie, ainsi que Pete Seeger qui se trouve à son chevet. À cette occasion, il les impressionne en jouant pour eux à la guitare sèche la chanson hommage Song to Woody.

 

Lorsqu’il est arrivé à New York, rencontrer Woody Guthrie était bien l’une des priorités, Bob Dylan a d’abord contacté la famille de Guthrie dans le Queens, avant de le rencontrer pour la première fois chez des amis, les Gleason, à East Orange, dans le New Jersey, où Guthrie, effectivement atteint de la maladie d’Huntington, passait la plupart de ses week-ends, nous apprend Rolling Stone. De son côté, Pete Seeger a rencontré Dylan dans un bar de Greenwich Village car on lui avait recommandé d’aller l’écouter. Là, il l’a invité à se produire lors d’une prochaine jam session folk au Carnegie Hall. Il l’a bien pris sous son aile, mais contrairement à ce que montre le film, Bob Dylan n’habitait pas chez lui. Enfin, si Song to Woody est une des toutes premières compositions de Bob Dylan et qu’elle est effectivement dédiée à Woody Guthrie, il ne l’a écrite qu’après avoir passé du temps avec lui dans le New Jersey, durant l’année 1961. Une rencontre qui lui a inspiré la chanson Song to Woody. Pete Seeger n’était pas présent ce jour-là, et il semble que le seul harmonica que Woody Guthrie ait jamais offert à Dylan ait été métaphorique.

 

 



Bob Dylan vivait-il un triangle amoureux avec sa fiancée Sylvie et Joan Baez ? Dans le film Bob Dylan est en couple avec Sylvie Russo, et elle n’a pas plus tôt tourné le dos pour se rendre en Italie qu’il se retrouve au lit avec Joan Baez. Vers la fin du long-métrage, il joue en duo avec Joan Baez au Newport Festival 1965, sous le regard dévasté de Sylvie qu’il a presque obligée à venir, en la conduisant à moto.

 

Ce triangle amoureux est loin d’être fidèle aux faits, chronologiquement parlant. Comme nous vous le racontions précédemment, Sylvie Russo n’a jamais existé, mais elle est fortement inspirée de Suze Rotolo, la première petite amie new-yorkaise de Dylan. Selon Elijah Wald cité par le New York Times, Suze Rotolo a bien passé six mois en Italie lorsqu’ils étaient encore ensemble, mais l’idylle de Dylan et Baez a débuté bien plus tard, à l’été 1963. En revanche, les rapports tumultueux qu’entretiennent Dylan et Baez dans le film « Ça sent trop l’effort, tes paroles, c’est comme les peintures à l’huile des cabinets de dentiste », grince-t-il le matin de leur première nuit ensemble, tandis qu’elle le traite de « connard » sont assez réalistes, de l’avis des spécialistes. Cependant, les connaisseurs s’étonnent de ne pas trouver trace dans le film de Sara Lownds, mannequin en couple avec Dylan dès 1964 et qu’il épousa peu après le Newport Festival 1965, en novembre, et avec laquelle il a eu quatre enfants. Enfin, la vraie Suze Rotolo n’était pas présente au festival de Newport en 1965 et n’était plus avec lui depuis longtemps à ce moment-là, de même que Joan Baez.

 

 



La tournée commune de Bob Dylan et Joan Baez en 1965 était-elle aussi tendue que dans le film ? Dans le film, Bob Dylan et Joan Baez jouent All I Really Want to Do en duo, lors d’une date de leur tournée sur la côte Est des Etats-Unis en 1965, puis il arrête abruptement. Elle essaye de jouer Blowin’ in the Wind que le public leur réclame, il s’y refuse. « Il ne s’agit pas d’un concert à la demande, si vous voulez écouter ça, allez voir Donovan. » Il quitte alors la scène et elle termine le show toute seule.

 

Selon les spécialistes, Joan Baez et Bob Dylan ne se sont jamais chamaillés publiquement sur scène et cette prise de bec est fictive. Cette scène traduit néanmoins très bien la tension qui régnait entre ces deux icônes aux derniers temps de leur tournée commune. « Les gamins l’appelaient à jouer des chansons qui leur parlaient », mais Dylan s’en fichait, se souvient-elle dans le livre d’Elijah Wald. Le musicien, qui voulait aller de l’avant, n’avait pas envie de jouer ses tubes passés. Le volet britannique de leur tournée, en avril-mai 1965, qu’elle quittât à mi-parcours, a semble-t-il marqué la fin de leurs relations. Contrairement à ce que montre le film, ils ne jouèrent pas ensemble au festival de Newport 1965. Cette année-là, à ce festival, Joan Baez joua avec Donovan.





Johnny Cash a-t-il incité Bob Dylan à faire sa révolution rock ? Dans le film, Johnny Cash, joué par Boyd Holbrook, encourage résolument Bob Dylan à ignorer les grincheux de la folk music et à faire sa révolution électrique. « Je ne pense pas qu’ils veulent entendre ce que je veux jouer », lui dit Dylan. « Qui ça eux ? », demande Cash. « Tu sais, les gens qui décident ce que la musique folk est ou n’est pas. » Ce à quoi Cash assène « Qu’ils aillent se faire voir. Je veux t’entendre. Va mettre un peu de boue sur le tapis. Fais du bruit, Big D. »



En réalité, Johnny Cash n’était pas présent au festival de Newport en 1965. En revanche, il était à l’affiche l’année précédente et avait joué un set électrique, ce qui prouve que Dylan n’était pas le premier à brancher ses guitares sur des amplis à ce festival « Concernant l’onde de choc que fut la réinvention électrique de Dylan, on ignore trop souvent que Lightin’ Hopkins, les Chambers Brothers et le Paul Butterfield Blues Band avaient déjà joué des sets électriques à Newport ce même week-end » de 1965, écrit d’ailleurs Elijah Wald dans son livre. Pour revenir à Johnny Cash, lui et Bob Dylan s’écrivaient régulièrement. Le réalisateur James Mangold explique à Entertainment Weekly avoir ausculté leur correspondance, transmise par le manager de Dylan, Jeff Rosen. Selon lui, ce qu’il fait dire à Johnny Cash dans le film reprend mot pour mot ce qu’il lui disait dans ses lettres « Fonce ! »

 

 



Pete Seeger était-il si opposé à la conversion à l’électricité de Bob Dylan ? « Une bonne chanson n’a pas besoin d’amplification » dans le film, le musicien et mentor de Dylan Pete Seeger, et ses acolytes organisateurs du Newport Folk Festival, sont présentés comme les gardiens du temple folk, des puristes conservateurs totalement opposés à la guitare électrique, à la pop et au rock. Pete Seeger est si en colère lors du concert de Dylan au festival de 1965 qu’il se retient d’y mettre un terme en tranchant les fils des amplificateurs à coups de hache.

 

Selon Elijah Wald, cette histoire de hache est une légende montée en épingle, un malentendu verbal, le mot ax pouvant aussi bien dire « hache » que « guitare » dans le jargon des musiciens, explique-t-il dans son livre. Mais il reconnaît que Pete Seeger était dans tous ses états et en colère ce jour-là, horrifié par le volume sonore et la distorsion des amplis de guitare poussés dans le rouge, qui agressaient les tympans. Comme dans le film, il alla, en vain, voir les responsables de la table de mixage pour faire baisser le son, et c’est sa femme Toshi qui finit par le calmer. Enfin, Bob Dylan termina bien, en guise de rappel et pour calmer les esprits, par un petit set acoustique, qui comprenait deux chansons, dont It’s All Over Now, Baby Blue, qu’on le voit jouer dans le film. Cependant, Elijah Wald refuse de ne voir Pete Seeger que comme un vieux barbon folk. Selon lui, il a vite compris que Dylan avait besoin de se libérer du carcan de la scène folk, ils sont restés en contact et ont continué à se voir longtemps.

 

 



Bob Dylan s’est-il fait traiter de « Judas » au festival folk de Newport 1965 ? Dans le film lorsque Dylan et son groupe empoignent les guitares électriques au concert de Newport 1965, le public est un peu décontenancé, une partie semble apprécier et une autre partie s’agite, crie, pleure, frustrée tout autant par la conversion au rock de Dylan que par le volume sonore insupportable. À un moment, quelqu’un dans le public crie à la trahison en hurlant « Judas ! ». Dylan lui répond « Je ne te crois pas… », et se tournant vers ses musiciens, ajoute, « jouez fort ! ».

 

En réalité, cet échange resté célèbre ne s’est pas déroulé à Newport en 1965 mais quelques mois plus tard, en mai 1966 à Manchester. Un incident immortalisé dans The Bootleg Series Vol 4: Bob Dylan Live 1966. Quant à la réception générale du public du festival de Newport, il est difficile de le savoir tant les témoignages divergent, souligne Elijah Wald dans son livre. Selon où ils étaient placés à ce concert qui rassemblait 17 000 personnes, certains se souviennent d’avoir vu des fans « trahis » lancer des projectiles sur la scène et déclencher des bagarres, d’autres d’avoir été aux anges et d’avoir chanté en chœur Like a Rolling Stone. Une chose est sûre Bob Dylan, lui, parle bien encore aujourd’hui de « fiasco » à propos de ce concert.

 

 

 

 

 

 

 

Quelle est l’histoire vraie et la part de fiction dans le biopic de Bob Dylan ? Par Jordan Hoffman

 

Dès 1965, dans sa chanson Ballad of a Thin Man, Bob Dylan raillait les journalistes qui pensaient tout savoir mais s’avéraient bien souvent à côté de la plaque. Le réalisateur James Mangold pourrait donc lui aussi ricaner en lisant l’article qui va suivre car après tout, un journaliste se plongeant dans les faits et rien que les faits pourrait bien passer à côté de l’histoire qu’il essaie de raconter dans son nouveau film sur le jeune Dylan, réalisé avec l’approbation d’un artiste et accessoirement Prix Nobel dont le caractère irascible et lunatique est déjà bien documenté. À l’évidence, la version fictionnalisée de la vie d’une personnalité va et doit s’autoriser quelques libertés. Dans le cas de Bob Dylan, prendre des libertés est peut-être même le cœur du projet. Séparer le mythe de l’homme est l’un des thèmes majeurs de Mangold, dans le film, le personnage d’Elle Fanning, Sylvie Russo, va d’ailleurs interpelé le Dylan interprété par Timothée Chalamet au sujet du mystère qu’il entretient sur son passé, et jusqu’à son véritable nom…S’appelle-t-il vraiment Robert Zimmerman ? Comme de juste, Russo elle-même n’est qu’un fragment de réalité car le personnage s’inspire de Suze Rotolo, la petite amie de Dylan durant son ascension vers la célébrité. À la différence de Todd Haynes et de son I’m Not There, méditation ouvertement fantasmée autour du chanteur, Mangold maintient toutefois tout au long du projet un style réaliste, en se concentrant sur l’évolution de Dylan et sa métamorphose de barde folk au cœur pur à celui de pionnier du rock électrique. Dès lors, rien d’insensé à se jeter sur Internet dès la sortie de la salle pour faire le tri entre réalité et licence poétique. Pour vous éviter de perdre une après-midi à bloquer sur votre écran et faire quelque chose de toutes les connaissances que j’ai accumulées sur Dylan, voici toutes les réponses aux questions que vous pourriez vous poser réunies en un seul et même endroit.

 

 

 

 

Pete Seeger est-il vraiment passé au tribunal pour avoir chanté une chanson ? La chronologie est un peu floue dans le film, mais Seeger a bel et bien été interrogé par la Commission des activités anti-américaines de la Chambre des représentants en 1955. Il n’a pas plaidé le Cinquième Amendement, ce qui aurait pu le protéger, mais a refusé de coopérer. Ce qui a conduit à une accusation d’outrage au Congrès et à un procès avec jury. Seeger a été reconnu coupable et condamné à une peine de prison, annulée par la suite. Dire, comme le fait Edward Norton dans le film, qu’il a été arrêté pour avoir chanté est peut-être un chouïa exagéré, mais ce sont bien ses activités de chanteur folk militant qui ont attiré l’attention du gouvernement en premier lieu ; il y a donc bien une certaine logique dans tout ça. Des années plus tard, Bill Clinton a décoré Seeger de la National Medal of Arts.

 

Comment un homme aussi jeune que Bob Dylan a-t-il pu pondre autant de chansons brillantes ? C’est l’éternelle question, et Dylan lui-même s’en étonne encore. Mais il y a un détail sur lequel le film fait totalement l’impasse sur sa présumée consommation d’amphétamines de Dylan durant cette période de sa vie. Le film n’en montre rien, limitant les substances consommées par le chanteur à l’alcool et aux cigarettes et, pour l’effet comique, au café.

 

Y a-t-il d’autres éléments importants que le film passe sous silence ? Pour beaucoup, et Bob Dylan en fait probablement partie, une petite compétition amicale peut être une grande source de motivation. Un parfait inconnu fait du bon travail en glissant dans le cadre quelques easter eggs ; plissez les yeux et vous verrez passer des acteurs censés représenter des figures comme Dave Van Ronk, Odetta ou Paul Stookey de Peter, Paul, and Mary. Mais celle, très importante, de Phil Ochs, est totalement absente du film de Mangold. Il était l’artiste folk activiste et contestataire le plus influent de l’époque, a toujours entretenu une sérieuse relation amour-haine avec Dylan. Les deux hommes professaient une admiration mutuelle, avant de s’opposer lorsque le travail de Dylan s’est fait moins politique. Beaucoup pensent d’ailleurs que Positively 4th Street de Dylan est essentiellement un morceau en forme de pique contre Ochs. On ne le saura jamais avec certitude, mais ce dernier a proposé une reprise très étrange du morceau, et a plus tard évoqué son admiration pour « le jeune Bobby Dylan » lors d’un passage parlé sur l’un des ses albums live.

 

Quid de l’histoire entre Joan Baez et Bob Dylan ? Joan Baez existe bien sûr réellement, et était une immense star de la scène folk lorsque Dylan a débuté son ascension. Elle a beaucoup fait pour le faire connaître à ses débuts, tout comme Peter, Paul and Mary, qui sont très brièvement évoqués. Le film donne d’ailleurs l’impression que toute la communauté folk a immédiatement adopté Dylan. Ce n’est pas tout à fait exact. Un témoin oculaire de l’histoire adore raconter qu’elle était allée voir Joan Baez à Boston au début des années 1960, pour entendre son style vocal « clair comme de l’eau de roche ». Quand un étrange gamin à la voix nasillarde est monté sur scène avant elle, beaucoup dans le public se sont moqués de lui, avant de se faire aimablement gronder par Baez qui avait affirmé qu’il « serait un jour un grand ». Baez et Dylan ont eu une relation amoureuse à l’époque, et elle a rejoint la « Rolling Thunder Revue » de Dylan en 1975. À la fin des années 1980, les deux artistes ont partagé l’affiche à plusieurs reprises, mais ça ne s’est pas excessivement bien passé

 

Le personnage d’Elle Fanning est-il lui aussi inspiré d’une vraie personne ? Le personnage d’Elle Fanning, Sylvie Russo, est inspiré de Suze Rotolo, que l’on peut voir sur la pochette de l’album The Freewheelin’ Bob Dylan. Dylan et Rotolo vivaient ensemble dans un appartement sur cour au troisième étage du 161 West 4th Street, au-dessus du boui-boui à spaghetti de Bruno. Comme dans le film, Rotolo travaillait au Congress of Racial Equality à l’époque où elle a rencontré Dylan à un concert à la Riverside Church, où l’archiviste folk Alan Lomax était également présent. Elle a été une grande inspiration pour le Dylan des débuts, sa période la plus politique, et, comme dans le film, elle était étudiante en art et est partie plusieurs mois en Italie au moment où la carrière de Dylan prenait son envol. Le film ne mentionne cependant pas qu’elle est tombée enceinte de lui en 1963 avant d’avorter. Elle n’était pas présente au Newport Folk Festival de 1965.

 

Et son autre petite amie ? Le film montre également Dylan au bras d’une Anglaise nommée Becka, jouée par Laura Kariuki. Il semble que cette jeune femme soit une pure invention. Une figure importante de la scène revival folk, Carolyn Hester, ne figure quant à elle pas dans le film, c’est pourtant elle qui a demandé à Dylan de jouer de l’harmonica sur sa version de I’ll Fly Away, l’un de ses tout premiers jobs payés en tant qu’artiste. Hester a été brièvement mariée à Richard Fariña, chanteur et écrivain, qui a ensuite épousé la sœur de Joan Baez, Mimi, avec laquelle il a aussi enregistré. On précise cela dans le but de montrer à quel point cette petite communauté fonctionnait en circuit fermé.

 

 

 

 

Bob Dylan a-t-il vraiment chanté The Times They Are A-Changin pour la première fois au Newport Folk Festival ? Non. C’était à Carnegie Hall. D’ailleurs, si l’on passe en revue toutes les chansons qu’il a jouées à Newport dans les années 1960, il semble qu’il n’ait tout simplement jamais joué ce morceau là-bas.

 

Bob Dylan a-t-il vraiment participé à l’émission télé de Pete Seeger pour chanter une première version de It Takes a Lot to Laugh, It Takes a Train to Cry avec le légendaire bluesman Jesse Moffett ? Non, mais Mangold n’a pas inclus cette scène dans le film pour se faire plaisir. Tout d’abord, Seeger avait en effet une émission de télé, Rainbow Quest. Beaucoup d’invités cool y ont fait un passage, comme Johnny Cash, Richard et Mimi Fariña, Sonny Terry et Brownie McGhee, ou encore les Clancy Brothers. Mais jamais Bob Dylan. Dans ses jeunes années, Dylan a toutefois fait plusieurs passages radio sur WBAI-FM. Ces interventions, la plupart aux côtés de Bob Fass, sont aujourd’hui classiques. Et en mai 1962, le jeune Dylan est bien apparu dans une émission présentée par Seeger, Sis Cunningham, le rédacteur en chef du magazine Broadside, et Izzy Young, directrice du Folklore Center de Greenwich Village le premier endroit où Chalamet/Dylan se rend en arrivant à New York)

 

Alors est-ce que Dylan a rencontré Jesse Moffett ? Non ! Et pour une très bonne raison, Jesse Moffett n’existe pas. Le gars est une invention totale. S’il s’inspire d’une figure réelle, je mise sur un mélange de Skip James et Son House, deux bluesmen du Delta très appréciés de la scène revival folk, qui ont connu un regain de popularité dans les années 1960 tout comme « Jesse Moffett, » Skip James et Son House étaient à Newport en 1965. Pour la petite histoire, Moffett est interprété par l’acteur et musicien Big Bill Morganfield, fils de McKinley Morganfield, mieux connu sous le pseudonyme de Muddy Waters.

 

Bob Dylan a-t-il vraiment dû expliquer qui était Mike Bloomfield pour le faire venir en studio pour enregistrer ? Sa présence sur Highway 61 Revisited a clairement fait de Mike Bloomfield la star de la guitare de l’époque, mais il était déjà loin d’être un inconnu dans le milieu. John Hammond chez Columbia Records l’avait déjà entendu et signé l’année précédant l’enregistrement de Highway 61 Revisited. L’idée que Dylan doive épeler son nom au téléphone semble donc un peu tirée par les cheveux.

 

Le sifflet sirène utilisé par Dylan sur Highway 61 Revisited a-t-il vraiment été acheté dans la rue lors d’une nuit d’introspection solitaire ? Il est possible que Dylan en ait déjà possédé un, mais Al Kooper que l’on voit jouer de l’orgue dans le film affirme que l’utilisation du sifflet sur ce morceau était une idée à lui. Kooper gardait toujours l’un de ces sifflets autour du cou, et s’en servait de temps en temps « essentiellement pour des histoires liées à la drogue », mettant ça sur le compte de son « sens de l’humour à l’époque ». Ce serait lui qui aurait suggéré à Dylan de l’utiliser sur ce morceau au lieu d’un harmonica, il a également affirmé que Dylan ne lui aurait jamais rendu le sifflet. À l’époque, Dylan est en tournée en Angleterre avec The Hawks qui allaient ensuite changer de nom pour devenir The Band. Sur cette tournée, la première moitié des concerts est acoustique, même s’il a déjà supprimé Blowin’ in the Wind de son répertoire, comme on peut le voir. La seconde partie est électrique.

 

Ce concert électrique à Newport en 1965 était-il vraiment aussi dingue que ça ? Le film en rajoute sûrement un peu, mais c’était tout de même de la folie. Certaines sources affirment qu’Alan Lomax et le manager de Dylan, Albert Grossman, en sont venus aux mains, et que Pete Seeger s’est précipité pour engueuler les types à la console même si une certaine ambiguïté persiste sur les vraies raisons de son geste. Seeger a raconté que l’électricité ne le gênait pas, mais il pensait que le son était trop fort pour qu’on entende parfaitement la musique. C’est en tout cas ce que Seeger lui-même a dit à Dylan dans une carte postale d’excuses, des années plus tard, que vous pouvez consulter ici. Le plan sur les haches dans le film est un clin d’œil à une anecdote apocryphe selon laquelle Seeger aurait tenté de couper les câbles avec une hache. Dans sa carte postale, il précise avoir simplement dit aux preneurs de son que s’il avait une hache, il s’en servirait, et c’est ainsi que l’histoire s’est répandue.

 

Johnny Cash a-t-il réellement offert un Bugle à Bob Dylan devant un motel de Newport en juillet 1965 ? Non, puisque Johnny Cash n’a pas joué au Newport Folk Festival en 1965. Il était toutefois là en 1964 ; tout comme Dylan, Joan Baez et le reste de la clique.

 

Mais Cash a-t-il donné à Dylan à ce moment-là un discours d’encouragement et/ou un Bugle ? Cela semble très peu probable. Selon General Mills, les fabricants des Bugles, l’addictif petit snack en forme de corne n’a fait son apparition sur une poignée de marchés sélectionnées qu’en mai 1964, seulement deux mois avant le festival de Newport. Le plus proche de ces marchés tests étant Syracuse, dans l’état de New York. Pour ce que ça vaut, la chanson emblématique de Cash, Ring of Fire, comporte bien un petit son de cuivre entraînant, pas si éloigné du son d’un bugle. On n’écarte donc pas totalement l’hypothèse.

 

 

 

 

TIMOTHEE CHALAMET

 

 

Partout où il passe, l’acteur franco-américain Timothée Chalamet, 29 ans, crée l’émoi et déchaîne les passions. On se souvient encore de la promo phénoménale de Dune, deuxième partie, l’an dernier ou de la fois où, en octobre 2024, il s’invitait à son propre concours de sosies à New York…Et repartait bredouille, le sourire aux lèvres. Le 14 janvier 2025, lors de l’avant-première londonienne d’Un parfait inconnu, son nouveau long-métrage, il arrivait en costume et chemise psychédélique Martine Rose perché sur un vélo électrique Lime sur le tapis rouge, enflammant alors illico l’assemblée et la toile. Et écopant d’une amende pour s’être mal garé…Le lendemain, au Grand Rex, à Paris, c’est sous une casquette, plus low profile arborant un look mi streetwear mi rock signé Chanel, qu’il venait défendre le même film. Mais même le visage caché sous cet accessoire, l’acteur provoquait l’hystérie parmi la foule de fans venus l’accueillir et réclamant des autographes et des accolades. C’est le mercredi 16 janvier 2025, que, pour notre part, nous avons rencontré le jeune homme qui semble, hors des plateaux, plutôt timide, humble et réservé. Dans l’un des salons raffinés du Bristol, à Paris, Timothée Chalamet est venu échanger avec la presse au sujet du biopic très réussi consacré aux jeunes années de Bob Dylan. Même s’il précise qu’il faut qu’il reste plusieurs jours en France avant de parfaitement re-maîtriser la langue et éviter les tournures parfois bancales. Certaines confessions resteront ainsi aussi poétiques qu’énigmatiques à l’image de celle-ci…J’ai presque 30 ans, et j’ai de moins en moins de craintes. Le monde est déjà assez étrange, alors pourquoi choisir de mener une vie qui comporte des craintes ? Baissant souvent la tête comme pour minimiser son statut de méga star mais affichant un sourire et une nonchalance irrésistible, le comédien révélé par Call Me by Your Name (2018) raconte avec passion les coulisses du film. Pour commencer, l’acteur vêtu d’un jean baggy très taille basse et d’un pull à pois noir et vert ultra pop, explique qu’il y avait un milliard de raison qui l’ont attiré vers ce projet d’envergure pour lequel il s’est glissé dans la peau de la légende du folk avant qu’elle ne devienne l’icône d’une génération connue pour ses hymnes anti-guerre. Le film nous plonge au début des années 60 et à ce moment-là, le compositeur à la voix nasillarde et au talent monstre Robert Allen Zimmerman n’est pas encore le prix Nobel de littérature Dylan. Il tente de se faire un nom dans la scène engagée et foisonnante du New York de l’époque, enchaînant les concerts dans les cafés et les rencontres importantes. Par Violaine Schütz.

 

 

 

 

On m’a contacté pour la première fois pour ce projet en 2018 ou 2019, au moment où ma carrière se lançait. On m’a envoyé des matériaux de recherches sur Bob Dylan qui m’ont tout de suite intéressé, notamment des interviews de ces débuts où il se montrait dans la confrontation et mystérieux. Avant même d’écouter sa musique, j’ai aimé ces entretiens qu’on ne ferait plus aujourd’hui, avec des réponses bizarres, qui n’ont aucun sens. Le musicien était en effet réputé difficile en interview, répondant à côté aux questions posées ou simplement par une phrase. L’acteur dit aussi aimer, au-delà du personnage très secret et roublant…Sa musique, ce qu’il représentait dans les années 60 aux États-Unis, au Japon, en France. Cinq ans et demi plus tard, je peux dire que c’est le rôle qui m’a le plus impacté de toute ma carrière. Je suis fier de tous mes films mais celui-ci m’a influencé personnellement.

 

Les chansons de Bob Dylan n’étaient pourtant pas tout a fait familières à celui qui a appris à jouer de la guitare et de l’harmonica et à chanter mais aussi pris 9 kilos pour jouer l’auteur de la chanson pacifiste Blowin’ in the Wind…J’ai grandi en écoutant de la musique en streaming, sur ITunes avec du rap, du hip-hop, de la pop, en 2008-2009. Grâce à ce film et à Bob Dylan, je me suis ouvert à d’autres artistes des sixties et à des chansons peu connues du répertoire des Beatles et des Rolling Stones. Le héros de Dune compare l’émulation musicale des années 60 dans son pays à ce qui s’est passé, en France, côté cinéma, avec La Nouvelle Vague…Il y avait cette même volonté de transformation artistique en France à cette époque. Idole de la Gen Z suivie par près de 20 millions de followers sur Instagram et fréquentant une véritable influenceuse (Kylie Jenner), Timothée Chalamet nourrit pourtant une véritable réflexion sur l’époque des portables, très éloignée de celle de Dylan…Pour les jeunes de 18 ans à 25 ans qui n’ont pas eu cette éducation, cette culture était vraiment une manière de comprendre le monde. Aujourd’hui, c’est très difficile de réunir tout le monde dans la même pièce. Dans les années 60, les jeunes artistes comme Bob Dylan, Joan Baez ou l’écrivain James Baldwin pensaient, avec optimisme, que l’art pouvait changer un aspect politique ou une attitude culturelle. C’est différent aujourd’hui parce qu’il y a un cynisme qui est plus fort. Et, pour les jeunes générations, les obstacles sont peut-être plus importants que ceux qui existaient dans les années 60, notamment au niveau de la politique et de l’environnement. Ce serait bien qu’une figure comme Bob Dylan surgisse aujourd’hui. Mais à chaque fois que quelqu’un sort un film ou une chanson, qui veut, avec optimisme, changer les choses, il le fait d’une manière qui peut être vue comme trop corporate. 

 

Avant Un parfait inconnu, il y a eu l’excellent I’m Not There (2007) de Todd Haynes inspiré de différents épisodes de la vie du chanteur et mettant en scène Cate Blanchett et la récréation d’un concert culte de l’icône de la musique par la chanteuse Cat Power lors duquel il trahit la cause folk en jouant du rock. Si Timothée Chalamet, qui avoue qu’il y a beaucoup de biopics à Hollywood, incarne avec brio une version complexe et intéressante, à la fois passionnée, habitée, déterminée, seule, tourmentée et arrogante, de l’indéchiffrable et frondeur auteur de prostest songs, cela n’a pas été sans embûches. Pour devenir le Bob Dylan des années 60 qui tombe sous le charme de Joan Baez, l’acteur avoue s’être heurté à un manque de références visuelles. Lors de la conférence de presse, il explique…Il y a plus de matériel documentaire concernant Dylan en 63, 64, 65 que durant le début des années 60. Peu de choses existent alors, notamment en vidéo, à part des démos. Même les historiens et les méga fans de Bob connaissent moins cette période. Je connaissais plus la musique rock de Dylan, celle de 65, que la musique folk avant de débuter ce film. Mais il y a beaucoup de liberté lorsqu’on se retrouve seul à la guitare à jouer du folk. On peut trouver son rythme, prendre son temps. Je ressentais les chansons plus connues comme Like a Rolling Stone comme un piège. Timothée Chalamet confie que Bob Dylan méritait que l’on s’investisse à 150% pour l’interpréter dans un film. S’il s’est immergé à fond dans le lifestyle des années 60, allant jusqu’à éteindre son téléphone et à se couper des réseaux sociaux durant le tournage, le comédien n’a pourtant pas croisé celui qu’il incarne avec justesse et nuances…J’aurais bien aimé le rencontrer et j’en ai toujours envie. Mais mon respect pour Bob Dylan est plus grand que mon désir de le rencontrer. J’ai bien compris que c’est quelqu’un de mystérieux, qui n’est pas à fond dans l’aspect public et qui ne va pas se faire des nouveaux amis à 83 ans !