Mineurs face à la justice.

 

” L’intérêt, pour moi, n’est jamais tant dans le fait de raconter des histoires que dans la volonté de décrire des états, d’exacerber des perceptions “.

 

Après le baccalauréat, Emmanuelle Bercot intègre l’École de danse Serge Alzetta, puis l’École du spectacle, où elle découvre le théâtre. Élève au cours Florent elle travaille sous la direction de Robert Hossein et Jean-Luc Tardieu. Après avoir raté le concours d’entrée au conservatoire, elle est admise, alors qu’elle n’a pas encore de culture cinéphile, au concours de la Femis. Dans ce cadre, elle tourne le documentaire True Romanès (1995), puis le court-métrage, Les Vacances, Prix du Jury à Cannes en 1997, son film de fin d’études étant le moyen métrage, La Puce (1999), récit du dépucelage d’une adolescente par un homme mûr. Ces deux derniers films, très remarqués, révèlent Isild Le Besco, actrice fétiche de la cinéaste.

 

Elle mène en parallèle une carrière d’actrice et de réalisatrice au cinéma et s’attribue le rôle principal de son premier long métrage, Clément, celui d’une trentenaire transie d’amour pour un garçon de 13 ans. Cette œuvre dérangeante est présentée à Cannes en 2001 dans la section Un certain regard. Lors du 68e festival de Cannes en 2015, elle présente en ouverture son film comme réalisatrice La Tête haute et reçoit comme comédienne le Prix d’interprétation féminine pour son rôle dans Mon roi, ex-æquo avec l’Américaine Rooney Mara pour Carol. 

 

Récemment elle joue dans deux pièces de théâtre :

2017 – 2018 : Dîner en ville de Christine Angot, mise en scène Richard Brunel,

2019 : Face à Face de Ingmar Bergman, mise en scène Léonard Matton.

 

 

 

LA RÉALISATRICE.

 

2001 : Clément

 

2004 : Backstage

 

2012 : Les Infidèles – segment La Question

 

2013 : Elle s’en va

 

2015 : La Tête haute

 

2016 : La Fille de Brest

 

 

 

L’ACTRICE.

1991 : Ragazzi de Mama Keïta

1995 : État des lieux de Jean-François Richet 

1996 : La Divine Poursuite de Michel Deville

1998 : La Classe de neige de Claude Miller 

1998 : Ça commence aujourd’hui de Bertrand Tavernier

1999 : Une pour toutes de Claude Lelouch

2001 : Clément d’Emmanuelle Bercot

2003 : À tout de suite de Benoît Jacquot

2005 : Camping sauvage de Christophe Ali

2007 : Enfances segment de Isild Le Besco

2010 : Carlos d’Olivier Assayas

2011 : Polisse de Maïwenn

2013 : Rue Mandar de Idit Cébula

2015 : Mon roi de Maiwenn

2018 : Fiertés de Philippe Faucon

2018 : Les Filles du soleil de Eva Husson

2019 : L’Heure de la sortie de Sébastien Marnier 

2019 : Fête de famille de Cédric Kahn

2020 : Jumbo de Zoé Wittock

 

 

 

 

Pour mieux la connaître…

 

ENERGIE ET CONTRÔLE.

« C’est tout à fait instinctif, mais cela vient de moi ! J’ai beaucoup de vitalité et j’essaie d’en transmettre dans mes films, dans ce que je raconte, et aux acteurs. Je ne leur demande pas simplement de produire de l’énergie, mais je la partage avec eux. C’est une façon d’être présente sur le plateau, de leur parler, de donner un rythme aux choses, une intensité. Je fais souvent corps avec eux, j’ai besoin de les toucher, de leur communiquer un fluide ! Il y a quelque chose d’un peu ésotérique là-dedans. Je suis une obsessionnelle et je suis sur-exigeante. Je ne suis jamais contente. Donc, tant que je n’ai pas ce que je vise, ça ne va pas. En revanche, tout l’inattendu et tout ce qui est amené par les comédiens, qui est mieux que ce que j’aurais imaginé, qui vient compléter tout ça, je prends. Ce n’est pas une dualité, c’est une complémentarité. »

 

 

 

LE BON INTERPRÈTE.

« La Tête haute est un cas particulier. J’ai l’habitude de choisir des adolescents très proches des personnages que j’ai écrits, et de leur demander d’être eux-mêmes devant la caméra. Je sais donc assez vite, comme une révélation, que ce sera lui et personne d’autre. Ici, je ne trouvais pas l’acteur pour Malony. J’ai dû me libérer d’exigences que j’avais, pour aller un peu ailleurs, ce qui m’a mené vers Rod, avec un visage, une gueule de cinéma, une cinégénie et une grande qualité : sa jeunesse. Je ne voulais pas changer d’acteur entre les 13 et les 18 ans du personnage. Rod m’a paru crédible à ces différents âges, ce qui a été décisif. Mais je le trouvais très loin de Malony, dans son tempérament, sa façon d’être. Pas du tout délinquant, extrêmement bien élevé, poli, très affectueux, affable. J’avais très peur qu’il n’ait pas la violence nécessaire en lui. Je lui ai donc fait passer des essais pendant des mois avant de le choisir. Le gros du travail s’est fait sur le plateau. Il a fallu que je le pousse très loin. Il était partant, mais n’a absolument pas pris la mesure de ce que ça représentait comme somme de travail et exigence. Il a été très déstabilisé les premiers jours, quand il a vu ce que j’attendais de lui. Après, il s’y est fait. Je ne suis pas devenue moins exigeante, au contraire. »



L’ENFANT SAUVAGE.

« Ce sont des termes d’avocat, que j’ai beaucoup entendus ! J’ai fait un gros travail d’enquête, sur le terrain. J’ai passé des journées dans des centres comme celui du film. En l’occurrence, j’ai assisté à une scène comme celle de la lettre de motivation. Quand je suis témoin de moments très forts, ce qui me frappe tout de suite, ce sont les corps dans l’espace. Je me souviens de ce gamin qui sortait de la classe, qui rentrait, qui tournait comme un lion dans le jardin, qui revenait, qui s’asseyait, qui poussait la table. Je n’ai pas tout noté en détails, j’ai réinventé des choses, mais je suis partie du souvenir très fort du corps de ce gamin, « incontenable ». 

 

 

 

Deneuve c’est le sphinx !

« Après Elle s’en va, où je la filmais en totale liberté, j’étais un peu inquiète de devoir la cadrer tout le temps assise. Je me disais que ça allait presque abîmer notre expérience précédente. Évidemment, ce n’était que des projections, et j’ai trouvé autant de liberté et d’amusement à la filmer derrière son bureau qu’en pleine nature. Elle s’est retrouvée à tourner toutes ses scènes en bloc, alors qu’elles sont disséminées dans l’histoire. Un travail très intense avec des tartines de texte, des termes très techniques, donc un tournage beaucoup moins agréable. Mais je crois qu’elle est contente du résultat. C’est la première fois qu’elle joue une juge. Elle aussi a fait un travail d’observation, d’imprégnation, au tribunal pour enfants de Paris. Pour un acteur, c’est assez jubilatoire de s’inspirer du réel pour créer un personnage. »

 

 

 

L’HUMOUR.

« Le personnage de la mère de Malony était extrêmement écrit. C’était presque mon préféré, parce que je savais que le rire pouvait venir à travers elle. J’ai volontairement poussé le trait, même si, dans les bureaux des juges, j’ai vu bien pire et too much qu’elle. Elle me paraît juste. Il y a des femmes, des mères qui sont comme ça. J’ai aussi choisi Sara Forestier, car je sais qu’elle est capable de composition, et Séverine demande une complète composition. Sara propose énormément. Il fallait que je la cadre pour ne pas partir dans tous les sens. Toute la gestuelle vient d’elle, cette façon d’agripper l’avocat, ce sont des surprises pour les metteurs en scène. C’est magnifique. »

 

L’IMAGE.

« C’est principalement un film de bureau, termes de ma coscénariste Marcia Romano, qui m’a incitée à m’axer dessus, en ne sortant pas du système éducatif. Un choix qui a été assez radical, dans le sens où on ne montre jamais les délits de Malony, ni en bande, ni en train de fumer du shit. Un épisode se passe dans la nature. Il fallait apporter du souffle et de la lumière. C’était amusant de mettre ce jeune et les autres, citadins, au milieu de ces décors et de regarder ce contraste. C’est pour ça qu’on a voulu rendre ces moments verdoyants, lumineux, face à l’âpreté ambiante. Pour le reste, on était assez contraints par les décors réels du tournage, comme le bureau de la juge, qui n’est pas grand. Les émotions qui traversent les personnages, juge, éducateur ou enfant délinquant, sont tellement subtiles, que je souhaitais être assez près d’eux pour lire les moindres frémissements. Beaucoup de choses passent par l’échange de regards, notamment entre les personnages de Benoît Magimel et Catherine Deneuve. Ce sont des choses que j’ai observées en assistant à des audiences. C’est tout un théâtre. »

 

LA MUSIQUE.

« Avant le tournage, j’ai toujours en tête des musiques que j’écoute souvent, parfois même en écrivant. C’est le cas du Schubert, et du titre de Die Antwoord qu’on entend dans la boîte de nuit. Le travail musical est énormément pris en charge par mon monteur (Julien Leloup), qui commence à monter pendant que je tourne, et qui pose les musiques avant que j’arrive. C’est un très grand mélomane et je lui dois la plupart des choix musicaux. J’ai toujours aimé mélanger les genres et prendre des morceaux préexistants. J’aime les contrastes. J’avais ici envie de travailler avec un compositeur, pour quelques passages précis. Eric Neveux est intervenu après. Il a écouté l’ambiance musicale du film et s’est glissé dedans de manière très subtile. Avec un récit sur la délinquance, on pouvait s’attendre à mettre du rap tout du long. Je n’en ai mis qu’un seul morceau, et on ne voit jamais les gamins écouter ou chanter du rap. J’ai essayé d’évacuer tous les clichés sur ces jeunes, de leur couleur de peau à leurs habitudes ou leur toxicomanie. »

 

L’ÉCRITURE.

« Je suis assez maniaque et besogneuse. J’ai pas mal de rituels et de discipline. Maintenant que j’écris tout le temps avec quelqu’un, il y a des périodes de travail à deux, d’échange, de discussions sans fin, de prises de notes, d’élaboration de la narration. Moment fondamental, car même si on n’écrit pas, on fait la liste des scènes les unes après les autres. Puis il y a la phase solitaire où j’écris, je dialogue, je mets en forme ce qui s’appelle un scénario, sur un ordinateur, après avoir pris mes notes à la main. J’ai beaucoup plus de facilité aujourd’hui à écrire directement mes dialogues sur clavier. Ces phases solitaires, où je m’astreins à des horaires de travail, sont très strictes. S’il n’en sort rien de bien, si rien ne vient, je reste quand même devant ma feuille. L’importance du lieu où on écrit, pour que les choses se passent mieux, est vraie ! J’écris assez souvent dans les cafés. C’est un cliché, mais ça permet d’être au milieu de la vie et de rester dans l’observation, avec l’esprit qui divague, tout en étant concentré sur ce qu’on fait. Il y a toujours des choses à choper à droite à gauche. Il y a aussi une phase de travail très intense, pour laquelle j’aime partir, pour ne pas avoir affaire à un autre être humain pendant un bout de temps. C’est une concentration maximale où je n’ai pas d’autre charge dans ma vie que de travailler. Je suis incapable d’écrire concrètement avec quelqu’un pour mes films. Je l’ai fait avec Maïwenn pour Polisse, parce que c’était sa façon de faire à elle. Je me suis mise à disposition de sa méthode. Ça m’allait très bien avec elle, car tout se passe dans l’instant, tout est vivant, en mouvement, et peut changer tout le temps. Pour mes films, c’est beaucoup plus scolaire. »

 

ATTRIBUER UN NOM.

« Pour moi, ça descend du ciel. Une fois que c’est descendu, je ne change plus. Mais je ne sais pas d’où ça vient. Florence Blaque pour la juge. Yann Le Vigan pour l’éducateur. Malony, c’est ma coscénariste qui l’a trouvé, je ne sais pas d’où, et on ne l’a jamais remis en question. Ce sont des choses que je ne cherche pas à analyser, mais ça ne m’est jamais arrivé de prendre le bottin et d’y chercher des noms. C’est marrant, car Magimel est dingue de l’acteur Robert Le Vigan (vu chez Julien Duvivier, Marcel Carné, Jean Renoir et Jacques Becker), donc il est persuadé que le nom de son personnage est un signe, même inconscient, car je ne m’en souvenais pas ! »

 

 



FILMER / JOUER.

« Ce sont des choses distinctes pour moi. J’ai fait une fois l’expérience de jouer dans un de mes films, Clément, ce que je ne regrette absolument pas. Je n’ai aucune envie de la renouveler, car je préfère mille fois filmer les autres. Si je dois éventuellement être filmée, que ce soit par quelqu’un d’autre. Ma directrice de casting me dit à chaque projet qu’il faut que je joue un de mes personnages. Je lui réponds que je veux prendre la meilleure personne pour le faire, et que ce n’est pas moi. Si je m’écris un jour un personnage dont je me dis que personne ne le fera mieux que moi, là je le ferai ! Mais je ne pense pas que ça arrivera ! »

 

LES ACTEURS.

« J’ai démarré comme actrice. Même si c’était surtout du théâtre et que ça n’a pas très bien marché au début, j’ai appris. Être actrice me sert depuis que j’ai fait mon premier court-métrage. Tous les metteurs en scène devraient jouer, même en amateur. C’est capital. Très souvent, les acteurs disent qu’ils aiment être dirigés par des gens qui jouent aussi. C’est bien qu’ils doivent sentir la différence. J’ai très vite senti que la direction d’acteur et le rapport aux acteurs étaient mon point fort, car je n’avais pas peur d’eux. Beaucoup de jeunes metteurs en scène en ont peur et c’est normal. C’est terrifiant. Quand j’écris des dialogues, je les entends. Je me les joue et j’entends la musique, au demi-ton près. Ma part d’actrice intervient dans mon écriture, et je ne lâche pas les acteurs tant que je n’ai pas la note qui sonne pile. Comme un chef d’orchestre, on a des instruments plus ou moins magiques, ou qui font quelques fausses notes, mais qui sont tellement plus vrais que ceux qui font tout bien. Après, on a Catherine Deneuve ! »

 

DENEUVE / LE BESCO.

« Elles s’aiment beaucoup dans la vie et s’admirent.  Il y a une filiation dans une forme de blondeur et de beauté, parfaite chez Deneuve, plus étrange chez Isild, qui pour moi a un des plus beaux visages que je connaisse ou que j’ai eu à filmer. Il y a une forme d’anticonformisme et d’authenticité profonde chez ces deux actrices, qui peut être commune. On pourrait projeter Isild dans les films qu’a faits Deneuve jeune fille, Tristana, Les Parapluies de Cherbourg ou Les Demoiselles de Rochefort. J’étais complètement obsédée par Isild dans tous mes premiers films, je ne pouvais pas en faire un sans elle. Heureusement, nos chemins ont divergé depuis, mais j’ai toujours dit que j’aimerais la filmer quand elle serait devenue une femme de trente-cinq ou quarante ans, à l’âge épanoui. A ce moment-là, ça serait bien de les faire se rencontrer. Dans Mon roi de Maïwenn, on a plusieurs scènes ensemble. C’était incroyable, filmées par sa sœur. Moi qui l’ai tellement regardée, me retrouver à jouer avec elle devant une caméra, c’était très étrange et très touchant. »

 

 

 

 

 

LES PIEDS DANS LE PLAT

par Théo Ribeton

 

La Sélection commence par un film sur l’histoire d’un garçon agité, du cinéma social dans sa veine bagarreuse et héroïque. Parce qu’il faut bien les citer, on mentionnera d’emblée les Pialat, Dardenne, et bien sûr un troisième venu d’un autre terreau, à savoir Xavier Dolan et son Mommy, si loin et si proche. Mais placer le film d’Emmanuelle Bercot au bout d’une lignée de (plus ou moins) illustres aînés ne serait pas vraiment lui rendre service. C’est qu’il n’est pas tant ici question de cinéma social que de cinéma de services sociaux. Le territoire de La Tête haute, c’est l’arrière-pays de la République : un émiettement de chambres d’audience, de centres d’accueil et d’administrations en tout genre, où se joue un bras de fer ininterrompu entre l’homme et sa bureaucratie. Dès son plus jeune âge, et presque par hasard, Malony (Rod Paradot) échoue dans le bureau de la juge pour enfants, dont sa mère vient de claquer la porte. C’est un peu pour lui le rivage du Nil, tant la juge Blaque (Catherine Deneuve) deviendra pour lui une sorte de seconde mère, aimante et sévère, et son bureau un checkpoint régulier, généralement porteur de mauvaises nouvelles, mais parfois aussi de bonnes.



Le défaut essentiel du film est d’être ainsi balisé par les va-et-vient de Malony dans les structures de redressement et les tribunaux, plutôt que par son début de vie d’homme. Une mère défaillante, un amour naissant, les craintes et les désirs de l’adolescence, tout cela fait figure de point d’appui, de background personnel, pour un film dont l’architecture dramatique est en fin de compte celle d’un dossier de suivi individuel, un long bout-à-bout d’audiences judiciaires et de passages en centre social. Un plan sur l’écran de la greffière, rapportant scrupuleusement les paroles de Deneuve et Paradot, propose d’ailleurs bien malgré lui une saillie ironique au milieu du film : c’est presque le scénario qui s’écrit froidement sous nos yeux, et il est du niveau d’un procès-verbal.



Après, tout de même, La Tête haute a de la tenue, de la chair, enchaînant sans sourciller des scènes sous haute tension, qui ne laissent jamais le film s’attiédir. « Révélation » du film (pour un tel rôle, c’est inscrit dans le contrat), Rod Paradot ne démérite pas – pas tant lorsqu’il gueule que justement lorsqu’il chancelle, perd pied, et donne à voir un crépitement intérieur plus fragile et ancien, une turbulence de petit garçon, pleurnichant au milieu des crises de colère. C’est certainement la seule partie un tant soit peu originale d’un film, qu’on a, encore une fois, l’impression d’avoir déjà vu ; laissons donc ce garçon s’en tirer, effectivement, « la tête haute ».

 

 

AUTRE AVIS…

 

La bonne idée d’Emmanuelle Bercot (et de Marcia Romano avec qui elle a écrit ce film) est d’avoir évité le cliché et orienté son casting dans ce sens. Rod Paradot, dont c’est la première apparition au cinéma, a un visage doux et angélique mais un regard où peuvent percer une violence et une dureté qui servent le personnage dans la palette de sentiments à jouer. Malony provoque à la fois la méfiance, la colère et la compassion. Il n’est pas étonnant qu’Emmanuelle Bercot admire tout particulièrement les films de Ken Loach. Si l’on a regretté longtemps que le cinéma français soit incapable, comme les Anglais, avec la même émotion, de traiter de la réalité sociale dans ce qu’elle a de plus âpre, Emmanuelle Bercot est l’exception, sans doute parce qu’elle sait tisser avec talent fiction et documentaire.

 

Malony est englué dans une relation familiale hautement toxique, avec une mère immature (Sara Forestier), incapable de s’occuper de lui et de son frère. Malony est comme une bombe prête à exploser à la moindre contrariété. Son seul bonheur, dans la vie, est de conduire. Donc il vole des voitures. Malony n’est pas un délinquant. Il est habité par la colère, dans un système où il ne trouve pas sa place. Des substituts à sa mère et à son père absent, en les personnes de la juge et de l’éducateur, vont l’aider à grandir. Quand les institutions sont mises à mal, qu’il est de bon ton de les critiquer en ces temps cyniques, Emmanuelle Bercot a mené une enquête et constaté l’engagement et la bienveillance de ces personnes qui travaillent auprès des enfants, leur patience et leur dévouement. La juge, en proie au tourment moral quant aux décisions à prendre sur l’avenir de l’enfant, l’éducateur spécialisé, renvoyé à son propre passé et à ses failles, ses faiblesses de l’enfant qu’il a été, composent des personnages riches et canalisateurs de l’émotion qui circule dans le film, tandis que Malony commet des fautes pour des raisons difficilement condamnables, mais dont les conséquences sont impardonnables. L’amour inconditionnel pour sa mère qu’il ne supporte pas de voir souffrir, l’amour pour une jeune adolescente qui lui ouvre son cœur et lui redonne confiance en lui sont les moteurs de Malony. La fin est édifiante sur le pouvoir de l’amour et Emmanuelle Bercot signe un film qui donne raison à ceux qui croient en ce qu’ils font et qui ne baissent jamais les bras.

 

 



Catherine Deneuve

 

Après 60 ans de carrière, plus de 120 films, tournée avec 60 réalisatrices et réalisateurs, elle est toujours là et prête à défendre de multiples causes…Contre la peine de mort / Pour le droit des femmes / Le mariage homosexuel, etc…Grâce à sa présence elle permet à de nombreux artistes de réaliser leur film les plus intimes et pas toujours au rendez-vous très mystérieux du succès. Depuis les années 60 et sur chaque décennie elle tourne 15 à 25 films. Les plus notables ?

 

Trois films avec Jacques Demy qui annoncent un nouveau cinéma en 1964 Les parapluies de Cherbourg et 67 Les demoiselles de Rochefort. Elle prend des risques en 65 dans Répulsion de Roman Polanski. et continue en 67 dans Belle de jour de Luis Bunuel. Première rencontre avec François Truffaud en duo avec Belmondo dans La sirène du Mississipi en 69. Elle prolonge dans la comédie accompagnée par Yves Montand en  75  dans Le sauvage de Jean-Paul Rappeneau. En 2000 pour ce nouveau Siècle elle joue en compagnie de Bjork dans le film noir et mystérieux de Lars Von trier Dancer in the Dark. 2010 le film Potiche de François Ozon et La tête haute d’Emmanuelle Bercot en 2015 illustre bien ses multiples présences dans un cinéma Français dynamique mais sans un grand film marquant.

 

 

Dans cette incroyable filmographie je garde trois films réalisés par trois grands réalisateurs Français…

 

1980 – Le dernier métro de François Truffaud

1984 – Fort Saganne d’Alain Corneau

1992 – Indochine de Régis Wargnier