2018-Paroxisme

Film coup de poing, c’est la première expression qui me vient, ensuite c’est le souvenir de sortir de la salle un peu sonné par ce que je venais de vivre…Peut-être un peu trop…Un peu trop facilement…Toute la force et le danger du cinéma…Vous êtes assis dans une salle obscure avec un écran souvent immense qui capte toute votre attention, énergie pendant 2 heures…Ce qui peut parfois altérer, fausser votre analyse…C’est le cas pour ce film, à vous de vous en faire une opinion. 

 

 

 

Nadine Labaki la réalistrice passe son baccalauréat à Beyrouth en 1993. Diplômée en études audiovisuelles à l’université Saint-Joseph de Beyrouth (IESAV), elle réalise son film d’école “11 rue Pasteur” en 1997, qui obtient Le Prix du meilleur court métrage à la Biennale du cinéma arabe à l’Institut du monde arabe (Paris) en 1998. Elle a aussi participé au concours télévisé Studio el Fan au début des années 1990 dans la catégorie réalisation. Elle tourne ensuite des publicités et de nombreux clips musicaux pour de célèbres chanteuses du Moyen-Orient comme Nancy Ajram ou Carole Samaha, pour lesquels elle obtient des prix en 2002 et 2003. En 2005, elle joue dans le film Bosta l’autobus.

 

En août 2007, elle sort son premier film en tant que réalisatrice, “Caramel” présenté à la sélection de la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes la même année. Il est projeté dans plus de 65 pays à travers le monde et est devenu le plus grand succès international du cinéma libanais. Son film “Et maintenant, on va où ? ” sorti en 2011, a été choisi pour représenter le Liban aux Oscars 2012. Il remporte le prix du public au Festival international du film de Toronto en 2011. Au Festival de Cannes 2018, son film “Capharnaüm” obtient le prix du jury.

 

 

La réalisatrice a choisi des acteurs non professionnels pour la plupart d’entre eux, comme c’était déjà le cas dans son précédent film. L’acteur qui joue le garçon de 12 ans, Zain Al-Rafeea, est un réfugié syrien arrivé au Liban à l’âge de 7 ans et pour tous les commentateurs une révélation. L’actrice qui incarne la mère éthiopienne, Yordanos Shiferaw, est elle-même une immigrée sans-papiers. Arrêtée puis relâchée pendant le tournage, comme c’est le cas pour le personnage de Rahil dans le scénario du film. « Entièrement porté par un casting de sans-papiers, le film mêle réalité et fiction ».

 

 

Zain al-Rafeea, né le 10 octobre 2004, est un acteur syrien, réfugié au Liban de 2012 à 2018. Débute dans “Capharnaüm” dans le rôle d’un garçon de 12 ans sans-papiers, vivant dans un quartier pauvre de Beyrouth. Film inspiré de son expérience en tant que réfugié non scolarisé vivant de petits boulots. En 2018, il part vivre avec sa famille en Norvège, où celle-ci obtient l’asile politique.

 

 

DÉROUTANT BEYROUTH par Anne Diatkine


C’est une caméra portée à l’épaule, des plans brefs, des plongées, des contre-plongées, des ralentis, un filmage qu’on décrit parce qu’il se voit et que son maniérisme s’interpose entre les spectateurs et les acteurs, empêche parfois qu’on les regarde malgré leur ciné génie et la gravité du sujet…La misère exponentielle des enfants des rues à Beyrouth. Ce sont des acteurs non professionnels qui jouent plus ou moins leur propre rôle. Et c’est une ode revendiquée à la caméra vérité et au pouvoir dénonciateur du cinéma. Le film, ovationné lors de sa projection en compétition à Cannes, est reparti avec le prix du jury. 

 

Sans que la sincérité de Nadine Labaki ne soit en cause, c’est justement sur son rapport à la vérité et à la place de la cinéaste que le film interroge, puisqu’elle n’intègre pas ces questions à sa mise en scène. C’est donc l’histoire de Zain, garçonnet de 12 ans qui intente un procès à ses parents (c’est-à-dire au monde) pour l’avoir conçu sans avoir les moyens de l’élever et de l’aimer. Le film est construit en flash-back. Lorsqu’il débute, Zain, conduit au tribunal, est menotté. Gros plan sur les menottes. Le spectateur suppose qu’il est le petit criminel, et non l’accusateur. Puis, on revoit l’enfant chez lui, avec ses multiples frères et sœurs et notamment Sahar (Cedra Izam), mariée contre finances dès qu’elle a eu ses règles.

 

Nadine Labaki ne contextualise aucun élément, les parents odieux et misérables sont saisis sans jamais accéder au statut d’individus un tant soit peu nuancés. Le quartier périphérique où ils vivent pourrait être celui de n’importe quelle ville au développement anarchique. Pétri de colère après la disparition de sa sœur préférée, Zain se fait la malle… Le film s’ouvre à l’aventure, se décloisonne, liberté toute relative de Zain qui déteint sur lui, le filmage s’apaise, et la cinéaste prend plus de temps pour regarder ce que voit le garçon, et notamment ses interactions avec une mère éthiopienne sans papier qui lui offre l’hospitalité avec une petite piscine gonflable en guise de lit dans son bidonville et s’éclipse, laissant le garçonnet seul avec son bébé. Lequel pleure, sourit, fait ses premiers pas au bord d’une voie express dans un jeu avec la mise en danger et sa dénonciation mélo.


Zain rencontre dans le souk une autre enfant mendiante, qui vend des gerbes dans un cimetière, c’est rentable, explique-t-elle. Cette mini-relation n’est qu’effleurée. Un enfant clochard et un bébé…C’est le Kid de Chaplin qui remonte à la surface. Un enfant qui erre à proximité dans une fête foraine…Voici le Petit Fugitif, le film culte de Morris Engel et Ruth Orkin, qui revient. Mais quelque chose manque terriblement à Capharnaüm pour qu’il empoigne sans références et provoque la crise de conscience salutaire que la cinéaste appelle de ses vœux comme lorsqu’on découvre qu’au Liban, il faut payer pour inscrire son enfant à l’état civil…