A-L’enfant et le cinéma

 

 

” La vie est une tragédie lorsqu’elle est observée en gros plan

mais c’est une comédie lorsqu’elle est vue de loin “

 

Charlie Chaplin

 

 

 

 

 

 

Charlot, Clochard gentilhomme,

 

Poète, rêveur…Compagnon solitaire,

Toujours plein d’espoir de romance et d’aventure.

 



 

 

 

« Je voulais que tout soit une contradiction…Le pantalon ample, la veste étriquée, le chapeau étroit et les chaussures larges…J’ai ajouté une petite moustache qui, selon moi, me vieillirait sans affecter mon expression. Je n’avais aucune idée du personnage mais dès que je fus habillé, les vêtements et le maquillage me firent sentir qui il était. J’ai commencé à le connaître et quand je suis entré sur le plateau, il était entièrement né. »



Première apparition de Charlot sur les écrans le 7 février 1914…Chaplin écrit, réalise, produit, compose la musique et joue dans la plupart de ses films. Perfectionniste, son indépendance financière lui permet de consacrer des années au développement de ses films. Sur ses 82 films et sur 20 ans cinq ont révolutionné le 7ème art.

 

 

 

CHARLIE CHAPLIN

 

 

1921 The Kid…………….Ses Racines


1925 The gold rush….Le Social


1931 City Lights……….Le Poète


1936 Modern Times…Le Politique


1940 The Dictator…….Le Visionnaire

 

 

 

 

Impossible d’ouvrir le festival sans parler de son premier long métrage muet  THE KID ! Charlie Chaplin va l’écrire, produire, réaliser, monter et il composera une musique original en 1971. Annonciateur d’un cinéma social, en avance sur son temps comme il le sera 20 ans plus tard en réalisant LE DICTATEUR. Le tournage du KID va durer un an entre Juillet 1919 et Août 1920 pour un résultat de 52 minutes joyeuses mais chargées d’émotions.

 

Tout commence par sa rencontre avec un petit garçon de quatre ans du nom de Jackie Coogan. Il vient de trouver son acteur principal qui possède un don d’imitateur inné et reproduit à la perfection n’importe quelle action ou expression qu’il lui enseigne. Célèbre à l’âge de sept ans Jackie Coogan, gagne plus de quatre millions de dollars de l’époque utilisé à ses dépends par sa mère et son beau-père. Aidé par Chaplin il gagne son procès en 1935 et récupère la somme de 126 000 dollars…De ce combat juridique aboutit à la California Child Actor’s Bill, une loi californienne visant à protéger les revenus des acteurs mineurs qui progressivement servira de base dans de nombreux pays pour défendre tous les enfants acteurs. Dans les années 1920, il est le garçon le plus célèbre d’Amérique. Durant la Seconde Guerre mondiale, Coogan demande à être transféré dans l’armée de l’air afin d’y faire valoir ses aptitudes de pilote dans le civil. Il effectue une partie de son service en Inde en tant que pilote de planeurs. Il meurt en 1984 à l’hôpital de Santa Monica d’une crise cardiaque.


Chaplin en quête de perfection filme patiemment les scènes un nombre incalculable de fois jusqu’à en être pleinement satisfait. L’émotion du film touche à son apogée dans la séquence poignante où les travailleurs sociaux essayent d’emmener l’enfant de force à l’orphelinat. L’acharnement avec lesquels Charlot se bat pour garder le garçon s’inspirent de ses souvenirs personnels et de sa propre douleur quand, à sept ans, il a été arraché à sa mère et placé dans une maison pour enfants déshérités.

 

 

 

À la fin du tournage, terrifié à l’idée que soit saisi les images de The Kid, Chaplin et ses plus fidèles associés montent en secret dans un hôtel de Salt Lake City et des studios à New York. Lorsque son film sort sur les écrans du monde entier en février 1921, c’est un triomphe. Charlie Chaplin réussit brillamment son film le plus personnel et le plus achevé en racontant sa propre histoire et dire au monde entier qu’il faut protéger tous les enfants du Monde symbole de l’ouverture à l’autre, l’acceptation, la tolérance, l’absence de préjugés moraux et une vision optimiste, enchantée du monde et le futur de l’Humanité. 

 

 

 

 

Certainement le plus beau film de Charlie Chaplin et certainement aussi le plus philosophique dans la mesure où une véritable vision sur la paternité et l’enfance nous est présentée. Dans ce film, un drame pur le rire naît le plus souvent d’un comique de situation, et non de la pantomime habituelle chez Chaplin. Le scénario est étudié et les situations dramatiques sont traitées dans un style réaliste qui préfigure ses films suivants. Le film part d’une situation initiale pathétique (l’abandon d’un enfant). Pourtant, le tour de force du réalisateur est de ne pas tomber dans le sentimentalisme ou le pathos exagéré. Autobiographique il reproduit l’enfance misérable de Chaplin, le besoin de la mère. Charlie Chaplin et l’enfant partagent leur adoption. Comme tous les hommes sensibles et émotifs, Chaplin aimait les enfants, mais ils le terrifiait. D’un point de vue psychanalytique, nous pouvons poser que le gamin est Chaplin lui-même et que l’adoption symbolise le désir inconscient d’avoir un père, un père que Chaplin connaissait à peine. Dans la phase de séparation avec l’enfant, Chaplin revit sa propre enfance et atteint le plus haut sommet d’intensité dramatique. Il présente la paternité comme une symbiose contre le reste de la société, une paternité en lutte en quelque sorte. Le Policier incarne cet “Autre” hostile contre lequel l’enfant doit être protégé. La fin du film est un véritable poème d’amour et de tendresse, où les sentiments sont magnifiés, renforcé par la misère et le malheur.

 

The Kid occupe une place à part dans l’œuvre de Chaplin dans la mesure où, en racontant l’histoire d’un orphelin recueilli par Charlot, le cinéaste revit en quelque sorte sa propre enfance pauvre dans les faubourgs miséreux de Londres. Or justement ce qui fonctionne dans cette photo c’est l’effet de double, comme si le film incarnait une sorte de Charlot miniature. On le devine dans la tenue du gosse mais aussi dans sa posture (mains croisées/bras croisés) renvoyant au mimétisme inconscient de l’enfant qui fait tout comme son père, et jusqu’au regard quelque peu frondeur que sa casquette à la Gavroche accentue (et qui rappelle bien sûr le caractère espiègle de Charlot). Il me semble ainsi que l’essentiel du succès de cette photo tient à cet effet de miroir attendrissant, symétrie presque parfaite que soulignent les diverses verticales et l’encadrement de la porte.

 

 

INFLUENCES…Chaplin le plus grand artiste que le cinéma ait créé, son interprète le plus extraordinaire et son icône la plus universelle. Charlot présentent les expressions comiques de l’esprit humain les plus éloquentes et les plus riches de l’histoire du cinéma. Chaplin est un pionnier et l’une des figures les plus influentes du début du XXème siècle. Il a changé l’imagerie, la sociologie et la grammaire du cinéma…Le premier à populariser les longs-métrages comiques et à ralentir le rythme de l’action pour y ajouter de la finesse et du pathos. Chaplin pose les pratiques de base de la réalisation cinématographique. Federico Fellini définit Chaplin comme une sorte d’Adam duquel nous sommes tous issus. Jacques Tati “sans lui, je n’aurais jamais fait un film”. Marcel Marceau est devenu mime après avoir vu un Charlot.

 

 

 

 

L’enfant, victime et sauveur de la folie des hommes…

L’enfance, symbolise, que la guerre pourra prendre fin. Le cinéma ne cesse de le répéter, de le montrer à travers tout un tas de déclinaisons. Si l’idée est belle, elle semble évidemment idéaliste et réservée aux rêveurs et autres utopistes. La réalité est plus froide, plus injuste, moins adaptée à la naïveté des enfants. Le cinéma n’est qu’une manière d’y croire encore un peu, ou d’imaginer qu’un monde sans guerre et sans violence est encore possible avec un monde où les enfants nous sauveraient du désespoir, nous relèveraient des échecs, et apporteraient de nouvelles couleurs à un horizon monochrome. si l’enfant est un reflet hyperbolisant du monde des adultes, il est avant tout une victime par anticipation des choix de ces derniers, qui compromettent son avenir, détruisent son imaginaire et l’abandonnent à son sort dans une réalité dont ils sont les seuls responsables. Heureusement, le cinéma est là pour le rappeler ou pour se donner bonne conscience…

 

 

 

 

L’enfant et le cinéma…

 

100 ans après le Kid, le Coréen Hirokazu Koreeda dans Une affaire de famille Palme d’or 2018, rend hommage à cette quête perpétuelle de l’enfance au cinéma, traité en thème principal ou bien le temps d’une scène forte symbolique comme l’enfant avec sa cruche d’eau face à Henri Fonda dans Il était une fois dans l’Ouest…

 

2011 – Hugo Cabret de Martin Scorsese. L’enfant par sa passion débordante sauve Georges Méliès de son désespoir et empêche le cinéma tout entier d’être tué dans l’œuf. De l’éternel affrontement des générations, l’enfant sort souvent vainqueur. Parce que le cinéma a toujours cultivé cette vérité plus ou moins fantasmée de l’adulte aveuglé et désenchanté, face à l’enfant innocent et plein de vitalité. 1989 – Cinéma Paradiso de Giuseppe Tornatore raconte l’émerveillement de l’enfant dans sa découverte du cinéma aidé par un vieux projectionniste avec une dernière scène magique de tous les baisers censurés de l’histoire du cinéma regroupés en une seule et magique bobine.

 

 

 

 

L’enfant et la vie rêvée…

 

Pas de meilleur support que le dessin et les films d’animations pour faire du rêve une réalité…1967-Le livre de la jungle…Quelques mois après la mort de Walt Disney sort le film d’animation  adapté du livre de Kipling sur le parcours initiatique d’un enfant. Plusieurs réalisateurs relèvent le défi de rejoindre l’enfance et ses rêveries dans un format traditionnel. 1982- Pour son 6ème long métrage à 36 ans Steven Spielberg ose un film de science fiction E.T. énorme succès mondial devenu culte avec l’envol des vélos devant la lune et sa phrase “téléphone maison” comme Chaplin, l‘enfant représente la générosité, l’espoir. 2001 à 2011 les 8 films d’Harry Potter vont faire rêver des millions de spectateurs dans le monde entier, J.K. Rowling exigera que de nombreux acteurs et actrices Britanniques soient présent. 2013…Le très grand réalisateur japonais Hayao Myazaki auteur du Voyage de Chihiro  pour son dernier film raconte la jeunesse d’un célèbre ingénieur aéronautique entre la réalité et le rêve dans Le vent se lève avec cette phrase magique et en français ” Le vent se lève il faut tenter de vivre “

 

 

 

 

L’enfant et l’effroi de la guerre…

 

Il faut attendre l’après deuxième guerre mondiale pour que des réalisateurs montrent l’enfant dans un univers de guerre. En 1947 Roberto Rossellini réalise Allemagne année zéro pour nous parler le terrible destin d’Edmund 12 ans. Plus poétique René Clément en 1952 dans Jeux interdits filme l’innocence confrontée à l’horreur de la guerre. Ils font la guerre mais elle sera la Guerre des boutons Yves Robert en 1962 filme le conflit les enfants de deux villages voisins qui ne font que copier les adultes. 1987. Louis Malle  réalise Au revoir les enfants l’histoire vraie du destin d’enfants juifs Français rattrapés par l’histoire pendant la 2ème guerre mondiale. Cette même année, Spielberg dans l’empire du Soleil  adapte l’histoire vraie d’un jeune Anglais de 13 ans joué par Christian Bale prisonnier des japonais pendant la durée du conflit mondial. Un an plus tard Le Tombeau des lucioles film d’animation japonais d’Isao Takahata, célèbre pour la noirceur et le tragique destin de deux enfants est considéré comme l’un des plus grands chefs-d’œuvre du long-métrage d’animation. 1998 dans La vie est belle Roberto Benigni filme un enfant dans le pire des endroits pour lutter contre tous les extrêmes. Cent ans après The Kid Taika Waititi réalise Jojo Rabitt film très controversé sans tabou, jusqu’à jouer lui même Hitler dans une fable pleine d’humour pas toujours accepté dans cette sinistre période de l’histoire du Monde.

 

 

 

 

L’enfant et la sexualité…

 

S’il y a un thème peu abordé directement tout au long de l’histoire du cinéma c’est la sexualité des jeunes enfants et adolescent(e)s. Il faudra attendre que la censure se fasse moins pressante à partir des années 60 pour que (très peu) de réalisateurs et réalisatrices abordent ce sujet. 1962 Stanley Kubrick adapte le roman de Nabokov  Lolita anticipe les controverses, en lui donnant l’âge de 16 ans (12 ans dans le roman) et choisit une actrice du même âge et atténue certaine scènes. Après plusieurs coupures de scènes à cause de la censure, il déclarera plus tard qu’il n’aurait pas dû tourner le film…1978 La Petite premier film américain de Louis Malle qui montre Brooke Shields nue (12 ans à l’époque). Ces deux films ont accompagné une évolution des représentations sociales…Les jeunes filles sont devenues, des “adolescentes fatales”, ce qui a eu pour effet de nier, la responsabilité d’adultes coupables au regard de la loi. En 2018 Les Chatouilles à partir de son expérience personnelle d’enfant, Andréa Bescond aidée par son compagnon décrit comment un prédateur sexuel peut agir en toute impunité au cœur d’une famille.

 

1971 – Dans Le souffle au cœur Louis Malle parle de l’inceste avec une magnifique Léa Massari, et suscité de nombreuse polémique. 1999 –  Sofia Coppola pour son premier film à 28 ans tourne Virgin Suicide  qui reprend l’histoire vraie de 4 jeunes filles américaines confrontées à la famille et la religion incapables de trouver une issue heureuse.   20  ans plus tard un jeune réalisateur belge Lukas Dhont et lui aussi pour son premier film Girl  suit le parcours difficile d’un(e) jeune à la recherche de son identité sexuelle accompagné par un père à son écoute.

 

Aujourd’hui, le cinéma semble plus fort pour traiter ce thème et dans le respect des choix de chacun mais peut poser la question d’une certaine moralisation et le retour d’une censure qui ne dit pas son nom…Nous sommes très loin du film infernal et intenable de Pasolini et chef d’oeuvre pour certain Salo ou les 120 jours de sodome

 

 

 

 

L’enfant et la société…

 

Six films parmi bien d’autres pour symboliser l’évolution de nos sociétés occidentales. Un Italien celui du très grand réalisateur Victorio de Sica en 1949 dans Le voleur de bicyclette, description de la misère de l’après guerre mais surtout d’une magnifique relation Père et Fils. Deux films de François Truffaut. Son premier en 1959 avec Les 400 coups, souvenir en partie autobiographique et début d’une filiation avec son acteur fétiche Jean-Pierre Léaud (il a 15 ans). Deuxième film 1970 avec L’enfant sauvage, Truffaut nous parle d’éducation à partir de l’histoire d’un jeune enfant retrouvé dans les bois et sans aucun repaire. Un Américain 1992, dans Le petit homme Jodie Foster s’inquiète du sort d’un enfant surdoué, livré aux désirs insatiables des adultes.  La société évolue, en 2000 dans Billy Elliot de Stephen Daldry, l’enfant exprime ses désirs pour devenir lui-même face à une société d’adulte pas vraiment à l’écoute. Le dernier est Autrichien de Michael Haneke,  Le ruban blanc  Palme d’or à Cannes en 2009, en Noir et blanc totalement surex. plongée en immersion et retour en arrière dans un village allemand en 1913/14 ou la violence personnelle et institutionnelle des notables adultes du village névrosés, égoïstes, pervers et abuseur sexuel, s’opposent à la violence sourde et muette de certains enfants et adolescents annonciatrice de leur propre violence d’adultes dans les 30 années futures avec deux guerres et le nazisme en toile de fond. 

 

 

27 films sur 100 ans de cinéma pour mieux situer la place de l’enfant dans différentes périodes de l’histoire du monde et mieux comprendre l’importance du cinéma dans l’illustration visuelle et sonore de l’évolution de la société moderne. En conclusion écoutons Charlie Chaplin parler de sa vie.

 

 

 

Charlie Chaplin 1889-1977

” J’ai pardonné des erreurs presque impardonnables, j’ai essayé de remplacer des personnes irremplaçables et oublié des personnes inoubliables. J’ai agi par impulsion, j’ai été déçu par des gens que j’en croyais incapables, mais j’ai déçu des gens aussi. J’ai tenu quelqu’un dans mes bras pour le protéger. Je me suis fait des amis éternels. J’ai ri quand il ne le fallait pas. J’ai aimé et je l’ai été en retour, mais j’ai aussi été repoussé. J’ai été aimé et je n’ai pas su aimer. J’ai crié et sauté de tant de joies, j’ai vécu d’amour et fait des promesses éternelles, mais je me suis brisé le cœur, tant de fois ! J’ai pleuré en écoutant de la musique ou en regardant des photos. J’ai téléphoné juste pour entendre une voix, je suis déjà tombé amoureux d’un sourire. J’ai déjà cru mourir par tant de nostalgie. J’ai eu peur de perdre quelqu’un de très spécial que j’ai fini par perdre. Mais j’ai survécu ! Et je vis encore ! Et la vie, je ne m’en lasse pas. Et toi non plus tu ne devrais pas t’en lasser. Vis ! Ce qui est vraiment bon, c’est de se battre avec persuasion, embrasser la vie et vivre avec passion, perdre avec classe et vaincre en osant… parce que le monde appartient à celui qui ose ! La vie est beaucoup trop belle pour être insignifiante ! “

Charlie Chaplin