Pangolin II

Coronavirus…« La Chine a une responsabilité dans cette épidémie transmise par un animal sauvage interdit de commerce »…L’épidémie de Covid-19 est partie de Chine, d’où le virus est passé à l’être humain par le biais d’animaux sauvages, dont, semble-t-il, les pangolins – qui sont pourtant officiellement protégés. La Chine a donc une importante responsabilité dans la naissance de cette épidémie transmise au monde entier par un animal sauvage interdit de commerce, mais en vente publique dans ses marchés. Il faut en tirer une conclusion essentielle : respecter les traités internationaux sur la biodiversité ne doit être une option pour personne. La Chine est en effet membre de la Convention internationale contre le trafic des espèces sauvages (Cites). Cette convention a alerté depuis 1994 sur les risques d’extinction du pangolin. Son commerce a été soumis à de fortes restrictions et interdit pour les espèces asiatiques. Pourtant, le pangolin est resté l’un des animaux les plus braconnés au monde. Il est utilisé en Chine pour sa viande ou pour la pharmacopée. Les espèces de pangolin vivant en Asie ayant diminué de façon rapide, la Chine s’est tournée vers l’Afrique pour ses approvisionnements. Les forêts du continent fournissent plusieurs centaines de milliers de pangolins chaque année pour la consommation locale et l’exportation. Le Nigeria serait la plaque tournante des exportations vers la Chine.

 

Le rôle des Etats d’appliquer les conventions internationales…En septembre 2016, à Johannesburg, lors de à la 17e conférence des parties de la Cites, les huit espèces de pangolins, africaines et asiatiques, ont été intégrées à l’annexe 1, statut qui interdit tout commerce international de ces espèces sauf dérogation spécifique – notamment à des fins de recherche. La Chine s’est donc engagée, comme tous les autres pays signataires, à mettre fin au trafic et à la vente des pangolins. Cela n’a pas empêché grand-chose. Comme pour la plupart des trafics, l’importance croissante des saisies policières montre tout juste l’importance grandissante du trafic, et les marchés continuent de vendre ces petits animaux timides ou leurs cadavres. Il est avéré que les trafics d’animaux sauvages sont aux mains de mafias puissantes. Mais c’est bien le rôle des Etats que d’appliquer les conventions internationales qu’ils signent, en informant leurs populations, en contrôlant les trafics. C’est leur responsabilité. Certains pays africains peuvent avoir des difficultés à lutter contre le braconnage. Face à des braconniers plus nombreux, mieux équipés et sans vergogne, les gardes forestiers risquent leur vie dans un combat inégal. Des dizaines d’entre eux sont morts, par exemple, en tentant de lutter contre le trafic de corne de rhinocéros, principalement vers l’Asie. Mais l’Etat chinois contrôle ses citoyens, ses frontières et ses communications comme nul autre pays, et il est impossible de croire que ces trafics perdurent sans la complicité ou la tolérance de parties importantes de l’Etat.

 

 

 

Même position de la Chine qu’en 2002 après le SARS..? La Chine vient d’annoncer l’interdiction de la consommation et du commerce d’animaux sauvages. Mais en 2002, après le SARS qui a émergé de chauves-souris et de civettes, le pays avait fait de même, avant de les ré autoriser trois mois plus tard… Comment croire que cette fois-ci la situation ait vraiment changé ? D’autant plus que les interdictions actuelles ne concernent pas les animaux utilisés pour la pharmacopée traditionnelle. Or, les autorités chinoises recommandent désormais contre le coronavirus un traitement à base de bile d’ours. La production de cette bile suppose des souffrances terribles dans les fermes d’élevage. D’autres traitements sont constitués à partir de crottes ou de parties de chauves-souris, dont les chercheurs pensent qu’elles hébergent le coronavirus. Que ce soit pour les ours, les chauves-souris, les pangolins ou d’autres animaux encore, les permis d’élevage d’animaux sauvages camouflent le plus souvent un trafic d’importations illégales. Et les enjeux sont majeurs : selon une étude chinoise officielle citée parle Los Angeles Times, l’élevage d’animaux sauvages est une industrie de près de 70 milliards d’euros, qui emploie 14 millions de personnes, en Chine – en particulier dans les zones les plus pauvres. Or, cette industrie est fortement encouragée par l’administration.

 

L’enjeu dépasse la crise mondiale du coronavirus…La Chine devait accueillir la COP15 de la Convention sur la diversité biologique des Nations-unies (CDB) au mois d’octobre 2020, mais celle-ci vient d’être repoussée à cause de la pandémie. Cette conférence doit fixer les objectifs et les moyens nécessaires pour stopper le déclin de la biodiversité. C’est aussi l’occasion de réfléchir à une nouvelle gouvernance mondiale de la biodiversité, qui ne permette pas d’échapper à ses obligations. Il est temps de confronter les pays à leurs responsabilités en matière de biodiversité et d’espèces menacées.

L’enjeu dépasse la crise mondiale du coronavirus : c’est aussi celui des maladies émergentes, dont entre 60 et75 % proviennent d’espèces animales sauvages. La crise mondiale qui affecte des milliards d’habitants de la planète n’est pas due à la malchance ou à l’ignorance ; elle est liée à l’absence de mise en œuvre d’engagements internationaux par certains pays, qui jouent avec la santé de leur population comme avec celle de la planète entière. La Chine devra désormais adopter un comportement exemplaire si elle veut demeurer un hôte crédible de la future Conférence sur la diversité biologique.

 

Sylvie Lemmet / Ex-directrice du Programme des Nations unies pour l’environnement

Olivier Blond / Président de l’association Respire

Yann Arthus Bertrand / Président de la fondation GoodPlanet